30/05/2003
Communiqué de presse
CS/2504



Conseil de sécurité

4766e séance – matin et après-midi


LE CONSEIL DE SECURITE DEFINIT LE ROLE DES MISSIONS QU’IL EFFECTUERA

EN JUIN EN AFRIQUE DE L’OUEST ET DANS LA REGION DES GRANDS LACS


A quelques jours des missions qu’il effectuera successivement en Afrique de l’Ouest et dans la région des Grands Lacs d’Afrique centrale, le Conseil de sécurité a défini aujourd’hui dans les grandes lignes les termes de référence de ces deux visites dont l’objectif est de consolider les processus de paix en cours, notamment en Côte d’Ivoire, au Burundi et en République démocratique du Congo, et de prévenir la régionalisation de ces conflits.  Organisé à l’initiative de son Président sortant, Munir Akram (Pakistan), le débat de synthèse du Conseil consacré aux conflits en Afrique et à l’évaluation des mécanismes des Nations Unies visant à promouvoir la paix et la sécurité aura permis à ses membres de procéder à un échange de vues sur les mesures innovantes qu’il pourrait prendre dans le cadre des processus de restauration et de consolidation de la paix après les conflits, en tenant compte de leur nature protéiforme.  Dans ce contexte, le Conseiller spécial du Secrétaire général pour l’Afrique, Ibrahim Gambari, a suggéré aux membres du Conseil de procéder à une évaluation des missions de maintien de la paix, notamment en République démocratique du Congo, afin d’envisager certains ajustements et de faire avancer les processus en cours. 


Les efforts déployés par la communauté internationale pour que revienne la paix en République démocratique du Congo, ont parfois été frustrants, a déploré pour sa part le représentant de la France qui conduira la mission du Conseil dans la région des Grands Lacs du 7 au 16 juin afin, a-t-il dit, de relancer le processus de paix.  A mesure que se mettaient en place des dispositifs pour que cesse le conflit, celui-ci semblait s’y adapter et reprenait de plus belle sous une forme différente, un peu comme une bactérie développe des résistances aux médicaments qu’on utilise contre elle, a observé Jean-Marc de la Sablière.  Nous avons donc vu le conflit en République démocratique du Congo se transformer d’un conflit régional, motivé par des préoccupations de sécurité, vers une crise encore plus complexe ajoutant en les combinant d’autres dimensions: une dimension intérieure congolaise, des enjeux économiques régionaux, des conflits locaux dans une situation d’anarchie totale, et un drame humanitaire. 


Illustration de ce drame humanitaire, la situation critique qui prévaut à Bunia et en Ituri exige une réaction immédiate et appropriée de la part du Conseil de sécurité et de la communauté internationale, ont admis les membres du Conseil qui, à l’instar de l’Angola, ont jugé exemplaire la résolution adoptée plus tôt dans la matinée et qui autorise le déploiement d’une force multinationale intérimaire d’urgence à Bunia jusqu’au 1er septembre prochain.  Le représentant de l’Angola, Ismael Gaspar Martins, a salué le leadership de la France qui prendra dès la semaine prochaine le commandement de cette force ainsi que la détermination des autres Etats Membres disposés à fournir des troupes en appui à cette initiative.  Son homologue du Brésil, Ronaldo Mota Sardenberg, a annoncé que son pays contribuerait au déploiement de cette force multinationale afin de mettre un


terme à la flambée de violence dans le nord-est de la République démocratique du Congo.  Instrumentalisés par deux pays voisins du nôtre, les événements de Bunia frappent de par leur similitude avec ceux qu’a connu Kisangani où les armées régulières de ces deux pays se sont affrontés à plusieurs reprises à l’arme lourde, faisant des milliers de victimes, a dénoncé le représentant de la République démocratique du Congo, Atoki Ileka, mettant en garde contre la «somalisation» de la partie orientale de son pays.


Il n’y a pas de paix possible au Burundi s’il n’y a pas de paix en République démocratique du Congo et vice-versa, a estimé, quant à lui, Marc Nteruruye, soulignant le lien étroit entre ces deux crises qui doivent faire l’objet d’une démarche intégrée de la part du Conseil de sécurité.  S’adressant aux membres du Conseil, qui feront une escale d’une journée à Bujumbura, le représentant du Burundi les a exhortés à délivrer un message clair aux FDD de Pierre Nkurunziza et au Palipehutu, deux groupes armés qui refusent toujours de rejoindre les négociations de paix et continuent de terroriser les populations civiles.  S’agissant du déploiement par l’Union africaine d’une force de 3 000 hommes au Burundi, M. Nteruruye a jugé que des efforts devraient être consentis aux niveaux financier et logistique, tandis que les contours de son mandat doivent être définis en étroite collaboration avec le Conseil de sécurité, selon qu’il est plus pertinent de recourir aux Chapitres VI, VII ou VIII de la Charte des Nations Unies.  Le représentant du Burundi, mettant l’accent sur le processus de reconstruction post-conflit en cours dans son pays, a insisté sur la nécessité pour l’ECOSOC de créer un Groupe de travail spécial pour le Burundi.  Soutenant cette requête pour encourager la seconde phase de la transition, engagée le 1er mai au Burundi, le représentant de Maurice, Jagdish Koonjul, a regretté que la mission du Conseil de sécurité n’ait pas associé le Conseil économique et social et déploré le manque de concertation entre le Conseil de sécurité et l’Union africaine en prélude à ces missions.  


Abordant la question du mandat de la mission qu’il conduira pour sa part en Afrique de l’Ouest, le représentant du Royaume-Uni, Jeremy Greenstock, a estimé que l’instabilité dans cette région résultait en grande partie de la politique du Président du Libéria, Charles Taylor, qu’il a exhorté à faire preuve de souplesse dans la perspective des négociations de paix prévues pour la semaine prochaine à Accra.  Le Président Taylor devrait saisir cette occasion pour donner son accord au Plan de paix global qui lui sera soumis au nom de la communauté internationale par l’ancien Président du Nigéria, Abdusalami Abubakar, a-t-il ajouté, dénonçant le fait que les combattants libériens aient contribué successivement à la déstabilisation de leur pays, de la Sierra Leone et de la Côte d’Ivoire.  Le représentant des Etats-Unis, James Cunningham, a, quant à lui, déploré que les sanctions imposées au Libéria n’aient pas eu raison de l’obstination du Président Taylor à exporter la guerre chez ses voisins et a exhorté ce dernier à saisir l’occasion des négociations d’Accra pour s’engager résolument dans le processus de normalisation et de stabilisation de toute la région ouest-africaine.  Dans cette dynamique de consolidation de la paix en Afrique de l’Ouest, la coopération étroite entre le Conseil de sécurité et la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest a été placée au cœur du mandat de la mission du Conseil, notamment pour ce qui est du règlement de la crise en Côte d’Ivoire.


Outre ceux déjà cités, les représentants des pays suivants se sont exprimés au cours du débat: Afrique du Sud (au nom de l’Union africaine), Mexique, Egypte, Cameroun, Congo (au nom de la Communauté des Etats de l’Afrique centrale), Allemagne, Bulgarie, Japon, Malaisie, Chili, Espagne, Grèce (au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés), Uruguay, Guinée, République arabe syrienne, Philippines, Fédération de Russie, Rwanda, Tunisie et République-Unie de Tanzanie.



