28/05/2004
Communiqué de presse
CS/2692



Conseil de sécurité

4980e séance – matin


LE CONSEIL DE SÉCURITÉ RÉFLÉCHIT AUX MOYENS D’AFFERMIR L’ACTION DE L’ONU FACE AUX CRISES COMPLEXES ET MULTIDIMENSIONNELLES


L’ONU est de plus en plus appelée à intervenir dans des crises complexes et multidimensionnelles c’est-à-dire des conflits, comme en République démocratique du Congo (RDC), au Libéria ou en Côte d’Ivoire, qui présentent des aspects non seulement militaires et sécuritaires mais aussi politiques, économiques, sociaux et humanitaires.  Pour améliorer la réponse à ce défi, le Conseil de sécurité a lancé, ce matin, une réflexion sur la manière dont une démarche globale, intégrée et durable peut être élaborée et appliquée avec une coordination renforcée à l’échelle du système de l’ONU*.


Une telle démarche, ont admis le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires, la Présidente du Conseil économique et social et les 15 membres du Conseil, exige l’adoption de mesures parallèles dans plusieurs domaines interdépendants, dont le règlement des conflits, la création de conditions propices à la sécurité, la protection de la population civile, la réforme du secteur de la sécurité, la fourniture de secours humanitaires, la fin de l’impunité, l’instauration de la justice et de l’état de droit, la promotion de la bonne gouvernance et la mise en place d’institutions démocratiques. 


La démarche doit aussi comprendre, ont-ils aussi convenu, des stratégies visant à impulser le relèvement et la reconstruction économiques et à s’attaquer aux causes sous-jacentes des conflits, d’abord la pauvreté, mais aussi la discrimination politique et ethnique, la prolifération des armes légères et l’exploitation illégale des ressources naturelles.  Face à la pluralité des domaines d’intervention, les participants au débat ont appelé à une synergie entre le Conseil de sécurité, l’Assemblée générale, le Conseil économique et social, les organisations régionales, les ONG, les institutions de Bretton Woods, les Départements du Secrétariat de l’ONU et ses fonds et programmes. 


Les Départements de l’ONU sont toujours prêts à assumer leur rôle, a affirmé le Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, Jan Egeland.  Toutefois, a-t-il dit, l’expérience des appels consolidés a montré la réticence des donateurs à appuyer les efforts à moyen et à long termes de consolidation de la paix.  Le caractère crucial de ces efforts a pourtant été souligné par le représentant de l’Espagne qui les a qualifiés “de véritables efforts de prévention d’une rechute”.  En Afrique, a-t-il averti, 60% des conflits sont susceptibles de resurgir. 


Ce constat a fait dire aux représentants de l’Algérie et du Bénin que le développement est la meilleure forme de prévention des conflits.  La dimension développement doit devenir une partie intégrante des opérations complexes de l’ONU au même titre que la dimension humanitaire et droits de l’homme, a plaidé le représentant algérien.  C’est en appuyant cette position que la Présidente du Conseil économique et social a attiré l’attention sur les travaux des deux Groupes consultatifs spéciaux sur le Burundi et la Guinée-Bissau, deux pays en situation post-conflit.  Marjatta Rasi a annoncé la tenue, le 12 juillet prochain, d’une réunion sur la question de la transition entre les périodes d’assistance humanitaire et d’assistance au développement.


De nombreuses propositions ont été faites par les délégations dont la plupart, en particulier le représentant du Royaume-Uni, ont mis l’accent sur la nécessité pour l’ONU de disposer de mécanismes d’alerte rapide efficaces, fondés sur des analyses précises, afin de mettre au point rapidement les réponses les plus adéquates.  En l’occurrence, le représentant de la France a avancé trois suggestions à savoir: associer au processus de planification d’une opération le représentant spécial du Secrétaire général et les agences de l’ONU; rapprocher la phase d’évaluation des besoins économiques et sociaux de la conception des opérations de maintien de la paix, et nommer des représentants spéciaux qui soient aussi résident coordonnateur et coordinateur humanitaire.  Le représentant du Pakistan a quant à lui proposer la création de comités ad hoc sur les crises qui rassembleraient le Conseil économique, l’Assemblée générale et le Conseil économique et social.


