24/03/2004
Communiqué de presse
CS/2646



Conseil de sécurité

4931e séance – matin


LE SUCCES DES ELECTIONS EN AFGHANISTAN EST LIE A LA SITUATION EN MATIERE DE SECURITE, DECLARE M. ANNABI AUX MEMBRES DU CONSEIL


Informant ce matin les membres du Conseil de sécurité sur les défis qui restent à relever avant la tenue d’élections libres et indépendantes en Afghanistan, M. Hédi Annabi, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, a particulièrement insisté sur les problèmes liés à la sécurité qui persistent dans le pays.  Il a notamment évoqué les combats qui ont eu lieu le 21 mars dernier à Hérat, une des régions les plus stables du pays, et qui ont conduit à l’assassinat du Ministre de l’aviation et du tourisme et fait entre 20 et 100 victimes. 


Ces tensions ont conduit M. Annabi à insister sur la nécessité de donner la priorité à la réforme du secteur de la sécurité, de poursuivre les réformes au sein des Ministères de la défense et de l’intérieur et d’accélérer le processus de désarmement, démobilisation et réinsertion en envisageant une démobilisation de près de 40% des milices afghanes avant les élections.  Selon le Sous-Secrétaire général, il faut aussi convaincre les dirigeants des milices que leur désarmement ne privilégiera pas leurs rivaux et, pour cela, il faut soutenir la formation d’une véritable armée nationale entreprise par les Etats-Unis et la France.


Rapport du Secrétaire général sur la situation en Afghanistan et ses conséquences pour la paix et la sécurité internationales (A/58/742-S/2004/230)


Dans son rapport, le Secrétaire général décrit les activités actuellement entreprises par l’Administration transitoire afghane pour appliquer l’Accord de Bonn, avec le concours de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA).  Il rend compte des principaux faits nouveaux survenus entre le 31 décembre 2003 et le 16 mars 2004.  Il décrit les principales mesures à prendre pour mettre en œuvre les dispositions de l’Accord de Bonn après la clôture des travaux de la Loya Jirga constitutionnelle en janvier 2004 et la signature de la nouvelle Constitution afghane.  La tenue d’élections constituera l’un des principaux défis, souligne le Secrétaire général.  Il rend compte de l’état d’avancement du processus d’inscription des électeurs.  Une opération commencée en décembre 2003 avec l’ouverture de bureaux d’inscription dans huit centres régionaux.  Au 15 mars 2004, 1 460 000 électeurs avaient été inscrits sur les 2,5 millions de personnes admises à participer au scrutin dans ces lieux.  Parmi eux, on compte 27% de femmes.  D’après l’Accord de Bonn, les élections devraient se tenir deux ans après la Loya Jirga d’urgence, soit le 11 juin 2004.  Si les élections présidentielles peuvent avoir lieu en juin ou en juillet, cela semble moins évident pour les législatives plus difficiles à organiser.  Le Secrétaire général forme le vœu qu’un consensus sera trouvé à ce sujet avant la Conférence de Berlin, les 31 mars et 1er avril. 


La sécurité demeure une grave préoccupation, regrette le Secrétaire général, en citant plusieurs initiatives visant à améliorer la sécurité –telles que l’expansion de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS), le déploiement d’équipes de reconstruction provinciales supplémentaires et l’intensification des efforts visant à créer une armée et une force de police afghanes.  Sous la direction des Etats-Unis, l’Armée nationale afghane a entraîné un Corps central de 5 271 hommes, auxquels viennent s’ajouter 3 056 recrues.  A l’été 2004, les effectifs opérationnels de l’armée devraient s’élever à 10 000 hommes sur les 70 000 que prévoit le plan décennal. 


Par ailleurs, 4 339 policiers ont été formés dans le cadre des programmes de l’Allemagne et des Etats-Unis.  D’ici la fin juin, 8 000 sous-officiers et 12 000 policiers supplémentaires devraient être formés grâce à la mise en place de sept nouveaux centres régionaux de formation.  Le programme de désarmement, démobilisation et réinsertion volontaire a remporté un certain succès sans véritablement répondre aux attentes.  Entre le lancement du processus de DDR pilote en octobre 2003 et le 6 mars 2004, 5 373 soldats/officiers ont été démobilisés, dont 1 870 à Kaboul.  Néanmoins, le rapport précise qu’un engagement politique plus important des autorités et des diverses factions était nécessaire pour améliorer ce processus.  En outre, il précise qu’avec la prise en charge par l’Allemagne de l’équipe de reconstruction provinciale de Kunduz le 6 janvier, l’OTAN a commencé à se déployer hors de Kaboul, comme l’y autorise la résolution 1510 (2003) du Conseil de sécurité en date du 13 octobre 2003.  


