06/07/2005
Communiqué de presse
CS/8437



Conseil de sécurité

5222e séance – matin


LE SUCCÈS DE L’ONU À BOUGAINVILLE EST UN MODÈLE QUI DEVRA INSPIRER LES FUTURES INTERVENTIONS DE PAIX DE L’ORGANISATION, ESTIMENT LES MEMBRES DU CONSEIL DE SÉCURITÉ


« Au nom du Secrétaire général, je suis heureux d’annoncer que la Mission d’observation des Nations Unies à Bougainville (MONUB) a pleinement rempli son mandat, et que les parties ont accompli la démarche la plus significative dans la mise en œuvre de l’Accord de paix de Bougainville », a déclaré ce matin au Conseil de sécurité M. Danilo Türk, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques.


Au cours du débat qui a suivi, les membres du Conseil se sont félicités de la manière dont la MONUB, une des missions de politique spéciale les plus modestes des Nations Unies en personnel et en ressources, a su, en apportant un soutien judicieux aux parties au conflit de Bougainville et au Gouvernement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, favoriser les négociations et la mise en œuvre des termes de l’Accord de paix afin de permettre la tenue des premières élections générales qui viennent de permettre à Bougainville de se doter d’une Chambre des représentants et d’élire le Président de son gouvernement autonome, M. Joseph Kabui.  Dans sa présentation, Danilo Türk a indiqué que sur les 112 000 électeurs inscrits sur les listes, 69 343 avaient pris part aux scrutins, soit un taux de participation de 62%.


Notant que la tenue du processus électoral marquait aussi la fin de la présence de la MONUB à Bougainville, tous les membres du Conseil de sécurité, joints par la Nouvelle-Zélande et l’Australie, ont demandé que la communauté internationale reste engagée aux cotés des populations et du Gouvernement de Bougainville afin de les soutenir dans le renforcement de la paix et la construction économique du territoire.  Se félicitant du rôle positif joué par la Papouasie-Nouvelle-Guinée, ils ont souhaité que le référendum relatif au statut final de Bougainville, prévu par l’Accord de paix, se tienne à un moment opportun et dans la paix.  Pour la délégation de l’Australie, le conflit de Bougainville, qui a fait 20 000 morts sur une population de 200 000 habitants, a certainement été, proportionnellement, l’un des plus sanglants au monde.  La communauté internationale devrait tirer des leçons de la manière dont l’ONU a su intervenir sur cette question afin d’aider l’Organisation à améliorer ses capacités de soutien au renforcement de la paix et aux sorties de crise, a-t-il dit, partageant ainsi le point de vue des membres du Conseil de sécurité.


Pour l’examen de la question, le Conseil de sécurité était saisi de la lettre adressée le 31 mars 1998 à son Président par le représentant de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.



Déclarations


M. DANILO TÜRK, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, a déclaré que les parties avaient tenu les engagements qu’elles avaient pris dans le cadre de l’Accord de paix de Bougainville.  Les termes de l’accord sur le désarmement et la récupération des armes ont été respectés, ce qui a permis de collecter plus d’un millier d’armes.  Sur les 2 016 armes qui étaient conservées dans des conteneurs, 1 896 ont été détruites et la MONUB en a collecté et détruit 155 autres, a précisé Danilo Türk.  Les circonstances et les conditions de sécurité créées après les opérations de désarmement ont permis d’organiser des élections à Bougainville et les parties ont convenu qu’il appartiendrait au Gouvernement autonome de Bougainville de mettre la main sur toutes autres armes qui n’auraient pas été récupérées au cours de la première phase de désarmement.


L’Unité de coordination électorale de l’ONU a tenu des réunions d’information avec les observateurs électoraux avant leur déploiement à Bougainville.  En coopération avec la MONUB, l’Unité a aidé les observateurs à se rendre dans 29 des 33 fiefs électoraux régionaux jugés aptes par les observateurs a accueillir le processus électoral qui s’est tenu il y a quelques semaines.  Les observateurs électoraux d’un certain nombre de pays du Pacifique, dont le Japon et l’Australie ont estimé que le processus électoral avait été juste et transparent.  Le résultat du scrutin qui a eu lieu reflète donc la volonté des électeurs de Bougainville.  Un grand nombre d’élus à la Chambre des Représentants de Bougainville sont jeunes et n’ont pas encore beaucoup d’expérience politique, a indiqué M. Türk.  Le gouvernement autonome de Bougainville et le gouvernement de Papouasie Nouvelle-Guinée vont se charger de la mise en œuvre des arrangements relatifs à l’autonomie.