DÉBAT DE SYNTHÈSE SUR LES TRAVAUX DU CONSEIL DE SÉCURITÉ PENDANT LE MOIS EN COURS


Conflits en Afrique : Missions du Conseil de sécurité et mécanismes des Nations Unies pour promouvoir la paix et la sécurité


Déclarations


M. IBRAHIM A. GAMBARI, Secrétaire général adjoint et Conseiller spécial pour l’Afrique, a salué l’intérêt du Conseil de sécurité pour le règlement des crises en Afrique avant de souligner que la mise en place de mécanismes solides dans diverses régions devait s’inspirer des expériences passées.  Il a mis l’accent, dans le cadre des efforts à déployer par le Conseil, sur l’envoi d’un expert multidisciplinaire des Nations Unies sur le terrain avant de dépêcher une mission d’établissement des faits.  C’est notamment ce qui a été fait dans le cas de la Côte d’Ivoire, a-t-il dit, saluant à cet égard les efforts du Département des opérations de maintien de la paix.  Il a ensuite prôné une approche intégrée dans les démarches préventives des conflits en coopération avec les organisations régionales.  M. Gambari a recommandé au Conseil de sécurité de déployer de nouveaux efforts en matière de maintien de la paix.  En effet, a-t-il poursuivi, des efforts plus créatifs doivent être faits par la communauté internationale en associant notamment les institutions de Bretton Woods dans les processus de consolidation de la paix après les conflits. 


M. Gambari a prôné une évaluation des missions de maintien de la paix afin de procéder à des ajustements, en particulier au Burundi et en République démocratique du Congo, la relance des préparatifs d’une Conférence internationale pour le développement et la sécurité de la région des Grands Lacs, l’évaluation des capacités des organisations régionales telles que la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ou l’Union africaine à déployer des forces au Burundi et en Côte d’Ivoire.  Il a également suggéré l’évaluation du type d’engagement pouvant conduire à la tenue d’élections crédibles au Libéria ainsi qu’à la normalisation de la situation en Côte d’Ivoire qui devrait aboutir à la tenue d’élections en 2005.  Le Conseiller spécial a suggéré aux membres du Conseil de tenir, à leur retour de missions en Afrique, des discussions thématiques notamment sur la primauté du droit, sur le renforcement de l’autorité de l’État, sur le développement de contacts avec toutes les parties prenantes et sur la coordination de la réaction de la communauté internationale.  Enfin, s’agissant du volet reconstruction après les conflits, M. Gambari a suggéré une collaboration accrue avec le Conseil économique et social et les institutions de Bretton Woods. 


M. JEAN-MARC DE LA SABLIERE (France), qui mènera la mission du Conseil de sécurité en Afrique centrale, a rappelé que cela fait des années que la République démocratique du Congo connaît une situation de conflit qui aurait fait 3 millions de morts et ayant impliqué, d’une façon ou d’une autre, l’ensemble des pays d’Afrique centrale et australe.  Le conflit régional s’est mué en crises encore plus complexes avec des enjeux économiques régionaux et des conflits locaux, dans une anarchie locale qui a abouti à des drames humanitaires avec de très lourds coûts.  Même s’il y a eu des retraits de forces étrangères et un début de désarmement et de transition politique, ce n’est pas suffisant car les progrès sur le plan politique sont loin de se traduire en progrès réels sur le terrain.  Le représentant a souligné la nécessité de bien faire comprendre à toutes les parties au conflit que personne ne sera en mesure de faire la paix à leur place.  Il s’est félicité de ce que les parties au conflit ont adhéré à cette logique en signant les Accords de Lusaka, de Luanda, de Pretoria ou d’autres.  Mais, a-t-il ajouté, il faut aujourd’hui que le Conseil de sécurité prenne des mesures plus concrètes pour les aider à mettre en œuvre leurs engagements. 


Par ailleurs, il a souligné que des messages politiques clairs et des actions sur le terrain doivent être envoyés et menés de concert.  Dans ce contexte, il a évoqué le caractère exemplaire de la résolution adoptée ce matin, qui autorise le déploiement d’une force multinationale à Bunia.  Mais, a-t-il insisté, le Conseil de sécurité ne peut se limiter à autoriser une force multinationale à Bunia.  A cet égard, il a déclaré que l’ambition de la future mission du Conseil de sécurité qui se rendra en Afrique centrale en juin prochain est de renforcer le cadre politique du processus de paix et de lui redonner de l’élan.  Il a insisté sur la nécessité de rappeler à toutes les parties de cesser toute action militaire.  Il faut que tous ceux qui soutiennent des groupes armés mettent fin à toute forme de soutien.  Il a invité les parties congolaises à lancer une véritable transition politique.  Il a également évoqué la perspective d’une conférence internationale sur la situation dans la région des Grands Lacs.  S’agissant du Burundi, il a invité la communauté internationale à renforcer le processus de paix hérité des Accords d’Arusha en précisant que la future mission du Conseil de sécurité en Afrique centrale consacrera une journée à la situation de ce pays. 


M. JEREMY GREENSTOCK (Royaume-Uni) a souhaité que cette réunion permette d’affiner les contours des deux missions que les membres du Conseil de sécurité effectueront en juin sur le continent africain.  Dans le contexte de blocage du processus de paix en RDC, la mission que doit y effectuer le Conseil de sécurité permettra aux membres de ce dernier de comprendre la réalité des souffrances des peuples concernés et d’exercer les pressions nécessaires sur les principaux protagonistes et les chefs d’État de la région.  Le représentant a rappelé la visite effectuée il y a quelque temps à Kananga, où les enfants invitaient les membres du Conseil de sécurité à ramener la paix dans leur ville fantôme.  Lors de nos visites, nous apportons une espérance qui se lit sur les visages de ces enfants, a poursuivi M. Greenstock, insistant par ailleurs sur la nécessité de faire respecter par les dirigeants de ces pays le rôle de la société civile. 


Il a dénoncé l’instabilité en Afrique de l’Ouest résultant de la politique du Président Charles Taylor qui doit donner son accord au Plan de paix global qui sera examiné la semaine prochaine au Ghana.  Les Libériens, au-delà de leur pays instable, se battent également en Côte d’Ivoire après voir déstabilisé la Sierra Leone, a-t-il déploré.  Se tournant vers la mission dans les Grands Lacs, il a fait une série de propositions à M. de La Sablière, insistant sur la nécessité de soutenir le principe du partage du pouvoir en RDC.  Au Burundi, la deuxième phase de la transition marquée par l’investiture du nouveau Président devra être appuyée, notamment en évaluant clairement le type de réponse que pourra apporter l’Union africaine.  Le représentant a ensuite encouragé le Conseil de sécurité à accorder un soutien politique et financier aux processus de consolidation de la paix en Côte d’Ivoire et au Libéria, insistant dans ce cas sur les négociations d’Accra présidées par l’ancien Président du Nigéria, Abdusalami Abubakar.  Enfin, M. Greenstock a indiqué aux Africains que la clef du succès dans l’instauration de la paix et de la sécurité sur le continent est tributaire de leur propre volonté. 


M. JAGDISH KOONJUL (Maurice), Président du Groupe des États africains pour le mois de mai, s’est félicité de la décision du Conseil de sécurité de mener des missions en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest le mois prochain dans le but de rencontrer les représentants militaires et politiques des pays concernés, mais également les représentants de la société civile.  Il est important, a-t-il ajouté, d’entendre au Conseil de sécurité les messages des peuples des pays en conflit.  Notant que les membres du Conseil effectueront la quatrième visite de ce type en quatre ans dans la région des Grands Lacs, il a regretté le manque de progrès réalisés dans cette région. 


Aussi, a-t-il invité les futures missions à tenir compte des échecs des missions précédentes.  S’agissant du Burundi, il s’est félicité de l’évolution politique positive en formant le vœu que l’ECOSOC se saisisse maintenant de cette situation.  Il a formé le vœu que le Conseil de sécurité, et les Nations Unies dans leur ensemble, assurent à l’avenir une meilleure coordination avec l’Union africaine.  En outre, le représentant a souligné que la paix ne pouvait être durable sans mesures de désarmement, démobilisation et réintégration (DDR) complètes pour permettre aux anciens combattants d’être réintégrés dans la société et dans des activités économiques.  Il a également invité le Conseil de sécurité à explorer, si le désarmement volontaire est difficile à obtenir, les mesures concrètes qui peuvent être prises pour encourager les combattants récalcitrants à déposer les armes.  En outre, il s’est dit heureux d’apprendre que la mission du Conseil de sécurité se rendra en Guinée-Bissau, pays qui se trouve à un carrefour, à une étape que l’on peut définir à la fois comme post et pré-conflictuelle. 


