16/09/03
Communiqué de presse
CS/2554



Conseil de sécurité

4826e séance – matin


LE REPRESENTANT SPECIAL DU SECRETAIRE GENERAL POUR LE LIBERIA SOUHAITE QU’UNE OPERATION DES NATIONS UNIES DOTEE DE MOYENS SUFFISANTS SOIT DEPLOYEE DES LE 1ER OCTOBRE


Dans un exposé devant le Conseil de sécurité ce matin, sur la situation au Libéria, le Représentant spécial du Secrétaire général et Coordonnateur des opérations des Nations Unies dans le pays, M. Jacques Paul Klein, a estimé nécessaire une intervention immédiate des Nations Unies, sous la forme d’une mission de maintien de la paix compte tenu de la crise humanitaire et politique qui frappe ce pays depuis douze années.  A cet égard, il a souhaité que le Conseil de sécurité décide de remplacer la force multinationale (ECOMIL) par une force des Nations Unies dès le 1er octobre.  Donnez-nous le mandat et les moyens, a-t-il prié les membres du Conseil, les assurant que les résultats seraient justes et satisfaisants. 


Présentant le rapport du Secrétaire général sur la question, il a tout particulièrement développé les aspects relatifs à la sécurité, aux droits de l’homme et à l’état de droit.  Il s’est attardé sur la nécessité d’un processus de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) efficace ainsi que sur les graves conséquences que le conflit a eues sur la population civile.  Nous avons une obligation, a-t-il dit, de mettre fin à ce cycle de brutalité pour permettre au Libéria -dont 75% de la population vit aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté alors que 85% de la population active est sans emploi- de redevenir un membre stable de l’Afrique et de la communauté internationale.  M. Klein a précisé que des milliers de Libériens n’avaient toujours pas accès à l’eau, la nourriture ou encore les médicaments.  Durant les douze dernières années, les Libériens ont souffert des excès des seigneurs de la guerre et d’autres despotes et ont été exploités par une kleptocratie criminelle.  Les ravages provoqués par une politique égoïste ont eu des conséquences désastreuses au-delà des frontières du Libéria et causé d’énormes souffrances aux pays voisins.  Il est difficile aujourd’hui, a-t-il ajouté, de mesurer l’impact psychologique de ces crimes contre la justice et l’humanité. 


Décrivant la situation économique, il a expliqué que le Libéria ne figurait même pas sur la liste de l’index du développement humain du Programme des Nations Unies pour le développement.  75% de ses citoyens vivent aujourd’hui en dessous du seuil de pauvreté et le taux de chômage atteint 85% de la population active et le niveau d’alphabétisation n’est que de 38%.  Alors que 50% de la population a moins de 15 ans il faut noter également que 70% des belligérants sont des enfants soldats qui ont été exploités par des dirigeants militaires et subi des traumatismes graves. 


Nous avons une obligation de mettre fin à ce cycle de brutalité pour permettre au Libéria de redevenir un membre stable de l’Afrique et de la communauté internationale, a dit M. Klein.  Il est nécessaire de prévoir une réponse non seulement au Libéria mais sur toute la région et la communauté internationale doit être prête à engager les ressources nécessaires pour permettre aux Libériens de reconstruire leur pays. 


S’agissant de la question de la sécurité, il s’est félicité du déploiement rapide de la Mission de la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest, l’ECOMIL, au Libéria grâce à la contribution de troupes provenant du Nigéria, mais aussi de la Guinée-Bissau, Sénégal, Mali, Ghana, Bénin et Togo.  La force des Nations Unies, a-t-il insisté, devra être bien entraînée et avoir beaucoup d’expérience, car ses troupes seront appelées à achever des missions extrêmement difficiles comme la surveillance des frontières, le respect de l’accord de paix et surtout la démobilisation et la réinsertion des anciens combattants.  Il ne saurait en effet y avoir de réel désarmement sans de vraies possibilités de réinsertion.  A cet effet, il a particulièrement insisté sur l’assistance particulière que nécessite la réintégration des enfants et des femmes anciens combattants.


