29/03/05
Communiqué de presse
CS/8346



Conseil de sécurité

5153e séance – soir


APRÈS L’EMBARGO SUR LES ARMES, LE CONSEIL DE SÉCURITÉ IMPOSE AUX PARTIES AU CONFLIT DU DARFOUR DES RESTRICTIONS SUR LEURS DÉPLACEMENTS ET LE GEL DE LEURS AVOIRS FINANCIERS


Vu le défaut par le Gouvernement soudanais, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’égalité, parties au conflit du Darfour, d’honorer leurs engagements, le Conseil a décidé, cet après-midi, par la résolution 1591 (2005), adoptée par 12 voix pour et 3 abstentions (Algérie, Chine et Fédération de Russie), d’ajouter d’autres sanctions à l’embargo sur les armes prévu par la résolution 1556 du 30 juillet 2004. 


Cinq jours après l’adoption de la résolution 1590, portant création de la Mission des Nations Unies au Soudan (MINUS) pour contribuer à l’application l’Accord de paix global du 9 janvier 2005 entre le Nord et le Sud, le Conseil, agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte, a imposé à « toutes les parties à l’Accord de cessez-le-feu de N’Djamena et à tout autre belligérant dans les États du Darfour-Nord, du Darfour-Sud et du Darfour-Ouest », outre l’embargo sur les armes avec effet immédiat, des restrictions sur les déplacements à l’étranger et le gel des fonds, avoirs financiers et ressources économiques.  Les individus justiciables de ces mesures seront désignés par un Comité que le Conseil a créé pour suivre l’application des sanctions.  Le Comité sera aidé, dans sa tâche, par un groupe d’experts de quatre personnes que le Conseil demande au Secrétaire général de l’ONU de créer, pour une période six mois. 


Les nouvelles sanctions entreront en vigueur dans 30 jours à moins que le Conseil de sécurité ne constate que les parties au conflit au Darfour ont honoré tous leurs engagements et répondu à toutes les exigences en vertu de l’Accord de cessez-le-feu et des Protocoles d’Abuja.  Sur la recommandation de son Comité, le Conseil se dit prêt à envisager, sur recommandation de son Comité, de modifier ou de rapporter les sanctions à la fin d’une période de 12 mois ou avant s’il considère que les parties au conflit ont satisfait à tous les engagements et exigences.  Dans l’hypothèse où les parties failliraient et où la situation au Darfour continuerait à se détériorer, le Conseil envisagerait des mesures supplémentaires.


Conformément à l’Accord de cessez-le-feu du 8 avril 2004 et aux Protocoles relatifs à la situation humanitaire et à la sécurité d’Abuja du 9 novembre 1994, les parties avaient notamment accepté d’indiquer l’emplacement de leurs forces, de faciliter l’assistance humanitaire et de coopérer pleinement avec la Mission de l’Union africaine (MUAS).   


Commentant le texte, adopté aujourd’hui, le représentant de l’Algérie a émis des doutes quant à la pertinence de « certaines mesures prévues » au regard de l’évolution de la crise du Darfour et de l’impact négatif qu’elles risquent d’avoir sur le processus de paix Nord/Sud.  En appui à ces propos, les représentants de la Fédération de Russie et de la Chine ont regretté que le Conseil impose des sanctions au Gouvernement soudanais au moment même où doit arriver une Mission de l’ONU qui, pour bien fonctionner, doit pouvoir bénéficier de l’appui dudit Gouvernement. 


Par ces actions, le Conseil ne fait que compliquer la situation, a renchéri le représentant du Soudan après avoir prévenu qu’il le tiendra responsable d’avoir fait le jeu des autres parties au conflit.  Auteur de la résolution, le représentant des États-Unis a réitéré sa ferme conviction que ce texte contribuera au règlement du conflit au Darfour.  Le représentant de la Tanzanie a également pris la parole. 