M. DUMISANI KUMALO (Afrique du Sud) a estimé que la mission d’établissement des faits que le Conseil de sécurité compte mener dans le futur lui permettra d’approfondir son expérience de terrain au moment où il doit faire face à des problèmes complexes sur le continent africain.  Les situations de conflit ont un dénominateur commun, à savoir le sous-développement et le pillage des ressources naturelles.  Un autre problème provient des groupes armés de pays tiers.  Ces personnes, qui ne sont pas des réfugiés, refusent de faire partie de programmes volontaires de rapatriement et de désarmement.  Il y a également des groupes autochtones armés qui refusent de prendre part aux accords négociés de cessez-le-feu.  En raison d’évènements récents, le rôle du Conseil a été remis en question, ce qui a ajouté à la perception que son attention était détournée des conflits se produisant dans des régions éloignées comme l’Ituri en République démocratique du Congo.  Il faut nous demander si les mécanismes du Conseil sont adaptés à de telles situations complexes, a estimé le représentant.  Pour les peuples africains, la question est de savoir non pas comment le Conseil entend rester saisi de leur situation mais quelle est son efficacité en matière de rétablissement de la paix.


Les dirigeants africains, à travers l’acte constitutif de l’Union africaine et le Nouveau partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) ont forgé une nouvelle vision et un engagement commun en faveur du développement.  Pour nous, le Conseil de sécurité demeure un partenaire important.  Les relations de travail qui sont en train de se mettre en place entre le Conseil et le Conseil économique et social sont un développement encourageant tout comme l’est la création du Groupe de travail ad hoc sur la prévention des conflits et la création du Comité consultatif spécial sur les pays africains sortant de situation de conflit.  Le partenariat entre le Conseil de sécurité et l’Union africaine se développe, sur la base du principe selon lequel le multilatéralisme est la seule voie possible pour obtenir la paix et la sécurité internationales. 


M. ISMAEL ABRAAO GASPAR MARTINS (Angola), Président du Groupe de travail sur la prévention et la gestion des conflits en Afrique, a souligné le besoin urgent de renforcer les engagements de la communauté internationale en faveur du règlement des conflits en Afrique.  Il a souligné le rôle accru des différents groupes de travail créés au sein des différents organes des Nations Unies –Assemblée générale et Conseil économique et social- et estimé que ces instruments devraient pouvoir devenir des mécanismes clefs pour assurer la coordination avec les groupes sur les sanctions et les autres organes.  En Angola, a-t-il poursuivi, les sanctions contre le mouvement rebelle sont devenues, une fois appliquées, un facteur vital pour régler le conflit. 


La création du Groupe d’amis sur la Guinée-Bissau, les efforts des pays de la région du fleuve Mano, le rôle du Conseiller spécial, ont été soulignés par M. Gaspar Martins, qui a exhorté les différents mécanismes informels à faire part de leurs éclairages aux membres du Conseil de sécurité.  Le Groupe de travail de l’ECOSOC sur les pays sortant des conflits doit être étendu à l’ensemble des processus de consolidation de la paix sur le continent, a-t-il dit, exhortant en outre le Conseil de sécurité à soutenir les efforts de l’Union africaine dans la mise en place d’un Conseil de paix et de sécurité.  En adoptant la résolution autorisant le déploiement de la Force multinationale d’urgence à Bunia, le Conseil de sécurité a pris toute la mesure des enjeux relatifs à la consolidation de la paix sur le continent, a dit le représentant de l’Angola, saluant par ailleurs le leadership de la France et la détermination des autres Etats Membres à contribuer à cette force. 


M. ADOLFO AGUILAR ZINSER (Mexique) a indiqué que l'analyse des conflits en Afrique doit être abordée selon une perspective intégrée tenant compte de leur dimension régionale et des moyens permettant de les prévenir.  A cette fin, le Mexique lance un appel pour une plus grande coopération entre les Nations Unies, les organismes régionaux, les institutions financières internationales et la communauté des donateurs.  Les catastrophes naturelles représentent également un facteur d'instabilité en Afrique.  Dans ce contexte, l'amélioration des conditions de développement permettrait de mieux affronter ces désastres.  Il faut également souligner que les pays africains manquent du capital financier nécessaire au développement, en partie à cause de la dette du secteur public.  C'est pourquoi nous saluons l'initiative du Secrétaire général contenue dans la Déclaration du Millénaire visant à éliminer la charge financière des pays les plus endettés.  Nous estimons également que les pays développés doivent promouvoir un meilleur accès des produits africains à leurs marchés.  L'éducation a également un rôle majeur à jouer dans la prévention des conflits.


Le Mexique appuie sans réserve l'envoi de missions du Conseil de sécurité en Afrique dans la mesure où elles permettent d'établir une relation de confiance avec les responsables locaux, d'évaluer et de comprendre l'ampleur des crises, de déterminer si les stratégies développées pour les affronter sont adéquates et de décider des moyens à prendre pour les régler.  Le Mexique est également en faveur de l'organisation de réunions plus régulières avec les organismes qui travaillent sur le terrain.  A cet égard, la mission du Conseil de sécurité qui se rendra prochainement en Afrique de l'Ouest revêt une importance particulière en ce qui concerne l'analyse de la dimension régionale des conflits qui ont des répercussions, entre autres, en Côte d'Ivoire, en Sierra Leone et en Guinée.  Il existe cependant d'autres situations de conflits dans lesquelles le Conseil de sécurité devrait s'investir, notamment en Somalie, en vue d'examiner la possibilité d'initier un dialogue entre toutes les parties.  Enfin, étant donné le danger que représente pour l'Afrique le trafic illicite des armes, nous estimons que le comité de lutte contre le terrorisme devrait formuler des questions à certains Etats portant sur les moyens mis en œuvre pour prévenir et éliminer ce trafic.


M. AHMED ABOUL GHEIT (Egypte) a noté que le continent africain connaît un éclatement du nombre de conflits armés et que la situation en République démocratique du Congo (RDC) montre qu’il y a un recours croissant de la violence à l’encontre des civils.  Il s’est dit inquiet du fait que de nombreux conflits internes menacent de s’étendre à des pays voisins et de se transformer en conflits régionaux.  Face à ce sombre spectacle humanitaire, a-t-il ajouté, nous constatons que la démarche des Nations Unies vacille entre succès et achoppements.  L’expérience passée des Nations Unies en ce qui concerne le règlement des conflits a montré que la volonté politique est un facteur nécessaire et déterminant pour aboutir à la paix.  A cet égard, il a souligné la nécessité d’assurer un engagement politique à tous les niveaux, international, régional et sous-régional de façon intégrée.  Dans le même ordre d’idées, il a souligné la nécessité de passer d’une culture de réaction à une culture de prévention.  Dans ce contexte, l’un des défis les plus importants réside dans la possibilité de créer un système d’alerte précoce.  Il a également souligné l’importance de traiter les conflits de façon globale et prendre en compte tous les aspects socioéconomiques de ces crises. 


Par ailleurs, le représentant a regretté le manque d’engagement des bailleurs de fonds et le décalage entre les réalisations en matière de sécurité des Nations Unies et la mise en place de structures socioéconomiques dans les pays sortant de conflits.  La coordination des travaux des Nations Unies avec l’Union africaine nécessite un soutien financier afin de permettre aux acteurs de la paix en Afrique, aux niveaux régional et sous-régional, de mener à bien leur mission.  Il a salué la décision du Conseil de sécurité de mener deux missions en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest.  Il a formé le vœu que ces missions soient l’occasion de réaffirmer l’engagement de la communauté internationale pour trouver des solutions durables et efficaces, de mesurer l’ampleur des souffrances des peuples prisonniers des conflits armés, de mesurer les besoins des Nations Unies pour faire face aux conflits en cours et enfin, de mesurer la portée des décisions du Conseil de sécurité en matière de promotion de la paix et de la sécurité en Afrique. 