La réponse aux défis des crises complexes a encouragé certaines délégations à jeter un regard plus approfondi sur la Charte voire à y apporter des aménagements.  L’action collective, a modéré le représentant des Etats-Unis, ne doit pas faire oublier la pertinence de l’action bilatérale.  “L’ONU et le Représentant spécial devraient coordonner et encourager les acteurs bilatéraux plutôt que de les décourager, en suggérant que seul l’ONU doit tout contrôler”. 


* Lettre datée du 24 mai adressée au Secrétaire général par le Représentant permanent du Pakistan et Président du Conseil de sécurité pour le mois de mai (S/2004/423)


LES CRISES COMPLEXES ET L’ACTION DE L’ORGANISATION DES NATIONS UNIES


M. JAN EGELAND, Secrétaire général adjoint aux affaires humanitaires et Coordonnateur des secours d’urgence, a estimé que face aux crises complexes, il est de la responsabilité de tous, à savoir du Conseil de sécurité, de l’Assemblée générale, des États Membres, des organisations régionales, des divers Départements du Secrétariat, des fonds et des programmes de l’ONU et des ONG de jouer non seulement leur rôle respectif mais également d’agir ensemble de manière cohérente.  Il a ensuite souligné que les souffrances infligées aux populations civiles dans les crises complexes sont trop souvent aggravées par les restrictions imposées à l’accès humanitaire.  La crise actuelle dans la région du Darfour en témoigne cruellement, a-t-i dit en indiquant que plus d’un million de personnes ont été déplacées et privées d’abris, d’eau, de nourriture et de fournitures médicales. 


Soulignant la responsabilité première des Gouvernements quant à l’octroi de l’accès à l’aide humanitaire, le Secrétaire général adjoint a estimé que c’est lorsque ces gouvernements ne veulent pas ou n’ont pas la capacité d’offrir cet accès que les Nations Unies doivent assumer leur rôle et leurs responsabilités spéciales.  Le Secrétariat de l’ONU est toujours prêt à assumer son rôle mais il ne peut rien s’il n’a pas accès aux populations, s’il n’a pas les conditions de sécurité pour son personnel ou s’il ne dispose pas des ressources financières requises, a prévenu le Secrétaire général adjoint.  L’année dernière, a-t-il rappelé, des appels consolidés d’un montant total de 2,2 milliards de dollars ont été lancés en faveur de 13 pays africains.  Seulement la moitié de cette somme a été reçue alors que la réponse à l’appel pour l’Iraq a été adéquate. 


Cette situation, a voulu souligner le Secrétaire général adjoint, reflète la “dure réalité” des intérêts politiques, des priorités stratégiques et de la pression des médias.  L’expérience en matière d’appels consolidés a montré que si les donateurs sont prêts à appuyer des initiatives à court terme, ils se montrent plus réticents lorsqu’il s’agit d’efforts à moyen et à long terme dans les domaines de l’éducation, de la santé ou encore des programmes de désarmement, de démobilisation, de réintégration et de réinsertion (DDRRR).  Le Secrétaire général adjoint a conclu en soulignant l’importance des mécanismes d’alerte rapide et des organisations régionales et sous-régionales. 


Bien souvent, a-t-il ajouté, les causes sous-jacentes des conflits sont la pauvreté, la corruption, la manipulation délibérée des groupes minoritaires, les inégalités sociales et l’exclusion.  Une réponse efficace à ces problèmes exige que l’on s’attaque à toutes ces causes.  Dans les situations post-conflit, la paix et la réconciliation nationale reposent sur les changements d’attitude au sein de la société.  Si les processus de paix dépendent des belligérants, a-t-il encore dit, la durabilité de la paix et la réconciliation nationale reposent, elles, sur le climat social qui sera instauré.  Tous les secteurs et tous les éléments de la société doivent être impliqués à l’instauration de ce climat, a-t-il estimé.


