28/01/2005
Communiqué de presse
CS/8299


Conseil de sécurité

5117e séance – après-midi


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ PROROGE DE SIX MOIS LE MANDAT DE LA FORCE INTÉRIMAIRE DES NATIONS UNIES AU LIBAN


Le Conseil de sécurité a décidé cet après-midi de proroger jusqu’au 31 juillet 2005 le mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL).  Dans la résolution 1583, présentée notamment par les États-Unis et la France et adoptée à l’unanimité par ses 15 membres, le Conseil, se déclarant préoccupé par les tensions et le risque d’escalade, a par ailleurs condamné les incidents récents de part et d’autre de la Ligne bleue, à la suite desquels des observateurs militaires de l’ONU ont été tués ou blessés et a demandé aux parties de respecter scrupuleusement cette ligne tracée par l’ONU après le retrait israélien du Liban Sud en 2000.  Le Conseil a enfin indiqué qu’il entendait revoir le mandat et la structure de la FINUL à la fin du mandat en cours.


Au cours des explications qui ont suivi le vote, le représentant de la France a déploré la mort d’un observateur militaire français de l’ONU et a insisté sur la nécessité pour le Liban de rétablir son autorité effective au Sud, par le déploiement de ses forces armées et par le démantèlement des milices.  La représentante des États-Unis a lui aussi dénoncé « la mauvaise volonté du Gouvernement libanais » et les menaces à la paix et à la sécurité que fait peser le Hezbollah.


Plusieurs délégations ont émis des réserves sur la résolution adoptée, qualifiée d’« excessivement politisée » par le représentant de la Russie, qui a estimé qu’elle cherchait trop à faire pression sur Beyrouth.  Son homologue de l’Algérie a également regretté une « tentative d’introduire des éléments politiques » et il a rappelé que, pour lui, seul le retrait total d’Israël de tous les territoires arabes qu’il occupe par la force permettrait un règlement durable du conflit israélo-arabe.  Invité à participer à la séance bien qu’il ne soit pas membre du Conseil de sécurité, le représentant du Liban a indiqué qu’il aurait préféré une résolution purement technique prorogeant le mandat de la FINUL, et a lui aussi regretté des énoncés à caractère politique.


Pour cette séance, consacrée à l’examen de la situation au Moyen-Orient, le Conseil était saisi du rapport du Secrétaire général sur la FINUL (1), ainsi que des lettres adressées au Secrétaire général par le représentant du Liban (2) et par le représentant d’Israël (3).


(1)    Publié sous la cote S/2005/36.

(2)    Publiées sous les cotes S/2005/13, S/2005/23, S/2005/24, S/2005/25, S/2005/26.

(3)    Publiées sous les cotes S/2005/14 et S/2005/40.


FORCE INTÉRIMAIRE DES NATIONS UNIES AU LIBAN (FINUL)


Projet de résolution S/2005/53


Le Conseil de sécurité,


Rappelant toutes ses résolutions antérieures sur le Liban, notamment les résolutions 425 (1978) et 426 (1978) du 19 mars 1978 et 1553 (2004) du 29 juillet 2004, ainsi que les déclarations de son président sur la situation au Liban, en particulier la déclaration du 18 juin 2000 (S/PRST/2000/21),


Rappelant également la lettre adressée par son président au Secrétaire général le 18 mai 2001 (S/2001/500),


Rappelant en outre la conclusion du Secrétaire général selon laquelle, au 16 juin 2000, Israël avait retiré ses forces du Liban conformément à la résolution 425 (1978) et avait satisfait aux conditions prévues par le Secrétaire général dans son rapport du 22 mai 2000 (S/2000/460), ainsi que la conclusion du Secrétaire général selon laquelle la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL) avait pour l’essentiel mené à bien deux des trois volets de son mandat, et s’attachait désormais à la tâche restante, à savoir rétablir la paix et la sécurité internationales,


Gravement préoccupé par les tensions et les actes de violence qui persistent le long de la Ligne bleue,


Soulignant à nouveau le caractère intérimaire de la FINUL,


Rappelant sa résolution 1308 (2000) du 17 juillet 2000,


Rappelant également sa résolution 1325 (2000) du 31 octobre 2000,


Rappelant en outre les principes pertinents énoncés dans la Convention sur la sécurité du personnel des Nations Unies et du personnel associé, adoptée le 9 décembre 1994,


