26/03/2004
Communiqué de presse
AFR/868
HQ/630



DIX ANS APRES, LA COMMUNAUTE INTERNATIONALE REFLECHIT AUX LEÇONS

A TIRER DE SON INACTION FACE AU GENOCIDE RWANDAIS DE 1994


Le génocide rwandais n’aurait jamais dû se produire, mais il s’est produit car la communauté internationale a abandonné le Rwanda à son sort, a déclaré ce matin Kofi Annan, en ouverture de la conférence de commémoration du génocide rwandais coprésidée par les Ministres des affaires étrangères canadien et rwandais, Bill Graham et Charles Murigande.  Cela nous laissera pour toujours les plus amers regrets et la plus profonde tristesse, a poursuivi le Secrétaire général des Nations Unies, estimant que si la communauté internationale avait réagi rapidement et avec détermination elle aurait pu prévenir la plupart des massacres.  Mais la volonté politique était absente et les troupes aussi, a reconnu Kofi Annan, et en dépit de signes annonciateurs –notamment un rapport établi en 1993 par un Rapporteur spécial-, la communauté internationale a péché par omission. 


Dénonçant pour sa part la conspiration du silence au sein de la communauté internationale en avril 1994, le Ministre rwandais des affaires étrangères a rappelé les réticences de certains Etats à reconnaître que ce qui se déroulait alors au Rwanda était bien un génocide.  La communauté internationale entendait ainsi se soustraire à sa responsabilité d’intervention alors même que 10 000 personnes étaient tuées chaque jour et que la Convention de 1948 imposait une obligation de protéger.  En effet, a ajouté le Ministre rwandais, quand un gouvernement n’est pas en mesure d’empêcher une telle hécatombe, voire quand tous ses rouages, comme c’était le cas au Rwanda en 1994, sont impliqués dans les massacres, la communauté internationale a l’obligation d’intervenir.  Sommes-nous mieux préparés aujourd’hui pour éviter un nouveau Rwanda, s’est interrogé ensuite son homologue canadien Bill Graham.  Non, a-t-il tranché, car les leçons pratiques n’ont pas encore été tirées, parce que le monde a certes appris mais n’a toujours pas la volonté politique de parvenir à l’accord nécessaire à la mise en place de nouvelles structures mondiales.


La communauté internationale doit envisager l’établissement de nouvelles règles de « souveraineté responsable », a poursuivi le Ministre des affaires étrangères du Canada, des règles qui doivent se fonder sur le principe selon lequel quand un Etat ne peut ou ne veut pas protéger sa population, la communauté internationale a l’obligation d’intervenir.  Ancien commandant militaire de la Mission des Nations Unies au Rwanda, le général en retraite canadien Roméo Dallaire a stigmatisé l’irresponsabilité totale de la communauté internationale face à « des êtres humains habitant un Etat qui ne comptait pas ».  L’action du Conseil de sécurité par rapport à « une Mission sans structure, sans budget et sans intérêt » est à comparer aux millions de dollars qui ont été déversés en ex-Yougoslavie alors que la situation était bien pire au Rwanda, a-t-il souligné, avant de s’interroger sur les raisons pour lesquelles le génocide rwandais a été réduit à « une guerre tribale et considérée naturelle dans cette partie du monde ».  Le général a précisé que les troupes belges qui avaient quitté Kicukiro, dans les faubourgs de Kigali le 11 avril 1994, avant le massacre de 3 000 civils sous leur protection, obéissaient non pas à l’ordre des Nations Unies mais celui de leur pays.


L’Organisation mondiale est l’instrument de ses Membres et ne peut être plus responsable que ces derniers, en particulier pour ce qui est des plus puissants d’entre eux, a déclaré de son côté le Conseiller spécial de Kofi Annan pour l’Afrique, M. Ibrahim Gambari, avant de rappeler qu’au moment du génocide de 1994, un certain nombre d’Etats Membres -dont les pays contributeurs de troupes- semblaient surtout préoccupés par le sort de leurs hommes.


Cette conférence a également permis à deux rescapés du génocide rwandais, Speciose Kanyabugoyi et Eric Nzabahimana, de s’exprimer publiquement dans le cadre de deux tables rondes intitulées « leçons tirées de la réaction internationale face au génocide rwandais de 1994 » et « vers une réponse internationale plus efficace au génocide ».  Après ces témoignages, des intervenants du public ont soulevé la question de réparation auxquelles ont droit les rescapés du génocide, et celles des défaillances du Conseil de sécurité et de la carence d’une conscience collective.  Après avoir approuvé la démarche de certains Etats occidentaux qui ont présenté leurs excuses au peuple rwandais, plusieurs intervenants ont invité la communauté internationale à exercer des pressions sur la France afin de lui faire reconnaître son rôle dans le génocide au Rwanda.  Assistaient également à ces tables rondes le Sous-Secrétaire général des Nations Unies aux affaires politiques, Danilo Türk, et le vice-recteur de l’Université des Nations Unies, Ramesh Thakur


