23/06/2004
Communiqué de presse
CS/2706



Conseil de sécurité

4995e séance – matin


LA RÉUNION MENSUELLE DU CONSEIL SUR LE MOYEN-ORIENT RÉITÈRE QUE LA FEUILLE DE ROUTE RESTE LE CHEMIN À SUIVRE POUR SORTIR LA RÉGION DU DÉSESPOIR ET DE L’EXTRÉMISME


Dans le cadre de son examen mensuel de la situation au Moyen-Orient, y compris la question palestinienne, le Conseil de sécurité a entendu ce matin une présentation de M. Kieran Prendergast, Secrétaire général adjoint aux affaires politiques, qui dans son exposé a d’emblée déclaré que les tensions persistaient, que le nombre de victimes des violences entre Israéliens et Palestiniens continuait à croître, et que les conditions économiques se dégradaient, tous ces facteurs créant un climat de désespoir et d’extrémisme.  La situation risque de se détériorer davantage, a mis en garde le Secrétaire général adjoint.  Mais en même temps, la paix et la réconciliation ne sont pas impossibles à réaliser.  La communauté internationale reste plus que jamais disposée à aider les parties si elles décident  de prendre les mesures nécessaires au dialogue, a affirmé M. Prendergast.


Depuis la dernière réunion du Conseil sur la question, de nombreux Palestiniens et Israéliens ont été tués ou blessés, 39 Palestiniens et deux Israéliens, a-t-il déploré, ajoutant qu’à ce jour on comptait parmi les victimes 3 487 Palestiniens et 942 Israéliens depuis le début du conflit en septembre 2000.  Le mois dernier la communauté internationale a suivi avec une grave préoccupation les incursions israéliennes à Rafah, où plusieurs centaines de maisons et d’installations ont été détruites.  53 Palestiniens ont été tués au cours de l’opération « arc-en-ciel ».  Les forces israéliennes ont aussi lancé des opérations  militaires en Cisjordanie, et les assassinats extrajudiciaires se sont poursuivis.  Le 23 mai, trois Palestiniens ont été tués et quatre blessés quand un hélicoptère israélien a tiré un missile sur une voiture circulant à Naplouse.  Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques a poursuivi son exposé en rappelant que le 30 mai dernier, un hélicoptère israélien avait tiré deux missiles sur un motocycliste dans la zone de la localité de Zeitoun, située dans la banlieue de Gaza.  Cette attaque a tué un dirigeant du Hamas, ainsi que son assistant et une troisième personne, tandis que 10 civils étaient blessés.  Nous souhaitons réitérer l’appel lancé par le Secrétaire général au Gouvernement d’Israël pour qu’il mette fin aux assassinats ciblés, qui sont illégaux au vu du droit international, a poursuivi M. Prendergast.  Au vu du grand nombre de Palestiniens tués et blessés et de l’ampleur des destructions, il faut  rappeler aux autorités israéliennes les responsabilités qui leur incombent, en tant que puissance occupante, en vertu du droit international humanitaire, a-t-il dit. 


La violence palestinienne, a-t-il poursuivi, a elle aussi continué.  Le 22 mai, un attentat-suicide a causé de graves blessures à un soldat israélien à un point de contrôle de Cisjordanie.  Le 29 mai, un Palestinien a poignardé et blessé un civil israélien dans la vieille ville de Jérusalem, tandis que 10 obus de mortier étaient tirés sur les colonies israéliennes de la bande de Gaza. 


