28/08/03
Communiqué de presse
CS/2547



Conseil de sécurité                                        CS/2547

4818e séance – matin                                         28 août 2003


LE CONSEIL DE SECURITE REFLECHIT AUX MOYENS DE RENFORCER

L’EFFICACITE DU MAINTIEN DE LA PAIX


Le Conseil de sécurité, dans le cadre de son débat de synthèse qu’il tient en fin de mois, s’est demandé ce matin comment contribuer à accroître l’efficacité des opérations de maintien de la paix dans le monde.  Au 31 juillet 2003, 36 678 Casques Bleu et personnel civil étaient déployés dans 15 missions dans le monde, dont un tiers en Afrique.


Dans une déclaration liminaire, le Président du Conseil, M. Michael Wehbe (République arabe syrienne) a expliqué qu’en organisant ce débat il avait voulu donner l’occasion aux membres du Conseil de présenter leurs vues sur les aspects positifs des opérations de maintien de la paix et de proposer des mesures permettant de remédier aux obstacles rencontrés.  Pour la République arabe syrienne, un des objectifs principaux doit être la protection des missions des Nations Unies, notamment à la lumière de la récente attaque perpétrée à Bagdad qui a fait un grand nombre de morts et de blessés. 


Devant la nature nouvelle des conflits –conflits internes et non plus entre Etats, violations graves et systématiques des droits de l’homme et complexité des situations sur le terrain- les membres du Conseil, tout en rappelant des principes de base du maintien de la paix et les obstacles auxquels il se heurte aujourd’hui, ont tenté ce matin de tracer les contours des futures opérations des Nations Unies dans le monde.  De nombreux représentants ont regretté l’inadéquation entre l’ampleur des mandats et la pénurie des ressources, tout comme l’asymétrie dans la capacité de riposte du Conseil aux situations conflictuelles.  Ainsi, comme l’ont relevé les représentants du Pakistan et du Mexique, dans certaines situations, le Conseil réagit rapidement alors que dans d’autres, la prise de décisions est lente pendant que le nombre de victimes augmente, comme ce fut le cas au Libéria et en République démocratique du Congo.  Il apparaît comme nécessaire à ces représentants de mener une évaluation plus poussée des mandats de chaque mission ainsi que des mécanismes de prise de décisions au sein du Conseil.


Compte tenu de la diversité des tâches à accomplir, comme par exemple l’organisation d’élections, ou encore assurer l’accès des organisations humanitaires aux populations éprouvées, les représentants ont plaidé par ailleurs pour un renforcement de la coopération entre les différents organismes des Nations Unies, institutions internationales et organisations régionales et sous-régionales.


Rappelant par ailleurs que les attaques contre le personnel humanitaire dans les zones de conflit constituent un crime de guerre, le représentant du Mexique, à l’origine de la résolution 1502 sur la protection du personnel humanitaire ainsi que celui des Nations Unies, a estimé que cette protection devait constituer une tâche essentielle à l’avenir.  Cette opinion a été partagée par la majorité des membres du Conseil.  Le renforcement des activités en matière de défense des droits de l’homme dans les opérations de maintien de la paix, et une meilleure prise en compte de la contribution des femmes au maintien de la paix, sur le plan quantitatif et qualitatif, ont également été souhaités ce matin.


Le Président sortant du Conseil de sécurité pour ce mois d’août, M. Michael Wehbe, a indiqué qu’ayant été muté à Genève, il participait aujourd’hui à sa dernière réunion du Conseil de sécurité.