CONFERENCE commemorant le GENOCIDE DE 1994 AU RWANDA


Le génocide rwandais n’aurait jamais dû se produire.  Mais il s’est produit.  La communauté internationale a abandonné le Rwanda à son sort et cela nous laissera pour toujours les plus amers regrets et la plus profonde tristesse, a déclaré M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies.  Si la communauté internationale avait réagi rapidement et avec détermination, a-t-il poursuivi, elle aurait pu prévenir la plupart des massacres.  Mais, a-t-il rappelé, la volonté politique était absente et les troupes aussi.  Si l’ONU, les gouvernements, les médias internationaux et les autres observateurs avaient tenu compte des signes annonciateurs de la catastrophe et pris à temps les mesures voulues, le désastre aurait pu être évité, a insisté le Secrétaire général en déclarant se souvenir d’un rapport établi en 1993  par un Rapporteur spécial, qui signalait clairement qu’une catastrophe était proche. 


La communauté internationale a péché par omission, a-t-il dit en rappelant qu’il était lui-même à la tête du Département des opérations de maintien de la paix et qu’il avait insisté auprès de dizaines de pays pour qu’ils fournissent des contingents militaires.  Je pensais, à l’époque, a-t-il confié, faire de mon mieux mais j’ai compris après le génocide que j’aurais pu, et dû, en faire plus pour donner l’alarme et rallier les bonnes volontés.  Le Secrétaire général a voulu que nul n’oublie qu’un génocide a bel et bien eu lieu au Rwanda, qu’il était soigneusement orchestré et qu’il a été perpétré au grand jour.


Rendant hommage aux quelques hommes courageux qui ont essayé de mettre fin au massacre dont le général canadien Roméo Dallaire, le Secrétaire général a souligné que quelque 800 000 hommes, femmes et enfants ont été abandonnés à une mort certaine.  Dix ans plus tard, nous tentons toujours de recoller les morceaux.  Nous ne pouvons changer le passé mais nous pouvons aider les Rwandais, en particulier ceux de la nouvelle génération, qui représente l’avenir du pays, à édifier ensemble une société nouvelle.  Le génocide rwandais, a encore dit le Secrétaire général, a soulevé des questions qui touchent l’humanité, tout entière, des questions fondamentales concernant l’autorité du Conseil de sécurité, l’efficacité des opérations de maintien de la paix des Nations Unies, la portée de la justice internationale, les racines de la violence et la responsabilité de la communauté internationale de protéger ceux qui sont menacés de génocide et d’autres graves violations des droits de l’homme. 


Selon le Secrétaire général, la vraie question est: croyons-nous que, face à un nouveau Rwanda, nous réagirions à temps et efficacement?  Selon lui, nous ne pouvons absolument pas en être certains.  Rappelant sa recommandation de créer un poste de rapporteur ou de conseiller spécial pour les questions de génocide, il a ajouté que nous pouvons et devons en faire plus.  L’Assemblée générale a décidé de faire du 7 avril la Journée internationale de réflexion sur le génocide rwandais.  Quant au Gouvernement rwandais, il a demandé qu’à cette occasion, une minute de silence soit observée dans le monde à midi, heure locale, a annoncé le Secrétaire général. 


Cette minute de silence est de nature à nous unir tous, ne fut-ce que très brièvement autour de l’idée d’une véritable solidarité mondiale.  Soyons unis à présent, si nous n’avons pu l’être, il y 10 ans.  En une minute, nous ferons passer un message témoignant de nos remords et de notre ferme volonté d’éviter qu’une tragédie comme celle-là ne se reproduise jamais.  Que les victimes du génocide rwandais reposent en paix.  Que notre existence soit pour longtemps marquée par leur sacrifice.  Et que cette tragédie nous porte à essayer, ensemble, de nous traiter les uns les autres comme les membres d’une seule et même famille humaine, a conclu le Secrétaire général.*  


M. CHARLES MURIGANDE, Ministre des affaires étrangères du Rwanda, a souhaité que cette conférence permette à la communauté internationale d’honorer la mémoire des victimes du génocide rwandais et de réfléchir aux voies et moyens d’éviter une nouvelle tragédie de cette ampleur.  Au lendemain du génocide, beaucoup d’entre vous se sont demandés si le Rwanda pouvait encore exister comme Etat souverain, s’il ne fallait pas diviser ce pays en une terre pour les Hutu et une autre pour les Tutsi ou le placer sous tutelle internationale, a poursuivi M. Murigande.  Pourtant, a-t-il dit, en 10 ans, la politique de réconciliation nationale, de promotion de la bonne gouvernance et de développement économique mise en œuvre par notre Gouvernement nous a donné raison: ce génocide et ces massacres étaient bel et bien le résultat de décennies d’une mauvaise gouvernance qui avait commencé sous la colonisation.  Notre nation est vieille de plus de 500 ans a-t-il rappelé, elle n’a pas toujours été divisée entre Hutu, Tutsi et Twa et la notion de différence ethnique élevée en distinction raciale est une création étrangère mise au point pour mieux diviser la société. 