RAPPORTS DU SECRÉTAIRE GÉNÉRAL SUR LE SOUDAN


Projet de résolution S/2005/206


Le Conseil de sécurité,


Rappelant ses résolutions 1547 (2004) du 11 juin 2004, 1556 (2004) du 30 juillet 2004, 1564 (2004) du 18 septembre 2004, 1574 (2004) du 19 novembre 2004, 1585 (2005) du 10 mars 2005, 1588 (2005) du 17 mars 2005 et 1590 (2005) du 24 mars 2005 ainsi que les déclarations de son président concernant le Soudan,


Réaffirmant son attachement à la souveraineté, l’unité, l’indépendance et l’intégrité territoriale du Soudan, et rappelant l’importance des principes de bon voisinage, de non-ingérence et de coopération régionale,


Rappelant les engagements souscrits par les parties en signant, le 8 avril 2004, l’Accord de cessez-le-feu de N’Djamena et, le 9 novembre 2004, les Protocoles d’Abuja relatives à la situation humanitaire et à la sécurité, respectivement, entre le Gouvernement soudanais, le Mouvement/Armée de libération du Soudan (SLM/A) et le Mouvement pour la justice et l’égalité, ainsi que les engagements pris dans le communiqué commun publié le 3 juillet 2004 par le Gouvernement soudanais et le Secrétaire général,


Se félicitant de la signature, le 9 janvier 2005 à Nairobi, de l’Accord de paix global entre le Gouvernement soudanais et le Mouvement/Armée populaire de libération du Soudan (SPLM/A),


Sachant que les parties à l’Accord de paix global doivent tirer parti de cet accord pour apporter la paix et la stabilité à tout le pays et demandant à toutes les parties soudanaises, et en particulier à celles qui sont parties à l’Accord, de prendre immédiatement des mesures pour parvenir à un règlement pacifique du conflit au Darfour et de faire tout ce qu’il faut pour empêcher de nouvelles violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire et mettre un terme à l’impunité, y compris dans la région du Darfour,


Se déclarant extrêmement préoccupé par les conséquences désastreuses de la persistance du conflit pour la population civile de la région du Darfour et du Soudan tout entier, et singulièrement par l’accroissement du nombre de réfugiés et personnes déplacées,


Considérant que le retour volontaire des réfugiés et personnes déplacées, dans des conditions susceptibles de durer, sera un facteur déterminant pour la consolidation du processus de paix,


Se déclarant profondément préoccupé par la sécurité des agents humanitaires et par l’accès qui leur est ménagé aux populations qui ont besoin d’eux, y compris les réfugiés, les personnes déplacées et les autres personnes touchées par la guerre,


Condamnant les violations persistantes de l’Accord de cessez-le-feu de N’Djamena, en date du 8 avril 2004, et des Protocoles d’Abuja, en date du 9 avril 2004, par toutes les parties au Darfour, ainsi que la détérioration des conditions de sécurité et ses répercussions sur les opérations d’assistance humanitaire,


Condamnant vigoureusement toutes les violations des droits de l’homme et du droit international humanitaire dans la région du Darfour, en particulier la persistance des violences dirigées contre des civils et de la violence sexuelle à l’égard des femmes et des filles depuis l’adoption de la résolution 1574 (2004), exhortant toutes les parties à prendre les mesures nécessaires pour prévenir de nouvelles violations, et se déclarant résolu à faire en sorte que les responsables de ces violations soient démasqués et traduits en justice sans délai,


Conscient que l’appui de la communauté internationale est essentiel à l’application de l’Accord de paix global, soulignant que des avancées en vue du règlement du conflit du Darfour créeraient des conditions permettant de fournir un tel appui et inquiet de constater que la violence au Darfour persiste néanmoins,


Rappelant qu’il a exigé, dans ses résolutions 1556 (2004), 1564 (2004) et 1574 (2004), de toutes les parties au conflit au Darfour qu’elles s’abstiennent de toute violence contre les civils et coopèrent pleinement avec la Mission de l’Union africaine au Darfour,


