11/01/2005
Communiqué de presse
CS/8290



Conseil de sécurité

5109e séance – après-midi


CONSEIL DE SÉCURITÉ: LE REPRÉSENTANT SPÉCIAL POUR LE SOUDAN PRÉSENTE UNE APPROCHE POUR METTRE FIN À « LA DÉRIVE DANGEREUSE » DE LA SITUATION AU DARFOUR


L’esprit de Nairobi soufflera-t-il sur le Darfour?  Le Représentant spécial du Secrétaire général pour le Soudan s’en est dit convaincu.  C’est dans le contexte « optimiste » de l’Accord de paix global, signé le 9 janvier dernier dans la capitale kényenne, entre le Gouvernement soudanais et le Mouvement pour la libération du peuple soudanais (SPLM/A), que Jan Pronk a alerté le Conseil de sécurité de la nécessité urgente d’inverser la tendance dans la région du Darfour.  Pour arrêter la dérive dangereuse, le Représentant spécial a proposé une approche en huit points et a décrit dans le détail le rôle qui doit être dévolu à l’Union africaine.  Grâce à l’Accord de Nairobi, a-t-il estimé, l’élan politique est là.  Il a toutefois précisé que pour le saisir, il faudra des initiatives novatrices, un véritable consensus entre tous les acteurs internationaux, une coopération constante, de la persévérance et une stratégie commune bien définie*.


* Le Rapport pertinent est paru sous la cote S/2005/10.


RAPPORTS DU SECRETAIRE GENERAL SUR LE SOUDAN


Exposé


De retour de Nairobi où il a assisté à la cérémonie de signature de l’Accord global de paix, entre le Gouvernement soudanais et le Mouvement pour la libération du peuple soudanais (SPLM/A), le Représentant spécial du Secrétaire général, Jan Pronk, a prévenu que cet évènement n’est pas une fin en soi mais bien le début d’un processus de consolidation de la paix long et difficile, marqué par de nombreux défis tels que le désarmement des anciens combattants, le retour des réfugiés et des personnes déplacées, le partage équitable des richesses et des terres, le déminage, l’intégration des groupes armés qui n’ont pas participé aux négociations dans les nouvelles structures du pouvoir ou encore le relèvement des secteurs de la santé, de l’éducation et d’autres domaines socioéconomiques. 


Mais rejetant le cynisme, le Représentant spécial a salué la première étape qui est l’Accord de paix global.  Un tel scénario serait-il possible au Darfour?  Oui, a-t-il répondu en arguant d’abord que l’Accord de Nairobi ne vaudra pas grand-chose s’il ne s’accompagne pas de la paix au Darfour.  La paix est indivisible, a-t-il dit avant de rendre compte d’une « mauvaise » situation dans cette région du Soudan.  Il a invoqué pour s’expliquer la multiplication des actes de violence même dans les camps de réfugiés, le réarmement des milices et l’élargissement au-delà de la région du Darfour, du conflit.  Ces faits, a-t-il indiqué, ne peuvent que dégrader la situation humanitaire.  Après avoir donné des informations supplémentaires, le Représentant spécial a fait remarquer que les pourparlers entre les parties n’ont donné aucun résultat concret et malgré leurs déclarations, ces parties n’ont rien fait pour assurer la mise en œuvre du cessez-le-feu humanitaire.  Les appelant à profiter de l’élan imprimé par l’Accord de Nairobi, le Représentant spécial a toutefois exprimé la crainte que les responsables des récentes agressions au Darfour ne pensent que la conclusion de cet Accord entre le Nord et le Sud leur épargne les critiques internationales.  Le Gouvernement soudanais pourrait, par exemple, être tenté de penser qu’après la signature de l’Accord, la communauté internationale ne prendrait pas le risque de compromettre son application.  Il pourrait donc choisir ce moment pour lancer une offensive finale sur l’ennemi. 


De leur côté, les mouvements rebelles pourraient voir dans l’Accord les signes d’une plus grande marginalisation ou la preuve que l’intensification des activités militaires serait la seule manière de s’imposer à la table des négociations politiques.  Les parties doivent être convaincues, grâce à une conjugaison de pression et de garanties de la part des États les plus influents, qu’il est de leur intérêt de respecter le cessez-le-feu et de rechercher un règlement du conflit par des moyens pacifiques. 