Au printemps 1994, la communauté internationale était réticente à appeler ce qui se déroulait au Rwanda un génocide, a rappelé le Ministre, pourquoi?  Pour se soustraire à toute responsabilité d’intervenir, d’agir alors que 10 000 personnes étaient tuées chaque jour.  Au titre de la Convention de 1948, pourquoi y a-t-il eu carence à agir, alors que l’on savait qu’un génocide était en préparation puisque le Rapporteur de la Commission des droits de l’Homme, Adama Dieng, avait établi dès 1993 qu’un génocide à petite échelle s’était déroulé au Rwanda.  Même au sein du Gouvernement français, un diplomate, Paul Dijoud, avait assuré une délégation du Front patriotique rwandais en 1992 que ce mouvement n’arriverait jamais à Kigali et que, dans le cas contraire, ils trouveraient tous les Tutsi massacrés.  Il faut bien faire face à la réalité: les avertissements étaient clairs mais personne n’a voulu agir en raison de la conspiration du silence, a dit le Ministre. 


En 1963, Jean-Paul Sartre avait qualifié les massacres contre les Tutsi du Rwanda de pires tueries commises depuis l’Holocauste, mais hormis ces intellectuels, les massacres ont été passés sous silence par le reste du monde, a-t-il dit.  Aucune autre nation ne devrait subir ce que nous avons subi au Rwanda, a déclaré M. Murigande, avant de souligner que la communauté internationale a dans de telles circonstances l’obligation de protéger.  Un million de personnes tuées en 100 jours: quand un gouvernement n’est pas en mesure d’empêcher une telle hécatombe, la communauté internationale doit assumer son rôle de protection, a poursuivi le Chef de la diplomatie rwandaise.  Or, dans le cas du Rwanda, tous les rouages du Gouvernement étaient impliqués dans les massacres et encourageaient les


populations à tuer, a-t-il dit, avant de rappeler que le 11 avril 1994, 3 000 personnes avaient été abandonnées par la MINUAR dans une école, l’ETO de Kicukiro, où elles ont été massacrées quelques heures après le départ des Casques bleus.  Un des rescapés de la tuerie de l’ETO de Kicukiro est parmi nous ce matin, a dit le Ministre. 


Abordant ensuite les recommandations du rapport Carlsson, le Ministre a constaté qu’à quelques exceptions près, les excuses de la communauté internationale n’avaient pas été présentées au peuple Rwandais.  De même, si plusieurs partenaires au développement ont apporté un soutien à la reconstruction du Rwanda, le soutien financier recommandé par M. Carlsson dans ce rapport n’a pas été obtenu par le peuple rwandais.  Après le génocide de 1994 au Rwanda, le monde ne doit plus être le même et si une situation similaire devait se reproduire, il est crucial d’intervenir, au nom des idéaux qui ont fondé les Nations Unies, a conclu le Ministre Murigande


M. BILL GRAHAM, Ministre des affaires étrangères du Canada, a rappelé qu’il y a 15 jours, devant le Parlement canadien, le Secrétaire général de l’ONU a souligné la nécessité de mettre en place un véritable système de sécurité collective.  Pour le Ministre, cette conférence est l’occasion de réfléchir aux manquements de la communauté internationale.  Il faut se demander, a-t-il dit, si nous sommes mieux préparés pour éviter un nouveau Rwanda.  Non, a-t-il tranché, les leçons pratiques n’ont pas encore été tirées.  Le Ministre a estimé que le monde a appris mais n’a toujours pas la volonté politique de parvenir à l’accord nécessaire à la mise en place de nouvelles structures mondiales.  La communauté internationale, a-t-il insisté, butte toujours sur la notion de principe de souveraineté même lorsque celui-ci va à l’encontre des normes humanitaires.  L’appel lancé par le Secrétaire général au Sommet du Millénaire, a-t-il poursuivi, présente bien le problème.  


Le Ministre a plaidé pour l’établissement de nouvelles règles de la « souveraineté responsable ».  Elles doivent se fonder sur le principe selon lequel quand un Etat ne peut ou ne veut pas protéger sa population, la communauté internationale a l’obligation d’intervenir.  La sécurité des personnes est tout aussi importante que celle des Etats, a déclaré le Ministre en estimant que la notion de souveraineté s’annihile elle-même lorsqu’il s’agit de protéger les gouvernements plutôt que de protéger les citoyens.  Le principe de souveraineté responsable doit être la norme du comportement des gouvernements.  Reconnaissant que, dans ce contexte, l’on peut redouter les interventions abusives à des fins politiques voire économiques, le Ministre a insisté sur le fait que les interventions ne se justifieraient qu’en dernier ressort après avoir épuisé toutes les voies diplomatiques. 