DEBAT DE SYNTHESE SUR LES TRAVAUX DU CONSEIL DE SECURITE PENDANT LE MOIS EN COURS


Déclarations


M. IYA TIDJANI (Cameroun) a déclaré que l’examen par le Conseil de ce thème est d’autant plus opportun qu’au cours des dernières années, les opérations de maintien de la paix se sont multipliées devenant ainsi le cœur de la sécurité collective dans le monde.  Cette réunion nous offre l’occasion d’évaluer l’efficacité des opérations de maintien de la paix.  Dans l’exercice du maintien de la paix, il est indispensable que les missions de maintien de la paix disposent de mandats clairs et réalisables et soient autorisées à avoir recours à la force si nécessaire.  La Charte des Nations Unies offre également une vaste palette d’outils pour le règlement pacifique des différents.  Les opérations de maintien de la paix constituent de ce fait un défi permanent pour les Nations Unies.  L’analyse faite par le rapport Brahimi est une contribution essentielle en ce qu’il a souligné la nécessité de doter les opérations de maintien de la paix de moyens appropriés leur permettant de tenir compte de tous les aspects d’un conflit.  Aujourd’hui, de nombreuses réformes ont été introduites: concertation entre le Secrétariat et les pays fournisseurs de troupes; implication renforcée avec les organisations régionales de la société civile, mise en œuvre de règles de conduite à l’intention des membres des Nations Unies, et mise en œuvre de mesures de lutte contre la propagation du VIH/sida.  La mobilisation par ailleurs de forces multinationales dotées d’un mandat robuste permet de traiter à chaud certaines crises majeures même s’il est nécessaire de circonscrire la durée de leur intervention  dans le temps.  L’expérience en cours au Libéria ouvre une nouvelle piste de réflexion autour de la logique régionale.  Cette formule, qui s’appuie de plus en plus sur les mécanismes d’alerte régionaux, semble prendre corps dans certaines régions.  Les évènements tragiques du 19 août dernier sont venus nous rappeler l’inadéquation entre les mesures de protection du personnel humanitaire et la réalité sur le terrain.  S’agissant des programmes désarmement, démobilisation et réinsertion (DDR), le représentant a estimé que beaucoup restait à faire en matière de réinsertion et le Conseil devrait peut-être trouver les moyens de mettre en œuvre une politique de coopération avec les organisations financières internationales dans ce domaine.  


M. WOLFGANG TRAUTWEIN (Allemagne) a déclaré que bien que permettant de réduire les risques d’échecs, un mandat bien défini ne garantissait pas forcément la réussite d’une mission de l’ONU.  De bonnes décisions ne peuvent à cet égard être prises que si l’on dispose d’une base d’informations fiables et globales.  Le Département des opérations de maintien de la paix dispose d’une expertise dont le Conseil a jusqu’à maintenant pu profiter et qui pourrait s’avérer encore plus cruciale dans l’avenir.  L’Allemagne souhaiterait d’autre part que les femmes reçoivent plus d’attention et que les futurs mandats des missions de l’ONU, qu’il s’agisse de renouvellements ou de nouveaux mandats, prennent en compte le fait que la majorité des victimes dans les conflits sont des femmes.  Les violences sexuelles, on l’a constaté, sont de plus en plus utilisées comme arme de guerre.  Les travaux de la Cour pénale internationale devraient prendre en considération cette réalité.  L’Allemagne pense d’autre part qu’il ne devrait pas y avoir de contribution sans représentation.  Les pays contributeurs de troupes ou de financements doivent être, dès le départ, associés à la prise des décisions relatives à la mission.


L’Allemagne estime d’autre part que le Conseil devrait accorder une attention particulière au maintien de la paix au niveau régional.  Par là nous entendons que les régions du monde doivent pouvoir prendre en mains leur propre destin, et résoudre les conflits qui éclatent en leur sein par les moyens qui leur sont spécifiques et qui s’appuient sur leurs propres cultures et traditions.  La réunion que nous avons eue hier avec les responsables de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) nous a conforté dans cette opinion.  En ce qui concerne le rapide déploiement de forces de maintien de la paix, nous sommes d’avis que le Conseil devrait toujours agir en considérant ce qui est réellement possible dans le cadre du budget de l’ONU.  L’Allemagne reste toutefois d’avis que de par sa nature, le maintien de la paix doit rester compatible avec le rôle universel de l’ONU,  essentiellement et avec le principe de la solidarité universelle.  Elle rappelle que la prévention est toujours préférable à l’intervention.


M. STEFAN TAVROV (Bulgarie) a appelé le Conseil de sécurité à intégrer la dimension de la sécurité du personnel des Nations Unies et personnel associé dans la définition des mandats des opérations de maintien de la paix.  Le rapport Brahimi constitue une base essentielle pour toute réflexion sur l’avenir des opérations de maintien de la paix.  Ce qui ressort en dernière analyse des opérations de maintien de la paix est le fait que le Conseil de sécurité est l’organe qui a le dernier mot pour définir leur mandat.  C’est un organe politique qui fait des choix et décisions politiques dans le cadre d’un dialogue permanent avec le Secrétariat.  A cet égard, il a particulièrement salué l’importante contribution du Département de maintien de la paix.  Malgré la complexité accrue des opérations de maintien de la paix, il a rappelé que toute opération de maintien de la paix repose avant tout sur l’accord des parties concernées, un recours minimal de la force et la neutralité de sa mise en œuvre. 