Il reste à concrétiser le troisième pilier de l’Accord de paix de Bougainville, qui concerne l’organisation d’un référendum concernant le statut du territoire dans 15 ans, a indiqué Danilo Türk.  Selon les résultats de ce référendum, on saura si les habitants de Bougainville veulent être indépendants ou rester au sein de la Papouasie-Nouvelle-Guinée.  Concernant l’administration de Bougainville, elle fonctionne dans une situation de déficit budgétaire qui devrait être résolue par la réduction du nombre de fonctionnaires et un meilleur usage des ressources disponibles. 


Au plan économique, les opérations minières créant des contentieux, il appartiendra au nouveau gouvernement de consulter les populations pour trouver un modus vivendi sur les modalités de fonctionnement des compagnies minières.  D’autres secteurs économiques devraient être promus pour créer les emplois dont la population a besoin.  Le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) collabore à cet égard avec les autorités de Bougainville sur un plan de développement tirant au maximum profit des ressources locales et des capacités humaines de Bougainville, a indiqué Danilo Türk.  L’expérience de l’ONU à Bougainville et le travail de sa mission d’observation sont passés plutôt inaperçus sur la scène internationale, a regretté M. Türk en rappelant que le conflit de Bougainville avait fait 15 000 victimes.  Par l’intervention qu’elle a menée à Bougainville, l’ONU a joué un rôle central de rétablissement et de consolidation de la paix.  Cette expérience ne doit pas être perdue, a dit Danilo Türk.


M. KENZO OSHIMA (Japon) a félicité le peuple de Bougainville et le Gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée pour avoir mené à bien le processus de paix.  Énumérant les défis qui restent à relever, le représentant a d’abord cité le renforcement de la loi et de l’ordre dans la région.  En l’occurrence, il a souligné l’importance de la coopération internationale pour renforcer l’efficacité des forces de police et de la recherche des armes qui n’ont pas été restituées.  Le représentant a ensuite cité le développement économique, en jugeant cruciale l’aide de la communauté internationale.  Il a achevé son intervention en soulignant l’importance de la promotion de la réconciliation.  Il a appelé les Mekamui à respecter les résultats des élections et à coopérer activement avec le Gouvernement.    


M. HENRIQUE VALLE (Brésil) s’est félicité des premières élections générales tenues à Bougainville, en estimant que le Gouvernement autonome inaugure une nouvelle phase de la mise en œuvre de l’Accord de paix.  Il a lancé un appel à ceux qui ont choisi de ne pas participer au processus électoral d’en respecter les résultats et d’appuyer le Gouvernement nouvellement élu.  Le représentant a estimé que le cas de Bougainville illustre à la perfection la manière dont une mission politique de petite taille mais dotée d’un mandat clair et bénéficiant de l’appui des acteurs locaux peut apporter une contribution précieuse au règlement pacifique de conflits régionaux.


M. LAURO L. BAJA (Philippines) a estimé, à son tour, que les deux petites missions dépêchées à Bougainville ont clairement démontré la contribution essentielle qu’une mission politique de l’ONU dotée d’un mandat clair peut apporter au règlement d’un conflit régional.  Il a rendu hommage au peuple de Bougainville et au Gouvernement autonome pour le succès des premières élections qui ouvrent la voie à la phase de reconstruction dans laquelle l’assistance de la communauté internationale, des institutions des Nations Unies et des donateurs régionaux sera encore plus vitale. 


M. ANDREY DENISOV (Fédération de Russie) a indiqué que son pays était reconnaissant à la Mission d’observation de l’ONU (MONUB) qui vient d’achever ses travaux à Bougainville.  La Fédération de Russie espère que le système de l’ONU continuera d’apporter au Gouvernement du territoire autonome de Bougainville l’appui dont il a besoin pour renforcer la paix et la stabilité en coordination avec le Gouvernement national de Papouasie-Nouvelle-Guinée.