Il est incontestable, a-t-il conclu, que l’ONU a le devoir de réagir quand des atrocités sont commises.  L’ONU doit remplir son plein potentiel en tant qu’organisation crédible et efficace.  Elle doit aussi s’intéresser aux nombreuses autres menaces, comme le terrorisme, la prolifération des armes de destruction massive ou les pandémies telles que celle du VIH/sida.  Les Nations Unies, a insisté le Ministre, demeurent l’institution la plus importante du monde et le réceptacle des espoirs communs de l’humanité.  La communauté internationale doit se demander si l’ONU a bien les moyens de remplir son mandat.  La réponse est


claire, a répondu le Ministre, ce n’est pas le cas.  Collectivement, face aux menaces, nous sommes souvent paralysés par des définitions rigides de la notion de souveraineté.  Il reste à savoir si les Etats Membres, gardiens de l’ONU et de la Charte, ont la volonté politique d’amorcer la modernisation nécessaire.  Sont-il décidés à faire en sorte que les normes correspondent aux défis contemporains? 


Le temps est venu de bâtir un multilatéralisme porteur de vraies solutions, a dit le Ministre.  Nous avons besoin de nouvelles règles, de nouvelles structures et de nouvelles orientations.  Nous devons éliminer celles qui ont perdu leur utilité.  Le Canada est déterminé à voir l’ONU se doter des moyens de répondre aux besoins urgents des populations du monde et capable de tirer des leçons pratiques du génocide rwandais.  Nous devons entreprendre une analyse complète des circonstances de ce génocide pour pouvoir assumer nos responsabilités aujourd’hui.  La communauté internationale doit être prête au débat car sans clarté et sans consensus, nous risquons d’arriver à la paralysie que l’on a vue pour le Rwanda.  Dix ans après le Rwanda et un an après l’Iraq, le moment est venu de lancer un débat honnête et franc sur l’intervention humanitaire. 


Table ronde sur « les leçons tirées de la réaction internationale face au génocide rwandais de 1994 »


Animée par le Ministre rwandais des affaires étrangères, Charles Murigande, cettetable rondea réuni deux rescapés du génocide, Speciose Kanyabugoyi, Directrice de l’Association des veuves du génocide rwandais (AVEGA AGAHOZO) et Eric Nzabihimana, ainsi que le Commandant militaire de la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR), le général en retraite canadien Roméo Dallaire


Rescapée de l’Ecole technique de Kicukiro (ETO) située dans les faubourgs de Kigali et abandonnée le 11 avril 1994 par le bataillon belge de la MINUAR, Speciose Kanyabugoyi a rappelé que depuis 1959, l’histoire de sa famille et des Tutsi du Rwanda avait été une succession de brimades, de tueries et d’humiliations orchestrées par les autorités politiques du pays jusqu’à l’abomination du génocide de 1994.  En 1993, a-t-elle dit, les Accords de paix d’Arusha, signés entre le Front patriotique rwandais et le Gouvernement dirigé par le Président Habyarimana, ont été une source d’espoir, d’autant plus qu’ils étaient soutenus par les Nations Unies et la communauté internationale.  Mais la présence des Nations Unies, particulièrement après l’assassinat du Président Habyarimana le 6 avril 1994, s’est avérée être un piège pour nous tous, a-t-elle affirmé.  Faisant ensuite le récit des événements qui se sont déroulés entre le 7 et le 11 avril 1994, date du retrait du bataillon belge de l’ETO, Mme Kanyabugoyi a indiqué que le bataillon belge avait refusé d’escorter les 3 000 personnes réfugiées dans cette école vers le quartier général de la MINUAR situé à deux kilomètres de là.  Nous avons été déportés quelques heures après par les miliciens et l’armée vers une zone où près de 4000 personnes ont été tuées, a-t-elle dit.  J’ai fait la morte et n’ai eu la vie sauve qu’à l’arrivée des troupes du Front patriotique rwandais, a-t-elle dit.  J’ai passé une nuit au milieu de cadavres. 


Un autre témoignage, venant cette fois d’une autre région du Rwanda, la commune de Bisesero dans la région de Kibuye, où 50 000 personnes ont été exposées à la mort et où un peu moins d’un millier de personnes ont survécu.  Fournissant ce témoignage, Eric Nzabihimana a fait part des circonstances particulières dans lesquelles s’est déroulé ce massacre puisque les Nations Unies avaient autorisé le déploiement dans la région de l’Opération Turquoise sous la conduite de la France.  Pendant 90 jours, nous avons été victimes d’un carnage, a-t-il dit, et les 50 000 personnes n’ont pu résister que pendant un mois face à l’armée, aux milices et aux populations.  Evoquant ensuite l’Opération Turquoise, il s’est interrogé sur les raisons pour lesquelles les troupes françaises, qui ont pourtant pu constater la détresse des 7 500 survivants qu’ils ont trouvés à leur arrivée, les ont abandonnés à leur sort en les assurant qu’ils reviendraient trois jours plus tard.  Entre temps, a-t-il dit, nous étions sortis de nos cachettes et nous nous trouvions à la merci des milices, avant de considérer que la véritable motivation de la France était de protéger les auteurs du génocide.  Ces 7 500 personnes étaient en danger à quelque deux kilomètres du campement de l’armée française qui n’a finalement réagi que sous la pression des ONG, a-t-il dit, mais trop tard, nous n’étions plus que 1 000 survivants environ.  Eric Nzabihimana a demandé ensuite à la communauté internationale de presser la France de reconnaître sa responsabilité dans le génocide rwandais. 