Durant la période que couvre notre présentation, a indiqué M. Prendergast, il y a eu une augmentation inquiétante du nombre d’attaques menées contre le personnel et les installations des Nations Unies.  Dans le camp de réfugiés de Djénine, le Chef du projet de reconstruction de Djénine, qui opère dans le cadre des programmes de l’UNRWA, a été ligoté, encagoulé et interrogé par des soldats israéliens pendant trois heures.  Des violences se sont aussi produites près des écoles gérées par les Nations Unies, a indiqué Kieran Prendergast en précisant qu’au cours d’un incident survenu le 23 mai, les soldats israéliens avaient ouvert le feu sur des jeteurs de pierres et étaient entrés dans une école de l’UNRWA dans le camp d’Al Fawar, situé en Cisjordanie, blessant quatre enfants.  Le 2 juin, deux élèves palestiniens, âgés de 10 ans, ont été blessés par des tirs alors qu’ils se trouvaient dans la salle de classe d’une école de l’UNRWA et le même jour, les forces israéliennes ont causé la panique dans une autre école après y avoir ouvert le feu.  L’UNRWA, a dit M. Prendergast, a officiellement protesté auprès des autorités israéliennes après ces incidents.  D’autre part, le 9 juin, des Palestiniens armés ont fait irruption dans un bureau de l’UNRWA et se sont mis à tirer.  Les assaillants étaient des résidents de Djénine mécontents de la manière dont se déroulait le projet de reconstruction du camp.


La construction de la barrière de séparation israélienne s’est poursuivie à un rythme accéléré autour et dans la ville de Jérusalem.  Le 13 juin, l’armée israélienne a commencé la préparation de la construction de la barrière à l’est de la colonie d’Ariel, a dit Kieran Prendergast en précisant que les nombreuses manifestations contre les conséquences de la construction de ce mur dans les territoires de Cisjordanie n’avaient suscité aucune réaction de la part d’Israël.  La confiscation de terres palestiniennes pour la construction de la barrière israélienne et pour d’autres propos se poursuit.


Nous sommes cependant heureux d’annoncer le succès de la conférence intergouvernementale de Genève qui s’est tenue sur le thème: « Faire face aux besoins humanitaires des réfugiés palestiniens au Moyen-Orient: construire des partenariats en soutien à l’UNRWA », a ensuite déclaré M. Prendergast.  Cette conférence, a-t-il précisé, a réaffirmé le rôle central de l’UNRWA en ce qui concerne la satisfaction des besoins humanitaires des réfugiés palestiniens jusqu’à ce qu’une solution politique finale soit trouvée.  Elle a reconnu qu’il fallait augmenter le niveau des donations et a entériné un ambitieux plan de cinq ans qui permettra à l’UNRWA de transmettre des acquis et des installations quand elle devra céder ses responsabilités à de nouveaux acteurs.  Les résultats de la Conférence devraient placer l’UNRWA dans une meilleure position financière et politique.  Malgré les retards dans sa mise en œuvre, a estimé M. Prendergast, la Feuille de route reste la seule solution pouvant satisfaire les aspirations nationales des Palestiniens et des Israéliens.  Elle garantit, par ses mesures, la fin de l’occupation israélienne, l’émergence d’un État palestinien indépendant et souverain, et la paix et la sécurité pour les Israéliens.  Nous avons appelé de façon répétée les parties à prendre les mesures nécessaires pour rendre possible la mise en œuvre de la Feuille de route, a-t-il rappelé en regrettant que ces appels n’aient pas encore reçu de réponse positive.  Cependant, la proposition israélienne de se retirer de la bande de Gaza pourrait permettre de sortir de l’impasse actuelle, a-t-il estimé en décrivant ensuite les quatre étapes de désengagement, proposées par Israël, et qui aboutiraient au démantèlement des postes militaires et des colonies de Gaza et de quatre colonies de Cisjordanie à la fin de l’année 2005.   