Par ailleurs, le représentant a souligné l’importance de la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, et l’application du principe de subsidiarité dans la mise en œuvre des opérations de maintien de la paix.  Il a rappelé que les nouvelles missions, de plus en plus, se limitent à organiser des élections ou à assurer l’accès des populations éprouvées aux organisations humanitaires.  Cette complexité croissante exige une coopération de plus en plus étroite entre les différents organismes des Nations Unies.  En conclusion, le représentant a déclaré que la Bulgarie souhaite le renforcement de l’aspect défense des droits de l’homme dans les opérations de maintien de la paix, notant que les conflits actuels sont de plus en plus marqués par des violations de ces droits.  A cet égard, il a tout particulièrement souligné la nécessité d’une bonne définition d’une cellule droits de l’homme dans chaque mission ainsi que la nécessité de prendre en considération le rôle de la femme dans ces opérations. 


M. ALPHA IBRAHIMA SOW (Guinée) a déclaré que l’échec de certaines opérations de maintien de la paix est dû notamment à la sous-évaluation des enjeux, la mauvaise définition des mandats, l’insuffisance des ressources et l’absence de volonté politique des parties au conflit.  La Guinée soutient l’envoi de missions pluridisciplinaires d’établissement des faits et estime qu’une meilleure planification et un concept précis d’opérations, joints à un déploiement rapide peuvent contribuer à une plus grande réussite des opérations.  La Guinée encourage le renforcement de la coopération entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat de l’ONU, et les pays fournisseurs de contingents dans le cadre de la mise en œuvre de la résolution 1353 (2001).  Une attention particulière mérite d’être accordée à la question de la formation et aux arrangements de coopération régionale.


S’agissant de l’Afrique, la Guinée est favorable au renforcement des capacités régionales et sous-régionales.  Elle encourage le renforcement des relations existant entre l’ONU, et notamment le Conseil, et les organes et institutions chargées de la paix et de la sécurité sur le continent africain.  Le développement de la prévention et de la consolidation de la paix passent par l’appui financier et  logistique et par la formation que l’ONU doit apporter à l’Union africaine et aux régions du continent, dont la CEDEAO, qui joue un rôle d’avant-garde dans le retour à la paix et à la stabilité au Libéria, en Sierra Leone et en Côte d’Ivoire.  La Guinée réitère sa condamnation de toute attaque contre le personnel des Nations Unies et les travailleurs humanitaires.


M. SERGEY LAVROV (Fédération de Russie) a déclaré que l’un des instruments principaux dont dispose le Conseil pour régler les conflits sont les opérations de maintien de la paix, que ce soit sous l’égide de l’ONU ou dans le cadre de forces multinationales placées sous l’égide du Conseil.  Le représentant a dressé brièvement le bilan des réalisations positives des Nations Unies comme la mise en œuvre d’une stratégie de coopération avec les organisations régionales; la mise en œuvre de sanctions dans le cadre de missions ayant des aspects coercitifs, une coopération accrue entre le Secrétariat et les pays fournisseurs de troupes, l’amélioration de la coordination des divers acteurs, une meilleure prise en compte des diverses caractéristiques des conflits, l’adoption de démarches différentielles tenant compte des spécificités de chaque situation de crise, l’aide à la restructuration politique et à l’organisation d’élections.  L’un des éléments essentiels des opérations est la restauration de conditions de vie normale comme c’est le cas actuellement en Iraq.  La résolution 1502 que nous avons adoptée cette semaine  montre clairement que le Conseil de sécurité n’a pas l’intention de laisser saper les opérations de maintien de la paix et les opérations humanitaires.  Etant donné la complexité qui accompagne la situation en Iraq, il faudra certainement œuvrer à l’élaboration de stratégies innovantes.  Ceci exige une démarche globale et un renforcement du rôle de l’ONU, y compris l’octroi des pouvoirs nécessaires à la mission pour qu’elle participe pleinement au processus politique et aux réformes constitutionnelles ainsi qu’au processus électoral, dans le cadre d’un plan de rétablissement de la souveraineté de l’Iraq.  Il est également important d’évaluer les paramètres de la présence internationale en Iraq.