Mme MARJATTA RASI (Finlande), Présidente du Conseil économique et social (ECOSOC), a déclaré que la contribution la plus visible de l’ECOSOC au règlement des situations de conflit complexes se manifestait dans l’engagement des deux groupes consultatifs ad hoc qu’il a créés dans deux pays d’Afrique: le Burundi et la Guinée-Bissau.  Le mandat de ces groupes consultatifs est d’examiner les besoins humanitaires et économiques de ces pays sortant de conflits, d’évaluer les programmes de soutien internationaux qui leur sont destinés, et de fournir des recommandations sur l’amélioration de leur efficacité tout en donnant des conseils pour la mise en œuvre de ces programmes.  Les groupes consultatifs de l’ECOSOC ont prôné une approche coordonnée des actions menées par le système des Nations Unies pour régler les crises en Guinée-Bissau et au Burundi.  Les groupes consultatifs ont besoin du soutien et de l’assistance du Secrétariat et des agences, fonds et programmes à caractère économique, politique et social de l’ONU.  Les groupes consultatifs ont aussi créé des liens étroits de travail avec les institutions de Bretton Woods, une politique qui marque une évolution majeure des actions menées par l‘ONU dans les domaines économique et social.  Les relations de travail entre l’ECOSOC et les institutions de Bretton Woods sont aujourd’hui une réalité qui se traduit dans le domaine du financement du développement, ainsi que dans le débat qui a lieu sur la question du développement durable.  Ces liens de travail ne sont pas encore systématiques en ce qui concerne les aspects diplomatiques et de sécurité.  Ils pourraient y être renforcés de manière à mieux utiliser la capacité d’analyse des institutions de Bretton Woods et améliorer la synergie entre elles et les Nations Unies.  Pour parvenir à de meilleurs résultats, ces initiatives de l’ECOSOC devraient être liées aux travaux et actions du Conseil de sécurité.


Les questions relatives à la justice et à la règle du droit sont souvent à la source des confits, et leur importance est de plus en plus reconnue dans la planification des réponses qu’apporte la communauté internationale aux situations de conflits.  Une solution à ces questions étant indispensable dans tout processus de résolution de conflit, il est nécessaire que l’ONU crée un cadre de réponse efficace qui puisse résoudre les problèmes qui se posent dans les situations de conflit les plus complexes.  Pour cela, nous avons besoin de moyens et de ressources adéquates.  Un dialogue s’est ouvert sur le rôle que doivent jouer les donateurs et contributeurs de ressources à la résolution des conflits.  Ce dialogue doit être reflété dans les différents travaux et actions de l’ECOSOC.  En conclusion, Mme Rasi a attiré l’attention du Conseil sur la réunion que tiendra l’ECOSOC le 12 juillet sur la question de la transition entre les périodes d’assistance et celle de développement.  


M. JUAN ANTONIO YANEZ-BARNUEVO (Espagne) a adhéré au point de vue du Secrétaire général adjoint qui a souligné la responsabilité de la communauté internationale face aux crises complexes.  Les défis que se posent aujourd’hui, a-t-il dit, sont quelque peu différents des défis que sont les menaces traditionnelles.  Face à cette situation, la communauté internationale doit réfléchir aux moyens de préserver l’équilibre nécessaire entre la souveraineté des États et l’action collective.  Il s’agit ici de menaces transfrontières dont la résolution exige une action internationale efficace.  La distinction entre la prévention des conflits et la consolidation de la paix s’estompe de plus en plus, a poursuivi le représentant.  Aujourd’hui, a-t-il précisé, la consolidation de la paix commence désormais pendant la période de maintien de la paix.  Cette phase de consolidation de la paix, a-t-il dit, devient elle-même une phase de prévention des conflits, étant donné que la plupart des conflits sont des conflits internes et des crises récurrentes. 


Citant quelques chiffres, le représentant a indiqué que 40% des États sortant des conflits se retrouvent à moyen terme dans une dynamique d’affrontements armés.  Dans le cas de l’Afrique, ce taux monte à 60%.  Par conséquent, la prévention de la résurgence des conflits doit être perçue comme un élément essentiel.  Cette prévention doit partir d’un concept large qui tienne compte de l’aspect politique et de ceux liés à la bonne gouvernance, aux droits de l’homme, à la lutte contre les inégalités sociales ou encore à l’exclusion.  Il est fondamental, en l’occurrence, de disposer de mécanismes d’alerte rapide pour donner lieu à des réponses rapides.  Le représentant a estimé qu’il est grand temps d’étudier la façon de coordonner les mécanismes d’alerte rapide existants au sein de l’Organisation.  Le rôle du Secrétaire général est particulièrement fondamental, a-t-il estimé en disant qu’il peut, par exemple, prendre l’initiative de nommer un expert pour enquêter sur les génocides et les crises graves.  La prévention d’une “rechute” ne relève pas seulement du Conseil de sécurité, a insisté le représentant, en faisant remarquer que c’est une tâche qui doit être partagée entre les différents organes du système de l’ONU.  Il s’est félicité, à cet égard, de la coopération du Conseil économique et social. 


