16/05/2005
Communiqué de presse
CS/8386


Conseil de sécurité

5180e séance – après-midi


LA MANUTO ACHÈVE AVEC SUCCÈS SON MANDAT ET PASSE LE RELAIS À UN BUREAU CHARGÉ D’APPUYER LES EFFORTS INSTITUTIONNELS, EN MATIÈRE DE SÉCURITÉ ET DE DROITS DE L’HOMME AU TIMOR-LESTE


Quatre jours avant le troisième anniversaire de son indépendance, le Timor-Leste et l’action de l’ONU ont été qualifiés de succès par les membres du Conseil de sécurité et leurs six invités qui ont examiné aujourd’hui le rapport de fin de mandat de la Mission d’appui des Nations Unies au Timor oriental (MANUTO)*.  Dernière des quatre missions que l’ONU a déployées dans ce pays depuis 1999, la MANUTO, dont le mandat s’achève le 20 mai prochain, est depuis un an dans une phase de consolidation consistant à appuyer les trois programmes que sont l’administration publique, le système judiciaire et la justice en matière de crimes graves; le renforcement du maintien de l’ordre; et la sécurité et la stabilité.


D’importants progrès ont été réalisés, a affirmé le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, Hédi Annabi, en insistant surtout sur le renforcement des capacités des institutions publiques.  Les délégations ont aussi salué les avancées enregistrées dans l’amélioration des relations entre le Timor-Leste et ses voisins, en particulier l’Indonésie, comme en attestent la visite du Président indonésien, les 8 et 9 avril, l’accord sur 94% de la frontière terrestre, signé le 8 mai, et le lancement prochain des travaux de la Commission vérité et amitié.  L’assistance internationale demeurant cependant indispensable au-delà du 20 mai, le Sous-Secrétaire général, appuyé par tous les autres intervenants, a, une nouvelle fois, salué la décision du Conseil de sécurité de créer une mission de relais. 


Les tâches du Bureau des Nations Unies au Timor-Leste (BUNUTIL), créé par la résolution 1599 du 28 avril 2005 pour un mandat allant jusqu’au 20 mai 2006, ont été précisées aujourd’hui par le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix.  Hédi Annabi a, par exemple, indiqué que sur les 45 conseillers civils prévus pour soutenir la mise en place des institutions publiques vitales, 19 seront affectés au secteur de la justice.  Des conseillers seront également affectés à la rédaction de textes juridiques, à la formation de juristes nationaux et à une formation financière complète.  Les 40 conseillers de la police, autorisés par le Conseil, s’emploieront à renforcer la capacité des unités spécialisées, l’aptitude à diriger des membres de la police nationale dans les domaines administratif et opérationnel, et la gestion au siège de la police.  Les 15 conseillers militaires entreprendront, pour leur part, un certain nombre d’activités pour renforcer les capacités du Groupe des gardes frontières, en aidant, entre autres, le Timor-Leste à coordonner les contacts avec l’armée indonésienne. 


Le Bureau disposera aussi de 10 spécialistes des droits de l’homme dont le mandat a été abondamment commenté par les délégations.  Aussi, les représentants des Etats-Unis et du Royaume-Uni ont-ils appuyé la décision de suspendre la liquidation du Groupe des crimes graves et l’adoption de mesures destinées à sauvegarder le » savoir institutionnel » acquis dans le cadre du processus, en attendant qu’il soumette ses conclusions et que le Conseil de sécurité les examine.  Étant donné que le Conseil n’a pas autorisé le déploiement d’une force de sécurité auxiliaire de 144 soldats, le représentant du Timor-Leste a partagé l’avis du Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix selon lequel le retrait des dernières unités constituées du Timor-Leste risquait d’avoir un impact négatif sur la situation générale en matière de sécurité dans le pays, et peut-être aussi sur la sécurité du personnel de l’ONU. 