Répondant à la demande faite par le Gouvernement libanais de proroger le mandat de la FINUL pour une nouvelle période de six mois, dans la lettre datée du 11 janvier 2005 adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent du Liban auprès de l’Organisation des Nations Unies (S/2005/13), tout en réaffirmant qu’il a reconnu la validité de la Ligne bleue aux fins de confirmer le retrait d’Israël en application de la résolution 425 (1978) et que la Ligne doit être respectée dans son intégralité,


Se déclarant préoccupé par les tensions et le risque d’escalade dont le Secrétaire général a fait état dans son rapport du 20 janvier (S/2005/36),


1.    Approuve le rapport du Secrétaire général sur la FINUL en date du 20 janvier (S/2005/36);


2.    Décide de proroger le mandat actuel de la FINUL jusqu’au 31 juillet 2005;


3.    Réaffirme qu’il appuie vigoureusement l’intégrité territoriale, la souveraineté et l’indépendance politique du Liban à l’intérieur de ses frontières internationalement reconnues et sous l’autorité exclusive du Gouvernement libanais;


4.    Demande au Gouvernement libanais d’étendre et d’exercer pleinement et effectivement son autorité exclusive dans tout le sud, y compris en déployant les forces armées et les forces de sécurité libanaises en effectifs suffisants, afin d’instaurer un climat de tranquillité dans l’ensemble de cette zone, y compris le long de la Ligne bleue, et de contrôler l’emploi de la force sur son territoire et à partir de celui-ci;


5.    Demande aux parties de faire en sorte que la FINUL ait toute liberté de mouvement dans toute sa zone d’opérations comme indiqué dans le rapport du Secrétaire général et prie la FINUL de signaler tout obstacle auquel elle pourrait se heurter dans l’exécution de son mandat;


6.    Demande de nouveau aux parties de continuer d’honorer l’engagement qu’elles ont pris de respecter scrupuleusement, dans son intégralité, la ligne de retrait tracée par l’ONU, telle qu’elle est décrite dans le rapport du Secrétaire général en date du 16 juin 2000 (S/2000/590), de faire preuve de la plus grande retenue et de coopérer pleinement avec l’Organisation des Nations Unies et la FINUL;


7.    Condamne tous les actes de violence, notamment les incidents qui se sont produits récemment de part et d’autre de la Ligne bleue et à la suite desquels des observateurs militaires des Nations Unies ont été tués ou blessés, se déclare très préoccupé par les graves infractions et les violations de la ligne de retrait par les voies maritime, terrestre et, de manière persistante, aérienne, et demande instamment aux parties d’y mettre fin, de s’abstenir de tout acte ou de toute provocation qui pourrait aggraver encore la tension et d’honorer scrupuleusement leur obligation de respecter la sécurité du personnel de la FINUL et d’autres entités des Nations Unies;


8.    Appuie les efforts que la FINUL continue de déployer pour maintenir le cessez-le-feu le long de la ligne de retrait au moyen de patrouilles, d’observations à partir de positions fixes et de contacts étroits avec les parties, en vue de remédier aux violations, de mettre fin aux incidents et d’éviter qu’ils ne dégénèrent, tout en soulignant que les parties ont la plus grande part de responsabilité à cet égard;


9.    Note avec satisfaction la contribution que la FINUL continue d’apporter aux opérations de déminage, souhaite que l’ONU continue d’offrir une assistance au Gouvernement libanais en matière d’action antimines, en l’aidant à continuer de mettre en place une capacité nationale dans ce domaine et à éliminer le danger que présentent encore les mines et les munitions non explosées dans le sud, remercie les pays donateurs qui soutiennent ses efforts au moyen de contributions en espèces et en nature en exprimant le souhait que d’autres contributions internationales soient apportées, et insiste sur la nécessité de communiquer au Gouvernement libanais et à la FINUL toutes cartes et informations complémentaires sur les champs de mines;


10.   Prie le Secrétaire général de poursuivre ses consultations avec le Gouvernement libanais et les autres parties directement concernées touchant l’application de la présente résolution et de lui présenter, avant l’expiration du mandat en cours, un rapport sur ces consultations ainsi que sur les activités de la FINUL et sur les tâches exécutées par l’Organisme des Nations Unies chargé de la surveillance de la trêve (ONUST);


11.   Entend revoir le mandat et les structures de la FINUL à la fin du mandat en cours et prie le Secrétaire général, à la suite de consultations appropriées, notamment avec le Gouvernement libanais, de présenter dans son rapport des recommandations à ce sujet en tenant compte de la situation qui règne sur le terrain, des activités effectivement accomplies par la Force dans sa zone d’opérations et de la contribution qu’elle apporte pour parachever l’entreprise de rétablissement de la paix et de la sécurité internationales;


12.   Compte sur une exécution rapide du mandat de la FINUL;


13.   Souligne l’importance et la nécessité de parvenir à une paix globale, juste et durable au Moyen-Orient, fondée sur toutes ses résolutions sur la question, y compris ses résolutions 242 (1967) du 22 novembre 1967 et 338 (1973) du 22 octobre 1973.