Dans ce cadre, le représentant a jugé important de se poser la question de l’architecture de l’ONU pour instaurer une interaction plus efficace entre le Conseil et les autres organes de l’ONU.  Donnant sa recette face aux crises complexes, il a cité l’appui de la communauté internationale au leadership national, la mise en place d’un plan intégré tenant compte des conditions sur le terrain, l’élaboration de stratégies de sortie bien étudiées, la mobilisation et l’utilisation adéquates des ressources financières, et l’adaptation de l’action aux changements sur le terrain.  Le représentant a, à son tour, souligné le rôle important des organisations régionales et de la société civile.  La clef du succès réside dans la mise au point d’une démarche intégrée et de la bonne volonté de l’État concernée.


M. WANG GUANGYA (Chine) a déclaré que les conflits intra-étatiques avaient de plus en plus tendance à toucher des régions entières.  La Chine appuie des efforts de prévention des conflits.  Nous pensons que le Conseil devrait soutenir ces efforts en respectant les spécificités de chaque région et des crises qui l’affectent.  Le Conseil devrait aussi profiter des avantages comparatifs des autres organes de l’ONU, et notamment de l’ECOSOC, sur certains aspects de la résolution des conflits.  Les causes des crises sont généralement de nature économique.  La mondialisation ayant créé des situations d’instabilité dans de nombreux pays, le Conseil et les autres entités de l’ONU devraient mettre un accent plus appuyé sur les questions de développement.  Le Conseil doit chercher l’appui des organismes régionaux, de manière à créer des synergies et des complémentarités dans les initiatives qui sont prises et dans les actions qui sont menées.  Il est indispensable de respecter la diversité qui existe sur la planète dans tous les domaines, social, culturel et politique.


M. RONALDO MOTA SALDENBERG (Brésil) a déclaré que la prévention des conflits exigeait un renforcement du mécanisme de sécurité collective légitimé par la Charte des Nations Unies, et qui devra se traduire par une réforme du Conseil de sécurité et une revitalisation de l'Assemblée générale.  Selon lui, les organisations régionales ont un rôle de plus en plus important à jouer dans les efforts de la communauté internationale pour instaurer la paix et la sécurité, essentiellement en matière de prévention.  Elles sont en effet particulièrement aptes à s’attaquer aux causes profondes des conflits et aux violations des droits de l'homme avant qu'elles ne dégénèrent en confrontation.  Le délégué a indiqué à ce propos que le sous-développement et la faible scolarisation étaient à l’origine de nombreux conflits à travers le monde, les inégalités et la pauvreté exacerbant les différences et l'intolérance. 


Abordant ensuite la question de la consolidation et du maintien de la paix, M. Saldenberg a affirmé que les Nations Unies ne pouvaient se cantonner à assurer une présence militaire et que le concept de sécurité devait intégrer entre autres mesures la protection des populations civiles, la mise à disposition d'une assistance humanitaire, la réconciliation entre factions rivales, le désarmement et la réintégration des combattants, la mise en place d'un gouvernement de transition et le rétablissement de l'Etat de droit.  Le Brésil a tout particulièrement attiré l'attention sur la nécessité de la reconstruction économique au lendemain des conflits, assurant qu'il fallait pour cela améliorer les volets de développement dans les opérations de maintien de la paix.


