12/03/2003
Communiqué de presse
CS/2459



Conseil de sécurité

4718e séance – après-midi


LE CONSEIL DE SECURITE ENCOURAGE TOUTES LES PARTIES SOMALIENNES A PARTICIPER AU PROCESSUS DE RECONCILIATION ET EXIGE L'APPLICATION DE LA DECLARATION D'ELDORET


Au terme de consultations portant sur la situation en Somalie, le Président du Conseil de sécurité, M. Mamady Traoré (Guinée), a fait cet après-midi la déclaration suivante (S/PRST/2003/2) au nom de ses membres:


Le Conseil de sécurité, rappelant ses décisions antérieures au sujet de la situation en Somalie et, en particulier, les déclarations de son président du 13 décembre 2002 (S/PRST/2002/35) et du 28 mars 2002 (S/SPRST/2002/8), et accueillant avec satisfaction le rapport du Secrétaire général en date du 26 février 2003 (S/2003/231), réaffirme sa volonté de parvenir à un règlement global et durable de la situation en Somalie et son respect pour la souveraineté, l’intégrité territoriale, l’indépendance politique et l’unité du pays, conformément aux buts et principes énoncés dans la Charte des Nations Unies.


Le Conseil réaffirme son appui résolu en faveur du processus de réconciliation nationale en Somalie et de la Conférence de réconciliation nationale en Somalie qui se tient au Kenya, lancée sous les auspices de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et conduite par le Gouvernement kényen. Il encourage vivement toutes les parties de l’ensemble de la Somalie à participer à ce processus, qui offre à tous les Somaliens une occasion unique de mettre fin aux souffrances de la population et de rétablir la paix et la stabilité dans leur pays. Le Conseil exige que les parties somaliennes respectent et appliquent promptement les décisions adoptées tout au long de ce processus, notamment la Déclaration sur la cessation des hostilités et les structures et principes du processus de réconciliation nationale en Somalie, signée le 27 octobre 2002 (ci-après dénommée la « Déclaration d’Eldoret ») (S/2002/1359), l’accord conclu par cinq chefs de faction de Mogadishu et le Gouvernement national de transition au sujet du rétablissement de la paix et de la sécurité à Mogadishu, ainsi qu’un accord ultérieur entre les cinq chefs de faction, par lequel ils se sont engagés notamment à s’efforcer d’assurer la réouverture du port et de l’aéroport internationaux de Mogadishu, comme indiqué au paragraphe 26 du rapport du Secrétaire général en date du 26 février 2003 (S/2003/231).


Le Conseil salue le rôle crucial que joue le Gouvernement kényen en facilitant le processus de réconciliation nationale en Somalie et demande au Comité technique de l’IGAD, composé des trois États de première ligne (Djibouti, Éthiopie et Kenya), de continuer de favoriser activement le processus. Le Conseil se félicite de la nomination de l’Ambassadeur Bethuel Kiplagat en tant qu’Envoyé spécial du Kenya au processus. Il se félicite également de la nomination de M. Muhammad Ali Fourn en tant qu’Envoyé spécial de l’Union africaine pour la Somalie, de la contribution financière généreuse de l’Union européenne, de la Norvège et des États-Unis, et de l’engagement résolu de leurs représentants, ainsi que de ceux du Forum des partenaires de l’IGAD et de la Ligue des États arabes. Le Conseil les encourage vivement à poursuivre leur appui actif et positif du processus de réconciliation.

Le Conseil relève que les six comités de réconciliation du processus de réconciliation nationale en Somalie ont poursuivi leur tâche malgré les difficultés auxquelles les participants somaliens se sont heurtés en ce qui concerne la représentation. Le Conseil engage vivement toutes les parties intéressées à participer sans réserve aux six comités de réconciliation et à régler la question de la représentation, et salue à ce propos la création d’une commission d’arbitrage. Le Conseil appuie la détermination du Secrétaire général à aider les six comités de réconciliation en leur fournissant un appui technique et les compétences requises.