Pour ce faire, le Représentant spécial a proposé quelques pistes.  Il a d’abord suggéré de séparer les pourparlers sur l’avenir du Darfour de ceux sur la sécurité et l’accès humanitaire.  Cessez-le-feu ou pas, le processus d’Abuja doit se poursuivre et se concentrer sur la future configuration politique du Darfour.  Il faut aussi renforcer les mécanismes relatifs au cessez-le-feu de la même manière qu’ont été ceux prévus pour le Nord et le Sud.  Il a ajouté que le Gouvernement et les mouvements rebelles doivent faire preuve de la plus grande retenue et renoncer aux attaques et aux actes de vengeance.  Ils doivent, en outre, se retirer au-delà de lignes raisonnables et bien définies, ce qui serait le début de la démilitarisation de certaines parties de la région.  Les parties doivent, à cet égard, communiquer les détails de leur position à la Commission de cessez-le-feu de l’Union africaine et s’engager à se mettre d’accord sur un plan de séparation des forces. 


Poursuivant, le Représentant spécial a appelé les parties à s’assurer que les besoins de leurs forces sont assurés pour prévenir les attaques contre les pillages et les tueries.  Le Gouvernement doit, par ailleurs, fournir les noms et le nombre des combattants désarmés à l’Union africaine et confier à cette dernière la surveillance des armes saisies.  Après avoir aussi appelé les mouvements rebelles à assurer le mouvement saisonnier des tribus nomades et le Gouvernement à contrôler les milices, le Représentant spécial a enfin exhorté le Gouvernement à accélérer l’arrestation des responsables des plus graves violations des droits de l’homme et des crimes contre le droit international humanitaire qu’il s’agisse des Janjaouites ou pas.


La mise en œuvre de ces mesures, a poursuivi M. Pronk, requiert l’engagement d’une tierce partie.  Ce rôle incombe, selon lui, à l’Union africaine.  Il a estimé que la force de l’Union africaine avait prouvé son efficacité, non seulement dans l’observation du cessez-le-feu, mais surtout dans la protection des populations civiles.  Regrettant que le nombre de troupes déployées ne soit pas aussi important que prévu, il a appelé la communauté internationale à soutenir un déploiement accéléré, afin que les soldats de l’Union africaine soient présents partout où la violence se déchaîne.  La tâche est énorme, a reconnu le Représentant spécial, mais, a-t-il ajouté, sans une force de protection indépendante et neutre, les femmes et les enfants, les personnes âgées, les déplacés, les civils appartenant au camp adverse, ne vivront pas en sécurité.  M. Pronk a proposé d’organiser une conférence nationale incluant tous les opposants politiques soudanais, afin d’intégrer les pourparlers de paix au Darfour dans un processus plus large et d’assurer une paix durable pour la région.  Il a cependant prôné la poursuite et l’intensification de ces pourparlers entre le Gouvernement et les mouvements rebelles du Mouvement pour la justice et l’égalité (JEM) et le Mouvement de libération du Soudan (SLM) et a suggéré d’y associer les responsables coutumiers.


Le moment est venu de redoubler d’efforts, a lancé le Représentant spécial.  Le contexte, s’améliore avec la signature de l’Accord de paix Nord-Sud, a-t-il dit, en constatant que, depuis Noël, la situation avait été relativement calme sur tous le fronts au Darfour.  Il a salué l’intention de toutes les parties de faire taire les armes pendant une campagne de vaccination de cinq jours contre la poliomyélite pour tous les enfants de moins de cinq ans.  Il s’est félicité de la volonté affichée par le Gouvernement soudanais, à la veille d’une réunion du Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine à Libreville, de revenir sur ses positions d’avant le 8 décembre.  Ces signes positifs, même s’ils sont fragiles, permettent d’espérer que l’esprit de Nairobi soufflera sur le Darfour, a-t-il ajouté, invitant le Conseil de sécurité à saisir cet élan en faisant preuve d’innovation, de consensus entre tous les acteurs internationaux, de persévérance et en déployant une stratégie commune bien définie.  La deuxième guerre Nord-Sud a duré 20 ans, pourquoi laisserait-on la guerre au Darfour durer plus de deux ans? s’est-il interrogé en conclusion.


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