04/03/05
Communiqué de presse
CS/8328



Conseil de sécurité

5134e séance – matin


LE PRÉSIDENT DE L’OSCE PLAIDE DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ POUR UNE COOPÉRATION PLUS ÉTROITE AVEC L’ONU


Le Conseil de sécurité a entendu ce matin un plaidoyer en faveur de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), présenté par son Président en exercice, M. Dimitri Rupel, Ministre des affaires étrangères de la Slovénie.  Exposant au Conseil les difficultés, notamment budgétaires, que traverse son Organisation, M. Rupel a rappelé l’expertise de l’OSCE en matière d’observation des élections et dans la gestion du problèmes des minorités locales, notamment au Kosovo, en Transniestrie et au Haut-Karabakh.  Appelant à une réforme de l’Organisation, il a également souhaité un renforcement de sa coopération avec les Nations Unies, conformément aux recommandations du Groupe de personnalités de haut niveau, qui a prôné un lien plus étroit entre l’ONU et les organisations régionales.


À l’issue de sa présentation, M. Rupel a répondu aux questions de plusieurs membres du Conseil.


Exposé


M. DIMITRI RUPEL, Ministre des affaires étrangères de la Slovénie et Président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE), a déclaré que ce n’était pas le moment le plus facile pour occuper cette fonction, l’OSCE n’ayant toujours pas de budget pour 2005 et aucun accord n’étant en vue pour un nouveau barème des quotes-parts.  Cette situation suscite un vif débat sur l’avenir de l’Organisation, a-t-il dit, déplorant la réémergence de clivages est-ouest rappelant la guerre froide, à un moment où l’OSCE est censée célébrer le 30e anniversaire de l’Acte final d’Helsinki et le 15 anniversaire de la Charte de Paris, qui a défini une ligne pour une Europe unie et libre.


L’OSCE est-elle en crise? s’est-il interrogé, avant de répondre qu’elle traversait certainement une période de transition.  Il a cité les critiques de certains membres sur les activités d’observation des élections, l’absence d’accord sur le renouvellement du mandat de l’Opération de surveillance de la frontière en Géorgie, l’absence de consensus entre les Ministres des affaires étrangères lors de deux dernières réunions du Conseil ministériel.  Il a indiqué avoir mis en place un Groupe de personnalités éminentes sur le renforcement de l’efficacité de l’OSCE et un Groupe de travail sur la réforme, qui vise notamment à clarifier et à renforcer le mandat du Secrétaire général.


Plutôt qu’une crise, a estimé M. Rupel, cette période devrait être envisagée comme une occasion à saisir, dans la mesure où elle met à jour des problèmes qui couvaient depuis longtemps.  L’évolution de l’Union européenne, de l’OTAN et du Conseil de l’Europe reflète une Europe en transition, a-t-il dit, ajoutant que l’OSCE ne devait pas faire exception et que le débat actuel devrait permettre de la renforcer et non de l’enterrer.  L’OSCE, a-t-il proposé, peut prendre en charge une partie du fardeau de l’ONU dans sa région de compétence, conformément aux recommandations du Groupe de personnalités de haut niveau sur les menaces, les défis et le changement, concernant une coopération accrue entre les Nations Unies et les organisations régionales, particulièrement du fait de son expertise reconnue dans l’alerte précoce et la prévention des conflits.


Le Ministre a fait part de la compétence de l’OSCE dans la gestion du problème des minorités nationales, citant son action au Kosovo, où elle fait partie de la structure pilier de la MINUK, dans la région de Transniestrie dans la République de Moldava, dans la région d’Ossétie du Sud en Géorgie, dans le conflit du Haut-Karabakh entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan.  Il a appelé les membres du Conseil de sécurité à soutenir l’OSCE dans ses efforts de médiation dans ces conflits, particulièrement ceux qui ont une influence particulière sur les parties aux conflits.


M. Rupel a par ailleurs fait part des états de service avérés de l’OSCE dans le relèvement postconflit et le maintien de la paix.  Il s’agit d’une organisation unique en son genre, a-t-il poursuivi, disposant d’une forte compétence en ce qui concerne les minorités nationales, la liberté de la presse, la démocratisation et les droits de l’homme.  Elle est également, a-t-il ajouté, le premier organe d’observation des élections en Europe, dont les rapports sont perçus comme un important contrôle de qualité.  Il a cité en outre les activités de formation de la police menées par son organisation.


