29/04/2003
Communiqué de presse
CS/2487



Conseil de sécurité

4746e séance – après-midi


LA CEDEAO LANCE UN APPEL AU CONSEIL POUR UN RENFORCEMENT DE SES RESSOURCES FINANCIERES EN VUE DU MAINTIEN DE LA PAIX ET DE LA SECURITE EN COTE D’IVOIRE


Près de trois mois après l’adoption de la résolution 1464 se félicitant du déploiement en Côte d’Ivoire de forces militaires appartenant à la France et à la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), le Secrétaire général de l’ONU, le Secrétaire exécutif de la CEDEAO ainsi que cinq de ses Ministres des affaires étrangères ont lancé cet après-midi au Conseil de sécurité un appel pour que les ressources financières de l’organisation régionale soient renforcées rapidement en vue d’une augmentation des hommes de l’ECOFORCE.  La CEDEAO a déployé en Côte d’Ivoire sous le nom d’ECOFORCE 1 300 hommes qui sont chargés, entre autres, de faire respecter l’Accord de paix signé à Linas-Marcoussis le 24 janvier dernier.


Tout en saluant les efforts déjà consentis par la communauté des donateurs pour appuyer les efforts de la CEDEAO, le Secrétaire général de l’ONU, M. Kofi Annan, a lancé un appel aux membres du Conseil de sécurité et à la communauté internationale pour «rétablir les ressources financières épuisées de l’ECOFORCE de façon à ce que cette dernière continue de jouer un rôle essentiel dans la promotion de la paix en Côte d’Ivoire». 


M. Nana Addo Dankwa Akufo-Addo, Ministre des affaires étrangères du Ghana et au nom du Président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a estimé qu’il faut faire passer l’ECOFORCE de 1 300 à 3 200 hommes.  Il faut, a-t-il dit, rassembler toutes les conditions permettant au nouveau gouvernement de contrôler totalement le territoire ivoirien.  Ce gouvernement, de l’avis du Ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, M. Bamba Mamadou, travaille dans un esprit de coopération et s’est engagé à respecter tous ses engagements internationaux.  Il doit cependant relever des défis qui touchent toute la sous-région.  C’est pourquoi le Président ivoirien a mené tout récemment des pourparlers avec le Président libérien en vue du déploiement de forces de sécurité aux frontières des deux pays.  La nature régionale du conflit ivoirien a amené M. Mamadou à insister également sur la nécessité, pour la communauté internationale, d’appuyer pleinement l’ECOFORCE et de maintenir sa présence en Côte d’Ivoire jusqu’aux élections de 2005. 


En écho aux appels également lancés par les ministres des affaires étrangères du Nigéria et de la Guinée, le Secrétaire exécutif de la CEDEAO, M. Mohamed Ibn Chambas, a insisté sur le rôle crucial de la CEDEAO dans le maintien de la paix et de la sécurité dans ce pays.  Il a demandé au Conseil de sécurité de trouver les moyens de doter l’organisation régionale des ressources financières requises.


Insistant sur l’importance d’un tel appui financier «au moment crucial où les différentes parties ivoiriennes ont enfin décidé de tout mettre en œuvre pour appliquer l’Accord de Linas-Marcoussis», M. Annan a également en début de séance formulé l’espoir que les membres du Conseil de sécurité répondront favorablement et dans de brefs délais aux recommandations formulées récemment visant au déploiement d’une petite mission de l’ONU en Côté d’Ivoire, afin «que cette dernière renforce son rôle dans le processus de paix ivoirien». 



LA SITUATION EN COTE D’IVOIRE


Déclarations


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général de l’Organisation des Nations Unies, s’est félicité du rôle important joué par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) ainsi que par la France dans la recherche de la paix et de la stabilité en Côte d’Ivoire.  Sur le front militaire, a-t-il poursuivi, leurs opérations de maintien de la paix jouent un rôle fondamental pour éviter l’escalade des combats.  Il a également salué les efforts déployés par son Représentant spécial, M. Albert Tevoedjré qui préside le Comité de suivi constitué conformément à l’Accord de Linas-Marcoussis ainsi que les progrès réalisés par M. Seydou Diarra dans la formation du nouveau gouvernement.  La présence d’une délégation d’un tel niveau aujourd’hui au Conseil de sécurité, a fait remarquer M. Annan, montre à quel point l’Afrique de l’Ouest prend au sérieux le problème auquel nous nous trouvons confrontés, à savoir comment rétablir les ressources financières épuisées de l’ECOFORCE de façon à ce que cette dernière continue de jouer un rôle essentiel dans la promotion de la paix en Côte d’Ivoire.  A cet égard, nous devons saluer l’aide importante déjà fournie par les donateurs et les institutions à la CEDEAO depuis le début de son engagement en Côte d’Ivoire, en particulier pour le déploiement de l’ECOFORCE. 