Se félicitant de la teneur le 16 février 2005 à N’Djamena d’un sommet consacré au Darfour, du fait que l’Union africaine reste déterminée à jouer un rôle clef en vue de faciliter le règlement du conflit au Darfour sous tous ses aspects, ainsi que de l’annonce le 16 février 2005 par le Gouvernement soudanais de l’adoption avec effet immédiat de mesures, notamment le retrait de ses forces de Labado, Qarifa et Marla au Darfour, ainsi que de l’avion Antonov basé au Darfour,

Saluant l’action menée par l’Union africaine et en particulier par son Président, constatant les progrès qu’elle a accomplis en ce qui concerne le déploiement d’une force internationale de protection, de forces de police et d’observateurs militaires, et lançant un appel à tous les États Membres pour qu’ils apportent d’urgence une contribution généreuse à la Mission de l’Union africaine au Darfour,


Réaffirmant ses résolutions 1325 (2000) sur les femmes, la paix et la sécurité, 1379 (2001) et 1460 (2003) sur les enfants dans les conflits armés, 1265 (1999) et 1296 (2000) sur la protection des civils dans les conflits armés et 1502 (2003) sur la protection des agents des services d’aide humanitaire et du personnel des Nations Unies,


Prenant note des rapports du Secrétaire général en date du 3 décembre 2004 (S/2004/947), du 31 janvier 2005 (S/2005/57 et Add.1), du 4 février 2005 (S/2005/68) et du 4 mars 2005 (S/2005/140), ainsi que du rapport de la Commission internationale d’enquête du 25 janvier 2005 (S/2005/60),


Considérant que la situation au Soudan continue de représenter une menace pour la paix et la sécurité internationales,


Agissant en vertu du Chapitre VII de la Charte des Nations Unies,


1.    Déplore vivement que le Gouvernement, les forces rebelles et tous les autres groupes armés au Darfour ne se soient pas conformés pleinement à leurs engagements ni aux exigences dictées par le Conseil dans ses résolutions 1556 (2004), 1564 (2004) et 1574 (2004), condamne les violations persistantes de l’Accord de cessez-le-feu de N’Djamena et date du 8 avril 2004 et des Protocoles d’Abuja en date du 9 novembre 2004, y compris les frappes aériennes effectuées par le Gouvernement soudanais en décembre 2004 et janvier 2005, les attaques perpétrées par les rebelles contre des villages du Darfour en janvier 2005 et le défaut par le Gouvernement soudanais de désarmer les milices janjaouid, saisir et traduire en justice les chefs janjaouid et leurs acolytes qui ont violé les droits de l’homme et le droit international humanitaire et commis d’autres atrocités, et exigede toutes les parties qu’elles entreprennent immédiatement d’honorer leurs engagements qu’elles ont pris de respecter l’Accord de cessez-le-feu de N’Djamena et les Protocoles d’Abuja, notamment d’indiquer l’emplacement de leurs forces, de faciliter l’assistance humanitaire et de coopérer pleinement avec la Mission de l’Union africaine;


2.    Souligne qu’il ne saurait y avoir de solution militaire au conflit du Darfour et lance un appel au Gouvernement soudanais et aux groupes rebelles, en particulier au Mouvement pour la justice et l’égalité et au Mouvement/Armée de libération du Soudan afin qu’ils reprennent rapidement et sans conditions préalables, les pourparlers d’Abuja et négocient de bonne foi pour parvenir rapidement à un accord, et exhorte les parties à l’Accord de paix global à jouer un rôle actif et constructif à l’appui des pourparlers d’Abuja et à prendre immédiatement des mesures pour appuyer le règlement pacifique du conflit au Darfour;