M. MARC NTERURUYE (Burundi) a jugé regrettable que l’Afrique reste au menu des travaux du Conseil de sécurité pour le règlement des conflits qui font rage sur le continent.  Se penchant plus spécifiquement sur la mission qui sera menée par le Conseil de sécurité en Afrique centrale dans les prochains jours, le représentant a mis l’accent sur l’imbrication des conflits qui ravagent cette partie de l’Afrique et les rend encore plus complexes.  Il a salué l’engagement réel des Nations Unies pour la stabilisation de la situation en Afrique centrale et a jugé qu’à la veille de la quatrième visite du Conseil de sécurité dans la région des Grands Lacs, ce dernier devait s’engager dans le soutien à la seconde phase de transition au Burundi.  Dans ses recommandations, M. Nteruruye a insisté sur la nécessité d’inviter les parties signataires à mettre à exécution les engagements pris tant à Lusaka qu’à Arusha, qu’il s’agisse des processus en cours en République démocratique du Congo ou au Burundi.  Pour ce qui est du Burundi, il faut que le Conseil de sécurité prenne des mesures contre ceux qui refusent de négocier la paix, a-t-il dit, rappelant que dans la région, les Nations Unies ont pu témoigner du refus de certains groupes de se joindre à la paix. 


Il n’y a pas de paix au Burundi s’il n’y a pas de paix en RDC et vice-versa, a-t-il poursuivi, insistant sur la nécessité de promouvoir une approche intégrée dans le règlement des deux crises.  La crise a atteint son paroxysme successivement au Burundi en 1993, avec les massacres à caractère génocidaire, le génocide au Rwanda en 1994 et aujourd’hui dans l’est de la RDC, a-t-il observé.  Pour vaincre l’idéologie génocidaire qui menace l’ensemble de cette région, le représentant du Burundi a prôné un travail de mémoire étendu à l’ensemble de la région des Grands Lacs.  A cet égard, il a indiqué que les signataires de l’Accord de paix et de réconciliation au Burundi avaient proposé au Conseil de sécurité la mise sur pied d’une Commission internationale d’enquête judiciaire neutre et indépendante chargée d’établir les responsabilités des violences qui ont caractérisé la vie du pays depuis son indépendance.  C’est un processus curatif qu’il nous faut promouvoir, a-t-il dit, rappelant que l’Accord d’Arusha prévoit un tribunal pénal ou une commission vérité et réconciliation.  L’objectif de cette démarche est de favoriser la réconciliation en reposant sur des bases solides et la lutte contre l’impunité est le moyen le plus sûr de construire l’avenir. 


Les missions du Conseil de sécurité doivent servir également à délivrer un message clair aux parties, a-t-il dit, souhaitant davantage de fermeté de la part de la communauté internationale notamment lorsque le groupe des FDD de Pierre Nkurunziza attaque des quartiers de Bujumbura ou des écoles secondaires, prenant en otage des enfants, actions qui sont des actes terroristes.  De même, comment peut-on s’accommoder d’un mouvement qui fonde, à l’instar du Palipehutu, sa légitimité sur la division ethnique, s’est interrogé M. Nteruruye, surtout dans une région en proie à la menace génocidaire.  Par ailleurs, il a exhorté le Conseil de sécurité à privilégier une souplesse des mandats pour les modifier en tenant compte du caractère glissant des situations conflictuelles, prenant l’exemple de la MONUC.  Saluant ensuite l’initiative de l’Union africaine qui entend déployer une force de 3 000 hommes au Burundi, il a jugé que des efforts devront être déployés, aux niveaux financier et logistique, en appui à cette force, tandis que les contours de son mandat devront être définis en étroite collaboration avec le Conseil de sécurité, selon qu’il est plus pertinent de recourir aux Chapitres VI, VII et VIII de la Charte des Nations Unies.  Il importe de faire preuve de souplesse dans les principes qui régissent l’envoi d’une mission de maintien de la paix, a-t-il dit, regrettant que le Conseil de sécurité ait renoncé à envoyer une force au Burundi car les rebelles avaient refusé le cantonnement.  Pourtant, le Conseil de sécurité peut tout de même parvenir à exercer les pressions préalables sur les protagonistes pour réunir les conditions nécessaires au déploiement d’une mission des Nations Unies, celle-ci ayant l’avantage, contrairement à celle de l’Union africaine, d’intégrer les volets assistance électorale ou DDRRR, entre autres.  A cet égard, a souhaité M. Nteruruye, le Conseil de sécurité et l’Union africaine devront engager une coopération étroite pour répondre aux aspects multidimensionnels du conflit burundais, le représentant insistant ensuite sur la nécessité pour l’ECOSOC de créer un Groupe de travail pour la reconstruction post-conflit au Burundi. 


M. MARTIN CHUNGONG AYAFOR (Cameroun) tout en se félicitant de l’imagination fertile, des solutions et stratégies aussi inédites qu’inhabituelles des Etats Membres des Nations Unies, a regretté qu’il ne manque aux propositions formulées que la volonté politique réelle des parties prenantes et la détermination des membres du Conseil de sécurité à appuyer l’Afrique dans ses combats pour promouvoir la paix et la sécurité sur le continent.  Il a salué tout particulièrement l’initiative du Conseil de sécurité de mener des missions dans les pays en conflits afin de permettre à ses membres de mieux comprendre les subtilités de ces conflits.  Il a rappelé que sur les 19 missions de ce type menées par le Conseil de sécurité, 13 l’ont été en Afrique. 


Il a formé le vœu que les futures missions puissent contribuer à désamorcer les tensions avant que le conflit n’éclate et complète ainsi la diplomatie préventive menée par le Secrétaire général.  Il a également souhaité qu’elles soient l’occasion d’améliorer les relations de travail entre les Nations Unies et les organisations régionales et sous-régionales.  Car, a-t-il ajouté, un des gages d’efficacité serait de parvenir à une parfaite adéquation des efforts régionaux avec l’action du Conseil de sécurité en matière de prévention et de règlement des conflits en Afrique.  En conclusion, il a souhaité que les prochaines missions du Conseil de sécurité dans les Grands Lacs et en Afrique de l’Ouest soient l’occasion d’encourager les processus de paix en cours, d’expliquer les positions du Conseil de sécurité, et de convaincre notamment de la nécessité d’adopter définitivement une approche globale à l’échelle des sous-régions concernées. 


M. JAMES CUNNINGHAM (Etats-Unis) a salué l’initiative pakistanaise d’organiser un tel échange de vues sur les deux missions que le Conseil de sécurité effectuera en Afrique.  Il a estimé que l’envoi de deux missions en Afrique dans les 45 prochains jours symbolise à lui seul l’engagement du Conseil de sécurité à consolider les efforts africains en faveur de la paix, de la démocratie et de la sécurité.  Rappelant que 33 pays africains ont opté pour des systèmes démocratiques, tandis que le Mozambique vient de commémorer les dix ans de la signature des Accords de Rome et que l’Angola et la Sierra Leone retrouvent la paix, M. Cunningham a jugé que malgré les conflits qui persistent dans d’autres pays il importe d’encourager les efforts positifs de l’Afrique.  Saluant par la suite le leadership de la France qui mènera la Force multinationale d’urgence à Bunia, il a estimé que cette première étape doit s’inscrire dans un processus de consolidation définitif de la paix en RDC. 


D’une manière plus générale, le représentant des Etats-Unis a estimé que l’adoption de sanctions est une mesure utile pour contraindre les dirigeants de certains pays à cesser de déstabiliser leurs voisins.  M. Cunningham a mentionné à cet égard le processus au Liberia ou malheureusement les sanctions n’ont pas eu raison de l’obstination du Président Taylor d’exporter la guerre dans les pays voisins.  A ce titre, il a souhaité que les prochaines négociations de paix d’Accra sur la crise au Liberia inversent la tendance actuelle et que le Président Taylor saisisse cette occasion pour s’engager résolument dans le processus de normalisation et de stabilisation de toute la région. 