Apportant le dernier témoignage, l’ancien commandant de la Mission des Nations Unies au Rwanda (MINUAR), le général ROMEO DALLAIRE aujourd’hui à la retraite, a d’abord insisté sur la nature brutale du génocide rwandais en ajoutant que la notion de « plus jamais cela » qui était en vigueur depuis 50 ans avait perdu tout son sens.  Le général Dallaire a stigmatisé l’irresponsabilité complète de la communauté internationale face à « des êtres humains habitant un Etat qui ne comptait pas ».  L’action du Conseil de sécurité par rapport à « une Mission sans structure, sans budget et sans intérêt » est à comparer aux millions de dollars qui ont été déversés en ex-Yougoslavie alors que la situation était bien pire au Rwanda.  La question que je me pose souvent, a confié le général Dallaire, est de savoir pourquoi le génocide rwandais a été réduit à « une guerre tribale et considérée naturelle dans cette partie du monde ». 


Malgré les engagements pris dans l’Accord de paix d’Aursha de 1993, la communauté internationale a continué, six ou sept mois avant le génocide, à ignorer les avertissements d’une catastrophe imminente.  Aussi, le 6 avril, la Mission n’avait-elle toujours pas de budget pour son déploiement.  Le lendemain, après le début du massacre, 2 000 hommes des troupes les mieux entraînées du monde, provenant de la France, des Etats-Unis, du Royaume-Uni et de l’Italie, ont été déployés pour évacuer les nombreux Blancs expatriés et quelques Rwandais.  Trébuchant sur les corps et sentant les cadavres en décomposition, ces troupes sont restées fidèles à leur mission, celle d’ignorer la catastrophe et les crimes contre l’humanité.  Le 19 avril, soit deux semaines après le génocide, a poursuivi le général Dallaire, ces troupes d’élite sont parties avant que, quelque temps plus tard, le « Triumvirat de l’ONU » dont Kofi Annan et son Chef de Cabinet, n’annonce que « la cavalerie ne viendrait pas ».  Au niveau du Conseil, la décision avait été prise de retirer toute la Mission. 


Rappelant son refus d’obtempérer, le général à la retraite a indiqué que le 22 avril, après plus de 100 000 morts, la Mission a été abandonnée sans mandat.  Voilà la honte de toute cette opération, a-t-il rappelé en indiquant que la Mission avait même reçu l’ordre de laisser à leur sort les 30 000 personnes qu’elles avaient pu sauver.  En mai, a-t-il poursuivi, tout le monde savait que le génocide n’était pas arrivé à sa fin, bien au contraire.  C’est donc sous une forte pression, notamment des médias internationaux, qu’il a été convenu, le 17 mai, de renforcer la Mission qui selon les ordres devait rester à l’écart des combats.  Les renforts de 5 000 hommes ne sont arrivés que le 17 mai, quand, les massacres ayant cessé, tout danger était écarté pour les troupes.  Les humains sont-ils tous humains ou certains sont plus humains que d’autres », a interrogé le général Dallaire en ajoutant qu’une nation a même été jusqu’à établir une échelle de valeur entre les Rwandais et les militaires.


Alors même que la Radio des Mille Collines, radio extrémiste, continuait ses appels au carnage, l’on a invoqué la souveraineté de l’Etat pour refuser à la Mission les moyens de brouiller l’antenne de la station.  Beaucoup d’exemples existent des échecs sur le terrain et de la manière dont le monde a abandonné le Rwanda, a conclu le général.  Il a jugé affligeant que la décision d’une nation de supprimer 100 000 gorilles suscite plus d’émotion de la part de la communauté internationale.  On ne pourra arrêter les conflits que lorsqu’on réalisera que les 4 milliards de personnes qui souffrent dans le monde ne sont pas un problème résiduel, a encore dit le général Dallaire avant de préciser que les troupes belges qui avaient quitté Kicukiro avant le massacre obéissaient non pas à l’ordre de l’ONU mais à celui de leur pays.


