21/06/2004
Communiqué de presse
HR/4773
PI/1589



LES NATIONS UNIES ENCOURAGÉES À COMBATTRE LA RESURGENCE DE L'ANTISÉMITISME PAR TOUS LES MOYENS DONT ELLES DISPOSENT


(Adapté de l’anglais)


Seule forme de haine à avoir survécu à l'Antiquité, l'antisémitisme peut rester inactif pendant des années avant de se réveiller, a prévenu ce matin le lauréat du prix Nobel de la paix Elie Wiesel dans le cadre d'un séminaire qui s'est tenu toute la journée d’aujourd’hui au Siège des Nations Unies en présence de son Secrétaire général, M. Kofi Annan, et du Secrétaire général adjoint à la communication et à l'information, M. Sashi Tharoor.  Intitulé « Faire face à l'antisémitisme: éducation à la tolérance et à la compréhension mutuelle », et premier d'une série consacrée à « Désapprendre l’intolérance », ce séminaire vise à étudier différentes manifestations de l'intolérance et à explorer les moyens de promouvoir le respect et la compréhension entre les peuples.


Survivant des camps de concentration nazis, Elie Wiesel a déploré la persistance de l’antisémitisme dans le monde et en particulier dans les médias de pays musulmans ou arabes.  Les Nations Unies ont été créées non seulement pour mettre un terme à la guerre, mais également pour protéger les valeurs et les idéaux de l’humanité et défendre les victimes innocentes du nazisme et du fascisme, a-t-il indiqué, en invitant le Secrétaire général à faire usage de son autorité morale et politique pour bannir l’antisémitisme.


Pour sa part, Kofi Annan s'est inquiété de voir l'antisémitisme reparaître aujourd'hui sous de nouvelles formes.  Déterminé à briser le silence ayant recouvert à l'époque l'existence des camps d'extermination, il a reconnu que l'Organisation n'avait pas toujours pris les mesures qui s'imposaient par le passé, regrettant en particulier la résolution adoptée par l'Assemblée générale en 1975, mais annulée par la suite, qui assimilait le sionisme à une forme de racisme.  Appelant à la vigilance, le Secrétaire général a exhorté l’opinion internationale à réfuter catégoriquement tous ceux qui s'emploient à nier la réalité et l'unicité de la Shoah.  Dans cette perspective, les Nations Unies devront procéder à l'avenir à une mobilisation totale de leur dispositif dans le domaine des droits de l'homme, a-t-il indiqué.  Le Secrétaire général a également cité en exemple la Déclaration de Berlin, entérinée en 2003 par les 55 États membres de l'OSCE.  Ce document condamne sans appel toutes les manifestations d'antisémitisme et d'intolérance liées aux stigmatisations de l'origine ethnique ou de la croyance religieuse.


Trois débats se sont ensuite succédé, ce matin et dans l’après-midi, portant respectivement sur les thèmes "Perspectives sur l'antisémitisme aujourd'hui", " Éducation pour la tolérance et la compréhension" et "Faire face à l'antisémitisme".  La Conférence Mondiale contre le racisme, la discrimination raciale, la xénophobie et l'intolérance qui y est associée, qui s'est tenue à Durban, Afrique du Sud, en 2001, a été explicitement visée à cette occasion par plusieurs participants, pour avoir selon eux redéfini le terme même d'antisémitisme et semé la confusion entre sionisme et racisme.


Anne Bayefsky, professeur adjointe à la Columbia University Law School, a déclaré que ce séminaire avait lieu à un moment où les relations entre les Juifs et l'ONU étaient au plus bas.  Elle a toutefois déclaré que ce séminaire pouvait marquer un tournant si l'Assemblée générale venait à adopter une résolution contre l'antisémitisme et le Secrétaire général nommait un Rapporteur spécial sur la lutte contre le terrorisme.  Cette proposition a été soutenue par Edgar Bronfman, Président du Congrès Juif Mondial.  De son côté, Jacob Levy, Fondateur de l'institut de sondage Gallup en Israël, a pour sa part invité l'Organisation à se munir d'un "index de la haine", qui lui est apparu comme un outil indispensable à l'heure de l'expansion de l'Internet.  Plusieurs intervenants, à l'instar de Felice Gaer, directeur du Jacob Blaustein Institute for the Advancement of Human Rights of the American Jewish Committee, ont enfin demandé aux Nations Unies d'intégrer la lutte contre l'antisémitisme à ses programmes en faveur de la promotion et de la défense des droits de l'homme.


