27/05/2004
Communiqué de presse
CS/2691



Conseil de sécurité

4979e séance – matin


L’INSÉCURITÉ ET L’INSUFFISANCE DES RESSOURCES POUR LES ÉLECTIONS ENTRAVENT L’ÉVOLUTION DE LA SITUATION EN AFGHANISTAN, DÉCLARE JEAN ARNAULT DEVANT LE CONSEIL DE SÉCURITÉ


Dans une présentation qu’il a faite ce matin devant le Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général pour l’Afghanistan, Jean Arnault, a attiré l’attention sur les obstacles à l’organisation des élections présidentielles et législatives qui doivent se tenir dans quelques mois dans le pays.  L’insuffisance des ressources nécessaires et l’insécurité qui règne dans certaines provinces à l’organisation des élections font courir des risques au processus d’évolution démocratique de l’Afghanistan, a-t-il averti.  C’est pourquoi il a estimé que le déploiement d’une force militaire solide pour épauler les forces de sécurité nationales demeure essentiel.


Au cours des derniers mois, a fait remarquer M. Jean Arnault, la situation en matière de sécurité s’est même aggravée dans les zones à risques.  Cette escalade de la violence confirme bien les prévisions faites par la Coalition au début du printemps.  Selon la Coalition, des factions rivales sont impliquées dans les nombreux incidents qui se produisent dans le pays, dont notamment les Taliban dans la partie Sud du pays.  Des combattants étrangers ont été identifiés dans le Sud-Est, et la Coalition a pu se rendre compte de la présence du groupe Hezb-Islami/Hekmatiar dans l’Est.  En outre, des violences liées à la drogue semblent constituer un facteur important d’insécurité.  Les milices impliquées dans la lutte contre les Taliban sont largement perçues comme étant responsables d’un grand nombre d’incidents dans les zones où elles opèrent.  Dans le cadre des opérations de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), nous avons reçu des informations concernant les factions qui devraient être désarmées.  Selon ces informations, leurs dirigeants seraient responsables de certains des incidents visant à créer une sensation de vide sécuritaire.


La province de Farah est devenue de plus en plus dangereuse du fait de rivalités entre factions qui sont probablement impliquées dans les trafics de drogues.  Dans le Nord et dans le Nord-Est, les tensions restent élevées entre les factions du Jumbeh et du Jamiat.  Toutefois le déploiement de l’armée afghane dans ces régions a eu un effet stabilisateur et a pu mettre fin à une escalade des violences.


Concernant le processus électoral, depuis la fin de l’inscription des électeurs dans les huit centres principaux où vivent les populations, le processus est entré dans ses deuxième et troisième phases qui consistent à couvrir le reste du pays au cours des prochains mois.  La deuxième phase a débuté dans 160 sites ouverts au début du mois de mai et s’est étendue à 594 sites à travers 31 des 34 provinces du pays.  Dans ce cadre, 1 083 équipes opèrent de manière simultanée.  Depuis le début de mai, près d’un million de personnes ont été inscrites sur les listes électorales, ce qui porte le nombre des électeurs potentiels à 2,7 millions.  Contrairement aux prévisions initiales, la participation des femmes ne s’est pas ralentie avec l’extension du processus d’inscription des électeurs au-delà des centres urbains.  En vue d’atteindre les objectifs d’inscription, nous envisageons d’étendre à court terme le nombre de sites d’inscriptions de 600 à 800 au cours de la première semaine de juin.  Cette action est nécessaire en vue de permettre au processus d’inscription d’atteindre le minimum requis de 75 000 inscriptions par jour.


Bien que ce processus soit bien en marche, des questions continuent à se poser, a dit M. Arnault.  Les estimations actuelles montrent que toutes les provinces du Sud et du Sud-Est représentent en ce moment à peine 12% des personnes inscrites.  Si cette tendance se confirmait, elle causerait un déséquilibre d’inscriptions entre les différentes provinces.  Un autre défi à relever a trait à l’évaluation des statistiques relatives aux populations de chaque province.  Ces chiffres qui, selon le nouveau Code électoral, seront utilisés pour définir le nombre de représentants que chaque province enverra à la Chambre basse, doivent être fournis par le Bureau central des statistiques (CSO) sur la base d’un exercice préliminaire de recensement qui se déroule depuis le mois de septembre de l’année dernière.  Mais, du fait de l’insécurité, il est désormais clair que les provinces de Zabul, d’Helmand, de Paktika et d’Uruzgan ne pourront faire partie de cet exercice.  L’autre défi à relever a trait au financement, a indiqué M. Arnault.  L’inscription des électeurs est presque entièrement financée par un fonds de 2,6 millions de dollars.  Mais l’élection elle-même n’a pas encore toutes les ressources nécessaires.  Sur les 107 millions indispensables à l’organisation des scrutins présidentiels et législatifs, les donateurs s’étaient engagés à en verser 66 millions à Berlin.  Mais seulement 27 millions ont été reçus à ce jour.