* S/2005/310


LA SITUATION AU TIMOR-LESTE


Exposé


M. HÉDI ANNABI, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, a rendu compte de la bonne atmosphère dans laquelle se sont déroulées les élections locales dont les résultats ont accordé un certain nombre de sièges à l’opposition.  Au titre d’autres éléments notables, il a fait part d’une manifestation de 20 jours contre la décision du Gouvernement de faire de la religion une matière facultative à l’école.  Par la suite, une déclaration commune a été signée entre le Premier Ministre et les deux Évêques du Timor-Leste réintégrant la religion dans le Programme scolaire.  Les relations entre le Timor-Leste et l’Indonésie, a-t-il poursuivi, ont continué de s’améliorer comme en atteste la visite du Président indonésien les 8 et 9 avril.  Au cours de cette visite, un accord provisoire sur la frontière a été signé et est entré en vigueur le 8 mai.  Il définit 94% de la frontière terrestre.  Les rapports entre les forces armées indonésiennes et l’unité de patrouille frontalière est-timoraise continuent de se développer grâce à la MANUTO. 


Toutefois, un échange de coups de feu a été enregistré, blessant un soldat indonésien.  Deux réunions ont ensuite été tenues pour échanger des informations et aider les deux parties à poursuivre une enquête impartiale.  Le Sous-Secrétaire général a tout de même indiqué que la partie indonésienne a annulé une troisième réunion jusqu’aux résultats de l’enquête.  Cet incident, a-t-il souligné, met en relief la nécessité d’une présence des Nations Unies dans les questions frontalières.  L’ONU devra aussi finaliser la formation de la patrouille frontalière.  L’unité d’intervention rapide, a-t-il ajouté, doit encore compter, pour une large part, sur la contribution de la police civile de la MANUTO. 


Concernant les institutions publiques, des progrès notables ont continué d’être enregistrés.  Le Sous-Secrétaire général a salué, dans ce cadre, la décision du Conseil de sécurité de créer le BUNUTIL.  Il a donné les détails du personnel nécessaire et fait part des efforts visant à trouver les conseillers les plus adéquats.  S’agissant des conséquences du retrait de la MANUTO, le Sous-Secrétaire général a émis la crainte qu’elle n’ait un impact négatif sur la sécurité du personnel des Nations Unies.  Il a lancé un appel pour que ce vide soit comblé.  Commentant aussi la question de lutte contre les crimes graves, il a souligné que la Commission d’experts a demandé une suspension de la liquidation du Groupe des crimes graves et l’adoption de mesures destinées à sauvegarder le « savoir institutionnel » acquis dans le cadre du processus relatif aux crimes graves, en attendant qu’elle soumette ses conclusions.  Le rapport final de la Commission est attendu d’ici à la fin du mois après la visite qu’elle doit effectuer à Jakarta du 18 au 20 mai.  Les progrès réalisés jusqu’ici sont dus aux dirigeants et à la population.  Toutefois, il ne fait aucun doute que l’ONU a apporté une contribution historique.  Il y a encore beaucoup à faire et un appui de la communauté internationale restera indispensable pour consolider les gains, a conclu le Sous-Secrétaire général.  



Déclarations


M. LAURO L. BAJA (Philippines) a estimé qu’en dépit des progrès accomplis par le Timor-Leste, il était nécessaire de continuer à soutenir ce pays, comme l’indique le Secrétaire général dans son rapport.  En tant que pays contributeur de troupes à la MANUTO, les Philippines ont déclaré être prêtes à appuyer la mise en œuvre du mandat de son successeur, le Bureau des Nations Unies au Timor-Leste (BUNUTIL).  Les Philippines ont salué les étapes indiquées par le Secrétaire général dans son rapport pour assurer la continuité entre les deux missions.  Ensuite, une aide internationale ultérieure sera essentielle, au-delà de l’appui fourni par le BUNUTIL, afin d’atteindre un développement durable au Timor-Leste.  Le représentant a en particulier souligné la préoccupation du Secrétaire général concernant le besoin d’assistance pour assurer la stabilité du pays et garantir la sécurité du personnel.


Notant les progrès réalisés par le Timor-Leste lors de la phase finale de la MANUTO, M. TOSHIRO OZAWA (Japon) a salué l’adoption unanime de la résolution 1599 (2005) du Conseil de sécurité qui a établi le BUNUTIL.  Il a demandé que les Nations Unies ainsi que d’autres organisations internationales et les États Membres continuent, au cours de la prochaine année, de fournir une assistance au Timor-Leste pour l’édification de la nation.  Le BUNUTIL doit, à notre avis, remplir le rôle de coordination pour combiner efficacement l’assistance bilatérale et multilatérale fournies au pays, a-t-il estimé, précisant que le Japon apporterait un soutien fort et continu au Timor-Leste.  Il a indiqué que lors de la Conférence des partenaires pour le développement qui s’est tenue à Dili en avril dernier, son pays avait pris l’engagement de poursuivre et de renforcer son soutien. 