M. HERALDO MUÑOZ (Chili) a rappelé la responsabilité première du Conseil de sécurité en matière de paix et de sécurité internationale en vertu de la Charte des Nations, en précisant que le Conseil sera jugé par l’opinion publique internationale sur sa capacité d’intervenir par le biais des opérations de maintien de la paix face aux conflits, massacres et tragédies humaines. 


Il faut peser les activités confiées aux missions qui ne sont pas placées sous le contrôle des Nations Unies, en s’assurant que ces missions ne viennent miner les activités des Nations Unies.  Le représentant s’est inquiété que les instruments traditionnels d’évaluation des Nations Unies ne semblent plus vraiment appropriés à l’évolution de la nature des conflits.  Dans ce contexte, il a notamment souligné la nécessité d’améliorer la sécurité des personnes face au phénomène nouveau de terrorisme international. 


Par ailleurs, le représentant a souligné le problème croissant des conflits intra-étatiques avec leurs répercussions sur les Etats voisins, ce qui augmente la complexité des opérations de maintien de la paix.  Il a également insisté sur l’importance de la dimension des droits de l’homme dans la mise en œuvre des opérations de maintien de la paix.  A cet égard, il a estimé judicieux de trouver un équilibre entre le respect de la souveraineté et l’intégrité nationale et notre obligation d’assurer la protection des populations qui souffrent des excès du pouvoir.  L’intégration des droits de l’homme implique une meilleure coopération entre civils et militaires.  A cet égard, le représentant a tout particulièrement souligné le rôle des femmes et la nécessité de mieux les intégrer aux processus de maintien de la paix en rappelant que la grande majorité des victimes des conflits étaient des femmes.  En ce qui concerne le défi que constitue la reconstruction post-conflit, il a regretté que la formule adéquate concernant la coopération avec tous les organismes des Nations Unies qui peuvent être concernés en la matière ne semble pas encore avoir été trouvée, en soulignant l’exemple que peut constituer le Groupe consultatif de l’ECOSOC pour la Guinée Bissau. 


M. EMYR JONES PARRY (Royaume-Uni) a déclaré que la communauté internationale devait déployer des efforts ciblés et efficaces allant de la prévention, de l’alerte avancée au rétablissement, au maintien et à la consolidation de la paix après les conflits.  Le maintien de la paix post-conflit n’est que la conséquence de l’échec du passé d’où la nécessité d’une approche globale, incluant une surveillance constante.  Le maintien de la paix lui-même doit s’inscrire dans le cadre d’une approche multidimensionnelle, un élément essentiel étant le développement de la justice. 


La contribution régionale est également cruciale.  Lorsque les organisations régionales où des Etats lancent des opérations de maintien de la paix, il est préférable qu’elles soient placées sous l’égide des Nations Unies même si cela n’est pas toujours possible.  Ce qui est important, c’est que les opérations agissent en conformité avec la Charte des Nations Unies.  Un autre volet important doit être la promotion de règles d’engagements claires, de même qu’une ferme volonté politique.  L’histoire a montré qu’une intervention rapide peut permettre de prévenir un conflit.  Le Conseil doit utiliser les outils à sa disposition comme l’alerte avancée et l’analyse.  La résolution 1493 sur la RDC est un bon exemple de mandat global et solide donnant à la MONUC l’autorité nécessaire pour remplir son mandat.  Il est également important de renforcer les consultations durant la phase de préparation des missions.  Il est aussi nécessaire que les organisations régionales soient en mesure de déployer leurs troupes sans un trop long préavis.