Table ronde « vers une réponse internationale plus efficace au génocide »


Animée par le Ministre des affaires étrangères du Canada, BILL GRAHAM, la table ronde a été l’occasion d’entendre les interventions du Conseiller spécial des Nations Unies pour l’Afrique, M. IBRAHIM GAMBARI, le Vice-Recteur de l’Université des Nations Unies, M. RAMESH THAKUR, et le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques, M. DANILO TURK


« Au-delà des excuses, réfléchir au passé et à ce qu’il faut faire à l’avenir », tel a été le thème de l’intervention du Conseiller spécial.  Il a d’abord souhaité que les regards se détournent de la controverse sur le télégramme du général Dallaire, en attirant l’attention sur les défaillances du Conseil de sécurité, organe qui avait reçu plusieurs avertissements sur le génocide rwandais.  Une alerte rapide est nécessaire mais insuffisante.  Comme le cas du Rwanda l’a montré, c’est finalement la volonté politique d’agir rapidement qui importe.  Le Conseiller spécial a mis le doigt sur le manque de volonté des « membres puissants » du Conseil en regrettant que lorsqu’un de ces membres faillit à sa responsabilité, c’est l’ONU qui se retrouve au banc des accusés, en particluier son Secrétaire général.  L’ONU est l’instrument de ses membres qui ne peut être plus responsable que ces derniers, en particulier les plus puissants d’entre eux. 


Rappelant sa qualité de membre du Conseil lors du génocide, M. Gambari a estimé qu’au Siège, la réalité était qu’un certain nombre d’Etats Membres dont les pays contributeurs de troupes, semblaient surtout préoccupés par leurs hommes et l’impact qu’aurait la mort d’un soldat sur leur opinion publique.  Or, le maintien du bataillon canadien, renforcé par les troupes ghanéennes et tunisiennes, a montré ce qu’une force bien équipée et dotée d’un mandat clair aurait pu réaliser.  Le Conseiller a ensuite rappelé que le Secrétaire général de l’époque est venu au Conseil, muni de trois options à savoir, un renforcement massif de la MINUAR, sa réduction ou son retrait complet.  C’est ainsi que le Conseil de sécurité a adopté la deuxième option qui a consisté, en plein milieu du génocide, à réduire de 2000 à 270 hommes les troupes de la MINUAR.  Le Conseiller spécial a estimé que le tort du Secrétaire général a été de ne pas avoir insisté suffisamment sur l’option qu’il préférait, à savoir la première.  Il a imputé l’autre partie de l’échec aux pays du Mouvement des pays non alignés, membres du Conseil, qui auraient dû, pour marquer leur réserve, s’abstenir lors du vote.


Pourquoi le Nigéria et les autres membres africains ont-ils échoué, a demandé le Conseiller avant de donner une réponse en six points.  Il a d’abord invoqué le fait que le Ghana, le seul pays africain fournisseur de troupes n’avait pas beaucoup d’influence.  Il a ensuite indiqué que le Mouvement des pays non alignés n’a pas eu la possibilité de présenter des résolutions sur les conflits qui l’intéressaient directement.  Il a aussi confié que la Belgique ne s’est pas contentée de retirer ses troupes mais elle s’est aussi livrée à un plaidoyer auprès des membres de l’OTAN pour mettre un terme à la MINUAR et ne pas avoir à justifier un retrait d’une mission en cours.  Les Etats-Unis, a-t-il poursuivi, semblaient vouloir un retour complet de la MINUAR mais ils ont, au bout du compte, décidé de souscrire à un compromis.  Par ailleurs, les évènements allaient si vite que les dirigeants de l’Organisation de l’unité africaine (OUA) n’ont pas eu la possibilité d’organiser des efforts diplomatiques auprès des capitales occidentales.  Enfin, dans un environnement post-guerre froide, les pressions étaient grandes pour que les résolutions soient adoptées par consensus. 


Malgré cela, a rappelé le Conseiller spécial, les pays du Mouvement des non-alignés se sont mis d’accord pour s’abstenir sur la résolution autorisant l’Opération Turquoise qui contrairement à la MINUAR était, elle, déployée en vertu du Chapitre VII.  Il serait erroné de croire, a conclu le Conseiller spécial, que le Conseil est un organe qui défend les objectifs de la Charte.  Il s’agit, en réalité, d’une institution politique qui fonctionne en cercle concentrique d’intérêt dont les anneaux les plus éloignés sont les membres non permanents ensuite les membres qui ont des liens avec l’OTAN puis les P-5 (membres permanents) et enfin le P-1.  C’est en invoquant le fonctionnement de ce cercle qu’il a expliqué la raison pour laquelle, le mot génocide a eu du mal à être accepté puisqu’en vertu de la Convention pertinente, son acceptation conduisant automatiquement à une intervention internationale.  Le Conseiller spécial a déclaré: « très peu a été fait pour prévenir un autre génocide.  Il faut agir maintenant pour assurer de meilleures perspectives ».


