19/02/2003
Communiqué de presse
CS/2451



Conseil de sécurité                                               CS/2451

4709e séance (reprise) – matin                                    19 février 2003


LE CONSEIL DE SECURITE ACHEVE SON ECHANGE DE VUES AVEC LES ETATS NON MEMBRES SUR LES SUITES A DONNER AUX RAPPORTS DE LA CCVINU ET DE L’AIEA


Si nous insistons pour un règlement pacifique de la crise iraquienne, c’est avant tout pour préserver les 26 millions d’Iraquiens des graves conséquences que leur infligerait une guerre, a fait valoir ce matin le représentant de Costa Rica, au second et dernier jour du débat du Conseil de sécurité ouvert aux non membres sur la situation entre l’Iraq et le Koweit.  En effet, les délégations ont précisé dans leur ensemble qu’il ne s’agissait en aucun cas de donner une chance supplémentaire au régime de Saddam Hussein, dont la nature dictatoriale et tyrannique a été reconnue, de se maintenir au pouvoir mais plutôt d’épuiser toutes les voies prévues dans la résolution 1441.  Actuellement, 60% de la population iraquienne dépend du programme «pétrole contre nourriture», ont rappelé les intervenants, s’inquiétant des conséquences humanitaires d’une nouvelle intervention armée en Iraq qui, selon eux, pourrait affecter 10 millions de civils.  C’est ainsi que, tout en exhortant l’Iraq à assumer pleinement ses obligations en vertu de la résolution 1441, les délégations du Canada et de la Suisse ont invité le Conseil de sécurité à faire preuve de prudence dans les options qu’il retiendra.


Unique alternative à la guerre, la pleine coopération de Bagdad aux inspections et le renforcement des équipes de la Commission de contrôle, de vérification et d’inspection des Nations Unies (CCVINU) et de l’Agence internationale de l’énergie atomique (AIEA) ont été encouragées par la majorité des délégations.  Faisant référence à la proposition présentée en ce sens par la France, l’Allemagne et la Fédération de Russie vendredi dernier devant le Conseil de sécurité, le représentant de la Malaisie a appuyé l’idée de tenir une nouvelle réunion du Conseil de sécurité au niveau ministériel, le 14 mars prochain, pour évaluer les progrès accomplis dans l’application de la résolution 1441.  Evoquant les rapports de la CCVINU et de l’AIEA presentés le 14 février dernier par MM. Blix et El Baradei au Conseil de sécurité, des pays comme le Qatar ou l’Egypte, relayant une position largement partagée par le Groupe arabe, ont souligné l’évolution positive de la collaboration entre les Nations Unies et l’Iraq qui a autorisé récemment la surveillance aérienne par les appareils U2 américains et les Mirage français ainsi que les entretiens en privé avec des chercheurs iraquiens.  Ces délégations ont en outre exhorté le Conseil de sécurité à ne pas renforcer le sentiment des «deux poids, deux mesures» déjà perceptible au Moyen-Orient où Israël refuse de se joindre au Traité de non prolifération et de soumettre ses installations nucléaires aux inspections de l’AIEA. 


Invité par les uns à resserrer sa cohésion et son unité autour des objectifs de prévention d’une guerre en Iraq grâce à la poursuite des inspections, le Conseil a été invité par d’autres délégations comme la Lettonie à réagir immédiatement à la défiance de l’Iraq qui entend tirer parti de la discorde au sein de la communauté internationale.  Apportant leur plein soutien à une position claire des Etats-Unis qui, de leur avis, est seule à garantir le désarmement de l’Iraq, les resprésentants de l’ex-République yougoslave de Macédoine et de l’Ouzbekistan ont jugé que les preuves apportées devant le Conseil de sécurité le 5 février dernier par le Secrétaire d’État américain, Colin Powell, suffisent à elles seules à démontrer que l’Iraq n’entend pas désarmer.  La solution n’est pas pour le Conseil de sécurité d’augmenter le nombre d’inspecteurs en désarmement mais de contraindre l’Iraq à coopérer pleinement et de manière décisive en apportant les preuves de son désarmement, ont jugé les tenants de cette ligne dure.  L’autorité du Conseil de sécurité et la patience de la communauté internationale ne peuvent être mises à l’épreuve indéfiniment ont déclaré les représentants de la Serbie et Monténegro et de l’Albanie. 