M. ZHANG YISHAN (Chine) a souligné qu’avec l’aide de la communauté internationale, le peuple du Timor-Leste a pu surmonter un grand nombre de difficultés.  Il s’est ainsi félicité de la tenue des élections locales et de l’amélioration des rapports entre le pays et ses voisins.  Il s’est dit convaincu qu’un Timor-Leste libre et démocratique pourra poursuivre la création d’une nation viable, illustrant ainsi le dur labeur de la MANUTO.  Il a rendu hommage à tous les membres de la Mission.  La fin du mandat de la Mission ne signifie pas que les Nations Unies et la communauté internationale doivent cesser leur aide au Timor-Leste.  Les mesures qui seront ensuite prises devront viser le renforcement des institutions publiques. 


Mme ALEXANDRA PAPADOPOULOU (Grèce) a affirmé que grâce à la MANUTO, le Timor-Leste avait réussi à atteindre un niveau de stabilité permettant aujourd’hui de se concentrer sur l’établissement des institutions et le bien-être des populations.  Elle s’est félicitée du renforcement des relations entre le Timor-Leste et l’Indonésie ainsi que des progrès faits pour la mise en place d’un cadre judiciaire dans le pays, rappelant que la lutte contre l’impunité relative aux violations des droits de l’homme devait se poursuivre.  Il faut maintenant axer les efforts sur le BUNUTIL et la réalisation de son mandat, a-t-elle ajouté, déclarant que la Grèce était prête à fournir tous les moyens dont il aurait besoin.  Elle a indiqué qu’il fallait consolider les avancées réalisées jusqu’ici et ouvrir la voie pour un avenir de paix, de stabilité et de prospérité pour les Timorais et pour toute la région.  


Mme AUGUSTINE P. MAHIGA (République-Unie de Tanzanie) s’est dite encouragée par l’évolution positive du pays ces trois derniers mois, se félicitant notamment des avancées en matière de justice et du renforcement des relations avec l’Indonésie.  Elle a estimé que la coopération bilatérale était indispensable pour résoudre les questions en suspens au bénéfice des deux pays, espérant qu’elle inclurait les poursuites concernant les violations des droits de l’homme commises au Timor-Leste.  De plus, elle a affirmé que la mise en place du BUNUTIL constituait un pas important afin que les Timorais s’approprient pleinement le processus d’édification de l’État.  Elle a souhaité que la communauté internationale réponde de manière adéquate et en temps opportun à l’appel du Secrétaire général pour pallier au manque de ressources pour ce Bureau.  Ces ressources additionnelles permettront de stabiliser la situation au Timor-Leste en matière de sécurité et de renforcer ses institutions de gouvernance démocratique, a-t-elle conclu, affirmant qu’un soutien extérieur sera encore nécessaire après la fin du mandat du BUNUTIL.


M. MIHNEA MOTOC (Roumanie) a exprimé son soutien à la mission politique de relais qui sera prochainement déployée au Timor-Leste, après la fin du mandat de la MANUTO, conformément à la résolution 1559 (2005) du Conseil de sécurité.  Il s’est également félicité que le rapport du Secrétaire général note des progrès significatifs dans les domaines de la stabilité, du développement, de la consolidation démocratique et des institutions étatiques dans le pays.  La délégation roumaine est encouragée, a-t-il ajouté, par l’amélioration constante de la coopération entre le Timor-Leste et l’Indonésie, et espère que cette coopération débouchera sur l’achèvement de la délimitation de leur frontière terrestre commune.  Cependant, la Roumanie considère, à l’instar du Secrétaire général, que des défis restent à relever au Timor-Leste, notamment en matière d’assistance internationale et bilatérale, indispensable pour permettre au Timor-Leste une autosuffisance.


