14/02/2003
Communiqué de presse
SG/SM/8607



                                SG/SM/8607

                                14 février 2003


LE PLAN DE CAMPAGNE ELABORE PAR LE QUATUOR POURRAIT REGLER LE CONFLIT ISRAELO-PALESTINIEN ET INSTAURER LA PAIX DANS LA REGION, DECLARE KOFI ANNAN


New York, le 14 février 2003 -- On trouvera ci après le texte intégral du message du Secrétaire général, M. Kofi Annan, à l’ouverture de la session de 2003 du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien.  Cette déclaration a été lue par M. Iqbal Riza, chef de Cabinet du Secrétaire général:


Permettez-moi tout d’abord de vous féliciter ainsi que vos collègues du Bureau pour votre réélection, à l’unanimité, à la tête du Comité pour l’exercice des droits inaliénables du peuple palestinien.


Alors que nous sommes réunis ici aujourd’hui, la situation entre les Palestiniens et les Israéliens reste pleine de dangers.  Ne nous berçons pas d’illusions en imaginant qu’elle ne peut pas s’aggraver; elle le peut très facilement.


Le coût de la crise en vies humaines est déjà effrayant.  Depuis septembre 2000, plus de 3 200 personnes ont été tuées – une grande majorité de Palestiniens, mais aussi de nombreux Israéliens.  En outre, on compte des milliers de blessés dans les deux camps, et à nouveau les Palestiniens sont les plus nombreux.  Malheureusement, la majorité des victimes sont des civils, dont de nombreux enfants.


D’une part, les bouclages qui les asphyxient, le couvre-feu, les exécutions extrajudiciaires, les détentions arbitraires, la démolition de leurs habitations et la poursuite des implantations de colonies de peuplement, ainsi que le recours souvent excessif des Israéliens à la force ne font qu’accroître chez les Palestiniens la colère et le ressentiment qu’ils éprouvent depuis longtemps.  D’autre part, les attentats terroristes meurtriers et dévastateurs, notamment les attentats-suicide commis contre des civils israéliens, ravivent de vieilles peurs.  Du fait de cette escalade de violence et de riposte, de ce climat généralisé de récrimination, de vengeance et de profonde méfiance réciproque, les réserves de bonne volonté qui existaient il y a 10 ans semblent pratiquement épuisées.


Et pourtant, une issue reste encore ouverte.  La nécessité d’un règlement prévoyant deux États est largement admise.  Le plan de campagne élaboré par le Quatuor (les États-Unis, l’Union européenne, la Fédération de Russie et l’Organisation des Nations Unies) doit permettre de concrétiser la vision, reprise dans la résolution 1397 (2002) du Conseil de sécurité, de deux États – Israël et la Palestine – vivant côte à côte, dans la paix.


Le plan de campagne prévoit un règlement de la question fondé sur le cadre de référence de la Conférence de paix de Madrid de 1991, le principe de l’échange de la terre contre la paix, les résolutions 242 et 338 du Conseil de sécurité, les accords passés par les parties et la proposition du Prince héritier saoudien Abdallah, qu’a approuvée la Ligue des États arabes à son sommet de Beyrouth, en mars dernier.


Ce plan de campagne, qui repose sur la recherche de résultats et l’espoir, prévoit des étapes clairement définies avec des délais et des échéances réalistes.  Il vise à mettre fin à l’occupation qui a commencé en 1967, à créer en trois ans une Palestine indépendante, viable et démocratique, à apporter l’espoir aux Palestiniens et à garantir la sécurité des Israéliens.  Non seulement il règlerait le conflit israélo-palestinien mais favoriserait aussi l’instauration de la paix dans l’ensemble de la région, y compris en ce qui concerne les négociations d’Israël avec la Syrie et le Liban.


Il est évident que cet objectif ne sera pas atteint sans une grande patience et énormément de ténacité de la part de toutes les parties intéressées.