Le Conseil déplore vivement que, même après la signature de la Déclaration d’Eldoret, des combats continuent d’éclater en Somalie, en particulier à Mogadishu et Baidoa. Il condamne tous les combattants et demande qu’il soit mis fin immédiatement à tous les actes de violence en Somalie. Il partage la conclusion du Secrétaire général selon laquelle ce sont les détenteurs des armes de guerre qui continuent de tenir le peuple somalien en otage dans le cycle de violence. Le Conseil estime par ailleurs, comme le Secrétaire général, que ces personnes auront à rendre compte de leurs agissements devant le peuple somalien et la communauté internationale si elles s’obstinent à suivre la voie de l’affrontement et du conflit. À ce propos, le Conseil se félicite de la création par les États de première ligne de l’IGAD d’un mécanisme de contrôle de l’application de la Déclaration d’Eldoret et de l’intention de ces pays d’envisager des mesures appropriées à l’encontre de tous les particuliers et de tous les groupes qui violent la Déclaration d’Eldoret et les accords de décembre 2002.


Le Conseil constate avec une vive préoccupation que des livraisons d’armes et de munitions se poursuivent à destination de la Somalie, s’inquiète profondément des allégations au sujet du rôle que joueraient certains des États voisins en violation de l’embargo sur les armes imposé par la résolution 733 (1992) du 23 janvier 1992, et engage tous les États et les autres intéressés à respecter scrupuleusement l’embargo sur les armes. Le Conseil salue l’action menée par le Groupe d’experts créé par sa résolution 1425 (2002) du 22 juillet 2002 et se déclare résolu à examiner attentivement le rapport de ce groupe et à lui donner la suite voulue afin de renforcer l’embargo sur les armes et le désarmement.


Soutenant qu’il ne faut pas laisser les particuliers et les entités profiter de la situation en Somalie pour financer, organiser, faciliter, appuyer ou commettre des actes terroristes à partir du pays, le Conseil souligne que les efforts visant à lutter contre le terrorisme en Somalie sont indissociables de ceux qui sont déployés pour instaurer la paix et la gouvernance dans le pays. Dans cet esprit, il prie instamment la communauté internationale d’apporter son aide à la Somalie pour qu’elle puisse poursuivre l’application intégrale de la résolution 1373.


Le Conseil se déclare gravement préoccupé par la situation humanitaire qui règne en Somalie, en particulier par les personnes déplacées, surtout dans la région de Mogadishu. Il engage les dirigeants somaliens à honorer les engagements qu’ils ont pris en vertu de la Déclaration d’Eldoret et à faciliter l’acheminement de l’aide humanitaire qui fait cruellement défaut, à assurer la sécurité de tout le personnel d’assistance humanitaire, international et national, à garantir immédiatement la sécurité d’accès à tout le personnel humanitaire et à soutenir le retour et la réinsertion des réfugiés. Le Conseil engage les États Membres à répondre sans retard et généreusement à l’Appel global interinstitutions de l’ONU pour 2003.


Le Conseil constate que, si certaines régions de la Somalie sont toujours instables, une stabilité relative continue de régner dans des parties importantes du pays. Il se félicite de l’évolution des activités de consolidation de la paix menées au niveau local et demande l’accélération d’activités globales dans ce domaine. Il prie le Secrétaire général de continuer de mettre en place sur le terrain, de manière cohérente, les activités préparatoires d’une mission complète de consolidation de la paix en Somalie déployée dès que les conditions de sécurité le permettront, ainsi qu’il est stipulé dans la déclaration du Président du Conseil en date du 28 mars 2002 (S/PRST/2002/8), qui devrait prendre en compte la lutte contre la pauvreté et le renforcement des institutions publiques.

Le Conseil souligne qu’un programme global de consolidation de la paix après le conflit, axé sur le désarmement, la démobilisation, la réhabilitation et la réinsertion, constituera un élément important du rétablissement de la paix et de la stabilité en Somalie. Le Conseil salue les contributions de l’Irlande, de l’Italie et de la Norvège au Fonds d’affectation spéciale pour la consolidation de la paix en Somalie et demande aux autres donateurs de suivre leur exemple sans retard.


Le Conseil salue l’action menée par l’Équipe de pays des Nations Unies, la Croix-Rouge et le Croissant-Rouge, ainsi que les organisations non gouvernementales en faveur de la paix et de la réconciliation en Somalie. Il encourage le Secrétaire général à continuer d’appuyer activement le processus de réconciliation nationale en Somalie parrainé par l’IGAD ainsi qu’à poursuivre et développer les activités sur le terrain dans le domaine humanitaire et en vue de la consolidation de la paix.