M. ABDALLAH BAALI (Algérie) a estimé que, dans la réaction des Nations Unies aux crises complexes, l’approche globale et intégrée a enregistré des progrès vérifiables tant à travers les décisions prises par le Secrétaire général, dans le domaine de la coordination interagences que dans la mise en oeuvre, progressive et continue, des recommandations du Groupe de travail sur les opérations de maintien de la paix.  Cependant, a-t-il dit, il est prématuré de parler de véritables stratégies globales et intégrées à tous les stades de la prévention, du règlement et de la consolidation de la paix.  La situation est telle, a-t-il rappelé, que le nombre des crises pousse vers les cimes les besoins qui pourraient atteindre 3,5 milliards de dollars pour l’année.  Le représentant a argué qu’un tel budget permet de situer clairement la lacune dans la réponse que la communauté internationale veut globale et intégrée pour prévenir les conflits et assurer la sécurité humaine.  Pour combler cette lacune, le représentant a prôné l’introduction de la dimension du développement dans les opérations complexes de l’ONU pour en faire une partie intégrante au même titre que la dimension humanitaire et les droits de l’homme. 


C’est le moment, a-t-il dit, de s’interroger sur les aménagements à apporter à la Charte dans le sens de la réponse intégrée recherchée.  Parlant en particulier de la situation en Afrique, le représentant a argué que l’architecture de sécurité régionale que les pays africains tentent de mettre en place et qui a culminé cette semaine avec le lancement du Conseil de paix et de sécurité doit bénéficier du même niveau d’attention en terme d’allocations de ressources que les opérations internationales.  Il s’est félicité que l’Union européenne ait créé une facilité de financement pour appuyer ce processus et notamment le principe d’une force africaine en attente.  Le représentant a conclu en estimant qu’une réforme profonde du mode d’intervention de la communauté internationale est nécessaire et qu’elle a pour corollaire la réforme de leur mode de financement et l’élargissement du Conseil de sécurité.


M. JOEL ADECHI (Bénin) a déclaré que les sources non militaires de conflit qui existent dans les domaines sociaux et économiques sont devenues une des principales menaces à la paix.  De la culture de la réaction, le système des Nations Unies s’oriente désormais vers une culture de prévention, s’est félicité le représentant.  L’aide au développement peut devenir un moyen de prévention de la paix et de règlement  des conflits.  Face aux nouveaux défis qui se posent, le Conseil est interpellé pour prendre des mesures sur des situations où bien souvent il existe un vide juridique.  Le Bénin pense que le développement économique et social est le meilleur moyen de prévention des conflits.  La présence de la Présidente de l’ECOSOC à ce débat est révélatrice du fait que les principales victimes des conflits complexes actuels sont essentiellement des civils.  Le Conseil a donc l’obligation plus que jamais d’agir.  Il jouit de la prérogative de décider de l’utilisation de la force et est interpellé quand les conflits foulent aux pieds le principe même du respect de la dignité humaine.  Le principe de la non-ingérence dans les affaires intérieures des États, est inscrit dans la Charte.  Il a créé cependant une nécessité: celle de développer des moyens de diplomatie préventive.  L’ONU doit affiner sa capacité d’analyse et de prévention des crises en concertation avec les organismes régionaux compétents.


M. LAURO L. BAJA Jr (Philippines) a affirmé que la prévention des conflits et le développement durable et équitable sont des activités qui se renforcent mutuellement.  Il a estimé qu'une stratégie de prévention efficace supposait une approche globale qui prenne en compte, et ce aussi bien à court terme qu'à long terme, les volets politique, économique, diplomatique, humanitaire, juridique, de développement et institutionnel, ainsi que toutes autres mesures prises par la communauté internationale en coopération avec les acteurs nationaux et régionaux.  Le délégué a par ailleurs souligné que l'action préventive devait intégrer toutes les causes structurelles qui sont souvent à l'origine des symptômes politiques immédiats des conflits.  Convaincu de la nécessité de considérer les aspects structurels et opérationnels de la prévention des conflits et de la consolidation de la paix, M. Baja Jr. a précisé que cela requérait de définir clairement les mandats des différents acteurs du système des Nations Unies et de s'assurer de leur synergie et de leur bonne coordination.  Dans ce cadre, les Philippines soutiennent notamment l'idée de mettre en place un mécanisme d'échange d'informations afin de permettre une analyse prévisionnelle et une meilleure compréhension des racines profondes des conflits.