Au moment critique où les différentes parties ivoiriennes ont enfin décidé de prendre des mesures importantes en vue d’appliquer l’Accord de Linas-Marcoussis, la CEDEAO a estimé qu’il était nécessaire d’accroître considérablement la taille de l’ECOFORCE afin de la rendre plus efficace.  Dans ce contexte, nous lançons un appel aux membres du Conseil de sécurité et à la communauté internationale au sens large pour qu’ils fournissent rapidement à la CEDEAO les ressources financières nécessaires à l’appui de l’ECOFOCRE pour les prochains six mois.  Afin de compléter les efforts déployés par la CEDEAO et la France, le Secrétaire général a rappelé qu’afin de compléter les efforts déployés par la CEDEAO et la France, il avait recommandé la mise en place d’une petite opération des Nations Unies constituée d’une composante de liaison militaire ainsi que de composantes relatives aux droits de l’homme, aux affaires civiles et aux médias.  Il a formulé l’espoir que les membres du Conseil autoriseront prochainement le déploiement d’une telle mission afin que les Nations Unies renforcent leur rôle dans le processus de paix ivoirien. 


M. NANA ADDO DANKWA AKUFO-ADDO, Ministre des affaires étrangères du Ghana et au nom du Président en exercice de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a fait valoir les efforts du Conseil de médiation de la CEDEAO.  La CEDEAO, a-t-il poursuivi, a tout mis en œuvre pour tenter de contenir et stabiliser la situation.  Cela s’est traduit par la négociation d’un cessez-le-feu et la mise en place d’un gouvernement d’union nationale.  Nous pouvons aujourd’hui penser que la Côte d’Ivoire est en train de retrouver la normalité et la paix et il est indispensable que la communauté internationale appuie cette évolution.  Pour se faire, il est nécessaire de renforcer la force militaire de la CEDEAO présente en Côte d’Ivoire et de la faire passer de 1 200 à 3 200 hommes.  Son mandat qui consiste actuellement à la surveillance de cessez-le-feu doit évoluer pour inclure d’abord la protection du nouveau gouvernement, ensuite la possibilité de patrouiller aux frontières de la Côte d’Ivoire, notamment la frontière Ouest qui est source de sérieux problèmes, mais aussi d’assurer le désarmement des milices, et enfin, d’une manière générale, il s’agit de rassembler toutes les conditions permettant au nouveau gouvernement de contrôler totalement le territoire ivoirien.

Par ailleurs, le Ministre a expliqué que la présence des ministres de la CEDEAO au Conseil se plaçait dans le cadre d’une tournée entreprise afin de rechercher des soutiens financiers pour le renforcement de l’ECOFORCE, tournée qui les avait déjà conduits à Washington et dans plusieurs capitales européennes.  Il a précisé qu’une conférence de donateurs doit se dérouler le 12 mai 2003 à Bruxelles.  Nous pensons, a-t-il déclaré en conclusion, que la communauté internationale a le devoir d’apporter un soutien au processus lancé par les Ivoiriens eux-mêmes.  Cela passe par un appui au renforcement de la force de la CEDEAO en Côte d’Ivoire et par l’organisation d’élections libres et démocratiques qui constitueront le meilleur moyen de mettre un terme à cette crise.


M. BAMBA MAMADOU, Ministre des affaires étrangères de la Côte d’Ivoire, a rappelé que depuis l’adoption des Accords de Linas-Marcoussis, de Kléber et d’Accra, l’évolution politique générale en Côte d’Ivoire est relativement satisfaisante: le Gouvernement de réconciliation a été formé et se réunit de façon hebdomadaire en conseil de gouvernement le mardi et en conseil des ministres le jeudi.  L’ambiance de travail est très bonne durant ces réunions et les ministres issus de toutes les forces politique sont décidés à faire avancer la Côte d’Ivoire vers la paix et la sécurité.  La première décision importante a été relative à la sécurité.  Le Gouvernement a en particulier interdit toutes les milices ou comités d’autodéfense et a procédé à l’immobilisation des hélicoptères de combat.  Les violations de cessez-le-feu deviennent de plus en plus rares et le Gouvernement a mis en place des corridors de sécurité pour favoriser les échanges avec les pays voisins.  Il a en particulier dépêché une délégation au Burkina Faso pour remettre en marche le train qui relie Abidjan à Ouagadougou. 