M. RONALDO MOTA SARDENBERG (Brésil) a profité de ce débat pour annoncer que son pays, avec ses moyens limités, contribuerait au déploiement rapide d'une force supplémentaire des Nations Unies dans le nord-est de la République démocratique du Congo, tel que décidé le jour même par le Conseil de sécurité.  Le Brésil, a-t-il ajouté, soutient l'appel du Secrétaire général à renforcer le mandat de la Mission de l’Organisation des Nations Unies en République démocratique du Congo (MONUC) afin de répondre aux flambées de violence dans ce pays. 


Rappelant la part d'Afrique que le Brésil a reçue en héritage, le représentant a réaffirmé la volonté de son Président de resserrer les liens avec le continent.  Outre les conflits, des développements positifs et importants ont été également enregistrés, a-t-il néanmoins rappelé en citant notamment le Nouveau partenariat pour le développement de l'Afrique.  Il s'agit d'ailleurs, selon lui, de s'attaquer aux causes profondes des conflits en Afrique et de promouvoir pour cela des stratégies de développement: ceci relève de la responsabilité partagée des Etats Membres, des institutions financières internationales de l'ONU, des organisations régionales et sous-régionales, de la communauté des donateurs et de la société civile.


M. BASILE IKOUEBE (République du Congo), au nom de la Communauté économique des Etats d’Afrique centrale (CEEAC), a fait part des résultats de la dix-neuvième réunion ministérielle du Comité Consultatif permanent des Nations Unies sur les questions de sécurité en Afrique centrale qui s’est tenue à Brazzaville du 14 au 17 mai 2003.  A l’occasion de cette réunion, a-t-il indiqué, des appels ont été lancés à la communauté internationale pour qu’elle aide à la mise en œuvre des accords de paix et de cessation des hostilités dans les pays concernés de la région.  Il s’agit surtout, a-t-il précisé, de donner une suite concrète aux différents engagements financiers pris par la communauté internationale en faveur de pays comme l’Angola, le Burundi, la République centrafricaine et la République démocratique du Congo.  Dans ce contexte, le représentant a indiqué que la réunion s’est félicitée des multiples initiatives que les Nations Unies ont prises, au cours des derniers mois, en faveur de la sous-région en citant particulièrement la mission que le Conseil compter effectuer en Afrique centrale au cours de ce mois et de la mission d’évaluation interinstitutions.  A ce propos, a-t-il ajouté, la réunion a souhaité que cette dernière recommande la création d’un Bureau sous-régional des Nations Unies pour soutenir les efforts des missions de maintien et de consolidation de la paix ainsi que ceux des représentants et envoyés spéciaux en Afrique centrale.


Les Ministres, a-t-il encore indiqué, ont lancé un appel en vue de la participation de tous les pays d’Afrique centrale à l’organisation et à la tenue d’une conférence internationale sur la paix, la sécurité, la démocratie et le développement dans la région des Grands Lacs.  Le représentant a conclu en annonçant la présentation prochaine des résultats du séminaire sur la mise en œuvre en Afrique centrale du Programme des Nations Unies en vue de prévenir, combattre et éliminer le commerce illicite des armes légères sous tous ses aspects.  Les résultats de ce séminaire, qui s’est tenu du 12 au 14 mai à Brazzaville, seront présentés, a-t-il précisé, à l’occasion de la première réunion biennale des pays Membres de l’ONU prévue à New York du 7 au 11 juillet 2003.


M. GUNTER PLEUGER (Allemagne) a salué le rôle et la contribution des organisations régionales et sous-régionales africaines dans la prévention et le règlement des conflits sur le continent.  La responsabilité première de créer les conditions propices à la prévention des crises incombe aux pays eux-mêmes et l’appui de la communauté internationale ne peut être efficace que si les parties concernées souhaitent trouver des solutions à leurs problèmes.  Le représentant a mis en exergue les problèmes particuliers que sont le pillage des ressources naturelles, le trafic d’armes et la question des réfugiés.  Dans ce contexte, il a souligné la nécessité d’une meilleure mise en œuvre des résolutions du Conseil de sécurité.  Il a salué tout particulièrement la contribution des groupes d’experts aux efforts visant à améliorer les régimes de sanctions en cours.


En matière de lutte contre le trafic d’armes, il a insisté sur la  nécessité de limiter l’offre.  Pour ce qui est de renforcer la capacité des États africains, l’Allemagne est attachée à la stratégie exprimée par le G-8, qui veut que les pays africains, d’ici à 2010, aient les moyens et les structures leur permettant de participer efficacement à la prévention et à la gestion des conflits sur le continent.


M. STEFAN TAFROV (Bulgarie), jugeant pertinentes les recommandations du Conseiller spécial Ibrahim Gambari, s’est inquiété de l’intensité et de la durée des conflits cycliques qui déchirent le continent africain.  Il a exhorté le Conseil de sécurité et le système des Nations Unies à rester actif et présent sur le continent africain, notamment par le biais des missions d’établissement des faits comme celles qui se dérouleront dans les prochaines semaines en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale.  Il a ensuite dressé le lien entre le commerce illicite des armes légères et l’exploitation illégale des ressources naturelles et a soutenu la position du représentant allemand sur ce point. 


Faisant référence aux travaux du Comité des sanctions, M. Tafrov a estimé que ce problème majeur pour le continent africain est le fait d’un seul et même groupe de marchands d’armes qui corrompent les régimes, servent d’intermédiaires pour les trafics en tous genres et doivent faire l’objet de mesures urgentes dans le cadre de la lutte contre la criminalité organisée.  S’agissant du partenariat entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales et sous-régionales africaines, il a estimé que ce partenariat devrait se traduire par le renforcement des capacités institutionnelles, humaines et financières de ces organisations.  Dans le cas précis de la situation dans la région des Grands Lacs, la coopération avec les organisations régionales ne peut se limiter à la seule conclusion d’accords de paix mais doit aller au-delà, a fait remarquer M. Tafrov, recommandant de s’inspirer des expériences de l’OSCE en Europe en ce qui concerne la reconnaissance mutuelle des frontières.  Le représentant de la Bulgarie a également souligné la nécessité de poursuivre et intensifier le partenariat entre les Nations Unies et les organisations non gouvernementales et les autres structures de la société civile. 


M. KOICHI HARAGUCHI (Japon) a formé le vœu que le Conseil de sécurité améliore la coopération entre les différents intervenants et acteurs de la prévention et de la gestion des conflits.  Il a souhaité que les missions qui se rendront en Afrique le mois prochain sauront identifier et formuler des recommandations qui permettront de prendre les mesures les plus adéquates.  Il s’est dit inquiet du fait que la principale caractéristique des conflits africains est leur dimension régionale et le risque de débordement sur des pays voisins. 


Il a rappelé la contribution de son pays dans le processus de démobilisation, désarmement et réintégration (DDR) en Sierra Leone, rappelant l’aide financière fournie par le Japon par le biais de la CEDEAO.  En outre, il s’est réjoui des succès remportés en Angola et en Sierra Leone en formant le vœu que ces expériences soient un encouragement pour d’autres pays africains.  En conclusion, il a souligné le caractère indispensable de la coopération avec les pays africains, les organisations régionales et sous-régionales africaines, pour la résolution des conflits. 


M. RASTAMI MOHD ISA (Malaisie) a rappelé que les opérations de maintien de la paix constituent un instrument important dans le dispositif du Conseil de sécurité.  Cependant, le Conseil doit se garder d'être sélectif et d'adopter une politique des «deux poids, deux mesures» dans la mise en place de ces missions.  Le succès des opérations de maintien de la paix ne doit pas être mis en danger par un manque de moyens et tous les Etats, en particulier les pays contributeurs de troupes, doivent être impliqués dans la phase de planification et de déploiement.  Nous savons tous que le déploiement d'une mission à un niveau moins important que celui qui est requis et avec un équipement inadéquat peut entraîner de tragiques conséquences.  Ce qui s'est produit en Ituri en est une illustration et nous nous félicitons du déploiement de la Force multinationale en RDC.  Néanmoins, au-delà du déploiement de missions dans les zones de conflits, il faut que le Conseil de sécurité et les Nations Unies dans leur ensemble développent des stratégies efficaces de prévention des conflits armés et de maintien de la paix, y compris en matière de désarmement, de démobilisation et de réintégration des anciens combattants.  A cet égard, l'appui généreux de la communauté internationale revêt une importance capitale de même que l'implication des organes pertinents des Nations Unies.  Le secteur privé a également un rôle important à jouer dans ce contexte. 