3.    Décide, vu le défaut par les parties au conflit du Darfour d’honorer leurs engagements,


a)    De créer, conformément à l’article 28 de son règlement intérieur provisoire, un Comité du Conseil de sécurité composé de tous ses membres (ci-après dénommé « le Comité ») qui sera chargé des tâches suivantes :


i)    Suivre l’application des mesures visées aux alinéas d) et e) du présent paragraphe ainsi qu’aux paragraphes 7 et 8 de la résolution 1556 (2004) et au paragraphe 7 ci-après;


ii)   Désigner les individus justiciables des mesures édictées aux alinéas d) et e) et examiner les demandes de dérogation conformément aux alinéas f) et g);


iii)  Arrêter les principes directeurs qui seraient nécessaires pour faciliter l’application des mesures édictées aux alinéas d) et e);


iv)   Faire rapport tous les 90 jours au Conseil de sécurité sur ses travaux;


v)    Examiner et approuver, toutes les fois qu’il l’estimerait approprié, les mouvements de matériels et fournitures militaires au Darfour par le Gouvernement soudanais conformément au paragraphe 7 ci-dessous;


vi)   Évaluer les rapports émanant du Groupe d’experts créé en application de l’alinéa b) du présent paragraphe et d’États Membres, de la région en particulier, sur les dispositions concrètes qu’ils prennent pour appliquer les mesures édictées aux alinéas d) et e) et au paragraphe 7 ci-dessous;


vii)  Encourager le dialogue avec les États Membres intéressés, en particulier de la région, notamment en invitant leurs représentants à le rencontrer afin d’examiner la question de l’application des mesures;


b)    De prier le Secrétaire général de créer, pour une période de six mois, en consultation avec le Comité, dans un délai de 30 jours à compter de la date d’adoption de la présente résolution, un groupe d’experts composé de quatre personnes, agissant sous la direction du Comité, établi à Addis-Abeba et qui se rendra régulièrement à El Fasher (Soudan) et en d’autres endroits du Soudan et ayant pour tâches :


i)    D’aider le Comité à suivre l’application des mesures visées aux alinéas d) et e) du présent paragraphe, aux paragraphes 7 et 8 de la résolution 1556 (2004) ainsi qu’au paragraphe 7 de la présente résolution et de formuler des recommandations au Comité touchant des mesures que le Conseil pourrait souhaiter examiner;


ii)   De faire rapport au Comité sur ses travaux à mi-mandat, et de présenter au Conseil un rapport intérimaire au plus tard 90 jours après l’adoption de la présente résolution et, par l’intermédiaire du Comité, un rapport final contenant ses conclusions et recommandations au plus tard 30 jours après la fin de son mandat; et


iii)  De coordonner, selon qu’il conviendra, ses activités avec les opérations en cours de la Mission de l’Union africaine au Soudan;


c)    Décide que toute personne qui, d’après le Comité créé par l’alinéa a) ci-dessus, au vu des informations communiquées par les États Membres, le Secrétaire général, le Haut Commissaire aux droits de l’homme ou le Groupe d’experts créé conformément à l’alinéa b) du présent paragraphe et par d’autres sources pertinentes, fait obstacle au processus de paix, constitue une menace pour la stabilité au Darfour et dans la région, viole le droit international humanitaire ou le droit international relatif aux droits de l’homme ou commet d’autres atrocités, contrevient aux mesures édictées aux paragraphes 7 et 8 de la résolution 1556 (2004) ou au paragraphe 7 de la présente résolution telles qu’appliquées par un État, ou est responsable de survols militaires à caractère offensif mentionnés au paragraphe 6 de la présente résolution, sera passible des mesures prévues aux alinéas d) et e) ci-dessous;


d)    Décide que tous les États prendront les mesures nécessaires pour prévenir l’entrée sur leur territoire ou le passage en transit par leur territoire de toute personne désignée par le Comité conformément à l’alinéa c) ci-dessus, étant entendu qu’aucune disposition du présent alinéa ne peut contraindre un État à refuser à ses propres ressortissants l’entrée sur son territoire;