En outre, la loi électorale n’a pas été finalisée, du fait des discussions qui ont cours sur le rôle des partis politiques durant la période de transition.  Certains pensent qu’en vue d’encourager la démocratie multipartite, il faudrait permettre aux partis existants de servir d’intermédiaires entre les électeurs et leurs représentants à travers un système de listes, tandis que d’autres pensent que le système électoral ne devrait pas reposer sur les partis politiques, mais devrait plutôt viser à créer un lien direct entre les électeurs et leurs représentants au Parlement.


Le Représentant spécial a ensuite indiqué que l’enregistrement des partis politiques a été un processus lent et difficile.  Le problème vient de la difficulté à appliquer les critères de la Loi sur les partis politiques qui limite les droits des groupes liés auparavant à des organisations militaires.  À ce jour, 16 partis ont été enregistrés sur le 48 qui avaient déposé leur candidature.  Rappelant les termes du « plan de travail » pour la création d’un environnement favorable à la tenue d’élections libres, le Représentant spécial a indiqué qu’outre la loi sur les partis politiques, d’autres lois ont été adoptées comme la loi sur les médias et la loi électorale.  Les autorités électorales sont en train d’établir une Commission de surveillance des médias après avoir adopté un Code de conduite qui devra être signé par les partis politiques et les autres candidats indépendants. 


Le Ministère de l’intérieur a publié une série d’instructions à l’intention de Gouverneurs, des administrateurs de districts et des chefs de police concernant leurs responsabilités pendant le processus électoral.  Par ailleurs, l’organisation de la campagne de vérification des droits politiques est discutée en ce moment avec la Commission afghane des droits de l’homme et la Mission de l’ONU.  Poursuivant, le Représentant spécial a présenté un élément essentiel au bon déroulement des élections, à savoir le désarmement, la démobilisation et la réintégration (DDR).  La Mission, a-t-il dit, a insisté sur le fait que le DDR, tout en étant négociable, n’est pas une option mais bien une tâche centrale et urgente du Gouvernement de transition.  Il a indiqué que certains commandants continuent de refuser à coopérer au processus en évoquant le manque d’équilibre entre les factions rivales, les opérations des Taliban dans le Sud du pays ou encore le manque de confiance dans la perspective de réintégration, y compris l’intégration politique. 


Ayant expliqué la manière dont la Mission a essayé de dissiper les doutes, le Représentant spécial a annoncé que ces derniers jours, plusieurs commandants sont revenus sur leur position.  Voilà une bonne nouvelle, a-t-il estimé avant de déclarer que « le temps presse et l’opinion publique afghane croit qu’ils vont essayer de faire retarder les choses pour que le facteur militaire pèse sur les élections ».  Abordant la question de la reconstruction des institutions nationales, le Représentant spécial a fait part des progrès remarquables réalisés dans la création de la nouvelle Armée et de la police qui, selon lui, mérite un appui plus soutenu de la part des donateurs.  Il a rappelé la réunion qui a rassemblé 26 pays, les 18 et 19 mai derniers à Doha, à l’issue de laquelle une annonce de contribution de 350 millions de dollars a été faite.  Une réunion de suivi est prévue en novembre de cette année, a indiqué le Représentant spécial.


En conclusion, M. Arnault a affirmé que ceux qui se sont montrés déçus par la composition du Gouvernement de transition placent désormais leur espoir dans les élections.  Il a donc appelé l’OTAN à honorer les engagements qu’elle a pris en faveur du peuple afghan.  Si la sécurité nécessaire à la bonne tenue des élections est d’abord l’affaire des autorités afghanes, il ne faut pas oublier, a souligné le Représentant spécial, qu’elles pourront assumer cette responsabilité sans l’aide de la communauté internationale.  Le déploiement d’une force militaire solide pour épauler les forces de sécurité nationales demeure essentiel.  L’Afghanistan est toujours en proie aux fléaux du terrorisme, du factionnalisme et des réseaux criminels.  Dans ces domaines, c’est l’assistance de la communauté internationale en matière de sécurité qui fera la différence entre le succès et l’échec, a insisté le Représentant spécial.


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