M. MICHEL DUCLOS (France) a déclaré qu’il était nécessaire d’améliorer la qualité des opérations de maintien de la paix tout en soulignant les progrès remarquables réalisés en la matière depuis le rapport Brahimi.  Il a mis en relief les enseignements qui peuvent être tirés des initiatives prises récemment concernant le cas de Bunia, en République démocratique du Congo et qui mettent en évidence la capacité du Conseil de sécurité à réagir dans l’urgence.  Dans ce contexte, il a souligné la porté des résolutions 1484 et 1493 du Conseil de sécurité qui ont permis, la première, d’éviter une crise humanitaire et, la deuxième, de définir un nouveau mandat mettant l’accent sur la mise en route de la transition politique.  Le Conseil a ainsi agi dans l’urgence, sans se laisser enfermer dans une approche sécuritaire de la crise congolaise.  Entre l’adoption des deux résolutions, la mission effectuée par le Conseil de sécurité en RDC s’est révélée un instrument utile pour relancer et recadrer le processus de paix en rappelant aux parties en conflit, l’ensemble de leurs responsabilités et qu’il ne pouvait y avoir ni option militaire, ni impunité. 


S’agissant de la contribution de certains États, dans certaines situations particulières en complément de l’action des Nations Unies, le représentant a estimé que ces interventions doivent être ciblées et exceptionnelles, car il ne s’agit pas de se substituer aux opérations de maintien de la paix des Nations Unies, mais de donner à l’Organisation le temps de mieux faire face à ses responsabilités.  Il a également déclaré que l’expérience de la MONUC montre que la coopération entre tous les acteurs est un élément indispensable d’opérations de paix de plus en plus complexes.  Dans ce contexte, les représentants spéciaux jouent un rôle crucial.. Le représentant a loué les actions entreprises par les divers acteurs du système des Nations Unies dont les membres du Conseil ont pu être témoins lors de la mission en Afrique de l’Ouest.  Toutefois, a-t-il ajouté, nous avions rarement le sentiment d’une action unie des Nations Unies.  Les mandats donnés par le Conseil de sécurité doivent être très clairs afin de permettre une harmonie parfaite entre tous les acteurs du maintien de la paix. En ce qui concerne le maintien de la paix en Afrique, il s’agit d’aider les Africains à s’organiser eux–mêmes.  A ce titre, le représentant s’est tout particulièrement réjoui de voir des soldats africains travailler main dans la main avec des soldats d’autres continents pour assurer des opérations sur le continent africain. 


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a estimé que le maintien de la paix est un outil indispensable même si son histoire n’a pas été dénuée de souffrances.  Il ne faut toutefois pas oublier les succès des Nations Unies au Cambodge et au Timor oriental.  Récemment, la Sierra Leone est devenue un exemple encourageant.  Le Conseil doit s’attaquer à toutes les menaces à la sécurité internationale, rappelant que le maintien de la paix signifie l’interposition entre les forces en présence et dont le cessez-le-feu en est un élément central.  Malheureusement, le respect du cessez-le-feu a été difficile dans maintes parties du monde.  Il exige désormais une présence robuste sur le terrain qui soit accompagnée de règles d’engagement fermes.  Dans nombre de régions du monde, le maintien de la paix devient de plus en plus complexe.  Il nous faut désormais accomplir toutes sortes d’autres tâches pour que la paix soit durable, qu’il s’agisse d’opérations d’assistance électorale, du suivi des violations des droits de l’homme ou de la mise en place de forces de police civile.


La transition du conflit à la paix puis de la paix à la stabilité inclut de nombreux éléments, une tâche que le Conseil ne peut pas assumer seul.  Il doit dès lors explorer les moyens de travailler avec d’autres instances, notamment l’ECOSOC en vue de mettre en place des mécanismes diversifiés et multidimensionnels.  Le maintien de la paix est également coûteux mais, malheureusement, le montant des ressources disponibles est en déclin.  A l’avenir, il faudra améliorer la coopération entre le Secrétariat, les pays fournisseurs de troupes et le Conseil de sécurité.  Les mandats des opérations de maintien de la paix doivent par ailleurs être clairs et équilibrés.  Le représentant a regretté le déséquilibre qui veut qu’en Bosnie et au Kosovo, soit une population de 6 millions d’habitants, le Conseil a autorisé 30 000 soldats alors qu’il a fallu des années avant de déployer quelques centaines de personnes pour venir en aide à des dizaines de millions d’habitants en République démocratique du Congo (RDC).  L’asymétrie dans la manière dont le Conseil aborde le maintien de la paix est encore plus évidente au Jammu-Cachemire. 