Outre les délégations déjà citées, les représentants des pays suivants se sont exprimés au cours du débat: République de Corée, Indonésie, Arabie saoudite, Uruguay, Nigéria, Jamahiriya arabe libyenne, Equateur, Thaïlande, Liechtenstein, Singapour, Fidji, Nicaragua, Îles Marshall, Sri Lanka, Emirats arabes unis, Honduras, Maurice, Norvège, Paraguay, Islande, Georgie, Liban et Zimbabwe.  L’Observateur du Saint-Siège est également intervenu.  Le représentant de l’Iraq a repris la parole en fin de séance. 


LA SITUATION ENTRE L’IRAQ ET LE KOWEIT


Déclarations


M. NASSIR ABDULAZIZ AL-NASSER (Qatar) a salué l’opportunité de cette réunion du Conseil de sécurité qui devrait permettre aux Nations Unies de réaffirmer la volonté de la communauté internationale de trouver une formule acceptable pour éviter à l’Iraq de souffrir les ravages d’une nouvelle guerre.  Toute nouvelle guerre en Iraq impliquerait des conséquences graves pour les pays voisins et l’ensemble du Moyen-Orient, a-t-il dit, ajoutant que la volonté du Qatar est de contribuer à la recherche d’une solution pacifique.  L’Organisation de la Conférence islamique que préside actuellement le Qatar fera tout ce qui est en son pouvoir pour atténuer les souffrances humanitaires du peuple iraquien et éviter le recours à la force contre l’Iraq.  Le représentant a souhaité que davantage de temps soit donné aux inspecteurs en désarmement et aux efforts diplomatiques, en faisant valoir que les rapports présentés le 27 janvier et le 14 février par MM. Blix et El Baradei sont encourageants.  Invitant ensuite l’Iraq à collaborer activement avec les Nations Unies et les équipes de la CCVINU et de l’AIEA, le représentant a demandé à l’Iraq de procéder à la restitution des biens confisqués lors de la guerre contre le Koweït et de résoudre la question des prisonniers de guerre et des disparus.  Il a en outre invité le Conseil de sécurité à faire preuve d’équilibre dans son approche des questions internationales et a regretté que les installations nucléaires d’Israël ne soient pas soumises aux mêmes inspections. 


M. M. AHMED ABOUL GHEIT (Egypte) a rappelé que le 8 novembre, le Conseil de sécurité adoptait à l’unanimité la résolution 1441 qui fait la preuve de la légalité internationale.  Le 14 février, les rapports de MM. Blix et El Baradei ont indiqué que cette résolution était correctement appliquée et que les inspections apportaient déjà des résultats, affirmant leur détermination à poursuivre leur tâche.  Il doit être clair que le respect par l’Iraq de ses engagements et la coopération avec les inspecteurs devraient permettre d’achever les inspections et de nous sortir d’un tunnel qui dure depuis plus de dix ans, a estimé le représentant.  Le danger que représentent les armes de destruction massive ne se limite toutefois pas à l’Iraq.  Les membres du Conseil de sécurité ne doivent pas négliger d’autres cas similaires, a-t-il poursuivi, soulignant que l’élimination de toutes les armes de destruction massive de la région renforcerait la crédibilité du Conseil. 

Enumérant plusieurs éleéments fondamentaux pour l’Egypte, M. Aboul Gheit a souligné que l’objectif est un règlement pacifique de la crise et que les inspections doivent continuer sans échéancier rigide tant qu’il y a des résultats tangibles.  En outre, le Conseil de sécurité, grâce à ses résolutions, est la seule entité chargée par la communauté internationale de traiter de la situation.  Enfin, une pleine coopération, non interrompue, de la part de l’Iraq, est indispensable.  Les répercussions sur le Moyen Orient et sur le monde rendent impératif le respect du droit international par toutes les parties concernées et le Conseil doit se donner la chance de régler tous les problèmes de la région, la question palestinienne et le terrorisme international.  La paix exige beaucoup de maîtrise de soi et des efforts concertés et c’est pourquoi, il ne faut pas poursuivre la recherche de la guerre mais celle de la paix, a-t-il conclu. 