Le Ministre a prévenu que l’Europe n’était pas encore tout à fait unie et libre et a estimé qu’il fallait rester vigilant pour s’assurer de l’irréversibilité des progrès de ces dernières années.  Il a espéré, dans ce contexte, que l’actuel processus de réforme ferait prendre conscience aux États Membres de l’utilité de l’OSCE et les inciterait à déployer les ressources et la volonté politique nécessaires pour la rendre plus efficace.


Premier à commenter les propos du Président de l’OSCE, M. MIHNEA IOAN MOTOC (Roumanie) s’est félicité de l’attention que l’Organisation accorde à la situation au Kosovo.  Il a aussi salué le fait que le Président de l’OSCE ait mis l’accent sur la nécessité d’une réflexion approfondie sur la manière d’aborder les « conflits au point mort ». Si le Conseil de sécurité de l’ONU a la responsabilité principale en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales, des organisations telles que l’OSCE peuvent faire davantage en la matière, a estimé le représentant.  Comment évaluer le lien entre l’ONU et l’OSCE? a-t-il demandé au Président en s’interrogeant, en particulier, sur le conflit en Transniestrie, en République de Moldova.  La question générale de la relation entre l’ONU et l’OSCE, a été reprise par M. REED JACKSON FENDRICK (États-Unis). 


L’OSCE doit pouvoir devenir l’instance du dialogue sur les questions de sécurité régionales, a renchéri M. ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie), en s’appuyant sur le Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies.  Il a souligné que la mission de l’OSCE au Kosovo, qui s’intègre dans celle de l’ONU, a montré toute son importance.  À ce propos, il a voulu connaître la nature des mesures complémentaires qu’il est indispensable de prendre pour assurer une protection égale des droits des personnes pour tous les habitants du Kosovo.  Quelles mesures l’OSCE envisage-t-elle d’adopter au Kosovo pour empêcher que ne se reproduisent les phénomènes extrémistes observés chez les médias et les organisations de la société civile? a-t-il encore demandé. 


Comment l’OSCE peut-elle s’engager dans de nouveaux domaines d’activités tout en restant efficace dans sa spécialité? a demandé, à son tour, M. PAUL JOHNSTON (Royaume-Uni) qui s’est aussi interrogé sur les modalités de coopération entre l’Union européenne et l’OSCE.


Répondant à cette série de questions, le Président de l’OSCE a souligné que l’OSCE a comme point fort la prévention des conflits mais qu’elle peut assumer un rôle dans leur règlement.  Il s’agit moins de savoir ce que l’ONU peut faire pour l’OSCE que l’inverse, a-t-il dit en précisant les prémices de son intervention.  Il a prôné de plus grands efforts pour assurer un véritable partage des informations.  Il a, en fait, appelé à une véritable synergie entre l’ONU et l’OSCE, en citant des situations où elle existe déjà.  Le Président s’est donc félicité de l’initiative visant à renforcer l’ONU et les organisations régionales, conformément aux recommandations du Groupe de haut niveau sur les menaces, les défis et les changements.  Parlant en particulier de la Transniestrie, il a souligné le caractère explosif de la situation tant pour la République de Moldova que pour l’Ukraine et a estimé que la clef de la solution réside dans la décentralisation.


L’OSCE doit se voir comme une organisation destinée à travailler en collaboration étroite avec l’ONU, a poursuivi le Président, en prônant un équilibre rigoureux entre les trois dimensions -sécuritaire, économique et humanitaire- de l’OSCE.  Il a, dans ce cadre, appelé à un règlement rapide de la question relative au barème des quotes-parts.


S’agissant de la situation au Kosovo, le Président de l’OSCE s’est dit frappé par les changements dans l’attitude des autorités provisoires.  Tout le monde se rend compte aujourd’hui, a-t-il affirmé, que la solution réside dans l’inclusion de toutes les minorités et une implication effective d’acteurs internationaux comme le G-7, les Nations Unies et l’OSCE.  Il s’est pourtant dit préoccupé par les conséquences éventuelles de la mise en accusation du chef du Gouvernement actuel qui risquent de provoquer un soulèvement de la communauté albanaise. 


Au Kosovo, le statu quo ne convient à personne, a-t-il poursuivi en faisant part de son impression.  Il a néanmoins exclu les extrémistes et les groupes de criminalité organisée.  Il a dit attendre avec impatience la nomination par le Secrétaire général d’un Représentant spécial qui assurerait la liaison avec Washington et Bruxelles.  S’il faut une synergie entre l’OSCE et l’ONU, celle entre l’OSCE et l’Union européenne est tout aussi importante.  


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