Dans l’application de principes généraux, le Conseil doit par ailleurs faire preuve de souplesse pour que chaque mesure prise soit adaptée à la situation sur le terrain.  Une force de stabilisation en Iraq ne sera possible que si elle est avalisée par les Iraquiens eux-même.  Au Libéria, il est essentiel que la mission soit planifiée avec soin, car les fantômes de la Somalie continuent de nous hanter. 


M. JULIO HELDER DE MOURA LUCAS (Angola) a invité le Conseil de sécurité à analyser toutes les situations de maintien de la paix de manière approfondie, à mobiliser toutes les ressources humaines, financières et logistiques nécessaires au succès des opérations de maintien de la paix tout en s’assurant de l’accord de toutes les parties concernées.  Le Conseil doit vérifier qu’il y a une paix à maintenir et que les parties sont conscientes de la nécessité d’aboutir à la paix.  La question principale reste celle de la définition du mandat.  Les mandats doivent être clairs, réalistes et traduire l’unité du Conseil de sécurité.  Un mandat  ne sera réaliste que s’il traduit les attentes de tous ceux qui sont concernés et si les moyens nécessaires au succès d’une mission sont réunis.  Le recours limité à la force est un autre principe du succès, la présence d’une force de maintien de la paix assez robuste étant le meilleur moyen de dissuasion à l’égard de ceux tentés par l’option de la guerre.  Les opérations de maintien de la paix de l’ONU doivent être abordées dans une optique globale qui aille de la question humanitaire à la reconstruction post-conflit en passant par la démobilisation, le désarmement et la réinsertion des anciens combattants et la mise en œuvre de la bonne gouvernance.  Le représentant a en outre souligné l’importance du rôle que peuvent jouer les organisations régionales et sous-régionales dans le succès des opérations de maintien de la paix. S’agissant de la question de la sécurité du personnel, il a déclaré que la récente attaque du siège de l’ONU à Bagdad a remis cette question en tête des priorités du Conseil et des Etats Membres.  


M. ADOLFO AGUILAR ZINSER (Mexique) a estimé que les réunions récapitulatives du Conseil de sécurité étaient de la plus haute importante, compte tenu de la complexité des situations dans le monde et des tâches nouvelles que doit accomplir le Conseil.  Les Nations Unies sont de plus en plus présentes dans le monde, ce qui est essentiel pour l’édification de la paix.  C’est également un défi aux faibles ressources dont dispose l’Organisation.  Dans un premier temps, il est nécessaire d’évaluer la portée des mandats et de réaliser leur adéquation avec les ressources disponibles.  Ce processus de réflexion, a ajouté le représentant, suppose l’analyse des mécanismes de prise de décisions au sein du Conseil.  Il est en effet regrettable de constater une certaine asymétrie dans la capacité de riposte du Conseil.  Parfois, le Conseil répond vite et dans d’autres cas, la prise de décision est difficile et lente alors que les victimes se multiplient comme en témoignent la situation au Libéra.  Le Libéria, le Kosovo, l’Iraq, la Côte d’Ivoire et l’Afghanistan, sont autant d’expériences qui doivent nous aider à mettre en place un mécanisme de programmation tenant compte d’éléments divers qui doivent être retenus pour la planification des missions.  Il faut définir clairement le champ d’application de chaque mission et ses objectifs légitimes.  La motivation principale doit être de répondre aux besoins des populations affectées par les conflits.  Il faut également mettre en place des mécanismes de complémentarité et de coopération au sein des Nations Unies et pour cela, travailler davantage avec l’ECOSOC pour mieux comprendre et traiter les causes des conflits.  En outre, le Conseil doit travailler en étroite collaboration avec les institutions de Bretton Woods.


Il est en outre important que le Conseil conjugue ses efforts à ceux des organisations régionales et s’efforce de mobiliser davantage de pays aux opérations de maintien de la paix.  De toutes nos expériences, il nous faut mettre désormais l’accent sur les facteurs nouveaux, comme la contribution des femmes, aussi bien au niveau qualitatif que quantitatif aux processus de prise de décisions et d’exécution des opérations de maintien de la paix.  Le représentant a également insisté sur la question de la sécurité des opérations de maintien de la paix.  Sergio Vieira de Mello avait fait part dans cette même salle de ses réflexions importantes sur la conception des futures missions de maintien de la paix que nous devrons approfondir.  Il ne faut jamais sous-estimer les conditions d’instabilité et de sécurité sur le terrain, notamment lorsque le personnel civil non armé y est déployé.  Les évènements survenus à Bagdad la semaine dernière doivent nous servir de leçon.  Les attaques contre le personnel humanitaire dans les zones de conflit sont des crimes de guerre, a estimé le représentant, soulignant que la question de la sécurité dans chacune des missions doit constituer une tâche essentielle à l’avenir.