M. MICHEL DUCLOS (France) a, à son tour, estimé que la conception de stratégies intégrées a considérablement progressé ces dernières années, en saluant en particulier les efforts des fonds et programmes des Nations Unies pour élaborer avec la Banque mondiale des évaluations conjointes des besoins en Iraq ou au Libéria.  Les travaux sur les moyens d’accompagner un pays de la phase d’urgence humanitaire à la voie d’un développement durable ont également beaucoup avancé, a aussi estimé le représentant, en citant le rapport interinstitutions de la Directrice exécutive de l’UNICEF.  Le Secrétariat, les agences de l’ONU et les institutions financières internationales pourraient à partir des expériences engagées s’attacher à définir un cadre qui aurait ensuite vocation à s’appliquer en fonction des situations spécifiques, a proposé le représentant.  Il a aussi jugé important de réfléchir aux instruments financiers les plus adaptés à ces stratégies intégrées.  Insistant sur le suivi de ces stratégies, il a estimé que l’absence de mécanismes rigoureux de suivi est probablement l’une des causes de certains échecs.  Ces mécanismes doivent associer les membres du Conseil, les pays concernés, les donateurs importants, les organisations régionales et sous-régionales, les agences et les institutions financières internationales, a-t-il précisé. 


Le représentant a rappelé la position de son pays selon laquelle les opérations de maintien de la paix doivent s’inscrire dans les stratégies générales de consolidation de la paix.  Il a souligné, dans ce cadre, le rôle crucial de la planification à laquelle il faudrait, selon lui, associer le Représentant spécial du Secrétaire général et les agences de l’ONU.  Il a aussi jugé utile de rapprocher la phase d’évaluation des besoins économiques et sociaux, qui doit également associer la Banque mondiale, de la conception des opérations de maintien de la paix.  Le représentant a aussi souhaité que la structure institutionnelle d’une opération et le choix des hommes prennent en compte l’exigence de cohérence.  Il a, par exemple, plaidé pour la nomination de représentants spéciaux qui soient aussi résident coordinateur et coordinateur humanitaire.  Parallèlement, les représentants spéciaux devraient connaître les questions humanitaires et économiques.


M. CRISTIAN MAQUIEIRA (Chili) a déclaré que les efforts de maintien de la paix doivent être axés sur des aspects de prévention.  Le Conseil devrait élargir la manière dont  il traite le règlement des conflits et devrait, dans ce cadre, mieux coopérer avec les différents organes de l’ONU.  Le Rapport Brahimi avait déjà recommandé une vue plus large des politiques de maintien de la paix, qui prendrait en compte les aspects pluridimensionnels des politiques à adopter et des actions à mener.  A travers le travail de ses différents organes, le système de l’ONU a déjà les moyens de cette vision, mais elle ne se traduit pas encore suffisamment dans  le domaine de la sécurité internationale.  Le Chili préconise donc le développement d’une approche intégrée basée sur un consensus permanent au sein du Conseil.  Nous soutenons le travail des groupes consultatifs ad hoc créés par l’ECOSOC sur la Guinée-Bissau et sur le Burundi.  En vertu de la Charte des Nations Unies, le Secrétaire général dispose d’instruments qui pourraient lui permettre de tirer la sonnette d’alarme et permettre ainsi au Conseil de prévenir les crises.  L’article 99 de la Charte est à cet égard un outil qu’il a à sa disposition.  Si le Conseil continue d’agir aussi lentement qu’il l’a fait jusqu’à maintenant, il sera difficile d’améliorer le maintien de la paix internationale.


M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola) a, à son tour, souligné le lien entre sécurité et développement, en rappelant que la sécurité humaine et la consolidation de la paix sont liées l’une à l’autre.  Passant en revue les progrès enregistrés par l’ONU dans la réponse aux crises complexes, le représentant s’est félicité que, dans ce cadre, le Conseil économique et social ait été appelé à jouer un rôle accrû dans la résurgence des conflits comme en témoignent ses Groupes de travail sur le Burundi et la Guinée-Bissau.  Après une décennie qui a connu la mise en place de missions complexes, l’investissement le plus important que la communauté internationale doit faire réside dans la prévention.  Elle doit devenir la pierre angulaire des efforts conjugués de tous les acteurs de la paix. 