M. BRUNO STAGNO (Costa Rica) a rappelé que son pays a renoncé depuis plus d’un demi-siècle à l’usage de la force et a placé sa sécurité sous la responsabilité des Nations Unies.  Il s’est inquiété de la persistance des violations des résolutions du Conseil de sécurité depuis plus de dix ans par l’Iraq et a réaffirmé que le désarmement de l’Iraq serait bénéfique pour l’ensemble du peuple iraquien et de la région.  Il a souhaité toutefois que ce désarmement se fasse par la voie pacifique dans le cadre de la résolution 1441 et a invité l’Iraq à fournir des preuves concrètes et fiables de la destruction de ses armes de destruction massive.  Les inspections ont à ce jour donné des résultats positifs, a poursuivi M. Stagno, donnant l’exemple du désarmement entrepris par l’UNSCOM, entre 1991 et 1998, qui a permis de détruire davantage d’armes que la guerre du Golfe.  S’agissant du travail accompli depuis le 27 novembre 2002 par les équipes de la CCVINU et de l’AIEA, M. Stagno a exprimé sa satisfaction et a souhaité que le régime d’inspection et de vérification soit renforcé.  Certes le régime iraquien ne mérite pas une nouvelle chance, a-t-il dit, mais les 26 millions d’Iraquiens ne méritent pas d’être en plus victimes de la guerre. 


M. PIERRE HELG (Suisse) a estimé que le Gouvernement iraquien n’est pas parvenu à dissiper le soupçon qu’il détient encore des armes de destruction massive et, par son refus de coopérer avec les Nations Unies, il a infligé à sa population de lourds sacrifices.  Nous nous étions attendus, a-t-il ajouté, à ce que le Gouvernement iraquien réponde par un signe clair de bonne volonté.  A cet égard, il a regretté que l’attitude ambivalente de l’Irak n’ait pas permis de rétablir la confiance.  Néanmoins, il a expliqué que même s’il ne sous-estimait pas le danger que de telles armes tombent, un jour, entre les mains de réseaux terroristes internationaux, il a émis la crainte qu’une opération militaire hâtive génère une violente onde de choc dans une région qui n’a pas encore trouvé un équilibre durable dans la paix et la confiance mutuelle et que les conséquences qu’elle peut avoir pour les populations civiles. 


M. Helg a également indiqué que la Suisse vient de tenir à Genève une rencontre humanitaire rassemblant plus de trente pays dont les voisins de l’Iraq, en présence d’une vingtaine d’organisations humanitaires parmi lesquelles les principaux acteurs humanitaires du système des Nations Unies, en vue notamment d’examiner les mesures à envisager au niveau humanitaire pour faire face aux conséquences d’un conflit.  Il a précisé que le recours à la force ne saurait intervenir qu’après épuisement de tous les moyens pacifiques pour trouver une solution à la crise.  Il a estimé qu’il demeure une chance de réaliser sans violence les objectifs de la résolution 1441 et de contenir le danger que représentent les armes interdites en Iraq et a exhorté le Conseil de sécurité à demeurer déterminé et persévérant.  L’Iraq, a-t-il conclu, détient la clé de la solution de cette crise, et la Suisse en appelle au Gouvernement iraquien pour qu’il agisse dans le véritable intérêt du pays. 


M. SUN JOUN-YUNG (République de Corée) a estimé qu’à la lumière des rapports présentés par MM. Blix et El Baradei vendredi dernier, il apparaît clairement que l’Iraq n’est pas en conformité avec les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, y compris la résolution 1441.  Etant donné l’échec de l’Iraq à se conformer aux 17 résolutions du Conseil de sécurité au cours des 12 dernières années, il est impératif pour ce pays de respecter les deux éléments clés de la résolution 1441, à savoir la fourniture d’une déclaration à jour, exacte et complète ainsi qu’une pleine  coopération, active et sans condition, avec la Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations Unies et l’Agence internationale de l’énergie atomique.  L’Iraq devra assumer ses responsabilités en cas d’échec.  Nous exhortons par conséquent ce pays à coopérer pleinement avec la CCVINU et l’AIEA afin d’éviter au peuple iraquien les souffrances qui pourraient résulter de la non-application des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Enfin, la République de Corée réitère son attachement à la non-prolifération des armes de destruction massive. 