M. JEAN NOËL POIRIER (France) a félicité le peuple et les autorités timoraises pour les progrès accomplis, en particulier dans le renforcement des institutions d’État et l’implantation de la démocratie.  Félicitant aussi les membres de la Mission pour leur contribution décisive à ce succès, le représentant a souligné que les Nations Unies continueront à jouer un rôle d’accompagnement essentiel grâce au BUNITIL.  Il a enfin accueilli avec satisfaction l’amélioration continue des relations entre le Timor-Leste et ses voisins au premier rang desquels l’Indonésie, comme en attestent la visite du Président indonésien et l’accord sur la frontière terrestre.  Il a dit son intention de continuer à suivre de près cette question, en déclarant, par ailleurs, attendre avec impatience le rapport de la Commission des crimes graves. 


M. JEAN-FRANCIS RÉGIS ZINSOU (Bénin) a salué la vitesse avec laquelle une passerelle a pu être aménagée entre la MANUTO et le BUNUTIL.  Bien que le mandat de ce Bureau reste en deçà des attentes du Gouvernement du Timor-Leste, sa création confirme la volonté de maintenir une présence internationale dans le pays à l’heure de la consolidation des acquis.  La délégation s’est ensuite félicitée des progrès accomplis dans les domaines juridiques et sécuritaires, ainsi que dans celui des droits de l’homme.  L’amélioration de la situation politique est rassurante, a estimé le délégué, ainsi que les relations de bon voisinage avec l’Indonésie, comme le démontre la signature de l’accord provisoire sur la frontière.  Ce sont là autant de progrès significatifs qui placent l’avenir du Timor-Leste sous d’heureux augures, a estimé le représentant du Bénin.  Il a toutefois attiré l’attention sur la nécessité de renforcer l’appareil judiciaire du pays, ainsi que sur le professionnalisme de la police nationale.  Le Bénin a conclu en engageant les Nations Unies à aider le pays en mobilisant un soutien international.


M. STUART W. HOLLIDAY (États-Unis) s’est, à son tour, félicité du travail remarquable de la MANUTO et de la détermination admirable du peuple et des autorités du Timor-Leste.  Il a salué les efforts de la communauté internationale en l’appelant à aider désormais le pays à répondre lui-même à ses propres besoins.  Le représentant a toutefois reconnu que le Timor-Leste devra encore compter sur l’appui de pays amis dont les États-Unis.  La transition du maintien de la paix au développement durable est une étape cruciale pour le pays, a-t-il ajouté, en disant, à son tour, attendre avec impatience le rapport de la Commission sur les crimes graves.  Il a jugé essentiel que les Nations Unies gardent un exemplaire de tous les dossiers traités par cette Commission.  Aussi a-t-il salué la décision de l’ONU de maintenir le personnel de cette Commission.  Il a appuyé l’idée selon laquelle il convient de suspendre la liquidation du Groupe d’experts jusqu’à ce que le Conseil analyse le rapport de la Commission.  Il a conclu en appelant les partenaires bilatéraux et multilatéraux du pays à continuer de coopérer avec le Timor-Leste pour consolider les gains.  Il a espéré qu’en cette dernière année de présence internationale, le Bureau aura donné les moyens au Timor-Leste d’assurer sa viabilité.


M. CÉSAR MAYORAL (Argentine) a estimé que l’expérience du Timor-Leste a été extrêmement concluante, notamment en ce qui concerne la mise en place d’un état démocratique stable.  Toutefois, l’aide de la communauté internationale restera nécessaire dans les années à venir afin de consolider les acquis.  Le représentant s’est ensuite félicité de la signature d’un accord concernant la délimitation de la frontière terrestre entre l’Indonésie et le Timor-Leste, qui atteste de relations de bon voisinage.  Il a cependant attiré l’attention sur les questions restées en suspens des réfugiés et de la frontière maritime, rappelant que ce pays avait l’indice de développement le plus faible d’Asie et aurait plus que jamais besoin d’une assistance internationale à l’avenir.  Pour ce qui est de la Commission amitié et vérité, l’Argentine espère qu’elle pourra œuvrer à la réconciliation.