Rapport du Secrétaire général (S/2005/36)


Dans ce rapport portant sur la période du 21 juillet 2004 au 20 janvier 2005*, le Secrétaire général recommande la prolongation du mandat de la FINUL jusqu’au 31 juillet 2005, conformément à la demande transmise par le Représentant permanent du Liban.


Il note qu’au cours des six derniers mois, la Ligne bleue établie entre Israël et le Liban a joui d’une période prolongée de calme relatif, ajoutant toutefois que les tensions entre les parties n’ont à aucun moment diminué de manière appréciable.  La stabilité a continué d’être menacée, de la façon la plus dramatique, par des incidents le 9 et le 17 janvier 2005, ainsi que par les actes d’éléments incontrôlés et, pour la première fois, par des incursions aériennes effectuées par les deux parties.  Le 9 janvier, une attaque du Hezbollah contre un convoi des Forces de défense israéliennes dans la zone des fermes de Chab’a, a fait un mort et trois blessés parmi les soldats israéliens et quand les FDI ont riposté un observateur des Nations Unies de nationalité française a été tué, et un autre, de nationalité suédoise, a été blessé.  Au cours des opérations du 17 janvier, deux civils libanais ont été blessés.


Le Secrétaire général juge préoccupante la reprise des activités militaires, revendiquée par le Hezbollah et rappelle qu’aucune violation de la Ligne bleue n’est acceptable.  Il indique également que la position du Gouvernement libanais, qui continue de ne pas reconnaître la validité de la Ligne bleue dans les fermes de Chab’a est incompatible avec les résolutions du Conseil de sécurité.


Le Secrétaire général se dit par ailleurs profondément troublé par le mépris dont le Forces de défense israéliennes (FDI) ont fait preuve à l’égard des observateurs militaires non armés des Nations Unies dans leurs actions du 9 janvier.  Le franchissement périodique du mur du son par des appareils israéliens au-dessus de zones libanaises habitées ne fait que susciter l’animosité de la population locale, explique-t-il, en jugeant également regrettable le lancement par le Hezbollah d’un appareil télécommandé dans l’espace aérien israélien. 


Le Secrétaire général, une fois de plus, prie instamment le Gouvernement libanais de faire tout ce qui est en son pouvoir pour contrôler pleinement l’utilisation de la force sur l’ensemble de son territoire.  Il l’engage ainsi que les donateurs internationaux, les organismes des Nations Unies et les ONG à redoubler d’efforts en vue de promouvoir le développement économique du sud.


Il lance un appel à tous les États Membres pour qu’ils versent leurs contributions au financement de la FINUL, dont les arriérés s’élèvent à 47,1 millions de dollars.  Ce montant, explique-t-il, représente les sommes dues aux États Membres qui fournissent les contingents constituant la Force.


Déclarations


M. MICHEL DUCLOS (France) a estimé que la FINUL apportait une contribution essentielle à la paix et la stabilité.  La persistance d’incidents le long de la Ligne bleue souligne l’importance de la présence de la FINUL, a-t-il ajouté, en condamnant la résurgence de la violence, qui a eu pour conséquence la mort d’un observateur militaire de l’ONU de nationalité française.  Il a appelé toutes les parties à la retenue, estimant qu’il était de leur responsabilité d’assurer le respect de cette Ligne dans son intégralité.  Il a par ailleurs affirmé que le Liban devait rétablir son autorité effective au Sud, par le déploiement de ses forces armées et par le démantèlement des milices.  Au moment où l’on entrevoit des perspectives encourageantes au Moyen-Orient, tout doit être fait, a-t-il conclu, pour la stabilisation de la région.