M.DARMANSYAH DJUMALA (Indonésie) a estimé qu'en l'état actuel, la situation n'était pas désespérée et que les objectifs de la résolution 1441 pouvaient encore être atteints.  Les rapports de M. Blix indiquent que l'Iraq s'est montré jusqu'à présent coopératif.  Rien dans les rapports de la CCVINU ou dans ceux de l'AIEA ne permet de conclure que l'Iraq viole ou ne viole pas la résolution 1441, alors que les inspections se poursuivent avec la coopération de ce pays, a-t-il souligné.  La résolution 1441 fournit le scénario d'un désarmement de l'Iraq et prévient clairement des conséquences auxquelles il s'expose en cas de violation ou de manquements.  Aussi, pour le représentant, les inspections autorisées par le Conseil de sécurité ont-elles un rôle clef à jouer; elles seules devront être prises en compte pour décider de la suite.  Renforcer le régime des inspections doit être une priorité, a-t-il souligné, notamment en accélérant leur rythme, ce qui nécessitera de leur allouer davantage de temps, de personnels et d'équipements.  Pour le représentant, la diplomatie n'a pas été épuisée et la guerre n'est pas imminente.  Il a conclu en appelant à l'unité du Conseil de sécurité: le moment est venu de serrer les rangs, et non pas de se diviser, a-t-il indiqué.


M. ZAINUDDIN YAHYA (Malaisie) a souligné que les réunions du Conseil de sécurité des 27 janvier et 14 février derniers avaient reconnu que les inspections avaient déjà porté leurs fruits et préconisé la poursuite des inspections.  Sa délégation soutient la poursuite des inspections, ainsi que la proposition de la France de leur accorder davantage de moyens techniques et de personnels.  Le représentant a également apporté son appui à l’offre de convoquer une nouvelle réunion au niveau ministériel le 14 mars pour évaluer la situation et les progrès enregistrés dans la mise en œuvre de la résolution 1441.  Dans le même temps, a-t-il poursuivi, les efforts de désarmement doivent s’accompagner d’un plan de levée des sanctions afin de mettre fin à la grave crise humanitaire qui frappe l’Iraq. 


De son côté, l’Iraq doit continuer de coopérer avec les inspecteurs et s’abstenir de fournir des prétextes aux partisans de la guerre.  Il doit aussi se conformer à toutes les exigences des résolutions pertinentes des Nations Unies, notamment sur le retour des prisonniers et la restitution des archives du Koweït.  Le représentant s’est dit convaincu que la crise iraquienne pouvait être réglée par des moyens pacifiques et que le recours à la force allait plus sûrement miner la paix et la sécurité internationales que les maintenir, déclenchant un cycle de violence et aggravant les risques de terrorisme international.  Il a mis en garde contre les conséquences catastrophiques d’une guerre sur la population iraquienne.  Enfin, il a relevé qu’il n’existait aucun précédent en droit international concernant le recours à la force à des fins préventives, sans réelle menace d’attaque imminente.


M. FAWZI BIN ABDUL MAJEED SHOBOKSHI (Arabie saoudite) a déclaré que les menaces, les mises en garde et les bruits de botte sont devenus assourdissants et que le spectre d’une déflagration se profile à l’horizon.  Et, ce, malgré les mesures prises par des Etats et des citoyens qui militent pour un règlement pacifique de la crise iraquienne, a-t-il ajouté.  Le représentant a ensuite mis en garde contre les conséquences incalculables qu’une guerre aurait sur le peuple iraquien et la région tout entière et a insisté sur la nécessité de donner du temps aux équipes d’inspections de la CCVINU et de l’AIEA.  Il a invité l’Iraq à coopérer pleinement avec ces équipes d’inspections et a exhorté la communauté internationale à convaincre l’Iraq de coopérer pleinement.  Le représentant a demandé aux Iraquiens de restituer les biens confisqués au Koweït et de libérer tous les prisonniers de guerre et de régler la question des disparus.  Le Conseil de sécurité est confronté à une épreuve, a poursuivi le représentant, car il ne peut privilégier l’option de la guerre tant que toutes les voies pacifiques n’ont pas été écoulées. 