La Malaisie estime que le Conseil de sécurité et les Nations Unies doivent s'attaquer aux causes des conflits de façon à réduire les risques d'instabilité sur le continent africain.  Une approche intégrée et globale ainsi qu'une meilleure coordination entre le système des Nations Unies et ses organes principaux, les agences de l'ONU et les institutions de Bretton Woods devraient être une priorité.  Les organisations régionales ont aussi un rôle central à jouer dans la promotion de la paix et de la sécurité aussi bien que dans le développement économique et social.  Nous sommes également en faveur de l'envoi de missions du Conseil de sécurité dans les zones de conflits, non seulement pour renforcer les efforts du Secrétariat mais surtout pour permettre aux membres du Conseil de sécurité de mieux évaluer la situation sur le terrain et les problèmes complexes que le Conseil doit régler.  Enfin, nous estimons que la volonté politique de régler les conflits est un élément central de la paix et de la sécurité et, dans ce sens, nous nous félicitons des mesures positives prises par les pays africains eux-mêmes.


M. JUAN GABRIEL VALDES (Chili) a formulé l'espoir que les missions du Conseil de sécurité en Afrique centrale et de l'Ouest permettront de réaliser des progrès tangibles et de favoriser le dialogue avec les responsables politiques locaux.  Nous ne devons cependant pas nous bercer d'illusions, a-t-il mis en garde.  En effet, l'expérience a montré que l'exercice consistant à écouter, apprendre et dialoguer demeure insuffisante s'il n'est pas accompagné d'une réelle volonté politique.  Nous avons aujourd'hui l'obligation d'intervenir dans des conflits qui requièrent une action urgente de la communauté internationale, en particulier lorsqu'ils revêtent une dimension régionale.  Les cas les plus emblématiques sont ceux de la République démocratique du Congo et du Libéria.  Nous ne pouvons pas permettre que ces situations dérivent en tragédie comme par le passé et nous nous félicitons de l'attitude de la France et d'autres pays qui ont offert des troupes en appui de la force de paix uruguayenne. 


Il est également essentiel d'examiner l'efficacité des moyens actuellement utilisés par les Nations Unies en matière de prévention des conflits et de coopération avec les organisations régionales.  Nous avons pu constater dans le cas de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) que le rôle de ces dernières est essentiel et qu'il est nécessaire de les appuyer.  Cependant, le manque de ressources est un des freins majeurs au règlement des conflits.  Il ne fait aucun doute que beaucoup de sang et d'argent pourraient être économisés si les pays développés mettaient en place un programme visant à offrir aux pays pauvres les moyens de leur développement économique.  Ceci pourrait notamment se traduire par la réduction des subventions agricoles, l'élimination de la dette externe de l'Afrique et la lutte contre le sida. 


Mme ANA MARIA MENENDEZ (Espagne) a insisté sur quatre points dans la perspective des deux missions du Conseil de sécurité en Afrique.  Le premier a trait à l’élément sous-régional dans les efforts pour promouvoir des solutions, par exemple la contribution de la CEDEAO au règlement de la crise en Côte d’Ivoire et le soutien à la revitalisation de l’Union du fleuve Mano pour mettre en place des mesures de confiance entre la Sierra Leone, la Guinée et le Libéria ou le rôle de l’Union africaine en ce qui concerne le règlement de la crise au Burundi.  Deuxièmement, la représentante a évoqué la situation humanitaire qui doit être au cœur des préoccupations du Conseil de sécurité dans le règlement des conflits, Mme Menendez jugeant inacceptable l’obstruction des groupes armés à l’aide humanitaire.  Troisième point mentionné par l’Espagne, l’impunité et la protection des droits de l’homme doivent faire l’objet de mécanismes adéquats, seuls à même de consolider les processus de paix.  Enfin, les phases de reconstruction post-conflits doivent être abordées avec attention par le Conseil de sécurité car elles sont caractérisées par la précarité des processus, a-t-elle dit, prônant la mise en place, lorsque c’est possible, de groupes d’experts pour la reconstruction des pays au sortir d’un conflit au sein de l’ECOSOC.


M. MICHAEL DARATZIKIS (Grèce) a déclaré, au nom de l’Union européenne, des pays candidats et des pays associés, que la promotion d’une paix et d’un développement durables en Afrique constitue un des défis les plus importants de la communauté internationale à l’aube du 21e siècle.  La gestion des conflits entre Etats et à l’intérieur des Etats ainsi que l’aide aux Etats africains sortant de situation de conflit devraient constituer une des priorités du système des Nations Unies.  Nous soutenons dans ce contexte les initiatives en matière de diplomatie préventive, de maintien et de consolidation de la paix et notamment la mis en place du Groupe de travail ad hoc sur la prévention et la gestion des conflits en Afrique et le Groupe consultatif ad hoc du Conseil économique et social sur les pays africains en situation post-conflit.  La résolution relative au NEPAD est également un instrument important.  Ces initiatives montrent qu’il existe une interaction profonde entre la paix et le développement et, dans ce contexte, nous soutenons l’engagement des institutions financières internationales.


Nous pensons également qu’il faut favoriser une approche globale qui identifie les causes profondes des conflits, a signalé le représentant, en notant que cette approche reposerait sur davantage de coopération entre le Conseil de sécurité et d’autres organes des Nations Unies.  Les deux missions d’établissement des faits qui seront déployées prochainement seront le reflet de l’engagement de la communauté internationale en Afrique.  Dans le cadre du dialogue Europe/Afrique, nous avons travaillé à l’élaboration d’une approche commune. 


L’Union européenne a été constante dans le soutien qu’elle apporte aux efforts régionaux et sous-régionaux de coopération.  Nous encourageons un partenariat entre les Nations Unies et les organisations régionales africaines telle que la Communauté des économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).  La création de l’Union africaine a également été une étape importante pour le continent africain, notamment pour constituer une force africaine chargée de conduire des opérations de soutien à la paix.  L’Union européenne estime que les États de l’Union africaine devraient rapidement ratifier le Protocole relatif à la création d’un Conseil de sécurité pour la paix et en Afrique.


M. FELIPE H. PAOLLILO (Uruguay) a estimé qu'il est nécessaire d'entreprendre une action concertée pour aider les Africains à dépasser les obstacles qui paralysent les efforts déployés pour promouvoir le développement économique de leur continent.  Ces obstacles sont le résultat de siècles de colonisation, de rivalités ancestrales, de l'extrême pauvreté et de conditions sociales précaires.  Nous souhaitons réitérer la solidarité de notre pays avec tous les gouvernements et peuples d'Afrique, en particulier ceux qui vivent des moments de crise.  Notre participation depuis des années à des opérations de maintien de la paix montre notre solidarité avec les peuples africains, en particulier en République démocratique du Congo où nous avons déployé un contingent de plus de 1 600 hommes.  A cet égard, l'Uruguay souhaite faire part de sa préoccupation face à la situation délicate à laquelle doivent faire face plus de 700 de nos compatriotes à Bunia. 


