16/04/03
Communiqué de presse
CS/2482



Conseil de sécurité

4741e séance – matin


«LUEUR D’ESPOIR» AU MOYEN-ORIENT AVEC LA PERSPECTIVE D’UN NOUVEAU GOUVERNEMENT PALESTINIEN OUVRANT LA VOIE A LA PRESENTATION DE LA FEUILLE DE ROUTE DU QUARTET


Dans le cadre de sa réunion d’information mensuelle sur la situation au Moyen-Orient, y compris la question de Palestine, le Conseil de sécurité a entendu, ce matin, l’exposé du Sous-Secrétaire général aux affaires politiques.  Danilo Türk s’est, entre autres, félicité de la «lueur d’espoir» que fait naître la confirmation probable du nouveau Gouvernement palestinien conduit par le Premier Ministre désigné, Mahmoud Abbas dit Abou Mazen.  Le Sous-Secrétaire général a rappelé que cette confirmation est une condition préalable à la présentation à l’Autorité palestinienne et au Gouvernement israélien de la Feuille de route du Quartet.  Dans son exposé, Danilo Türk a explicité les difficultés liées à la mise en œuvre de cette Feuille de route avant d’aborder la situation sociale et économique dans le territoire palestinien occupé; et les tensions sur la Ligne Bleue et dans le Sud-Liban.


Le Sous-Secrétaire général a commencé son intervention en se félicitant de l’engagement renouvelé du Président des Etats-Unis et du Premier Ministre du Royaume-Uni à assurer une évolution positive de la situation par la mise en œuvre de la Feuille de route du Quartet.  Il a donc espéré que le Premier Ministre palestinien désigné, Mahmoud Abbas dit Abou Mazen et le Gouvernement qu’il forme, seront bientôt confirmés par le Conseil législatif palestinien.  Dès cette confirmation, a indiqué le Sous-Secrétaire général, le Quartet devrait soumettre à l’avis du Gouvernement d’Israël et à l’Autorité palestinienne sa Feuille de route.  La période cruciale de sa mise en œuvre devrait alors commencer avec un rôle actif et impartial du Quartet.  Avec le plein appui du Quartet et de l’ensemble de la communauté internationale, a insisté Danilo Türk, les parties auront à prendre des décisions difficiles pour mettre fin au cycle actuel de violence et de souffrances.


Le processus de mise en œuvre de la Feuille de route ne se fera pas sans heurts mais son objectif qui est une paix globale, juste et durable est trop importante pour que les parties se laissent décourager par les premières difficultés.  Certains de ces obstacles sont évidents, a dit le Sous-Secrétaire général en attirant l’attention du Conseil sur le lourd bilan du conflit actuel.  Depuis septembre 2000, 2 566 Palestiniens et 766 Israéliens ont trouvé la mort.  Une nouvelle fois, le Sous-Secrétaire général a appelé l’Autorité palestinienne à déférer devant la justice les responsables d’actes terroristes et les autorités israéliennes à s’abstenir de recourir à une force excessive et à protéger les populations civiles.  Il a aussi manifesté son opposition aux exécutions extrajudiciaires en exhortant à y mettre fin.  Israël, a-t-il reconnu, peut exercer son droit à la légitime défense mais l’exercice de ce droit doit se faire dans les limites du droit international. 


Venant à la situation sociale et économique en Cisjordanie et à Gaza, le Sous-Secrétaire général a estimé que la seule solution serait que l’économie palestinienne puisse fonctionner dans un environnement normal.  Et cela, a-t-il précisé, ne peut arriver qu’avec un changement dans l’approche israélienne en matière de sécurité.  Les recommandations de l’Envoyée spéciale du Secrétaire général pour les questions humanitaires doivent encore être mises en œuvre, a rappelé le Sous-Secrétaire général.  Les dégâts infligés à la société palestinienne seront difficiles à corriger, a-t-il dit, en citant l’impact psychologique du conflit surtout sur les enfants.  Il a ajouté que les populations israéliennes connaissent également leur traumatisme. 