En ce qui concerne l’état de droit, le Représentant spécial a indiqué que les efforts consistent d’abord à rendre la police conforme aux normes internationales.  Ceci exigera une formation véritablement professionnelle.  Le but est de créer, en un an, une infrastructure de formation, afin de permettre à la police locale de prendre en charge les programmes de formation.  Ceci permettra de libérer des ressources qui pourront être affectées aux programmes de collaboration entre la police civile et la police locale.  Poursuivant sur la réforme de l’appareil judiciaire, le Représentant spécial a indiqué qu’il s’agit là de la responsabilité du Gouvernement de transition qui sera néanmoins assisté par les experts des organisations internationales supervisées par le Programme des Nations Unies pour le développement(PNUD).  Le Représentant spécial a ensuite expliqué son plan pour la réforme des prisons, avant d’annoncer son intention de convoquer une conférence des donateurs pour financer les réformes nécessaires et la mise en place des institutions civiles.  Ces fonds devraient aussi permettre de financer les salaires des fonctionnaires jusqu’à ce que le Gouvernement libérien en soit capable. 


Passant à l’action humanitaire, le Représentant spécial a cité les différentes organisations qui s’attaquent à cette tâche et a indiqué que ces dernières ont commencé à reloger, dans les camps de Montserrado, les personnes déplacées qui étaient jusque là bloquées à Monrovia.  Il a aussi fait part des négociations qu’il a tenues avec le Coordonnateur spécial des affaires humanitaires et les autorités des pays voisins pour faciliter la fourniture de l’aide à travers les frontières, en particulier en Sierra Leone.  En matière de financement, il a accueilli avec satisfaction l’annonce du lancement à la fin de cette année de l’appel interinstitutions. 


Enfin sur les questions des droits de l’homme, le Représentant spécial a assuré le Conseil de sécurité que les efforts en matière de protection de ces droits feront l’objet d’un strict contrôle et de rapports qui seront rendus publics.  L’avenir du Libéria et de son peuple se trouve à présent entre les mains des membres du Conseil, a averti le Représentant spécial en insistant sur la mise à disposition des ressources et l’expression d’un soutien continu du Conseil.  Dans le même temps, a-t-il ajouté, il est essentiel que le peuple du Libéria reconnaisse et accepte sa responsabilité première dans le développement de sa nation.  Insistant particulièrement sur l’importance de ce partenariat, le Représentant spécial a conclu par ces mots «nous mettons en place un groupe remarquable de fonctionnaires internationaux de l’ONU et d’ailleurs et une force militaire crédible.  Donnez-nous le mandat et les moyens et je vous assure que nous ferons ce qui est juste et bon».  Faisant sienne une citation du docteur Albert Schweitzer, il a déclaré que ce que nous faisons en direction de l’Afrique n’est pas de la charité, mais revient seulement à rembourser une partie de la dette que nous avons envers ce continent pour toutes les erreurs que nous y avons commises.


Rapport du Secrétaire général (S/2003/875)


Ce Rapportcontient un bref historique de la situation au Libéria ainsi que des informations récentes sur les conditions actuelles dans le pays.  Il contient également les recommandations du Secrétaire général sur le rôle que l’ONU peut jouer pour faciliter la mise en œuvre effective de l’Accord de paix global du 18 août 2003, notamment grâce au déploiement d’une opération de maintien de la paix de l’ONU.


Le Secrétaire général recommande que le Conseil de sécurité, agissant en vertu du chapitre VII de la Charte des Nations Unies autorise le déploiement d’une opération de maintien de la paix des Nations Unies pluridimensionnelle qui soit dotée de ressources suffisantes, y compris des effectifs d’un maximum de 15 000 hommes.  Le mandat de la mission sera d’aider le Gouvernement national de transition et les autres parties à appliquer l’Accord de paix global du 18 août.


Le Secrétaire général encourage les parties libériennes à continuer de soutenir les arrangements transitoires et de coopérer sans réserve avec les premiers éléments de la Mission de la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) au Libéria (ECOMIL) qui a été déployée le 4 août.  Il précise qu’en attendant le déploiement futur de la Mission des Nations Unies, l’ECOMIL devrait recevoir un soutien logistique supplémentaire.  Il demande également aux Etats Membres de prêter tout le concours politique et financier possible au Gouvernement national de transition.  Il les encourage également à répondre généreusement aux appels à l’aide humanitaire.  Il insiste également sur la nécessité d’assurer un financement suffisant aux opérations de désarmement, démobilisation et réinsertion(DDR).


Il convient de suivre de près les dimensions sous-régionales du conflit libérien, notamment pour ce qui est des processus de DDR a ajouté le Secrétaire général.  Il conviendrait d’envisager d’élaborer et d’exécuter un programme sous-régional de DDR.  Il demande à cet égard à tous les Etats Membres, en particulier aux pays voisins du Libéria, de mettre un terme à tout appui aux groupes armés du Libéria.


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