M. BOUBACAR DIALLO (Guinée), a déclaré partager les remarques et suggestions du Secrétaire général adjoint et Conseiller spécial pour l’Afrique, Ibrahim Gambari.  Il s’est félicité des prochaines missions que le Conseil de sécurité mènera respectivement en Afrique centrale et Afrique de l’Ouest, missions qu’il a qualifiées de témoignage de la volonté du Conseil de sécurité de contribuer à l’instauration de la paix.  En ce qui concerne la conduite de ces missions, il a souligné la nécessité de prendre autant de contacts que nécessaires, auprès des représentants de Gouvernement, des représentants politiques en général ou encore de ceux de la société civile, dans le souci de trouver les solutions les plus appropriées.  Il a également formé le vœu que le Conseil de sécurité agisse en parfaite intelligence avec les acteurs régionaux et sous-régionaux africains, dont l’importance en matière de prévention et de gestion des conflits n’est plus à démontrer.  Il a également rappelé que l’appui aux processus de paix passe indiscutablement par le renforcement des missions de maintien de la paix et de leurs capacités.  A cet égard, il a salué la décision prise ce mois de mettre en place une mission de maintien de la paix en Côte d’Ivoire et celle prise ce matin autorisant le déploiement d’une force multinationale à Bunia en République démocratique du Congo.  Par ailleurs, le représentant guinéen s’est inquiété du développement du mercenariat en Afrique de l’Ouest, phénomène qu’il a défini comme une menace grave à la paix et à la sécurité. 


M. FAYSSAL MEKDAD (République arabe syrienne) a jugé que l’Afrique représente la conscience du monde, la pureté du don, et qu’elle mérite à ce titre toute l’attention du Conseil de sécurité et de la communauté internationale pour recouvrer la paix et la stabilité.  Le fléau de la guerre est le plus souvent imposé au continent et il a des conséquences sociales, économiques et politiques sans précédent, a déploré M. Mekdad, regrettant que les efforts déployés n’aient pas permis d’obtenir les résultats escomptés.  Ce continent, trop longtemps convoité pour ses richesses, mérite davantage d’attention, a dit le représentant syrien, saluant toutefois la création au cours des dernières années de douze missions de maintien ou de rétablissement de la paix sur le continent. 


L’autorisation donnée ce matin par le Conseil de sécurité au déploiement d’une Force multinationale prouve encore une fois que les membres de cet organe, tout comme des autres organes des Nations Unies et le Secrétaire général, Kofi Annan, travaillent sans relâche à promouvoir la réconciliation et la pacification en République démocratique du Congo.  Toutefois, l’effort international a besoin d’être redynamisé, a-t-il dit, souhaitant que les deux missions qui se rendront prochainement en Afrique occidentale et centrale s’acquitteront avec succès de leurs mandats en exhortant les dirigeants et les protagonistes à mettre un terme aux conflits.  La Syrie se félicite de ce que l’Union africaine ait décidé de mettre en place un mécanisme de règlement des conflits et M. Mekdad a salué également les efforts de la CEDEAO ou de l’IGAD qui doivent être soutenus par le reste de la communauté internationale dans le cadre du renforcement des dynamiques régionales, conformément au Chapitre VIII de la Charte des Nations Unies. 


M. LAURA L. BAJA (Philippines) s’est félicité de l’adoption récente de la résolution 1479, qui a établi une mission de maintien de la paix en Côte d’Ivoire (MINUCI), et la résolution 1484 qui autorise le déploiement d’une force multinationale à Bunia, en République démocratique du Congo.  De l’avis de sa délégation, ces résolutions montrent la capacité du Conseil de sécurité de répondre avec détermination aux situations les plus conflictuelles en Afrique.  S’agissant du renforcement des mécanismes de règlement des conflits, il a souligné la nécessité de renforcer la coopération entre le Conseil de sécurité et les groupes régionaux et sous-régionaux africains, notamment l’Union africaine et la Communauté économique des États d’Afrique de l’Ouest (CEDEAO).  Par ailleurs, se félicitant de l’envoi le mois prochain de deux missions du Conseil de sécurité, respectivement en Afrique de l’Ouest et en Afrique centrale, il a émis l’espoir que ces missions nous aideront à mieux comprendre les problèmes et enjeux des conflits en cours.  Le représentant a souligné la nécessité pour les différents acteurs des Nations Unies compétents en la matière d’adopter une approche intégrée.  A cet égard, il s’est particulièrement félicité du renforcement de la coopération entre le Conseil de sécurité et l’ECOSOC.  En conclusion, il s’est dit convaincu que les Africains avaient la capacité de jouer un rôle clef dans la promotion de la paix et de la sécurité en Afrique, et qu’il était indispensable que la communauté internationale soutienne leurs efforts dans ce sens. 


M. ILEKA ATOKI (République démocratique du Congo) s’est félicité que le Conseil ait répondu unanimement, ce matin, à la demande du Secrétaire général de déployer une Force multinationale à Bunia, en vue de contribuer au retour de la normalité en Ituri.  Dans ce cadre, le représentant a dénoncé l’instrumentalisation des belligérants par les deux pays voisins du sien, en mettant en garde contre le risque de génocide dans cette région.  Qualifiant l’Ituri de «  nouvelle catastrophe du drame congolais  », le représentant a invité le Conseil à lancer un signal fort à l’endroit de ceux qui commettent des atrocités.  Rappelant que les personnes dénoncées dans les rapports officiels sont toujours libres, il s’est interrogé en invoquant, entre autres, le chef de l’Union des patriotes congolais (UPC): «Comment un violeur des droits de l’homme et du droit international humanitaire ne se sentirait-il pas conforté dans son forfait s’il sait à l’avance qu’en le commettant, non seulement il restera impuni, mais bénéficiera en plus d’un strapontin ou d’une prime sur l’autel de la paix?».


Se félicitant de la prochaine mission du Conseil en Afrique centrale, le représentant a estimé que «les défis sont immenses mais pas insurmontables».  Il a souhaité que dans l’immédiat, l’accent soit mis sur la mise en œuvre de la transition et le parachèvement du processus de paix.  Il a qualifié de primordiale la cessation des hostilités sur toute l’étendue du territoire national, plus particulièrement dans sa région de l’est, pour permettre au gouvernement de transition d’y asseoir son autorité conformément, a-t-il rappelé, aux résolutions du Conseil, à l’Accord de Lusaka et aux autres Accords partiels.  Il a particulièrement insisté sur l’importance qu’il y a à appuyer les réformes de l’armée et de la justice ainsi que les résolutions de la Commission de pacification de l’Ituri. 


Poursuivant, le représentant a souhaité qu’à court et à moyen terme, les concepts de DDRR et de DDRRR soient repensés pour qu’ils visent non seulement les groupes figurant dans les annexes de l’Accord de Lusaka mais aussi ceux créés récemment, dont certains combattent en Ituri.  Toujours dans le même registre, il a jugé primordial de créer un mécanisme susceptible d’enrayer la circulation des armes légères et de petit calibre et de mettre fin à l’exploitation illégale des ressources naturelles.  Parallèlement, a-t-il ajouté, il serait utile d’intégrer les différents processus de paix dans la région.  Celui d’Arusha semble être sur la bonne voie et celui de la RDC est irréversible, a-t-il dit en estimant que si ces deux processus réussissent, un espace libre et démocratique sera créé.  Il importera alors, a souligné le représentant, que les deux autres pays de la région rendent compte des efforts qu’ils entreprennent «sans nul doute» en matière de démocratie réelle, de réconciliation et de concorde nationale.  S’agissant du long terme, il a qualifié de nécessité absolue l’organisation et la convocation d’une conférence internationale sur la paix et la sécurité dans la région des Grands Lacs. 


M. WANG YINGFAN (Chine) s’est inquiété des obstacles au processus de paix en République démocratique du Congo et de l’instabilité qui prévaut en Afrique de l’Ouest.  Soulignant les progrès réalisés en Afrique dans le domaine de la paix et de la sécurité, grâce aux efforts du Conseil de sécurité, M. Wang a exhorté ses membres à identifier les goulets d’étranglement et à promouvoir l’intégration des institutions de Bretton Woods et des autres organes, comme le Conseil économique et social, dans les processus de consolidation de la paix après les conflits.  Il a loué les efforts de l’Union africaine et de la CEDEAO dans le règlement des crises en Côte d’Ivoire et au Burundi et a jugé important que les Nations Unies se dotent des moyens adéquats pour répondre aux enjeux du maintien de la paix.