L’Arabie saoudite entend épargner une guerre à toute la région et pour cela, nous insistons sur la nécessité d’appliquer scrupuleusement les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment la résolution 1441, et de respecter l’intégrité territoriale de l’Iraq.  Il a mis en garde contre l’étendue des actions militaires qui seraient envisagées une fois que les options pacifiques seront épuisées.  N’oublions pas que ce sont les populations civiles qui souffriront de cette guerre, a-t-il dit.  Le représentant a rappelé qu’Israël est le dernier et seul pays de la région qui refuse d’adhérer au TNP et de soumettre ses installations au contrôle de l’AIEA, et a dénoncé l’usage de la force par Israël contre les populations palestinienne et arabe.  Il a prôné la recherche d’une solution juste et équitable au conflit israélo-palestinien pour mettre un terme à l’instabilité d’une région marquée par la politique des «deux poids, deux mesures» et qui est le berceau de toutes les injustices infligées sous les yeux de la communauté internationale.


M. FELIPE PAOLILLO (Uruguay) a appelé à emprunter toutes les voies possibles pour parvenir au désarmement de l’Iraq: les inspections, a-t-il estimé, ont déjà produit des résultats positifs et il faut poursuivre dans cette voie en accordant davantage de temps aux inspecteurs pour qu’ils mènent une tâche que l’on savait, depuis le début, complexe et qui réclame d’autres actions.  Il faut épuiser tous les recours disponibles avant d’exposer le monde à davantage de terreur, a-t-il poursuivi.  Les inspections doivent être renforcées de manière concluante afin de sortir l’Iraq de cette situation de non-respect des résolutions dans laquelle il s’est enfoncé.  Cependant, la prolongation des inspections ne doit pas être comprise comme un renoncement à recourir définitivement à l’usage de la force ni comme un fléchissement de la position du Conseil de sécurité.  L’Iraq doit clairement et sans équivoque recevoir ce message, a insisté le représentant.  Enfin, a-t-il conclu, si le recours à la force doit être l’ultime recours, il doit aussi se faire en conformité avec le droit international et avec les principes de la Charte.


      M. NDEKHEDEHAE EF FIONG NDEKHED EHE (Nigéria) a estimé que les inspecteurs de l’ONU doivent disposer de davantage de temps pour maximiser leurs efforts.  La patience doit être de vigueur et nous devons nous souvenir que l’Organisation des Nations Unies a été créée, entre autres choses, pour maintenir la paix et la sécurité internationales.  Il est donc impératif de faire tout ce qui est en notre pouvoir pour éviter l’usage de la force.  Cependant, là où l’usage de la force est inévitable afin d’assurer la crédibilité du Conseil de sécurité, il devrait être mis en œuvre en vertu de l’article 42 de la Charte des Nations Unies.  Afin d’éviter cette issue, le Nigéria appelle l’Iraq à se conformer à ses obligations et à coopérer avec les inspecteurs de l’ONU.  De même, nous exhortons toutes les personnes concernées à déployer des efforts continus pour éviter l’usage de la force tout en s’assurant de l’application efficace de la résolution 1441. 

M. AHMED A. OWN (Jamahiriya arabe libyenne) a exposé les graves conséquences qu’aurait une guerre contre l’Iraq sans justification ni raison dans la mesure où ce pays coopère avec les équipes de MM. Blix et El Baradei et applique la résolution 1441.  Il a mis en garde contre les incidences d’un conflit armé sur la souveraineté de l’Iraq et la stabilité de la région et a ensuite considéré que les rapports présentés par la CCVINU et l’AIEA le 27 janvier et le 14 février ont clairement démontré que la voie pacifique pouvait être poursuivie.  Renoncer à donner toutes leurs chances aux inspections relèverait de l’imprudence, a poursuivi le représentant, dénonçant par ailleurs une attitude partiale vis-à-vis de l’Iraq.  Le Conseil de sécurité ne traite pas de la même manière Israël alors que ce pays ne soumet toujours pas ses installations aux inspections de l’AIEA et utilise des armes sophistiquées pour anéantir la résistance du peuple palestinien et son aspiration à disposer d’un État.  L’injustice, l’approche de deux poids deux mesures, auront des conséquences graves pour le Moyen-Orient et pour le reste du monde, un monde rétréci grâce au virtuel, a indiqué le représentant libyen.  Il a invité le Conseil de sécurité à ne pas privilégier la force, à donner le temps nécessaire aux inspections et à être à la hauteur des enjeux qui lui sont posés.  Il a plaidé de nouveau pour que le Moyen-Orient devienne une zone exempte d’armes nucléaires et a renouvelé son appel pour que soient explorées toutes les voies pacifiques dans le règlement de la crise iraquienne. 