M. ZHANG YISHAN (Chine) a rendu hommage à la force et au courage du personnel des Nations Unies intervenant dans les différentes missions et s’est dit convaincu que des activités criminelles telles que celles qui ont frappé le siège des Nations Unies à Bagdad n’entameront en rien les activités de maintien de la paix des Nations Unies.  Il a fait trois remarques sur les moyens de renforcer les opérations de maintien de la paix.  Tout d’abord, il a noté que les opérations de maintien de la paix traditionnelles ne peuvent plus relever les défis de certaines régions et de certains conflits aux caractéristiques de plus en plus complexes. Dans ce contexte, il a invité le Conseil de sécurité à intervenir plutôt, plus rapidement, avec davantage de fermeté, et à renforcer à cet effet les capacités, les mécanismes, la logistique et les appuis aux troupes.


En outre, estimant que le succès des opérations de maintien de la paix dépend de l’ampleur de l’appui des membres du Conseil de sécurité, il a souligné la nécessité de soutenir les partenaires régionaux, dans les efforts pour trouver des solutions politiques.  Les membres du Conseil de sécurité devraient continuer d’appuyer les opérations de maintien de la paix sur le plan logistique et  définir des mandats clairs et pleinement réalisables.  Cela passe par une meilleure coopération entre les pays contributeurs de troupes et le Secrétariat.  Enfin, il faut favoriser la coopération avec les organisations régionales.  Dans ce contexte, le représentant a invité les Nations Unies à aider les organisations régionales, notamment l’Union africaine, à renforcer leurs capacités.  La Chine a décidé l’année dernière de renforcer certaines missions en Afrique par des contingents de non-combattants.


M. JAMES CUNNINGHAM (Etats-Unis) a déclaré que le facteur le plus important à prendre en compte est la complexité croissante des opérations de maintien de la paix à bien des égards.  Le Conseil et ceux qui mènent ces opérations tirent des leçons de leurs expériences et procèdent à des améliorations.  Ces efforts de paix exigent également un appui régional, politique et militaire, et, parfois, une participation directe à une opération de maintien de paix.  Les Etats-Unis ont encouragé d’autres pays à développer leurs capacités pour les opérations de paix et, dans certains cas, ont apporté une assistance directe.  L’Initiative africaine pour la réaction aux crises (ACRI) en est un exemple.  Elle avait assuré le commandement sur le terrain et la formation du personnel ainsi que l’équipement nécessaire à 12 000 soldats dans neuf pays de la région sub-saharienne depuis 1997. 


Le représentant a déclaré qu’il était nécessaire d’explorer les moyens de répondre aux opérations les plus complexes par la fourniture de contingents multinationaux, placés sous l’autorité d’un commandement fort.  Son pays, a-t-il indiqué, a appuyé la CEDEAO dans ses efforts en Afrique de l’Ouest, politiquement, financièrement et militairement.  Chaque conflit est unique.  Toutes les menaces à la paix et à la sécurité internationales ne peuvent pas faire l’objet  d’une opération de maintien de la paix.  Leur caractère unique s’applique à leurs mandats, règles d’engagement et organisation.  Il existe différents types d’opérations de maintien de la paix menées par les Nations Unies, les organisations régionales et coalitions multinationales.  Tous les conflits devraient être évalués par des équipes de planification.  Il n’existe pas de format fixe pour les opérations de maintien de la paix.  Chaque cas est guidé par les réalités sur le terrain et, de ce fait, mérite un examen approfondi sur la base des besoins et possibilités de chaque situation auxquels il faudrait répondre par des mécanismes souples.