L’un des facteurs essentiels sera la volonté des Palestiniens et des Israéliens de prendre des mesures parallèles en matière de sécurité, de mise en place d’institutions et dans les domaines humanitaire et politique.  Il va sans dire que les progrès accomplis dans un de ces domaines sont lourdement tributaires des avancées dans les autres.


Un cheminement en parallèle est le moyen le plus sûr de sortir de l’impasse actuelle et d’avancer vers une reprise du dialogue politique.  Le Quatuor est prêt à faciliter ce processus.  Mais, en fin de compte, il appartient aux parties elles-mêmes de mobiliser leur volonté politique, de faire preuve de bonne foi et de montrer qu’elles sont prêtes à faire les compromis douloureux exigés par leurs obligations mutuelles au titre du plan de campagne.


L’un des facteurs importants est la réforme entreprise par les Palestiniens.  Les premières mesures allant dans ce sens ont déjà été prises, et elles font partie intégrante du cadre plus large des mesures prescrites par le plan de campagne.  Je prie instamment le Gouvernement israélien de faciliter le processus entrepris par la partie palestinienne en instaurant des conditions propices à la normalisation de la vie des Palestiniens.


Israël doit, en particulier, accélérer le retrait de ses troupes des zones palestiniennes occupées depuis septembre 2000, suspendre immédiatement toutes les implantations de colonies de peuplement, cesser de démolir des maisons d’habitation, lever les restrictions à la circulation des personnes, des biens et des services essentiels et verser entièrement les taxes dues à l’Autorité palestinienne.  En outre, Israël doit honorer toutes ses obligations au titre du droit international humanitaire, en particulier la quatrième Convention de Genève.


Pour leur part, les groupes palestiniens doivent cesser inconditionnellement tous les actes terroristes et l’Autorité palestinienne doit faire tout ce qui est en son pouvoir pour combattre le terrorisme.  Je l’ai dit à maintes reprises, des attentats commis contre des civils sont des actes odieux et abjects, même si leurs auteurs agissent à titre de représailles.


Le concours de la communauté internationale reste crucial.  Le peuple palestinien a cruellement besoin d’une aide humanitaire et de secours d’urgence.  L’économie palestinienne connaît un déclin catastrophique.  Les institutions des Nations Unies, notamment l’Office de secours et de travaux des Nations Unies pour les réfugiés de Palestine dans le Proche-Orient, le Bureau de la coordination des affaires humanitaires, le Programme alimentaire mondial, le Programme des Nations Unies pour le développement et l’UNICEF poursuivront leurs efforts.


L’Office reste le principal prestataire de services de base pour plus de 3,9 millions de personnes immatriculées auprès de l’Office en tant que réfugiés.  Le Commissaire général Peter Hansen et son personnel s’acquittent de leur tâche dans des conditions extrêmement difficiles, souvent au péril de leur vie.


Aujourd’hui, l’Office est plongé dans une crise financière particulièrement grave.  À moins d’une assistance immédiate de la communauté internationale, ses opérations d’urgence en Cisjordanie et à Gaza pourraient être suspendues d’ici à la fin du mois de mars.  Je lance un appel aux donateurs pour qu’ils aident généreusement l’Office dans cette dure épreuve.


Pour ma part, je tiens à vous assurer une fois de plus de ma profonde détermination à travailler avec toutes les parties concernées en vue d’un règlement global, juste et durable.  Mon Coordonnateur spécial pour le processus de paix au Moyen-Orient, Terje Rød-Larsen, continuera de travailler en étroite collaboration avec les parties.


Le plan général pouvant mener à une paix globale, juste et durable dans la région est tracé.  Néanmoins, on ne peut pas imposer la paix aux parties, ni trouver une solution durable par la force.  Un règlement définitif ne peut qu’être l’aboutissement d’un processus politique qui prenne entièrement en compte les aspirations légitimes des deux peuples.  Votre comité a un rôle important à jouer dans les efforts que nous déployons ensemble pour parvenir à cet objectif recherché depuis si longtemps.  Je souhaite plein succès à vos efforts soutenus et dévoués.


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