M. FERNANDO YEPEZ (Equateur) a défendu le principe d’une solution pacifique à la crise iraquienne, en rappelant que toutes les résolutions du Conseil de sécurité devaient être appliquées par toutes les parties concernées.  Aussi, a-t-il appelé l’Iraq à coopérer pleinement pour la mise en œuvre complète de la résolution 1441.  Dans ce contexte, les inspecteurs des Nations Unies doivent poursuivre leurs travaux jusqu’à ce qu’ils parviennent à un désarmement pacifique, transparent et vérifiable de l’Iraq et en faire ensuite rapport au Conseil.  La situation de l’Iraq doit être traitée en conformité avec les normes du droit international, notamment celles énoncées par le Chapitre VII de la Charte des Nations Unies.  Ce n’est qu’alors que le Conseil de sécurité pourra décider, si les circonstances l’exigent, de recourir ou non à la force par le biais d’une résolution explicite, définissant éventuellement les conditions dans lesquelles la force pourra être utilisée.  L’Equateur, a conclu son représentant, plaide en faveur d’un renforcement de la concertation multilatérale pour construire un monde plus sûr, plus juste et plus solidaire. 


M. CHUCHAI KASEMSARN (Thaïlande) a salué l’évolution positive des inspections illustrée dans les rapports de MM. Blix et El Baradei.  Toutefois, il a demandé une coopération proactive et sans condition de l’Iraq afin de consolider le régime d’inspection et de vérification et de résoudre de manière pacifique la menace qui pèse sur la paix et la sécurité internationales.  Il a demandé à l’Iraq de démontrer au monde qu’il se conforme scrupuleusement aux dispositions de la résolution 1441, afin d’éviter une guerre.  M. Kasemsarn a mis en garde contre les terribles conséquences humanitaires qu’aurait un conflit en Iraq et a invité la communauté internationale à tout mettre en œuvre pour atténuer les souffrances du peuple iraquien.  Il a enfin jugé que la décision que prendra le Conseil de sécurité aura un impact décisif sur le rôle des Nations Unies et a rappelé que les membres de l’Organisation privilégient globalement la voie pacifique pour neutraliser les menaces à la paix et à la sécurité. 


M. CHRISTIAN WENAWESER (Liechtenstein) a relevé, dans ce débat sur l’opportunité du recours à la force, le consensus qui prévaut sur le fait que c’est le rôle du Conseil dans le maintien de la paix et de la sécurité internationales qui est en jeu.  Le représentant a donc défendu le point de vue selon lequel l’ONU a été créée pour trouver des solutions pacifiques à des situations qui, en son absence, auraient conduit à un conflit armé.  C’est l’essence même des Nations Unies et la base de crédibilité et de sa pertinence, a souligné le représentant.  Les Nations Unies ont ceci d’unique, a-t-il dit, en ce sens qu’elles donnent une légitimité en vertu du droit international.  C’est le principe qui doit prévaloir et la raison pour laquelle toute décision doit être soigneusement réfléchie.  Le représentant a poursuivi en rappelant que la Charte des Nations Unies impose au Conseil l’obligation d’épuiser tous les moyens pacifiques avant d’autoriser l’usage de la force.


Le Conseil doit respecter cette obligation aujourd’hui, a estimé le représentant avant de souligner que toutes les résolutions du Conseil sont juridiquement contraignantes et que leur non application compromet toujours le rôle de l’ONU, en particulier quand les manquements sont dus à une absence de volonté et de pression politiques.  Le représentant a aussi souligné la nécessité pour le Conseil de prendre ses décisions à l’unanimité en estimant que le débat du 14 février a montré qu’une telle unanimité n’existe  pas à l’heure actuelle.  Il a néanmoins imputé les désaccords existants à un processus démocratique normal en les qualifiant d’étape ordinaire d’un processus de prise de décisions qui est toujours difficile.  Le représentant a donc appuyé le point de vue selon  lequel l’usage de la force doit être autorisé par le Conseil dans une résolution distincte et que les rapports de la CCVINU et de l’AIEA ne donnent pas l’impression qu’une telle résolution est nécessaire aujourd’hui. 