e)    Décide que tous les États devront geler tous fonds, avoirs financiers et ressources économiques se trouvant sur leur territoire à la date de l’adoption de la présente résolution ou par la suite, qui sont la propriété ou sous le contrôle direct ou indirect, des personnes désignées par le Comité par application de dispositions de l’alinéa c) ci-dessus, ou qui sont détenus par des entités détenues ou contrôlées, directement ou indirectement, par ces personnes ou par des personnes agissant en leur nom ou sur leurs instructions, et décide en outre que tous les États devront veiller à empêcher leurs ressortissants ou quiconque se trouvant sur leur territoire de mettre à la disposition de ces personnes ou entités des fonds, avoirs financiers ou ressources économiques ou d’en permettre l’utilisation à leur profit;


f)    Décide que les mesures édictées à l’alinéa d) ci-dessus ne trouvent pas application si le Comité créé en application de l’alinéa a) ci-dessus détermine que le voyage concerné est justifié pour des motifs humanitaires, y compris pour accomplir un devoir religieux, ou considère qu’une dérogation favoriserait la réalisation des objectifs des résolutions du Conseil, à savoir la paix et la stabilité au Soudan et dans la région;


g)    Décide que les mesures édictées à l’alinéa e) de la présente résolution ne s’appliquent pas aux fonds, autres avoirs financiers et ressources économiques si :


i)    Les États concernés ont établi qu’ils étaient nécessaires pour régler des dépenses ordinaires (vivres, loyers ou mensualités de prêts hypothécaires, médicaments ou frais médicaux, impôts, primes d’assurance, factures de services collectifs de distribution) ou pour verser des honoraires d’un montant raisonnable et rembourser des dépenses engagées par des juristes dont les services ont été employés, ou acquitter des frais ou commissions de tenue des fonds gelés, autres avoirs financiers ou ressources économiques institués par la législation nationale, dès lors que lesdits États ont informé le Comité de leur intention d’autoriser, dans les cas où cela serait justifié, l’accès auxdits fonds, autres avoirs financiers ou ressources économiques, et que celui-ci ne s’y est pas opposé dans les deuxjours ouvrables qui ont suivi;


ii)   Les États concernés ont établi qu’ils étaient nécessaires pour régler des dépenses extraordinaires, pour autant que lesdits États en aient avisé le Comité et que celui-ci ait donné son accord;


iii)  Les États concernés ont établi qu’ils faisaient l’objet d’un privilège ou d’une décision judiciaire, administrative ou arbitrale, auquel cas les fonds, autres avoirs financiers ou ressources économiques pourront être utilisés à cette fin, pour autant que le privilège ou la décision soit antérieur à la présente résolution, qu’il ne soit pas au profit d’une personne ou entité désignée par le Comité et qu’il ait été porté à la connaissance de ce dernier par les États concernés;


4.    Décide que les mesures édictées aux alinéas d) et e) du paragraphe 3 entreront en vigueur 30 jours à dater de l’adoption de la présente résolution, à moins que le Conseil de sécurité ne constate avant cette date que les parties au conflit au Darfour ont honoré tous leurs engagements et répondu à toutes les exigences visés plus haut au paragraphe 1 et au paragraphe 6 ci-après;


5.    Se déclare prêt à envisager de modifier ou de rapporter les mesures édictées au paragraphe 3 sur la recommandation du Comité ou à la fin d’une période de 12 mois à dater de l’adoption de la présente résolution, ou avant si le Conseil de sécurité considère que les parties au conflit du Darfour ont satisfait à tous les engagements et exigences visés plus haut au paragraphe 1 et au paragraphe 6 ci-après;


