24/10/2003
Communiqué de presse
CS/2573



Conseil de sécurité

4848e séance – après-midi


LA PERSISTANCE DE L’INSECURITE, LA POURSUITE DES REFORMES ET LE PROCESSUS CONSTITUTIONNEL EN AFGHANISTAN EVOQUES PAR M. GUEHENNO DEVANT LE CONSEIL


Le succès du processus de désarmement et du processus

électoral dépend de l’amélioration des conditions de sécurité dans le pays


Les conséquences de l’insécurité sur le bon déroulement du processus de paix en Afghanistan ont de nouveau été soulignées cet après-midi devant le Conseil de sécurité par le Secrétaire général adjoint aux opérations de maintien de la paix, Jean-Marie Guéhenno.  En effet, dans le cadre de ses réunions d’information régulières sur l’évolution de la situation en Afghanistan, M. Guéhenno a fait observer au Conseil que la situation en matière de sécurité demeurait préoccupante.  L’arrestation d’éléments affiliés au mouvement Jamiat le 9 octobre dernier dans le nord du pays qui a causé les tensions les plus graves depuis la signature de l’Accord de Bonn, traduit bien cette persistance de l’insécurité. 


Ce type d’affrontements sporadiques à caractère tribal ou classique ont tendance à aggraver l’insécurité dans d’autres régions, au sud et à l’est, a poursuivi M. Guéhenno, indiquant toutefois que la menace la plus importante demeurait le terrorisme et les infiltrations transfrontalières par des Taliban du mouvement Al-Qaida ou des membres du Hizb-i-Islami.  A l’exception de la province du Badakhshan, a-t-il précisé ensuite, tous les districts frontaliers, de Nimroz au sud-ouest au Nuristan dans le nord-est, ont été classés à haut risque par le Coordonnateur des Nations Unies pour les questions de sécurité (UNSECOORD) dans son évaluation du 15 octobre.  Les attaques répétées de terroristes contre des représentants du Gouvernement, de l’armée, ou des organisations humanitaires ne cessent d’augmenter, a-t-il ajouté.  Ces dernières semaines, elles ont eu principalement pour cible le personnel afghan des agences humanitaires, a indiqué M. Guéhenno, citant notamment l’assassinat de quatre Afghans travaillant pour l’ONG «DACAAR» par des Taliban le 8 septembre à Ghazni.  Leurs assassins ont clairement dit, selon l’un des deux survivants, qu’ils les tuaient en raison de leur collaboration avec les ONG. 


Poursuivant sur la question de l’instabilité, M. Guéhenno a souligné que d’autres forces, n’appartenant pas aux Taliban, profitaient de cette insécurité, notamment les trafiquants de drogues.  Nonobstant l’identité de leurs auteurs, ces attaques contre le personnel humanitaire menacent la poursuite des opérations sur le terrain, a souligné le Secrétaire général adjoint, car elles exigent que les Nations Unies et les agences humanitaires prennent des mesures, ce qu’elles ont fait dans le sud.  Les missions de l’ONU ont été temporairement suspendues dans les provinces de Nimroz, Helmand, Uruzgan et Zabul, a précisé M. Guéhenno, tandis que dans la province de Kandahar, des escortes armées sont exigées pour les déplacements dans quatre districts.  A la suite des tueries dans la province d’Helmand les 24 et 27 septembre, tous les déplacements hors de la ville de Kandahar ont été interdits, a-t-il précisé, soulignant que les restrictions au déplacement des agences humanitaires et de la Mission d’assistance des Nations Unies en Afghanistan (MANUA) affectaient le travail de reconstruction et de normalisation, en particulier le processus de recensement pour la Loya Jirga constitutionnelle dans le sud de l’Afghanistan.


En dépit de ces contraintes, le Gouvernement a réalisé certains progrès notables, a observé le Secrétaire général adjoint, mentionnant entre autres la réforme du Ministère de la défense.  Le Président Karzaï a annoncé le 20 septembre la liste des 22 personnes choisies pour occuper les nouveaux postes de responsabilité au sein de ce Ministère, a-t-il indiqué, précisant que ces nominations respectent la diversité ethnique et géographique de l’Afghanistan.  La grande majorité des Afghans considère la réforme du Ministère de la défense comme une étape essentielle pour assurer le désarmement des factions, a-t-il indiqué, avant d’ajouter qu’aux yeux des Pachtounes, cette réforme assurait une continuité de la domination des Panchiris sur l’armée, ce que le Ministre de la défense, Fahim, et le nouveau Chef d’état-major, Bismillah Khan, un Panchiri, devront prendre en compte afin de légitimer le processus.  Les activités de désarmement ont commencé aujourd’hui à Kunduz, a rappelé M. Guéhenno, avant d’indiquer que l’adhésion populaire serait conditionnée par le succès de la réforme du Ministère de la défense. 


Abordant la question du processus de réforme constitutionnelle, le Secrétaire général adjoint a rappelé qu’au mois de septembre et en consultation avec le secrétariat de la Commission constitutionnelle, le Président Karzaï avait reporté la Loya Jirga constitutionnelle à la fin du Ramadan, soit entre la fin novembre et le début du mois de décembre.  Ce nouveau calendrier, qui respecte toujours le processus de Bonn, permettra à la Commission de finaliser le projet de constitution, a-t-il dit, précisant que 500 représentants participeraient à cette Loya Jirga, dont 344 seront élus.  Entamé le 28 septembre dernier, hormis à Kunduz et dans l’est de l’Afghanistan où il a débuté respectivement le 22 septembre et le 1er octobre, le processus d’enregistrement est à présent terminé dans une vingtaine de provinces où près de 76% de l’électorat a été recensé. 