M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a déclaré que, grâce aux efforts du Gouvernement et du peuple timorais et à l’assistance de la MANUTO, le Timor-Leste a continué d’avancer sur la voie qui le mènera à l’autosuffisance.  Il s’est en outre félicité de la qualité des relations bilatérales entre ce pays et l’Indonésie et de leur décision de créer une commission vérité et amitié, ainsi que de la signature de l’Accord qui couvre 96% de la frontière terrestre.  La délégation algérienne a également pris note des progrès dans les négociations entre le Timor-Leste et l’Australie concernant les gisements pétroliers offshore, dont l’exploitation pourrait aider considérablement au développement économique du premier.  Estimant que la Mission politique de relais établie par la résolution 1599 (2005) permettrait aux Nations Unies de consolider les progrès déjà accomplis au Timor-Leste, M. Baali a estimé que ce pays avait encore besoin de l’appui financier de la communauté internationale ainsi que des donateurs multilatéraux et bilatéraux.


M. PAUL JOHNSTON (Royaume-Uni) a rendu hommage à la MANUTO, estimant que désormais, les Nations Unies poursuivront leurs efforts dans le cadre d’une assistance ciblée.  Il s’est dit heureux que la priorité soit accordée à la formation des patrouilles de frontières.  Il a aussi appelé au renforcement des relations bilatérales entre le pays et ses voisins.  En l’occurrence, il s’est félicité que l’Indonésie accorde désormais des visas aux membres de la Commission des crimes graves.  Il a aussi jugé important que l’essentiel du Groupe d’experts soit maintenu pour préserver les informations aussi longtemps que nécessaire.


M. HENRIQUE R. VALLE (Brésil) a salué les progrès significatifs ont été accomplis par le Timor-Leste.  Toutefois, en dépit des succès de la MANUTO, il reste de nombreux défis à relever au Timor-Leste, pays très pauvre qui a besoin d’une assistance internationale.  Le Timor-Leste a besoin d’une transition sans heurts pour consolider ses acquis démocratiques, a poursuivi le représentant, qui a salué à cet égard la mise ne place du BUNUTIL.  Il s’est félicité de la signature de l’accord provisoire sur la frontière et la tenue d’élections locales en mars dernier dans les districts de l’est.  Par ailleurs, le représentant brésilien s’est félicité de ce que les questions religieuses soient bien respectées dans les institutions scolaires.  Cette mesure, a-t-il ajouté, souligne la maturité du Gouvernement timorais face à des questions aussi délicates.  De l’avis de la délégation, fournir une assistance à long terme est le meilleur moyen de s’assurer que la violence ne ressurgisse à l’avenir.  Il faut avoir des projets créateurs de revenus pour relancer l’économie.  Par ailleurs, des efforts ont été faits vers la timorisation des institutions publiques, a poursuivi le représentant, et il faut maintenant renforcer la primauté du droit.  Il est important également d’achever aussi rapidement que possible les activités du Groupe des crimes graves en attendant le transfert de ces questions au Gouvernement timorais.


M. VADIM S. SMIRNOV (Fédération de Russie) a, à son tour, rendu hommage aux membres de la MANUTO.  Le Timor-Leste continue d’avoir besoin de l’aide extérieure pour assurer sa sécurité, sa stabilité et son développement, a-t-il rappelé en se félicitant de la création du BUNUTIL.  La stabilité dépend des relations de bon voisinage avec les pays de la région, a-t-il précisé en se félicitant de l’amélioration des relations entre le Timor-Leste et l’Indonésie.  Il a espéré que la Commission vérité et amitié permettra de consolider ces liens.


Mme ELLEN MARGRETHE LØJ (Danemark) a salué l’évolution positive continue à Timor-Leste.  Des progrès notables ont été réalisés au niveau électoral grâce à la tenue d’élections locales et un accord provisoire a été signé sur le tracé de la frontière terrestre avec l’Indonésie.  La lutte contre l’impunité reste toutefois d’une grande importance pour le peuple et le Gouvernement du Timor-Leste.  À cet égard, le Danemark s’est félicité de la récente visite d’une commission d’experts dans le pays et de celle qui sera prochainement effectuée en Indonésie.  La délégation a exhorté les deux parties à se montrer aussi coopératives que possible.  Avec la fermeture de la MANUTO, a conclu la représentante du Danemark, l’accent se portera sur la consolidation de la paix et le développement durable et la présence des Nations Unies sera réduite pour permettre aux Timorais d’assumer leur leadership.