Abordant la question de la sécurité des missions des Nations Unies et de leu personnel, le représentant a déclaré que chacun d’entre nous se souvient tragiquement de l’importance de cette question et de l’importance de cette question et des circonstances difficiles dans lesquelles le Conseil, les Nations Unies et le personnel militaire et civil agissent.  Il s’est félicité de la résolution 1502 (2003) que le Conseil de sécurité a adoptée récemment et qui est allée au-delà des mesures précédentes en attirant l’attention du Conseil sur la prévention des attaques perpétrées contre ce personnel et sur la responsabilité de ceux qui les commises.  A la lumière des attaques indescriptibles de la semaine dernière à Bagdad, il est nécessaire, a-t-il souligné, de revoir les moyens de contrer la menace de nouvelles attaques terroristes.  Ces efforts ont déjà commencé et méritent le ferme appui de tous les membres du Conseil.


M. INOCENCIO F. ARIAS (Espagne) a déclaré que l’Organisation avait les moyens de concevoir et de gérer les opérations de maintien de la paix de manière plus professionnelle et efficace de puis le rapport de M. Brahimi.  Un travail remarquable a été fait depuis trois ans mais il faut encore un travail plus coordonné dans la planification des missions et la définition de leur mandat.  Il faut une meilleure capacité de collecte et d’analyse, car bien planifier, c’est bien savoir ce qui se passe sur le terrain.  Il est indispensable que le Conseil de sécurité veille à ce que les mandats soient clairs, convaincants et accompagnés des moyens suffisants.  Il faut que les opérations de maintien de la paix puissent être déployées rapidement.  La direction d’une opération de maintien de la paix sur le terrain doit avoir les moyens de prendre des décisions au jour le jour pour permettre le succès sur le terrain.  Compte tenu du caractère multidimensionnel des situations de maintien de la paix, le Conseil de sécurité ne doit pas hésiter à compléter les mandats de certaines missions lorsque ceux-ci sont insuffisants.  Le succès de la paix passe aussi par la capacité d’une Mission de maintien de la paix à pouvoir transmettre le flambeau à d’autres organismes compétents dans d’autres domaines comme pour la reconstruction, le moment venu.  Enfin, le représentant a souligné la nécessité de doter l’Organisation de solides capacités en matière de prévention des conflits en rappelant la nécessité de privilégier la culture de prévention à celle de la réaction. 


M. MICHAEL WEHBE (République arabe syrienne) s’est déclaré encouragé par les succès rencontrés par les Missions de maintien de la paix en Sierra Leone, au Timor-Leste, en Bosnie-Herzégovine ou à Prevlaka.  Il a rappelé le caractère provisoire de ces missions en soulignant que les opérations de maintien de la paix ne peuvent se substituer à la recherche de solutions permanentes et que leur but était d’empêcher l’escalade des conflits.  Le rôle central du Conseil de sécurité est de contribuer au succès de ces missions notamment en définissant des mandats clairs et adaptés aux circonstances sur le terrain.  A titre d’exemple, il a cité la résolution 1493 qui renforce le mandat de la mission des Nations Unies en cours en RDC en l’autorisant à utiliser tous les moyens à sa disposition.  Dans ce cadre, le représentant s’est félicité de l’adoption de la résolution 1497 qui autorise les États membres à créer une force multinationale pour assurer la stabilité au Libéria.  Dans le contexte de l’Afrique de l’Ouest, il a rappelé que le Conseil de sécurité a souligné l’importance d’une meilleure coopération entre l’ONU et les organisations sous-régionales pour mener des activités de désarment et de démobilisation.  Dans les Balkans, a-t-il ajouté,  la Mission des Nations Unies au Kosovo est un modèle de coordination avec les organisations régionales, notamment l’Union européenne et l’OSCE. 


Par ailleurs, le représentant a dénoncé le crime odieux commis contre les membres du personnel des Nations à Djénine, Kannan et plus récemment à Bagdad.  Il a invité la communauté internationale à pourchasser les auteurs de ces crimes et à les punir.  Il a aussi exhorté la communauté internationale à assurer la sécurité de ceux qui consacrent leur vie aux opérations de maintien de la paix, en rappelant l’adoption cette semaine de la résolution 1502.  La Syrie, a-t-il ajouté, souligne l’importance d’établir un partenariat triangulaire entre le Conseil de sécurité, le Secrétariat et les pays fournisseurs de contingents pour la planification et l’organisation des opérations de maintien de la paix.  A cet égard, il a tout particulièrement souligné la nécessité de consulter les pays fournisseurs de contingents en cas de modification du mandat d’une opération de maintien de la paix. 


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