M. ALEXANDER V. KONUZIN (Fédération de Russie) a déclaré que les actions à prendre par la communauté internationale devaient respecter les intérêts de tous ses membres ainsi que les consensus et les textes agréés dans les instances multilatérales.  La Fédération de Russie estime que l’ONU a déjà réorganisé ses activités en vue de mieux faire face aux nouveaux défis.  La création de groupes consultatifs ad hoc, les réunions des Représentants et Envoyés spéciaux du Secrétaire général, et la conférence organisée en faveur de l’Afghanistan sont des modèles à suivre.  Le large consensus qui existe sur le règlement de la question afghane devrait être émulé sur d’autres questions qui sont cruciales à l’heure actuelle.  Les résultats les plus fructueux obtenus par l’ONU sont possibles quand il y a synergie entre ses actions et celles des organismes régionaux et locaux.  Au Kosovo, le degré de coopération locale nécessaire à un véritable règlement de la crise n’a jamais été obtenu.  Il faudrait, sur un autre aspect du maintien de la paix, mieux utiliser le potentiel qu’offre les Nations Unies en matière de mobilisation de la communauté internationale pour la fourniture et l’acheminement de troupes et d’aide.


M. STEWART HOLLIDAY (États-Unis) a estimé que le rôle de l’ONU dans l’élaboration d’une réponse internationale aux défis de la sécurité et du développement doit profiter de l’apport des divers organes du système et doit être soigneusement coordonné avec les autres sources “non onusiennes” d’expertise et de ressources.  Passant en revue les missions complexes déployées au Libéria et en Afghanistan, le représentant a insisté sur le fait que la réponse à de telles situations doit venir de l’ensemble du système de l’ONU, aux côtés des Départements des opérations de maintien de la paix et des affaires politiques.  La conjugaison des efforts des institutions de l’ONU, la structure et le fonctionnement d’une opération et les responsabilités du Représentant spécial du Secrétaire général doivent varier en fonction des spécificités de la crise, a estimé le représentant.  Il a notamment pris note de la préoccupation de certains pays concernant la combinaison éventuelle des opérations humanitaires et des opérations de maintien de la paix. 


L’ONU, a tenu à souligner M. Holliday, n’opère pas dans le vide.  Il a ainsi attiré l’attention sur les réponses bilatérales qui doivent être coordonnées avec celle de l’ONU.  L’ONU et le Représentant spécial devraient coordonner et encourager les acteurs bilatéraux plutôt que de les décourager en suggérant que seule l’ONU peut tout contrôler.  De même, le représentant a souhaité que la contribution des acteurs nationaux ne soit pas sous-estimée.  Leur capacité de réponse doit être renforcée, a-t-il conclu.


M. MIHNEA MOTOC (Roumanie) a estimé que les crises complexes requéraient une attention spécifique et immédiate.  Une stratégie globale et intégrée pour répondre à ce type de crise doit promouvoir des structures visant à renforcer la paix ainsi que la sécurité et le développement.  Cependant, la mise en œuvre d'une stratégie visant à s'attaquer aux crises complexes requiert une coopération efficace entre les différentes structures et agences des Nations Unies.  A cet égard, le représentant s'est félicité de ce que les agences des Nations Unies aient mis en place des outils et des mécanismes visant à établir un lien entre l'action humanitaire et le développement en vue d'établir des conditions appropriées en matière de sécurité.  En outre, a-t-il poursuivi, les approches liées au développement s'appuient sur des programmes à long terme pour le renforcement des capacités locales.  Les activités traditionnelles de maintien de la paix ont, quant à elles, été élargies et sont à présent axées sur l’administrations transitoire et la mise en place d'institutions de bonne gouvernance.  Le Conseil de sécurité a lui aussi élargi sa conception de la paix et de la sécurité en reconnaissant la dimension humaine des menaces à la sécurité. 