Dans ses remarques de clôture, M. Sashi Tharoor a déclaré que ce séminaire aiderait sans doute les participants à adopter une stratégie dans la lutte contre l'antisémitisme.  Il a reconnu que l'Organisation n'avait pas toujours fait face aux responsabilités qui lui incombaient dans le combat contre ce fléau mais qu'il appartenait aux États membres d'adopter une action politique en ce domaine.  Cette manifestation a constitué à son avis une première étape dans cette voie.  Il a précisé que les suggestions faites au cours des débats feraient l'objet d'un résumé par le Département de l'information, qui sera transmis au Secrétaire général.


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a rappelé que les Nations Unies avaient été fondées pour prêcher la tolérance et œuvrer au rapprochement des peuples.  À ce titre, il a déclaré qu'aucune confession ne saurait être indifférente au combat contre l'intolérance.  Après avoir souligné l’importance qu’il attachait aux efforts investis dans l'éducation, le Secrétaire général a indiqué que l'antisémitisme constituait une manifestation unique de haine, d'intolérance et de persécution, qui s'était propagée partout, y compris dans les communautés où les Juifs n'ont jamais vécu.  En combattant l'antisémitisme, a-t-il dit, le monde s'efforce de consolider l'avenir de l'humanité tout entière. 


Pourtant, a-t-il déploré, 56 ans après l'adoption de la Déclaration universelle des droits de l'homme, l'antisémitisme relève la tête, réapparaissant sous de nouvelles formes.  Cette fois-ci, le monde ne doit pas, et ne peut pas, rester silencieux, a prévenu le Secrétaire général.  Il a rappelé que les décisions des Nations Unies en la matière n'avaient pas toujours été judicieuses, regrettant notamment la résolution adoptée par l'Assemblée générale en 1975, heureusement annulée par la suite, qui comparait le sionisme à une forme de racisme.  Appelant à la vigilance, Kofi Annan a exhorté l’opinion internationale à réfuter catégoriquement tous ceux qui s'emploient à nier la réalité du fait historique de la Shoah et de son caractère unique, et a exigé que le dispositif des Nations Unies dans le domaine des droits de l'homme soit mobilisé à cette fin.  Il n'y a plus de temps à perdre pour les États Membres, a-t-il lancé, affirmant que la lutte contre l'antisémitisme devait être menée par des actions comparables peut-être à la résolution votée contre l'apartheid ou plus récemment à celle, remarquable, de la Commission des droits de l'homme visant à protéger Arabes et Musulmans, particulièrement contre les attaques de leurs sites culturels et religieux.  En outre, le document de Berlin récemment adopté par les 55 États Membres de l’OSCE indique sans ambiguïté qu’aucun évènement politique international, y compris en Israël ou au Moyen-Orient, ne saurait justifier un quelconque antisémitisme, a conclu le Secrétaire général.


M. ELIE WIESEL, survivant des camps de concentration nazis et lauréat du prix Nobel de la paix, a déploré la persistance de l’antisémitisme dans le monde.  Ce fléau peut rester inactif pendant des années avant de se réveiller, a-t-il souligné, en précisant que c’est la seule forme de haine ayant survécue à l’Antiquité.  En effet, s’est-il demandé, qui aurait pu penser que 60 ans après la pire tragédie dans l’histoire de l’humanité, l’incitation à la haine et à la violence continuerait à occuper une place prépondérante dans les médias de trop de pays musulmans ou arabes?. Sans l’intervention courageuse du Secrétaire général, a ajouté M. Wiesel, la résolution tristement célèbre de l’Assemblée générale comparant le sionisme au racisme survivrait encore. 


Les Nations Unies ont été créées, non seulement pour mettre un terme à la guerre et à l’agression, mais également pour protéger les valeurs, les idéaux de l’humanité et défendre les victimes innocentes du nazisme et du fascisme, a indiqué M. Wiesel, en invitant le Secrétaire général à faire usage de son autorité morale et politique pour bannir l’antisémitisme.  Il y va de l’intérêt des Nations Unies et de l’humanité tout entière car la haine est dangereuse et contagieuse, a-t-il conclu.


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