Certaines difficultés ont toutefois été constatées dans les provinces de Logar, Samangan, Sari Pul et Ghor, où une part importante des électeurs ne se sont pas inscrits, a observé M. Guéhenno, imputant ce constat à des problèmes de transport, mais aussi à l’insécurité et à l’intimidation exercée par des autorités locales ou des chefs de factions.  Le secrétariat de la Commission électorale envisage d’autoriser l’enregistrement des représentants de certains districts à une date ultérieure, a-t-il cependant précisé, ajoutant également que le règlement intérieur de la Loya Jirga constitutionnelle avait été distribué à toutes les régions.  Des comités consultatifs nationaux représentant les femmes, les déplacés et les réfugiés, les nomades, les Hindous ou les Sikhs ont été mis sur pied pour assurer le contrôle du processus électoral au niveau des catégories qu’ils représentent et pour former le public en matière d’élection, a indiqué en outre M. Guéhenno. 


S’agissant du système électoral, M. Guéhenno a affirmé que les structures juridiques et institutionnelles nécessaires pour la tenue des élections étaient progressivement mises en place et que le Ministère de la justice avait reçu plus de 100 demandes d’enregistrement de partis politiques.  Cependant, il a souligné que la loi finale relative aux partis politiques qui avait été ratifiée le 12 octobre était loin d’être parfaite, faisant remarquer à cet égard qu’il restait encore beaucoup à faire en ce qui concerne le droit de rassemblement des partis, la liberté d’expression, ainsi que les critères permettant au Gouvernement de dissoudre les partis.  Par ailleurs, il a fait valoir que le déploiement des équipes d’enregistrement des électeurs serait finalement initié le 1er décembre 2003 dans les régions du centre et dans 25 autres zones urbaines car le manque de moyens ne permettait pas de mettre en œuvre la stratégie précédente de déploiement dans l’ensemble du territoire. 


Le défi actuel pour les bureaux régionaux de la Commission électorale intérimaire afghane est d’initier l’embauche de 800 agents électoraux afin que les équipes d’enregistrement soient prêtes au 1er décembre prochain, a poursuivi M. Guéhenno, qui a également précisé que le projet d’accompagnement sécuritaire du mécanisme d’enregistrement avait progressé et que la police recevrait à cette fin une formation spéciale.  Il a estimé en outre que le succès du processus de désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR) ainsi que celui du processus électoral dépendait encore très largement de l’amélioration des conditions de sécurité.  Si le processus électoral était initié aujourd’hui, ce serait un échec, car plus de 60% des régions du sud et 20% des régions du sud-est et de l’est sont encore difficilement accessibles.  Or, ces régions sont essentiellement peuplées de Pachtounes, a observé le Secrétaire général adjoint et le processus serait compromis si l’on ne prenait pas leur vote en compte. 


Faisant référence à la Force internationale d’assistance à la reconstruction de l’Afghanistan (FIAS), le Secrétaire général adjoint a encouragé les Etats Membres à fournir les ressources nécessaires à la réalisation de son nouveau mandat, désormais étendu au soutien à la sécurité dans les régions où elle est indispensable.  L’expansion de la FIAS devrait permettre d’établir les conditions en matière de sécurité nécessaires à la poursuite du Processus de Bonn, et permettre notamment au Gouvernement central d’étendre son autorité aux provinces en créant de nouvelles institutions nationales de sécurité.  M. Guéhenno s’est également félicité du déploiement par l’Allemagne d’une Force de protection rapide à Kunduz, espérant que cette initiative encouragerait les autres pays à envisager des contributions.  Au-delà du déploiement parallèle de cette Force, de la FIAS, des forces de réaction rapide de courte durée, et de leur présence sur les principaux axes routiers, M. Guéhenno a estimé qu’une combinaison de plusieurs approches permettrait d’améliorer efficacement la sécurité dans chaque région.  A cet égard, il s’est félicité de la création d’une cellule de coordination sur les questions en matière de sécurité, qui permettra d’améliorer la coordination entre le Gouvernement afghan, l’ONU, l’OTAN et la coalition qui soutient le Processus de Bonn, notamment pour instaurer la sécurité dans les zones les moins sûres.


Pour ce qui est de l’assistance à la reconstruction, le Secrétaire général adjoint a souligné que, sans la mise en place de services sociaux et sécuritaires appropriés par le Gouvernement, la confiance des Afghans dans le processus de paix et dans l’administration transitoire disparaîtrait, ouvrant la porte aux Taliban et aux autres forces antigouvernementales.  A cet égard, il a fait valoir que les conditions de sécurité encore trop difficiles dans certaines régions rendaient plus complexes les projets de reconstruction.


Si à Tokyo, a rappelé M. Guéhenno, les bailleurs de fonds avaient évalué à 4,5 milliards de dollars sur cinq ans le coût de la reconstruction, le Ministère des finances estimait en réalité aujourd’hui qu’il faudrait six milliards de dollars par an pour reconstruire le pays.  Il a également rappelé que les États-Unis avaient annoncé une contribution à hauteur de 1,2 milliard de dollars pour l’Afghanistan, dont 600 millions de dollars ont été consacrés à la sécurité et 400 millions de dollars à l’aide à la reconstruction.  L’Union européenne s’est quant à elle engagée à fournir 50 millions d’euros dans certains domaines spécifiques, a-t-il précisé.  Soulignant combien le pays était encore dépendant de l’action internationale, le Secrétaire général adjoint s’est dit particulièrement préoccupé par la question de la réconciliation et de l’unité nationale dans le contexte de la stabilisation de l’Afghanistan.


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