Intervenant à la suite, M. Ramesh Thakur, le Vice-Recteur de l’Université des Nations Unies, a rappelé qu’il y a 10 ans, le monde était resté silencieux et distant face au génocide rwandais, symbolisant l’un des épisodes les plus honteux depuis l’Holocauste.  Cette carence de conscience collective, cette lâcheté, a coûté la vie à des centaines de milliers de civils, a-t-il ajouté, avant de rappeler qu’un gouvernement qui ne protège pas ses citoyens doit être suppléé par la communauté internationale.  L’obligation de protéger, a poursuivi Ramesh Thakur, exige qu’à l’avenir on évite de nouvelles tragédies comme le Rwanda.  La Charte des Nations Unies ne peut être un recours pour l’impunité, a-t-il estimé ensuite, avant de souligner que certaines guerres ont souvent été présentées comme humanitaires.  La responsabilité de protéger engage les Etats, a-t-il dit, et en cas de défaillance, elle exige que la communauté internationale prenne le relais.  Il faut protéger les victimes à l’intérieur d’un Etat, a-t-il déclaré ensuite, avant de rappeler que seule l’ONU avait mandat pour intervenir et protéger, car après l’intervention se pose le défi de la paix.  Les Nations Unies doivent être responsables pour ce qui est de la politique à l’échelle globale, a-t-il dit, estimant que si l’Organisation échoue, d’autres acteurs pourraient agir à sa place mais en risquant d’aggraver la situation.  Le défi aujourd’hui est de renforcer l’humanité, a-t-il dit, soulignant à cette fin la nécessité d’une mobilisation de la communauté internationale basée sur la solidarité et la règle de droit. 


M. Danilo Turk, Sous-Secrétaire général aux affaires politiques des Nations Unies, évoquant les imperfections du système international en matière de prévention des génocides tant en matière de dispositions que de dispositifs, a insisté sur certains progrès enregistrés récemment.  L’application de la Convention de 1948 suppose que l’on examine ce texte en profondeur, a-t-il dit ensuite, estimant que cette Convention et ses objectifs sont bien mieux compris aujourd’hui.  La prévention des conflits armés et la consolidation de la paix après les conflits ont été davantage intégrés dans les préoccupations de la communauté internationale, en particulier à la lumière de l’échec du Rwanda en 1994.  Les initiatives prises par le Secrétaire général au cours des dernières années visent à plusieurs niveaux à éliminer les causes de conflits en intervenant tant sur les question de développement, de bonne gouvernance et de prévention des conflits.  Danilo Turk a donné l’exemple des bons offices déployés par le Secrétaire général dans certaines situations telles que le Burundi, mentionnant également une résolution adoptée en 2001 par le Conseil de sécurité par laquelle il demandait au Secrétaire général d’identifier des mécanismes pour prévenir les conflits.  Au stade actuel, la création d’un bureau de rapporteur ou de conseiller spécial du Secrétaire général pour la question du génocide est à un stade avancé, a-t-il dit, avant de prendre l’exemple du déploiement rapide d’une force multinationale dans l’Ituri, à l’été 2003, pour prévenir une aggravation de la situation dans cette région de la République démocratique du Congo. 


Questions-réponses


Au cours de l’échange de vues, des participants ont souligné la responsabilité des Etats quant au soutien attendu par les rescapés du génocide, demandant entre autres ce que font les Nations Unies pour soutenir ce pays qui a été trahi par l’Organisation mondiale.  La question de réparations a également été soulevée avant qu’un autre intervenant ne demande au Ministère des affaires étrangères du Canada ce qu’il adviendra du génocidaire, Mugesera, réfugié au Canada.


Revenant à la remarque du général Dallaire sur l’égalité entre les êtres humains, un intervenant a jugé qu’elle fait écho à celle de la politique de deux poids deux mesures pratiquée généralement par le Conseil de sécurité.  Les Nations Unies ne peuvent-elles mettre en œuvre les moyens de sensibiliser l’opinion publique internationale à la situation des pays qui ne font pas la une de l’actualité?  Lors du génocide, a demandé un autre intervenant, quel était le rôle du représentant du Rwanda au sein du Conseil?   Le même intervenant a également voulu savoir comment il serait possible de prendre des mesures contre une organisation comme l’ONU pour défaillance morale et politique?  Comment sanctionner un pays comme la Belgique? a-t-il encore demandé, suggérant que le fait que certains Etats Membres de l’ONU n’ont toujours pas présenté d’excuses peut être dû à ce que les responsabilités des uns et des autres n’ont pas été exposées clairement. 


Répondant à cette première série de questions, le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques a souligné qu’en vertu de son mandat, le Conseil de sécurité aura toujours à juger d’une situation.  Ce qu’il faudra désormais, c’est trouver les moyens de jeter un pont plus solide entre lui et le Secrétariat.  C’est la raison pour laquelle, a-t-il estimé, le Secrétaire général a proposé la création d’un poste de conseiller spécial pour la question du génocide. 