Mme ANNE WOODS PATTERSON (États-Unis) a déclaré que sa délégation avait voté en faveur de la résolution, aux termes de laquelle le Conseil proroge de six mois le mandat de la FINUL.  Les États-Unis appellent les parties en présence à la retenue et réitèrent que seul le respect de la Ligne bleue servira la paix et la sécurité dans la région.  Comme le montrent les incidents signalés par le Secrétaire général dans son rapport, qui se sont produits au mois de janvier, le Hezbollah reste une source constante de menace à la paix et à la sécurité.  La position du Gouvernement du Liban, selon laquelle la Ligne bleue n’est pas valable dans la zone des fermes de Chab’a est incompatible avec les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, a estimé la représentante.  Le Gouvernement du Liban devrait étendre le contrôle de son armée sur tout le territoire du pays et notamment dans le sud.  Nous croyons que la FINUL continue de jouer un rôle important, a dit la représentante.  Nous considérons que la menace que posent les milices armées et la mauvaise volonté du Gouvernement libanais à assumer ses responsabilités sur tout son territoire sont des obstacles importants au mandat de la FINUL, a-t-elle affirmé....


M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a dit avoir voté en faveur du projet de résolution après la prise en considération des préoccupations de sa délégation.  Il a expliqué que la négociation sur le texte de cette résolution avait été « difficile en raison de la tentative d’introduire des éléments politiques » qui, a-t-il ajouté « n’auraient jamais dû être proposés dans un texte de cette nature ».  Il a estimé que seul le retrait total d’Israël de tous les territoires arabes qu’il occupe par la force, à savoir le Territoire palestinien y compris El Qods El Charif, le Golan syrien et l’enclave de Chab’a pouvait conduire à un règlement juste et définitif du conflit israélo-arabe. 


M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a déclaré que son pays avait voté en faveur de la résolution.  Le Brésil est profondément préoccupé par la persistance des tensions qui perdurent le long de la Ligne bleue, malgré les appels au calme lancés par le Secrétaire Général.  Notre délégation pense qu’Israël doit cesser ses incursions aériennes au-dessus du Liban, a dit le représentant.  Elles ont un effet déstabilisateur, a-t-il ajouté.  De son coté, a-t-il poursuivi, le Gouvernement libanais doit assurer la sécurité sur tout le territoire de son pays.  Le Brésil transmet ses condoléances aux familles des observateurs militaires qui ont perdu la vie le mois dernier, a dit M. Sardenberg.


M. SHINICHI KITAOKA (Japon) a expliqué que son pays, en tant que plus grand contributeur aux opérations de maintien de la paix, estimait nécessaire de réexaminer en permanence le mandat des missions, afin d’en améliorer l’efficacité.  Il s’est félicité à cet égard du paragraphe 11 de la résolution, qui indique que le Conseil entend revoir le mandat et les structures de la FINUL à la fin du mandat en cours.


M. ZHANG YISHAN (Chine) a dit que sa délégation avait soutenu la résolution soumise au Conseil, bien que le texte ne soit pas totalement satisfaisant.  Le processus de paix au Moyen-Orient semble avancer dans la bonne direction, et la Chine espère que la communauté internationale pourra aider les parties à parvenir à une paix juste et globale.


M. ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie) a indiqué que le renouvellement du mandat de la FINUL avait toujours été voté à l’unanimité et qu’il n’avait pas donc pas voulu rompre ce consensus.  Il a cependant estimé que cette résolution était excessivement politisée et cherchait moins à améliorer l’efficacité technique de la FINUL qu’à faire pression sur Beyrouth.  Il a regretté que les amendements qu’il avait proposés afin de donner un caractère plus équilibré au texte aient été rejetés.  Le représentant a par ailleurs rappelé qu’à ses yeux, il ne serait pas possible de régler la question du Liban Sud sans un règlement global dans la région, reposant sur les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.


M. ADAMANTIOS VASSILAKIS (Grèce) a indiqué que certains faits montraient qu’il était nécessaire de réviser le mandat de la FINUL.  Néanmoins, a dit le représentant, la révision de tout mandat d’une mission de maintien de la paix devrait se faire dans le respect des principes adoptés par le Conseil de sécurité et qui sont unanimement reconnus par tous les États Membres, a déclaré le représentant.


M. CESAR MAYORAL (Argentine) a souligné l’importance d’un vote à l’unanimité sur cette résolution.  Il a rappelé que le Conseil avait manifesté sa préoccupation après les incidents du 9 janvier de part et d’autre de la Ligne bleue.  Il a réitéré l’appel à la retenue lancé aux deux parties, afin d’éviter toute escalade et a estimé qu’en dépit de la présence de la FINUL, la responsabilité première du maintien de la sécurité incombait à Israël et au Liban.  Il a rappelé l’importance de parvenir à une paix globale juste et définitive au Moyen-Orient.


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