M. PETER TESCH (Australie) a déclaré que l’engagement de l’ONU montrera la manière dont elle peut faire la différence.  Rendant dûment hommage à la détermination du peuple et des autorités timoraises et à la bonne volonté de l’Indonésie, il a rappelé les efforts déployés par son pays pour faire du Timor-Leste un État viable et stable.  Il faut beaucoup plus, a-t-il reconnu en saluant la création du BUNUTIL.  Dans le même temps, la communauté internationale doit rester engagée, en particulier, en renforçant son appui à la formation de la police et des forces de sécurité ainsi qu’au système judiciaire.  Seules des améliorations dans ces domaines essentiels permettront au pays de réaliser les objectifs à long terme du développement, a prévenu le représentant. 


S’exprimant au nom de l’Union européenne, M. JEAN-MARC HOSCHEIT (Luxembourg) s’est félicité de l’adoption de la résolution 1599, qui prévoit l’établissement d’une mission politique au Timor-Leste, le BUNUTIL, pour une période d’un an, chargée notamment d’appuyer la mise en place des institutions d’Etat.  Pour l’Union européenne, si des progrès ont été accomplis dans de nombreux domaines, des problèmes restent à résoudre dans d’autres et il demeure essentiel de poursuivre l’assistance internationale à cet égard.  L’Union européenne se félicite ainsi du déroulement pacifique des élections locales dans trois districts supplémentaires ainsi que de progrès accomplis en vue de consolider le cadre juridique timorais.  Le représentant s’est toutefois déclaré préoccupé par l’absence de progrès enregistrés dans la lutte contre l’impunité.  Les responsables des violations graves des droits de l’homme commises au Timor-Leste en 1999 doivent répondre de leurs crimes, conformément aux résolutions 1573 et 1599 du Conseil de sécurité.  Dans ce contexte, l’Union européenne appelle toutes les parties à coopérer pleinement avec la Commission d’experts du Secrétaire général, mandatée pour examiner les processus judiciaires dans les deux pays.  Elle attend par ailleurs avec impatience le rapport et les recommandations de la Commission proposant les moyens de traiter cette question, y compris de quelle manière son examen pourrait assister la Commission amitié et vérité qui vient d’être mise en place par le Timor-Leste et l’Indonésie.


M. REZLAN ISHAR JENIE (Indonésie) s’est aussi félicité du travail accompli par la MANUTO.  Les structures administratives de base pour la viabilité du Timor-Leste fonctionnent de manière satisfaisante, a-t-il précisé.  Les progrès effectués par les autorités timoraises sont remarquables mais les défis à venir sont considérables, a-t-il prévenu en attirant l’attention sur le niveau de développement du pays en Asie.  Malgré l’achèvement réussi du mandat de la MANUTO, l’assistance internationale est toujours indispensable, a-t-il insisté en se félicitant de la création du BUNUTIL.  Il a espéré que le Bureau pourra renforcer la phase de consolidation que la MANUTO a lancée, il y a un an.  Pour assurer son succès, le Bureau doit pouvoir fournir l’assistance requise de manière efficace et donner aux Timorais un sens d’appropriation des programmes.  A cet égard, il a attiré l’attention du Conseil sur le lancement prochain de la formation de 100 policiers timorais, assurée par l’Indonésie.  Il a conclu en insistant ainsi sur l’amélioration soutenue des relations entre son pays et le Timor-Leste.  La Commission conjointe des ministres des affaires étrangères demeure un vecteur important de la coopération bilatérale, a-t-il expliqué en saluant son dynamisme.  Commentant la création de la Commission vérité et amitié, chargée en particulier de la question des violations des droits de l’homme, le représentant a estimé qu’il s’agit du meilleur mécanisme acceptable pour se pencher sur cette période douloureuse de l’histoire des deux peuples.  L’Indonésie, a-t-il affirmé, est consciente que la résolution 1599 demandait au Groupe d’experts d’examiner les moyens d’aider la Commission vérité et amitié.  Aussi, des membres du Groupe ont-ils été invités en Indonésie qui se félicite de la contribution positive qu’il pourra apporter.  Concluant par la question frontalière, il a rappelé la signature, le 8 mai, de l’accord pertinent, en assurant que le Sous-Comité technique poursuit ses discussions sur les 4% de la frontière non couverts par l’accord.