M. ZHANG YISHAN (Chine) s’est félicité de la bonne tenue des élections qui ont eu lieu à Bougainville le mois dernier.  La Chine appuie tous les efforts de normalisation de la situation à Bougainville et elle félicite le Conseil de sécurité et la MONUB des efforts qu’ils ont déployés à Bougainville, dont le Conseil débat ce matin pour la dernière fois.  La manière dont l’ONU a traité la question de Bougainville est exemplaire et augure de ce que l’Organisation pourrait faire dans l’avenir.  La Chine espère que la communauté internationale ne va pas totalement se désengager de Bougainville et qu’elle va continuer à soutenir la paix dans ce territoire, a dit le représentant.


M. AUGUSTINE MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) a espéré que le nouveau Gouvernement tiendra les promesses qu’il a faites de rechercher les moyens de maintenir activement impliqués dans le développement du pays les autres leaders politiques.  Le nouveau Gouvernement, a-t-il dit, doit chercher à former un gouvernement inclusif qui tire parti de l’expérience, de l’engagement et des

capacités de ces autres leaders.  Le représentant a aussi appelé ceux qui n’ont pas participé aux élections à respecter les résultats et ceux qui les contestent à recourir aux voies légales.  Le représentant a ensuite cité les défis qui restent à relever dont le développement d’une capacité administrative et d’une économie viable.  Il a prôné une étroite coopération entre le Gouvernement autonome et le Gouvernement national.  Il a conclu sur l’importance de l’appui de la communauté internationale à l’avenir de Bougainville.


M. MIHNEA IOAN MOTOC (Roumanie) a déclaré que sa délégation appréciait le rôle joué par la MONUB à Bougainville.  Cette Mission dont les activités prennent fin s’est acquittée de son mandat.  Bougainville a cependant encore besoin d’aide et de soutien, notamment sur les plans financier et économique, pour que la situation y soit stabilisée et pour que ses populations puissent envisager sereinement l’avenir.


M. CÉSAR MAYORAL (Argentine) a déclaré que la tenue d’élections avait été un jalon important dans la mise en œuvre de l’Accord de paix de Bougainville.  L’Argentine félicite les populations de Bougainville et le Gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée qui a positivement contribué à la mise en œuvre des termes de l’Accord de paix sur Bougainville.  L’Argentine demande que la communauté internationale continue d’apporter un appui au Gouvernement autonome de Bougainville, et à celui de Papouasie-Nouvelle-Guinée, a indiqué le représentant.


M. GERALD SCOTT (États-Unis) a déclaré que son pays félicitait le peuple de Bougainville pour l’esprit de paix et d’unité dont il a fait preuve lors des consultations électorales du mois dernier.  Les États-Unis félicitent le nouveau Gouvernement de Bougainville et son Président.  Les États-Unis sont aussi satisfaits de la manière dont l’ONU est intervenue à Bougainville, a indiqué le représentant.


M. JEAN-MARC DE LA SABLIÈRE (France) s’est félicité de la manière dont la MONUB s’est comportée et a mené son mandat à Bougainville.  La France félicite la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les parties de Bougainville qui ont appliqué l’Accord de paix, a indiqué le représentant.  Les succès de la MONUB sont une affirmation des succès que l’ONU peut obtenir en matière de consolidation de la paix, a-t-il poursuivi.  Nous devrons cependant continuer à veiller à la bonne marche du processus de sortie de crise, a dit le représentant.


Mme ROSEMARY DAVIS (Royaume-Uni) s’est félicitée du succès obtenu par l’ONU à Bougainville.  Bien que la MONUB soit parvenue à la fin de son mandat, l’ONU et la communauté internationale devront rester engagés à Bougainville, a-t-elle estimé.


M. MOURAD BENMEHIDI (Algérie) a déclaré que sa délégation rendait hommage à la volonté politique dont ont fait preuve le Gouvernement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et les parties de Bougainville à l’égard du processus de paix.  La communauté internationale se doit maintenant de fournir un appui aux efforts de la Papouasie-Nouvelle-Guinée et du peuple de Bougainville afin de les aider à créer et maintenir un environnement stable, a dit le représentant.


Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) a encouragé le nouveau Gouvernement de Bougainville à continuer sur la voie de la démocratie et de l’état de droit.  Le Danemark se félicite du rôle positif joué par le Gouvernement de Papouasie-Nouvelle-Guinée dans la mise en œuvre de l’Accord de paix de Bougainville, a dit la représentante, en soulignant que la communauté internationale devait cependant continuer à assister Bougainville pour y renforcer les conditions de paix.