Commentant la question des réparations, le Conseiller spécial a jugé plus utile de trouver les moyens d’aider les victimes du génocide, par le biais du Tribunal international, et de contribuer à la reconstruction du Rwanda.  Quant à la présence au Conseil de sécurité du représentant du Rwanda, pendant le génocide, il a assuré  qu’elle n’a jamais empêché aucun des membres du Conseil de condamner les évènements.  S’agissant de la responsabilisation de la communauté internationale dans la prévention du génocide, le Conseiller spécial a prôné le changement institutionnel, en rappelant que l’Afrique est le seul continent qui n’a pas un siège permanent au Conseil.  Pour éviter les échecs systémiques, il a préconisé une mise effective des recommandations du rapport Brahimi.  Le Ministre des affaires étrangères du Canada a aussi commenté la question des réparations en estimant que les solutions aux abus des droits de l’homme doivent se fonder  sur le droit.  Il a, dans ce contexte, rappelé la création des deux Tribunaux internationaux en déclarant « la réparation oui, mais dans le cadre de la justice et des lois ».


Le Vice-Président de l’Université des Nations Unies a jugé qu’avant de parler de réparations, il convient d’abord de punir les responsables.  Il est temps que le monde en développement trouve des moyens créateurs d’aller de l’avant plutôt que de se laisser obsédé par le passé.  Il faut tirer les leçons du passé en se tournant résolument vers l’avenir, a-t-il insisté.  Enfin, le Ministre des affaires étrangères du Rwanda a répondu sur la contribution des Nations Unies à la reconstruction de son pays, en estimant que lorsque l’on regarde les conséquences du génocide dont le nombre de veuves et d’orphelins, il devient clair que les Nations Unies peuvent faire plus.  Le Gouvernement a mis en place un Fonds auquel il contribue à hauteur de 5%.  N’est-il pas temps que les membres de l’ONU y contribuent aussi non pas en tant que réparation mais « au nom du devoir moral de restituer aux survivants du génocide un peu de l’humanité qui leur a été volée au vu et au su de tout le monde »? s’est interrogé le Ministre.


Reprenant la série de questions, un intervenant a cru voir une contradiction entre le rapatriement des expatriés par des troupes et le devoir de protéger des personnes en danger.  Un autre a contesté l’appellation « génocide rwandais » qui conduit, a-t-il dit, à une confusion entre la victime et le bourreau.  Ne serait-il pas plus pertinent de parler de génocide des Tutsi?  Stigmatisant « l’arrogance » de la France qui a « refusé de présenter des excuses », un autre intervenant s’est interrogé sur les moyens dont dispose l’ONU pour contraindre ce pays à changer d’attitude, « au moins jusqu’à la fin de la commémoration du génocide ».  Le Canada pourrait-il être un catalyseur pour la reconstruction du Rwanda? a encore demandé l’intervenant qui était Canadien d’origine rwandaise.  Compte tenu de la notion de la souveraineté, à quel moment la communauté internationale peut-elle intervenir et sous quelles conditions? a demandé un autre intervenant. 


Le Sous-Secrétaire général aux affaires politiques a commenté la question concernant le « devoir de protection » qui exige, selon lui, le renforcement de la capacité de la communauté internationale et de sa volonté politique d’agir.  L’effondrement de règles morales ayant rendu plus difficiles les négociations des cessez-le-feu à des fins humanitaires, il devient problématique de maintenir le cessez-le-feu comme un préalable à une opération internationale.  Quant aux conditions permettant de contourner la notion de souveraineté, le Conseiller spécial en a cité trois: la preuve des violations massives des droits de l’homme par les autorités, l’autorisation du Conseil de sécurité, et la collaboration des organisations régionales.


En conclusion, le Ministre des affaires étrangères du Rwanda a réitéré son avis selon lequel, à ce stade, l’ONU est très loin d’avoir tiré les leçons du génocide rwandais.  Rappelant les recommandations du rapport Kassem sur la circulation des armes et l’existence de groupes armés, qui est resté sans suite, le Ministre a déclaré « si ces groupes armés nous trouvaient sans défense, nous périrons tous et la communauté internationale viendrait encore verser quelques larmes et déposer des gerbes de fleurs sur nos charniers ».  Enfin, le Ministre des affaires étrangères du Canada a estimé que la tâche la plus ardue consistera à présent à traduire les trois témoignages entendus aujourd’hui en langage diplomatique et juridique pour aller de l’avant.  S adressant, en particulier, au général Dallaire, il a rappelé la présentation au G-8 d’un plan consistant à résoudre les problèmes de l’Afrique avec les Africains.  La tâche ne sera pas aisée, il y aura des résistances.  Les décisions du Conseil sont des décisions politiques mais il faut espérer que la conférence sera un jalon dans la prévention d’une autre catastrophe.  


* Pour l’intégralité du discours du Secrétaire général, voir notre communiqué de presse SG/SM/9223


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