6.    Exige du Gouvernement soudanais qu’il s’abstienne, conformément aux engagements qu’il a pris en vertu de l’Accord de cessez-le-feu de N’Djamena le 8 avril 2004 et au Protocole d’Abuja du 9 novembre 2004 relatif à la sécurité, de toute activité militaire aérienne à caractère offensif dans la région du Darfour et au-dessus de la région, et invite la Commission du cessez-le-feu de l’Union africaine à communiquer, selon qu’il conviendra, toute information pertinente à ce sujet au Secrétaire général, au Comité ou au Groupe d’experts visé à l’alinéa b) du paragraphe 3;


7.    Réaffirme les mesures édictées aux paragraphes 7 et 8 de la résolution 1556 (2004) et décide que celles-ci s’appliqueront également, dès l’adoption de la présente résolution, à toutes les parties à l’Accord de cessez-le-feu de N’Djamena et à tout autre belligérant  dans les États du Darfour-Nord, du Darfour-Sud et du Darfour-Ouest; décide que ces mesures ne s’appliquent ni aux approvisionnements ni à la formation et l’aide technique y afférentes mentionnés au paragraphe 9 de la résolution 1556 (2004); décide qu’elles ne s’appliquent pas en ce qui concerne l’assistance et les approvisionnements à l’appui de la mise en œuvre de l’Accord de paix global; décide en outre qu’elles ne s’appliquent pas aux mouvements de matériel militaire et d’approvisionnements dans la région du Darfour qui ont été approuvés par le Comité créé conformément à l’alinéa a) du paragraphe 3 à la demande du Gouvernement soudanais; et invite la Commission du cessez-le-feu de l’Union africaine à communiquer, selon qu’il conviendra, les renseignements pertinents à ce sujet au Secrétaire général, au Comité et au Groupe d’experts créé conformément à l’alinéa b) du paragraphe 11;


8.    Réaffirme que, dans l’hypothèse où les parties failliraient à leurs engagements et aux exigences visés aux paragraphes 1 et 6, et où la situation au Darfour continuerait à se détériorer, il envisagerait des mesures supplémentaires ainsi qu’il est prévu à l’Article 41 de la Charte des Nations Unies;


9.    Décide de demeurer saisi de la question.


Explications de position


Expliquant l’abstention de son pays lors du vote, le représentant de l’Algérie a déclaré qu’il y avait un consensus au sein des membres du Conseil sur le besoin d’envoyer un message ferme aux parties pour les amener à respecter leurs engagements et qu’il y avait également accord sur les objectifs poursuivis par cette résolution à savoir, amener les parties à reprendre sans préalable les pourparlers d’Abuja, à cesser les attaques contre les civils et à lever toutes les entraves à l’assistance humanitaire, à appuyer les efforts de l’Union africaine et consolider la paix au Sud.  Tout en souscrivant à cette approche, a-t-il poursuivi, nous avions fait des propositions constructives visant à rééquilibrer le texte et à s’assurer que le message soit dénué de toute équivoque, a-t-il affirmé avant de poursuivre: « nous avons fait part de nos doutes sur la pertinence et l’opportunité de certaines mesures imposées par la résolution au regard de l’évolution de la crise du Darfour et l’impact négatif qu’elles risquent d’avoir sur le processus de paix Nord/Sud.  Nous avions également estimé que cette résolution ne tenait pas compte des prémisses positives d’une tendance au respect par les deux parties du cessez-le-feu ».  M. Baali a déploré que les initiateurs du projet aient décidé contre toute attente de maintenir leur texte en l’état et n’aient pas fait l’effort d’aplanir les divergences et de favoriser un consensus très largement à la portée du Conseil.  Une occasion historique vient d’être manquée pour la communauté internationale de s’exprimer d’une seule voix, a-t-il conclu.