Le Sous-Secrétaire général s’est aussi inquiété de l’édification d’un mur de séparation en Cisjordanie.  Ce mur devrait ériger une barrière entre d’une part les Palestiniens de chaque côté du mur, et d’autre part leurs terres, leurs biens, leurs marchés et leurs services publics.  Le caractère unilatéral de la décision du Gouvernement israélien de construire ce mur et son emplacement au sein de la Cisjordanie, en encerclant des villes, peuvent avoir un impact négatif sur les efforts du Quartet pour établir un Etat palestinien viable, a souligné le Sous-Secrétaire général. 


S’il n’existe pas suffisamment de points d’accès pour les mouvements de personnes et de biens des deux côtés du mur, la fourniture de services sociaux de base à la population palestinienne du côté ouest du mur risque d’être empêchée et les échanges commerciaux entravés.  Quelques propriétaires palestiniens ne peuvent déjà plus accéder à leurs propriétés.  D’autres sont juste autorisés à traverser à pied ou avec des charrettes tirées par des ânes, ce qui rend difficile le transport des marchandises et des produits. 


La description des conditions en Cisjordanie et dans la Bande de Gaza illustre les défis que doit relever le Premier Ministre palestinien, M. Mahmoud Abbas.  Ce dernier devra accomplir deux tâches principales en matière de sécurité.  Il devra restaurer le respect de la loi et l’ordre dans les territoires palestiniens et améliorer la sécurité interne.  Dans le même temps, il devra prendre des mesures immédiates contre le terrorisme et faire juger les responsables de tels actes.  Dans son travail, M. Abbas doit pouvoir bénéficier de la coopération active de la communauté internationale, en particulier du Quartet.  Le Gouvernement d’Israël a également un rôle important à jouer pour garantir le succès du Gouvernement palestinien.  Des mesures importantes doivent être prises pour faciliter le processus de réformes et minimiser l’impact des mesures de sécurité sur les habitants de la Cisjordanie et de la Bande de Gaza.  Les déclarations récentes de Premier Ministre Sharon reconnaissant qu’Israël doit faire des concessions douloureuses, y compris démanteler des colonies, doivent être accueillies favorablement. 


Depuis la dernière séance d’information devant le Conseil de sécurité, la situation le long de la Ligne bleue est demeurée calme.  Le niveau de tension demeure cependant élevé.  Ces derniers jours, des tensions ont émergé du fait d’une douzaine d’incursions aériennes au Liban et de tirs anti-aériens du Hezbollah.  Les deux parties ont assuré leurs interlocuteurs de l’ONU qu’ils entendaient maintenir un environnement calme au cours de cette période d’instabilité.  Cependant, au cours de ce mois, on a pu observer une augmentation

notable des violations aériennes de la part d’Israël ainsi qu’une augmentation du nombre de nouveaux armements anti-aériens de Hezbollah le long de la Ligne bleue.  Ces événements préoccupants sont contraires aux intentions déclarées d’Israël et la réaction du Hezbollah menace le calme actuel.  Ces actions hostiles pourraient mener à une détérioration de la situation.  Il revient donc à Israël et au Liban de prévenir une escalade de la violence le long de la Ligne bleue. 


La voie à suivre, tracée par le Quartet, est la seule susceptible de mettre fin au cycle de la violence.  La Feuille de route représente la garantie de stabilité pour chacun des acteurs, lesquels doivent déployer tous les efforts nécessaires à sa mise en œuvre.  L’autorité palestinienne doit mettre en œuvre des mesures efficaces contre le terrorisme et le Gouvernement israélien doit alléger les souffrances du peuple palestinien.  La communauté internationale doit, de son côté, appuyer pleinement ces initiatives.  Plusieurs observateurs ont fait remarquer que la Feuille de route est loin d’être un document parfait.  Bien entendu, aucun plan n’est parfait.  Dans un environnement tendu, toute mesure sur la voie de la paix est accompagnée de dangers potentiels mais l’absence d’un règlement négocié n’a jamais mené à un règlement de la situation.  La Feuille de route représente par conséquent la meilleure perspective pour parvenir à la création de deux Etats vivant côte à côte dans la paix et la sécurité. 


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