11/11/2003
Communiqué de presse
CS/2579



Conseil de sécurité

4855e séance – matin


SELON LA MISSION DU CONSEIL DE SECURITE, LE TERRORISME, LA LUTTE ENTRE FACTIONS ET LE TRAFIC DE DROGUES SONT LES OBSTACLES MAJEURS A LA RECONSTRUCTION DE L’AFGHANISTAN


Près de deux ans après la tenue de la Conférence de Bonn qui a jeté les bases de l’avenir pacifique de l’Afghanistan, M. Gunter Pleuger, Chef de la mission du Conseil de sécurité récemment revenu d’Afghanistan, a fait le point de cette visite ce matin devant le Conseil de sécurité.  Le représentant allemand à l’ONU a d’abord précisé que cette mission était intervenue à un moment crucial du processus de pacification de l’Afghanistan, dans la mesure où elle a coïncidé avec le lancement du projet de constitution, laquelle représente l’une des pierres angulaires de l’Accord de Bonn.  Il a ensuite souligné que l’objectif principal de la mission a été de lancer un signal fort au peuple afghan quant à l’attachement continu de la communauté internationale au processus de paix dans ce pays.  Selon M. Pleuger, la mission a également permis de lancer un message clair aux autorités locales pour qu’il soit mis un terme aux luttes entre les factions. 


Après des dizaines d’années de guerre, a poursuivi M. Pleuger, les Afghans sont reconnaissants des efforts déployés par la communauté internationale.  Ce soutien est très bien accueilli par la majorité des Afghans qui souhaitent améliorer leurs conditions de vie.  Malgré les luttes persistantes entre les factions, la mission du Conseil de sécurité a observé l’existence d’une identité nationale afghane et l’absence de tendances séparatistes, a précisé M. Pleuger, avant de saluer les progrès importants réalisés par les autorités dans le processus de reconstruction, notamment dans les domaines de l’éducation, du désarmement, de la démobilisation et des préparations pour la Loya Jirga constitutionnelle.  Les progrès sont visibles dans tous les quartiers de Kaboul, a précisé le Chef de la mission.


En dépit de ces progrès, a-t-il prévenu, l’absence de sécurité reste aujourd’hui une grande préoccupation pour la société afghane, en particulier dans le sud et le sud-est du pays.  A cet égard, les attaques contre les organisations non gouvernementales (ONG) rendent le rythme de reconstruction très lent.  L’insécurité est également un défi direct à la pleine application des Accords de Bonn car elle empêche l’accès à de nombreuses régions.  La recrudescence du trafic de drogues risque en outre de limiter la croissance de l’économie officielle.  C’est pourquoi, a expliqué M. Pleuger, il était important d’élargir l’autorité du gouvernement central pour établir un meilleur contrôle sur les armes et sur toutes sources de revenu national.  A cet égard, l’expansion du mandat de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) a été saluée par les Afghans, mais la plupart des interlocuteurs rencontrés estiment que les contingents de la FIAS devraient être déployés dans l’ensemble du pays pour établir un environnement favorable à l’application des Accords de Bonn. 


Selon les autorités afghanes, a ajouté M. Pleuger, le terrorisme, la lutte entre les factions, la production et le trafic de drogues représentent les obstacles les plus importants à la mise en place d’une administration nationale bien établie.  Il existe également un risque accru que la population, surtout pachtoune, se trouve marginalisée.  Toutefois, M. Pleuger s’est félicité du développement de la coopération avec les Etats voisins et souligné l’engagement du Ministre des affaires étrangères du Pakistan de contrôler les frontières. 


Estimant par ailleurs que les points de repère du processus de Bonn avaient été atteints dans les grandes lignes, M. Pluger a toutefois rappelé que le pays entrait aujourd’hui dans une phase délicate du processus de paix, avec l’établissement de la Loya Jirga constitutionnelle et du processus électoral.  A cet égard, il a estimé que les conditions pour un processus politique crédible n’étaient pas encore réunies, estimant qu’il fallait renforcer la réconciliation nationale, donner le temps aux partis politiques de se développer et réduire le pouvoir encore trop important des  dirigeants de faction et des chefs locaux.  De même, il a affirmé qu’en dépit des efforts notoires de la MANUA, la capacité d’entreprendre un recensement électoral efficace était encore extrêmement faible, notamment à cause de l’insécurité ambiante et du manque de ressources.  Par ailleurs, M. Pluger s’est inquiété des abus encore nombreux en  matière de droits de l’homme et a jugé indispensable de renforcer l’action de la société civile, et notamment de déployer des observateurs des droits de l’homme dans tout le pays.  Il s’est également dit préoccupé par les menaces de mort fréquentes contre les militantes féministes et par le taux de suicide encore très élevé parmi les femmes, notamment à la suite de mariages forcés.  Il a également fait part de la préoccupation de certaines ONG devant l’insuffisance de garanties offertes aux femmes dans le nouveau projet de constitution.


Enfin, M. Pluger a fait part de plusieurs recommandations concrètes que la mission du Conseil de sécurité en Afghanistan souhaitait présenter.  La Mission recommande notamment que toutes les forces de factions soient retirées de Kaboul sans tarder selon les termes du processus de Bonn.  Elle estime également que la communauté internationale devrait consentir rapidement davantage de ressources au Fonds spécial pour la reconstruction de l’Afghanistan et fournir l’assistance nécessaire dans le domaine sécuritaire.  Elle recommande en outre d’entreprendre des réformes telles que celles réalisées récemment au ministère de la défense dans d’autres institutions.  La mission soutient par ailleurs l’intention du Président afghan de tenir une Conférence de suivi du Processus de Bonn au début de l’année prochaine et invite le Secrétaire général à étudier toutes les possibilités pour la mise en place d’une telle conférence.  Enfin, la mission recommande à l’administration transitoire afghane de mettre en place un processus national de réconciliation dirigé par les Afghans eux-mêmes afin de renforcer le gouvernement central et les institutions de base du pays, et d’assurer une large participation, notamment des femmes, au processus de paix.


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