Dans ses observations, le Secrétaire général indique que du fait de l’histoire récente de l’Afghanistan, le peuple afghan nourrit une méfiance profonde à l’égard des forces politiques, les différents groupes ethniques se défient les uns des autres, alors que le pays n’a pratiquement aucune infrastructure sociale ou physique.  Pour que la paix s’enracine, insiste-t-il, il faut que les gens constatent, individuellement et collectivement, qu’elle porte ses fruits.  Il y a encore beaucoup à faire pour que la paix soit vraiment irréversible.  Le processus d’élaboration de la Constitution a lancé des signes positifs.  L’édification des institutions et les progrès de l’état de droit ont redonné confiance à l’Etat.  Mais pour que les gens se sentent en confiance, il faut absolument que l’Etat central élargisse son autorité et que les forces afghanes et internationales soient déployées ensemble sur une part beaucoup plus grande du territoire.  Il arrive trop souvent, s’inquiète le Secrétaire général, que des milices se réclamant de l’armée, de la police ou des services de renseignement ne soient en fait que des instruments d’extorsion, de pression abusive ou de lutte entre factions.  La Conférence de Berlin qui doit se tenir le 31 mars et le 1er avril 2004 sera l’occasion de réaffirmer les liens particuliers qui se sont tissés entre l’Afghanistan et la communauté internationale ces deux dernières années, liens renforcés par l’adoption de la nouvelle Constitution et qui doivent se renforcer après les futures élections.  Une fois que la décision voulue aura été prise concernant la tenue d’élections, le rôle que la MANUA devrait jouer à l’avenir sera probablement plus clair.


Exposé sur la situation en Afghanistan


M. HEDI ANNABI, Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix, a informé le Conseil de sécurité sur les défis qui restent à relever pour mettre en œuvre l’Accord de Bonn ainsi que sur les mesures à prendre afin de permettre à l’Afghanistan de s’avancer sur la voie de la construction d’un Etat stable reposant sur des fondements solides.  Après 26 mois de succès dans l’application de l’Accord de Bonn, le processus est arrivé à un moment important, à savoir l’organisation de la tenue d’élections libres et équitables pour conférer une légitimité politique au nouveau Gouvernement.  Pour équiper le Gouvernement afghan de ses outils fondamentaux, il faut mettre en place des institutions viables, responsables, représentatives et capables d’assurer la sécurité.


Après la ratification de la Constitution, nous sommes entrés dans la phase d’enregistrement des électeurs en vue de la tenue d’élections crédibles, a indiqué M. Annabi.  Il s’agit de mettre en place des élections présidentielles et des élections aux chambres haute et basse.  En ce qui concerne la chambre haute, deux tiers des délégués devront être élus par des conseils de districts et provinciaux.  Les complexités de ces élections importantes sont amplifiées par les circonstances actuelles où il n’y a pas de figure crédible pour toutes les provinces.  En outre, a poursuivi M. Annabi, il faut garder à l’esprit qu’en matière d’élections en Afghanistan, comme l’a dit M. Brahimi, il faut se hâter lentement.  Il y a certes urgence à organiser des élections dans un calendrier aussi conforme que possible prévu par Bonn mais il faut aussi être conscient du fait que la tenue d’élections ne se fait pas comme une tasse de café instantané.  Il est nécessaire de travailler en étroite collaboration avec les Afghans.  Cependant, a regretté M. Annabi, ces derniers n’ont pas beaucoup d’expérience en la matière.  C’est pourquoi, un système de coresponsabilité a été établi dans le cadre du secrétariat électoral au sein duquel travaillent des experts internationaux en collaboration avec leurs homologues afghans.  On prévoit que 40 000 Afghans seront formés pour tenir les bureaux de vote le jour du scrutin.  Ce corps est composé de six commissaires électoraux afghans et de cinq experts internationaux. 