Nous avons conscience du poids de notre pays dans la région et le Gouvernement respectera tous les engagements internationaux qu’il a pris.  Malgré nos efforts, la situation reste fragile car il n’est pas facile de rétablir la confiance entre des forces qui se sont battues.  Notre préoccupation concerne en particulier la situation à l’Ouest avec la présence des combattants libériens et sierra-léonais.  Il existe bel et bien une guerre à l’Ouest du pays.  Dans ce contexte, les chefs d’Etat de la Côte d’Ivoire et du Libéria ont décidé de déployer une force d’interposition aux frontières des deux pays sur 700 kilomètres composées de forces de l’ECOFORCE; de forces françaises, libériennes et ivoiriennes.  La seconde décision a été d’organiser une rencontre entre les Etats majors ivoiriens et libériens pour l’application de cet accord.  Un autre défi à relever est la circulation dans la région d’armes légères qui constituent un facteur d’instabilité.  Si rien n’est fait pour contrôler ces armes, ce qui est arrivé à la Côte d’Ivoire pourra arriver n’importe où ailleurs.  Nous avons besoin du soutien de la communauté internationale et du Conseil de sécurité pour rétablir la paix dans notre pays.  Nous avons besoin en particulier de l’ECOFORCE dont nous souhaitons le maintien jusqu’aux prochaines élections en 2005.  Nous souhaitons enfin que la communauté internationale soutienne pleinement l’ECOFORCE pour qu’elle puisse remplir son rôle auprès des forces françaises.


M. FRANÇOIS LONSENY FALL, Ministre des affaires étrangères et de la coopération de la Guinée, s’est félicité de la tenue le 11 avril dernier d’une séance publique du Conseil de sécurité qui a permis de mettre l’accent sur la complémentarité entre le Conseil de sécurité et les organisations régionales.  Il a notamment évoqué les liens entre le Conseil de sécurité et la CEDEAO qui a vocation de créer toutes les conditions pour favoriser l’intégration de ses pays membres.  Le Ministre s’est tout particulièrement félicité de l’adoption par le Conseil de sécurité le 4 février dernier de la résolution 1464 par laquelle ledit Conseil a autorisé les Etats membres participants à la force de la CEDEAO à prendre toutes les mesures nécessaires pour assurer la sécurité, apportant ainsi un soutien décisif au processus de paix en Côte d’Ivoire.  Cette paix, a-t-il prévenu, nécessite des moyens logistiques et financiers qui ne sont pas à la portée des pays membres de la CEDEAO: c’est pourquoi, nous nous tournons vers la communauté internationale et le Conseil de sécurité en particulier dans le souci de trouver ces moyens dont nous avons besoin pour ramener la paix en Côte d’Ivoire et stabiliser l’Afrique de l’Ouest.


M. DUBEM ONYIA, Ministre des affaires étrangères du Nigéria, a estimé qu’il est très important que le Conseil de sécurité prenne très au sérieux le problème de la Côte d’Ivoire.  Il faut en outre envisager la question globalement car les problèmes qui affectent la Côte d’Ivoire affectent toute la région.  Sur les autres points, nous sommes en parfait accord avec le Ministre ghanéen qui conduit la délégation de la CEDEAO.


M. M. MOHAMED IBN CHAMBAS, Secrétaire exécutif de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO), a rappelé le lien qui existe entre l’instabilité politique et le fait que la pauvreté s’accroît de même que le lien entre la circulation des armes et la violence et l’instabilité dans certaines sous-régions.  Il ne faut pas non plus négliger le lien entre la durée des crises et l’émergence de mercenaires qui interviennent dans différents conflits.  C’est pourquoi il est important que les organisations régionales brisent le cercle de la violence avec l’appui des pays de la sous-région.  Consciente de cette nécessité, la CEDEAO a montré sa volonté politique d’agir dans la sous-région.  Cependant, nous manquons cruellement de ressources financières pour être à la hauteur de nos engagements en Côte d’Ivoire.  Le Conseil doit donc trouver les moyens d’appuyer les efforts régionaux pour rétablir la paix et la sécurité dans ce pays. 


*   ***   *