Cependant, le représentant a estimé que les programmes de développement ne devraient pas seulement être centrés sur des approches d'assistance humanitaire à court terme.  Il a en outre proposé la tenue de conférences internationales sur les questions du développement comme solution aux problèmes de gouvernance ou encore de la primauté du droit et de la réforme du secteur de la sécurité comme moyens d'affirmer le rôle de l'ONU en matière de construction de la paix.  La famille des Nations Unies devrait s'appuyer davantage sur les organisations régionales et sous-régionales.  Le Conseil de sécurité devrait, quant à lui, utiliser davantage les procédures relatives au Chapitre VI pour promouvoir la prévention des conflits.  En outre, la pratique consistant à former des Groupes d'amis ou à nommer des représentants spéciaux et des envoyés du Secrétaire général doit être poursuivie comme moyen de renforcer la collaboration avec le Secrétaire général.  Enfin, le représentant a plaidé en faveur de l'évaluation des meilleures pratiques et a lancé un appel aux États Membres pour qu'ils fournissent un appui et des mandats clairs aux efforts des Nations Unies en matière d'activités intégrées et globales.


M. WOLFANG TRAUTWEIN (Allemagne) a estimé qu'il était important d'analyser les causes profondes des crises complexes.  Ces dernières sont souvent dues à une grande pauvreté, à des inégalités socioéconomiques, des institutions fragiles ou encore l'absence totale de justice et de droit.  A cet égard, il a rappelé que son pays avait souscrit à la Stratégie européenne de sécurité, adoptée le 12 décembre 2003.  En outre, si les Nations Unies doivent appliquer un concept de sécurité élargi, le Conseil, quant à lui, ne doit pas voir sa tâche alourdie.  Une bonne approche des aspects multidimensionnels des conflits est donc celle consistant à trouver des arrangements qui permettent une division du travail entre ceux qui ont des avantages comparatifs en matière de gestion de situations complexes données. 


Le représentant a également rappelé que la coopération entre les Nations Unies et des organisations régionales s'était montrée efficace pour répondre aux crises complexes et qu'il fallait l'encourager.  Les Nations Unies doivent aussi regarder au-delà de leur horizon intergouvernemental.  Face à l'émergence d'acteurs non étatiques, le représentant a souligné que si la prise de décisions aux Nations Unies demeure de la responsabilité des gouvernements, l'intégration de parties prenantes non étatiques dans le processus de délibération est de l'intérêt de tous, notamment en vue d'une meilleure acceptation des décisions de la part de la population, a conclu le représentant.


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a rappelé que le nombre de crises complexes avait augmenté au cours de la dernière décennie, des crises qui sont souvent caractérisées par une dimension sécuritaire, politique, économique, sociale et humanitaire.  La communauté internationale est au défi de trouver une réponse globale, intégrée et cohérente à ces crises.  La première des priorités doit être l’action préventive, a-t-il poursuivi.  Un système d’alerte précoce reposant sur une analyse fiable et objective des situations en est un élément essentiel.  Nous disposons de divers moyens à notre disposition comme les missions de bons offices du Secrétaire général mais la diplomatie préventive n’est pas synonyme d’ingérence ni de coercition.  Dans l’éventualité d’un conflit, le Conseil dispose désormais du concept d’opérations de maintien de la paix multidimensionnelles.  Le représentant a également relevé l’interaction croissante entre les Nations Unies et les organisations régionales qui devrait inspirer le partenariat futur entre l’Organisation et le Conseil de paix et de sécurité de l’Union africaine.


Le Conseil doit aussi aller au-delà de la simple gestion des conflits mais également œuvrer pour les résoudre.  Les opérations de maintien de la paix sont rarement l’instrument le plus efficace à cet effet.  Il a clairement été établi qu’une paix durable ne peut être établie que si l’on s’attaque aux causes des conflits, à savoir la pauvreté et le sous-développement qui sont toujours omniprésents en toile de fond des différends.  Ce lien entre paix et développement a été largement reconnu et la communauté internationale doit le prendre en considération dans la gestion des crises complexes et notamment pour les phases de consolidation de la paix.  Il faut encourager, comme ce fut le cas en Guinée Bissau, l’interaction entre le Conseil de sécurité et le Conseil économique et social.  Les organes et institutions du système doivent travailler plus étroitement ensemble pour faire face efficacement à la dimension humanitaire et de développement des crises complexes.  Il a rappelé dans ce contexte que son pays avait proposé la création d’un comité ad hoc composé de l’Assemblée générale, du Conseil de sécurité et du Conseil économique et social.  Le système des Nations Unies, a-t-il insisté, doit fonctionner de manière plus cohérente afin de développer des réponses globales et intégrées aux crises complexes...


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