La première phase du processus d’inscription sur les listes électorales suit plus ou moins le calendrier prévu, s’est félicité M. Annabi.  Au 23 mars, 1 560 000 électeurs sur 1,9 million étaient déjà inscrits sur les listes électorales pour les huit districts principaux du pays.  Sur ce total, 28% sont des femmes.  Nous sommes en outre en bonne position pour achever dans les temps la deuxième phase de l’inscription des électeurs.  La participation globale des femmes est en augmentation croissante bien qu’elle reste encore en dessous de nos attentes.  Le lancement de la phase II, à savoir l’inscription électorale dans les capitales de provinces, commencera le 1er mai.  Il reste 8 millions d’électeurs à inscrire.  Cette phase devrait durer un mois.  Pour les districts peu sûrs, des mesures de sécurité spéciales seront prises.  Cependant, M. Annabi a prévenu que le succès de la tenue des élections dépendra de l’appui des forces de la Coalition et de la communauté internationale ainsi que de celui des donateurs. 


Evoquant ensuite la situation en matière de sécurité, le Sous-Secrétaire général aux opérations de maintien de la paix a déploré la recrudescence des attaques contre les agences d’aide humanitaire, les représentants du Gouvernement afghan dans le sud du pays et contre les membres de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) dans Kaboul, avant de souligner que des combats entre factions avaient également eu lieu dans le nord-est du pays.  Même certaines régions que la communauté internationale considérait comme stables commencent à connaître des problèmes en matière de sécurité, a indiqué M. Annabi, donnant l’exemple des combats intervenus à Herat, le 21 mars dernier, entre les forces loyales au Gouverneur Ismael Khan et celles du général Zahir, le commandant nommé par le Gouvernement.  Ces combats ont été provoqués par une rumeur, non vérifiée, de tentative d’assassinat du Gouverneur qui a conduit le fils du Gouverneur, Mirwais Sadiq, également Ministre de l’aviation et du tourisme, à forcer le barrage déployé devant la résidence du général Zahir avant d’être abattu par ses gardes.  Les affrontements violents qui s’en sont suivis entre forces loyales au Gouverneur Khan et au général Zahir ont fait entre 20 et 100 victimes, a souligné M. Annabi, avant d’indiquer qu’une délégation gouvernementale et de l’armée s’était rendue dans la province d’Herat où le calme est plus ou moins revenu depuis.


Ces tensions démontrent que les conditions de sécurité peuvent affecter le processus électoral, a observé le Sous-Secrétaire général, avant d’indiquer que la province d’Herat, une des zones les plus stables d’Afghanistan, avait connu un taux d’inscription sur les listes électorales de l’ordre de 36,8%, soit bien plus que la moyenne nationale qui est de 28%.  Il faut avancer dans la réforme du secteur de la sécurité, poursuivre les réformes au sein des Ministères de la défense et de l’intérieur, continuer le processus de DDR en envisageant une démobilisation de près de 40% des milices afghanes avant les élections, a estimé M. Annabi.  Il faut également convaincre les dirigeants des milices que leur désarmement ne privilégiera pas leurs rivaux et pour cela, il faut soutenir la formation d’une véritable armée nationale engagée par les Etats-Unis et la France, a-t-il ajouté.  La désignation par Kaboul de hauts fonctionnaires dans certaines provinces a été entravée par le manque de forces de police, a-t-il dit, avant d’encourager l’augmentation du nombre de forces de police formées. 


Se tournant vers l’avenir de l’Afghanistan, M. Annabi a craint que la croissance économique de l’Afghanistan, évaluée à 30% en 2002 et à 20% en 2003, n’ait eu des effets concrets que dans les zones urbaines, provoquant un exode rural.  Il a ensuite proposé une démarche de redressement économique orientée vers les plus vulnérables, estimant que le Gouvernement afghan s’était engagé dans cette voie et a évalué les investissements publics à 28,5 milliards de dollars sur sept ans.  Il s’est ensuite inquiété de la prolifération du trafic des stupéfiants et de l’insécurité qu’elle entraîne, avant de recommander la consolidation d’une stratégie conjointe entre l’Afghanistan, les pays de transit et de destination, et la mise à disposition de rentes de substitution pour les petits producteurs.  La semaine prochaine à Berlin, nous aurons l’opportunité d’évaluer les progrès et de définir les étapes à suivre pour la mise en œuvre complète de l’Accord de Bonn, a conclu M. Annabi. 

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