M. ALEXANDER KONUZIN (Fédération de Russie) a souligné la nécessité d’une approche globale et concertée du règlement des conflits, de la lutte contre la pauvreté et la promotion de la primauté du droit sur le continent africain.  L’Afrique n’a pas été épargnée par les nouveaux défis et nouvelles menaces et il n’est pas acceptable d’avoir une politique de deux poids, deux mesures en ce qui concerne les moyens à accorder pour régler les problèmes de l’Afrique.  Le représentant s’est dit inquiet de la prolifération de groupes armés qui n’ont ni légitimité, ni programmes et qui souvent, sont à la solde des pays voisins.  Il a également évoqué la question de la sécurité des frontières qui, selon lui, exige une nouvelle approche.  Il a défini la porosité et la vulnérabilité des frontières comme un élément crucial du débordement des conflits, des trafics d’armes, des crimes et de l’exploitation illicite de ressources.  Il s’est dit favorable aux efforts des Nations Unions pour renforcer le potentiel de maintien de la paix en Afrique et a appuyé l’idée d’une coopération adéquate avec les organisations régionales et sous-régionales africaines.  Il a salué la contribution à la paix apportée par plusieurs Etats africains. 


Notant que les conclusions du Conseil de sécurité ne sont pas toujours partagées par les partenaires africains, il a souligné la nécessité d’être plus attentifs à leurs attentes et préoccupations.  Il a formé le vœu que les futures missions du Conseil de sécurité en Afrique centrale et en Afrique de l’Ouest permettront de prendre connaissance de la réelle situation humanitaire dans les zones de conflit et des exactions commises.  Le représentant a insisté sur la nécessité de faire savoir qu’il n’y aura pas d’impunité pour ceux qui se sont rendus coupables d’exactions.  En conclusion, il a estimé qu’il n’y avait pas de recette toute faite en matière de maintien de la paix, mais que les meilleures solutions étaient celles soutenues par tous les partenaires concernés. 


M. STANISLAS KAMANZI (Rwanda) a déploré les massacres de civils innocents intervenus dans le nord-est de la République démocratique du Congo au moment même où les parties congolaises venaient de se mettre d’accord sur un processus de partage du pouvoir.  Il a invité la communauté internationale et le Conseil de sécurité à tout mettre en œuvre pour consolider le processus de normalisation politique en cours en RDC et a salué les efforts déployés par le Secrétaire général, Kofi Annan, pour réunir une force multinationale à même de stabiliser la région de Bunia et de renforcer l’application de l’Accord de Lusaka.  Il a souhaité ensuite que la mission du Conseil de sécurité prévue en juin dans la région des Grands Lacs permette d’épauler les parties congolaises dans la mise en place des institutions représentatives à base élargie et de consolider le processus de paix au Burundi. 


M. ALI HACHANI (Tunisie) a déclaré qu’il était réconfortant de constater que les conflits en Afrique bénéficient du suivi constant du Conseil de sécurité et qu’un effort soutenu et sincère est fourni par tous les membres pour alléger autant que possible les maux politiques, économiques et sociaux qui accablent ce continent.  Néanmoins, il a estimé nécessaire que le Conseil de sécurité procède de temps en temps, à l’instar de ce qui est fait aujourd’hui, à une évaluation de son action à l’égard des conflits africains, et soit prêt à explorer de nouvelles voies là où cela est nécessaire.  En matière de coopération entre l’Organisation des Nations Unies et l’Union africaine, il a formé le vœu que les initiatives prises et efforts engagés le soient sur la base de paramètres fixés par les États africains eux-mêmes, en conformité avec les principes et les objectifs de l’Union africaine et dans un cadre d’étroite collaboration avec le Conseil de sécurité.  En outre, il a estimé essentiel que la communauté internationale accorde toute l’importance voulue au renforcement de la capacité africaine à travers un soutien matériel et financier substantiel du mécanisme africain, pour la prévention, la gestion et le règlement des conflits en Afrique. 


Le représentant a formé le vœu que les efforts du Conseil de sécurité s’inscrivent dans le cadre d’une approche globale, tenant compte des dimensions politiques, économiques et sociales, et notamment du lien étroit entre le développement, la paix et la sécurité.  D’où l’importance, a-t-il ajouté, de développer une stratégie internationale qui repose sur une démarche intégrée permettant de s’attaquer aux causes profondes des conflits à l’instar de la pauvreté et de l’exclusion, démarche qui nécessite une implication plus active des organes chargés du développement.  Dans ce contexte, il a formé le vœu que le Conseil de sécurité autorise la participation des pays touchés par les conflits, et tous les intervenants concernés par la préparation, l’élargissement ou la prorogation des mandats des missions des Nations Unies. 


Mme LIBERATA MULAMULA (République-Unie de Tanzanie) a souligné que faute de s'attaquer aux causes profondes des conflits en Afrique il ne serait pas possible de les résoudre: à cet effet, elle a insisté sur la nécessité de mettre en œuvre les Objectifs de développement du Millénaire et l'Accord de Monterrey, ainsi que les conclusions des sommets et conférences internationaux tels que le Sommet de Johannesburg.  L'élimination de la pauvreté demeure une priorité pour parvenir à une paix et à un développement durables.  La véritable question que nous devons nous poser, a-t-elle poursuivi, est de déterminer ce que nous avons réalisé au terme de si nombreuses conférences, déclarations finales et propositions?


Concernant la situation en République démocratique du Congo, la représentante a appelé le Conseil de sécurité à agir rapidement pour empêcher un nouveau génocide en Ituri.  Ceci suppose, de l’avis de sa délégation, le déploiement d'une force plus solide et plus efficace sur le terrain et, à cet effet, elle se félicite que le Conseil ait autorisé le même jour le déploiement d'une Force multinationale à Bunia.  Les tueries de Bunia sont, a indiqué la représentante, le signe que le mandat de la MONUC est inadéquat. 


M. MUNIR AKRAM (Pakistan) a souligné les difficultés sans égal que connaît l’Afrique, citant la pauvreté, les maladies, les famines et les conflits avec les graves répercussions en matière humanitaire et de sous-développement.  Soulignant le caractère complexe des causes de conflit, il a évoqué l’urgence d’honorer les engagements de Monterrey en matière de financement du développement. Il a formé le vœu que l’approche du Conseil de sécurité soit globale et qu’il soit en mesure de proposer des solutions durables.  Il a souligné la nécessité d’une appropriation des solutions par les partenaires concernés en souhaitant que cette appropriation soit accompagnée d’une volonté politique de la part de ceux qui sont favorables à la paix aux niveaux local, régional et international.  Il a souligné la nécessité de soutenir cette volonté par le biais de ressources financières pour le rétablissement et le maintien de la paix.  A long terme, la solution est l’intégration de ces régions et pays dans le système commercial et financier mondial sur une base équitable et durable.  En outre, il s’est félicité des missions que le Conseil de sécurité mènera en Afrique au mois de juin, missions qu’il a définies comme un moyen d’aider les membres du Conseil à mieux comprendre les particularités des conflits africains, et de montrer aux parties concernées sa détermination en matière de résolution des conflits.  En conclusion, il a suggéré la création d’un organe d’enquête et d’investigation qui pourrait fonctionner comme le comité contre le terrorisme, afin d’examiner les sources de financement qui alimentent les différents conflits.  Notant que les situations politiques, économiques et sociales sont liées entre elles, il a souligné la nécessité de mieux coordonner les activités des différents organismes des Nations Unies


Reprenant la parole en fin de séance, M. GAMBARI, a soutenu le principe d’une approche intégrée dans le règlement des crises sur le continent africain en associant les institutions de Bretton Woods et les organes des Nations Unies tels que le Conseil économique et social.  Tout en admettant que les Africains ont la responsabilité première du maintien de la paix sur leur continent, M. Gambari a souligné les dynamiques encourageantes en cours en République démocratique du Congo, au Burundi et en Afrique de l’Ouest.  Il a estimé qu’il faudrait donner la priorité à la prévention des conflits, à la reconstruction post-conflit, à la lutte contre la pauvreté, au renforcement des capacités africaines de maintien de la paix, à la coopération avec les organisations régionales et sous-régionales, et enfin nouer des liens avec les parties sur le terrain. 


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