M. RAHMAN (Malaisie) a déclaré que son pays est conscient du rôle important joué par la MANUTO, qui a contribué au maintien d’un climat de sécurité et à l’établissement d’un état de droit au Timor-Leste.  Toutefois, comme l’a souligné le Secrétaire général, l’aide internationale apparaît plus que jamais nécessaire pour soutenir le Timor-Leste dans la consolidation de ses gains remarquables.  La délégation note que même si le BUNUTIL n’est pas en mesure de réunir toutes les ressources nécessaires à la réalisation de son mandat, il saura apporter une contribution significative dans la phase de transition.  Il est essentiel que celle-ci puisse se faire avec la coopération des partenaires bilatéraux, grâce à la poursuite d’une aide technique.  Il incombe en outre à la communauté internationale de maintenir son aide au moment où va débuter le mandat de le BUNUTIL, a ajouté la délégation, qui a conclu en affirmant qu’il y aura des domaines où il pourra jouer un rôle important, notamment ceux des droits de l’homme et de la justice.


M. JOAO SALGUEIRO (Portugal) s’est félicité du travail de la Commission indépendante d’experts nommée par le Secrétaire général concernant les violations des droits de l’homme de 1999 et a noté les développements positifs dans la relation entre le Timor-Leste et l’Indonésie.  Appuyant la mise en place du BUNUTIL, il a affirmé que, bien que le pays demeure calme et stable, il était important pour le Conseil de sécurité de suivre attentivement la situation sur le terrain en tenant compte du retrait des derniers contingents de l’ONU.  Il a estimé que le pays se trouvait dans une phase critique du renforcement des capacités de sa force de police et a noté, à cet égard, que le Portugal travaillait avec le Secrétariat pour fournir un soutien bilatéral aux efforts du BUNUTIL pour épauler la police nationale.  Enfin, il a demandé que le Timor-Leste bénéficie d’une aide soutenue et cohérente de la part du système des Nations Unies, afin de préserver les investissements déjà effectués.  Faisant remarquer que son pays avait investi quelque 350 millions d’euros entre 1999 et 2005 et que des milliers de Portugais avaient participé aux contingents de la MANUTO et, précédemment de l’ATNUTO, il a indiqué que le Portugal était toujours prêt à soutenir le Timor-Leste à un tel niveau. 


M. JOSE LUIS GUTERRES (Timor-Leste) a salué la décision du Conseil de sécurité de maintenir la présence de la communauté internationale au Timor-Leste grâce à l’établissement du BUNUTIL.  Il a affirmé que son gouvernement ne ménagerait aucun effort pour protéger le personnel des Nations Unies déployé dans le cadre de cette mission politique de relais.  Le délégué s’est ensuite félicité du fait que les questions de la justice et de la finance sont prioritairement couvertes par la création de 45 postes de conseillers dans les institutions d’État.  Le mois dernier, l’Église catholique a organisé une manifestation qui a duré 20 jours, pendant lesquels un dialogue a été engagé entre le Gouvernement et les autorités ecclésiastiques.  Celui-ci a débouché sur la possibilité pour les parents de faire un choix au moment de scolariser leurs enfants.  Par ailleurs, les élections locales ont été couronnées de succès et ont renforcé la démocratie timoraise.  S’agissant de la coopération avec l’Indonésie, le Timor-Leste s’est félicité entre autres de la décision de celle-ci de former ses agents de police ainsi que de la signature d’un accord bilatéral provisoire couvrant 96% de la frontière commune terrestre entre les deux pays.  Quant à la délimitation de la frontière maritime avec l’Australie, des progrès ont été accomplis, comme dans les relations avec les pays de l’ANASE.  Le représentant a en outre rappelé que la nomination du premier ombudsman avait été entérinée par le Parlement.  Malgré toutes ces mesures, le Timor-Leste reste extrêmement pauvre et face à la situation économique à laquelle il est confronté, le pays a besoin de l’appui de la communauté internationale, a conclu M. Gutteres.


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