Le représentant de la Fédération de Russie a rappelé l’objectif du Conseil de sécurité au Darfour qui est de mettre un terme aux souffrances humaines tout en évitant de nuire au processus de règlement pacifique de la crise.  Il a regretté que des sanctions soient imposées au moment même où l’ONU s’apprête à déployer une Mission au Soudan.  L’imposition de sanctions au Gouvernement, signataire de l’Accord de paix global, ne saurait servir les intérêts de la reprise des pourparlers d’Abuja, a-t-il estimé.  Le représentant a également émis des doutes sur la capacité du Conseil de sécurité d’assurer une bonne application de ces sanctions.  Il a d’ailleurs estimé que le Conseil devrait le plus rapidement possible revoir sa décision sur l’embargo sur les armes, compte tenu de la formation prochaine d’un Gouvernement d’unité nationale au Soudan.  Il a partagé les vues de l’Union africaine sur l’inutilité d’un renforcement des sanctions au Soudan. 


Le représentant de la Chine a lui aussi regretté que l’imposition des sanctions intervienne au moment où le Conseil vient de créer une Mission au Soudan.  Maintenir la pression sans tenir compte de la complexité de la question et des caractéristiques spécifiques de la crise au Darfour risque de rendre la recherche de solutions politiques plus difficile.  En la matière, le Conseil doit tenir compte de l’avis de l’Union africaine, a-t-il estimé en rappelant la position très circonspecte de son pays à l’égard des sanctions. 


Le représentant de la République-Unie de Tanzanie a déploré que la situation au Darfour ait obligé sa délégation à voter en faveur de la résolution.  S’il y avait davantage de temps, a-t-il dit, le Conseil aurait pu obtenir un texte consensuel tenant compte de l’engagement du Gouvernement soudanais en faveur d’une issue pacifique de la crise au Darfour et de la mise en place, dans deux mois, d’un Gouvernement d’unité nationale; et de la présence de la Mission de l’Union africaine sur place pour assurer la sécurité des civils.  Le Gouvernement soudanais, a-t-il encore plaidé, doit avoir les moyens de coopérer et d’appuyer la Mission de l’Union africaine au Darfour.  Le représentant a espéré que le processus de paix reprendrait avant l’entrée en vigueur des sanctions.  Le Gouvernement d’unité nationale doit pouvoir fonctionner dans une atmosphère positive, exempte de sanctions, a-t-il insisté.  


Le représentant du Soudan a affirmé que son pays n’apprécie pas que le Conseil de sécurité adopte une série de résolutions qui, n’étant pas judicieuses, sont à même d’aggraver la situation au Darfour.  Il est évident que l’on privilégie ici le recours au bâton, a-t-il poursuivi.  Au lieu de résoudre les problèmes à travers le dialogue et les négociations, cette résolution ne fait que les compliquer.  Les auteurs de la résolution, qui pourtant connaissent parfaitement la situation sur le terrain, ont refusé de faire le moindre effort pour parvenir à un consensus, a-t-il regretté en qualifiant le texte adopté de résolution du Congrès américain; un Congrès qui non seulement ignore les cultures et l’histoire des peuples, des peuples africains en particulier, mais qui ne tient pas à faire l’effort de les connaître.  En conclusion, M. Erwa a affirmé que le texte adopté va également contre les efforts déployés par l’Union africaine.


Le représentant des États-Unis a tenu à rappeler au représentant soudanais que 12 pays membres du Conseil de sécurité ont voté en faveur de cette résolution, y compris deux États africains.  Je veux défendre l’honneur du Congrès américain, a-t-il ajouté en soulignant que de nombreux membres de cet organe sont profondément préoccupés par les événements qui se déroulent au Darfour puisqu’ils se sont rendus sur place à plusieurs reprises.  Nous espérons que cette résolution contribuera à alléger les souffrances des victimes et conduira à une issue heureuse du processus de paix d’Abuja.


Le résumé du rapport du Secrétaire général (S/2005/57) est disponible dans notre communiqué de presse CS/8305 du 4 février dernier http://www.un.org/News/fr-press/docs/2005/CS8305.doc.htm.


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