M. JEAN-FRANCIS RÉGIS ZINSOU (Bénin) a relevé le succès obtenu par l’ONU à Bougainville.  L’œuvre de longue haleine menée dans ce cas par l’Organisation a permis de parvenir aux bons résultats dont nous nous félicitions aujourd’hui, a dit le représentant, en indiquant que l’ONU devait tirer des leçons des actions de la MONUB pour améliorer ses opérations de rétablissement et de consolidation de la paix.  Le Bénin exhorte les pays donateurs à continuer de soutenir le Gouvernement de Bougainville et souhaite que l’ONU se donne les moyens de continuer à suivre l’évolution de la situation à Bougainville, a dit le représentant.


M. ADAMANTIOS VASSILAKIS (Grèce) a félicité le Gouvernement de la Papouasie-Nouvelle-Guinée, son peuple et les dirigeants de Bougainville pour leur détermination à mettre pleinement en œuvre l’Accord de paix de 2001.  La route de la paix et de la démocratie a été longue, a-t-il dit, en estimant que dans ce voyage, le peuple et les dirigeants de Bougainville ont eu à leur côté l’allié le plus fidèle et le plus fiable.  Rendant ainsi hommage à la Mission d’observation de l’ONU, le représentant a argué que son personnel et le travail qu’il a accompli incarnent désormais un exemple « remarquable » que les opérations de paix de l’ONU devraient suivre.


Mme ROSEMARY BANKS (Nouvelle-Zélande) a, à son tour, décrit le processus de paix à Bougainville qui prouve que les Nations Unies, et les autres partenaires régionaux et autres peuvent travailler avec les parties durant une longue période pour parvenir à un règlement pacifique du conflit.  Elle a rendu un hommage appuyé à la Mission de l’ONU avant de prévenir que pour l’avenir, le développement économique sera un défi de taille.  La Nouvelle-Zélande, a-t-elle assuré, continuera de travailler avec les Nations Unies et leurs fonds et programmes pour aider le peuple de Bougainville à réaliser ses aspirations à un avenir pacifique.  


M. JOHN DAUTH (Australie) a déclaré que les 20 000 morts de Bougainville ont fait du conflit qui a déchiré ce territoire de 200 000 habitants l’un des plus sanglants au monde.  L’Australie se réjouit de l’issue pacifique qui a pu être trouvée à ce conflit grâce à l’approche prudente adoptée par le Conseil de sécurité et par la MONUB.  L’Australie félicite le peuple de Bougainville et la Papouasie-Nouvelle-Guinée pour leur contribution au processus de paix et leur engagement.  Nous resterons aux cotés des habitants de Bougainville pour les aider à reconstruire leur vie et maintenir la stabilité.


M. ROBERT AISI (Papouasie-Nouvelle-Guinée) a estimé que les Nations Unies peuvent véritablement être fières de ce qu’elles ont accompli à Bougainville tout comme les États Membres qui ont apporté une contribution précieuse.  Il a estimé que le processus de paix à Bougainville a été véritablement, et dès le début, un processus du peuple.  Il s’est félicité d’une véritable connivence entre ce peuple et le leadership national.  Il a, dans ce cadre, rendu hommage à l’appui qu’a su apporter la Mission de l’ONU.  À propos de l’avenir, il a indiqué que l’Organe conjoint de supervision qui doit être mis en place pour la mise en œuvre de l’Accord de paix de Bougainville constituera le mécanisme clef pour la consultation, la coopération et le règlement de tout différend entre le Gouvernement national et le Gouvernement autonome. 


De nombreux défis demeurent en effet, a-t-il poursuivi, en citant d’abord le développement d’une économie capable d’appuyer l’autonomie.  Il a ensuite cité la promotion de la réconciliation et du respect mutuel, et enfin, la bonne gouvernance.  En l’occurrence, il a estimé que les Nations Unies peuvent jouer un rôle très important.  Il a d’ailleurs jugé que la présence des institutions de l’ONU écarte tout doute sur l’engagement continu de la communauté internationale à Bougainville.  Aussi, a-t-il suggéré que les biens de la Mission d’observation soient confiés au PNUD et à d’autres institutions de l’ONU.  Le maintien d’une présence de l’ONU à Arawa, là où le conflit a commencé, contribuerait à renforcer la confiance quant à une région proche de celle que Francis Ona et ses partisans continuent de considérer comme une zone exclusive.  Il a d’ailleurs souligné que cette situation montre que le processus de paix n’est pas tout à fait achevé à Bougainville.


*   ***   *