Le Secrétaire général adjoint aux affaires politiques a ensuite indiqué que le Premier Ministre palestinien, Ahmad Qoreï, a récemment déclaré qu’il se félicitait de l’initiative du plan de désengagement, tant qu’il se faisait dans le cadre de la Feuille de route.  M. Prendergast a cependant averti que si le retrait de Gaza et de certaines zones de la Cisjordanie devait marquer le début d’un nouveau processus de paix, les deux parties devraient jouer un rôle dans son application.  Rappelant la position du Quatuor, il a indiqué qu’elle comprenait le retrait complet d’Israël de la bande de Gaza et le transfert de l’autorité et du contrôle aux Palestiniens si le désengagement devait être considéré comme la fin de l’occupation par Israël de ce territoire.  En outre, pour être considéré comme un élément de l’application de la Feuille de route, ce retrait devrait être accompagné de mesures de désengagement similaires dans la Cisjordanie.  Nonobstant ces retraits, Israël devra aussi donner suite à d’autres dispositions de la Feuille de route, notamment démanteler des colonies construites depuis mars 2001 et geler entièrement les implantations.  Le désengagement n’exemptera pas Israël, puissance occupante, de ses obligations en vertu du droit humanitaire international, a-t-il poursuivi en ajoutant que l’Autorité palestinienne devait jouer un rôle majeur dans ce processus et respecter ses obligations conformément à la Feuille de route, notamment en établissant des contrôles de sécurité dans toutes les zones libérées.


M. Prendergast a souligné que la revitalisation, la réorganisation et la réforme de l’Autorité palestinienne n’étaient pas seulement une demande du Quatuor mais aussi du peuple palestinien exprimée par les représentants élus et la société civile.  Il a ainsi demandé aux parties impliquées dans le processus de paix à appeler Yasser Arafat à agir de manière décisive pour restaurer la crédibilité de l’Autorité.  Pour ce faire, le Secrétaire général adjoint a identifié parmi les tâches les plus urgentes à accomplir le renforcement des institutions palestiniennes et la promotion de l’état de droit; la pleine reconnaissance des pouvoirs du Premier Ministre Qoreï et de son Gouvernement; l’unification des forces de sécurité palestiniennes en trois composantes placées sous l’autorité du Ministre de l’intérieur.  M. Prendergast a par ailleurs insisté sur le rôle crucial de l’engagement de la communauté internationale pour le succès du transfert effectif des responsabilités dans la bande de Gaza.  L’implication étroite de la communauté internationale sur le plan politique et de la sécurité pourrait faire la différence entre le succès et l’échec, a-t-il estimé en ajoutant cependant que celui-ci ne pourrait servir de substitut au respect effectif par les deux parties des obligations qui leur incombent.  À ce titre, M. Prendergast a fait observer que l’Égypte et la Jordanie pouvaient appuyer efficacement ce processus et s’est félicité des derniers développements dans ce domaine, notamment des offres de ces deux pays d’appuyer l’Autorité palestinienne dans ses efforts pour assurer la sécurité.


Venant à la situation au Sud du Liban, et notamment aux violations de l’espace aérien libanais par Israël, les 7 et 11 juin derniers, et des représailles prises par le Liban, le Secrétaire général adjoint a estimé que les événements intervenus dans le mois qui vient de s’écouler pourraient déstabiliser davantage la situation dans la région contrairement aux souhaits exprimés par les parties de ne pas voir de détérioration le long de la Ligne bleue.  Il a regretté l’augmentation des actes de nature à déstabiliser plus avant la situation et à provoquer une réaction en chaîne qui entraînerait directement les parties dans un conflit.  Pour ce qui est de la situation entre Israël et la Syrie, il a regretté qu’aucun progrès n’ait été enregistré et réitéré l’appel à ces deux pays, les invitant à reprendre les négociations dans le but de réaliser une paix complète dans la région, conformément aux résolutions pertinentes du Conseil. 


Concluant sa présentation, M. Prendergast a affirmé que l’usage de la force ne permettrait ni l’édification d’un État palestinien viable et indépendant, ni la garantie de la sécurité et de la reconnaissance d’Israël.  Choisir la paix, c’est prendre un chemin difficile, mais l’alternative est une dérive lente mais inévitable vers la violence, la haine et le bain de sang, a-t-il averti. 


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