Le Conseil réaffirme sa détermination à aider les parties somaliennes et à soutenir la médiation de l’IGAD dans l’application des mesures et conclusions en faveur de la paix qui ont été adoptées dans le cadre du processus de réconciliation nationale en Somalie.


Rapport du Secrétaire général sur la situation en Somalie (S/2003/231)


Le rapport du Secrétaire général sur la situation en Somalie est principalement axé sur les progrès réalisés et les obstacles rencontrés par le Processus de réconciliation nationale en Somalie qui se déroule actuellement à Eldoret (Kenya) sous les auspices de l’Autorité intergouvernementale pour le développement (IGAD) et qui est présidé par le Kenya.  Il présente aussi des informations sur la situation générale en Somalie sur le plan politique et en matière de sécurité, ainsi que sur les activités humanitaires et de développement menées par les organismes du système des Nations Unies et fournit de surcroît des informations sur la situation du Fonds d’affectation spéciale pour la consolidation de la paix en Somalie.


S’agissant de l’évolution de la situation en Somalie, le rapport indique que si au cours de la période considérée de nombreux dirigeants somaliens et leurs représentants ont continué de participer aux discussions d’Eldoret, le «Somaliland» a quant à lui refusé de participer au processus de paix.  Il ajoute que malgré la signature, le 27 octobre 2002, de la Déclaration d’Eldoret, les combats se poursuivent à la fois au sein des clans et entre eux, dans un certain nombre de régions.  Le rapport aborde également la situation sur le plan de la sécurité dans plusieurs régions de Somalie, notamment dans le sud et autour de


Mogadishu et de Baidoa qui crée de sérieuses difficultés pour la fourniture d’une assistance humanitaire.  Alors que l’instabilité et la sécurité règnent à Mogadishu, de récents affrontements ont fermé au personnel international des Nations Unies l’accès de Baidoa, qui a pourtant été longtemps une base humanitaire stable, ajoute le rapport à propos de la situation sur le plan humanitaire. 


Le rapport évalue par ailleurs les progrès enregistrés dans le processus de réconciliation nationale ainsi que les activités déployées à l’appui de la paix et de la réconciliation par la communauté internationale et plus spécifiquement par les agences spécialisées des Nations Unies.  Dans ses observations, le Secrétaire générale se félicite du fait que le nouveau Gouvernement kényen n’ait pas attendu pour réaffirmer que le Kenya était déterminé à jouer un rôle de premier plan dans cette initiative régionale de paix.  La récente nomination d’un Envoyé spécial de l’Union africaine pour la Somalie, la généreuse contribution financière de l’Union européenne et l’action soutenue des envoyés des pays qui en sont membres, ainsi que de ceux du Forum des partenaires de l’IGAD et de la Ligue des États arabes témoignent de la volonté résolue de la communauté internationale de parvenir à un accord négocié, associant toutes les parties en présence en Somalie.


Le Secrétaire général encourage tous les chefs somaliens participant à la Conférence à s’acheminer de nouveau vers la réconciliation nationale dans leur pays.  Ils doivent à tout prix décider d’un régime politique associant toutes les parties pour assurer l’avenir de leur pays.  Il déplore de graves affrontements qui ont eu lieu depuis la signature de la Déclaration d’Eldoret le 27 octobre 2002, affrontements auxquels ont participé les milices et les partisans de certains des chefs signataires de la Déclaration et des accords de décembre. Il demande instamment aux chefs somaliens d’honorer l’engagement qu’ils ont pris de garantir l’acheminement d’une aide humanitaire dont le besoin se fait cruellement sentir, ainsi que la sécurité de l’ensemble du personnel travaillant pour les organismes d’aide internationaux et nationaux.


Le Secrétaire général se félicite enfin de la contribution de l’Irlande, de l’Italie et de la Norvège au fonds d’affectation spéciale pour la consolidation de la paix en Somalie et des contributions déjà apportées par le Canada, le Danemark, la Norvège, la Suisse et la Communauté européenne à l’Appel global interinstitutions de 2003 pour la Somalie.  Il lance un appel à d’autres donateurs et leur demande non seulement de contribuer généralement à l’Appel mais également de le faire rapidement pour que puisse être mené à bien un programme d’aide humanitaire et de consolidation de la paix. 


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