Si le pouvoir de décision revient au Conseil, ces décisions doivent être fondées sur les conclusions du régime des inspections qu’il a créé unanimement, a voulu le représentant.   A ce propos, il a jugé important que le débat ne se limite pas à la question de savoir si la coopération de l’Iraq se hissera au niveau nécessaire de la pleine application de la résolution 1441.  Une question d’une telle importance ne doit pas se limiter à une polémique sur les certitudes.  Il faut plutôt se demander si le monde peut se permettre de ne pas insister sur une coopération pleine et active par une pression politique et la menace de conséquences graves.  Le Conseil, a poursuivi le représentant, ne doit pas se limiter à la seule question des violations substantielles de la résolution 1441.  Il a aussi l’obligation d’examiner l’impact humanitaire ainsi que le rôle d’ONU dans un scénario post-conflit. 


M. SRGJAN KERIM (ex-République yougoslave de Macédoine) a déclaré que son pays a soutenu les efforts internationaux visant un désarmement pacifique de l’Iraq.  Il est néanmoins devenu clair que l’Iraq est en violation flagrante des termes des résolutions du Conseil de sécurité et notamment de ceux de la résolution 1441, adoptée à l’unanimité le 8 novembre 2002.  L’Iraq doit immédiatement et activement coopérer avec la CCVINU et l’AIEA et doit se plier aux exigences des résolutions pertinentes.  Bien que notre pays soutienne pleinement un règlement pacifique de la crise actuelle, nous pensons cependant que la menace de l’usage de la force doit être maintenue.  Le processus d’inspections a produit jusqu’à ce jour de bons résultats, et nous pensons qu’il doit se poursuivre, tout en étant renforcé et étendu en vue de permettre la mise en œuvre de la résolution 1441.  Mais l’Iraq doit, pour sa part, changer d’attitude vis-à-vis de son désarmement, la preuve ayant été faite qu’il n’a pas respecté ses obligations au cours des 12 dernières années.  Notre délégation appelle le Conseil de sécurité à prendre les mesures nécessaires, une fois de plus, pour faire face aux menaces que l’Iraq continue de faire peser sur la paix et la sécurité internationales.  Si le Gouvernement de l’Iraq refuse d’être désarmé, notre pays soutiendra toutes les actions de la communauté internationale contre le danger qu’il représente.


M. TAN YORK CHOR (Singapour) a estimé qu’à la lecture des informations reçues de la CCVINU et de l’AIEA, certains progrès ont été enregistrés, en particulier dans le cadre de la coopération de l’Iraq au processus et aux procédures d’inspections.  A ce stade, a-t-il souligné, ces «quelques progrès» ne sauraient suffire.  Pour l’Iraq, il devient plus urgent et plus impératif de démontrer, sans plus délai, son plein respect de la résolution 1441 et sa coopération pleine et active avec les inspecteurs en désarmement de l’ONU.  Si le Gouvernement de l’Iraq refuse de respecter ses obligations, il entraînera le monde vers une issue que nous préférons tous éviter, a dit le représentant.  Il a donc lancé un appel urgent à l’Iraq pour qu’il fasse tout ce qui est son pouvoir pour mettre en œuvre la résolution 1441.  Toutefois, a poursuivi le représentant, nous ne devons pas perdre de vue la dimension humaine de la question iraquienne.  Le peuple iraquien a déjà beaucoup souffert du non respect par son Gouvernement des résolutions du Conseil qui lui a valu des sanctions.  Singapour lance un appel urgent au Gouvernement iraquien pour qu’il prenne la bonne décision, a conclu le représentant.


M. AMENA YAUVOLI (Fidji) s’est dit confiant que la communauté internationale allait garder la maîtrise de la situation en Iraq et continuer de la surveiller étroitement pour éviter la guerre.  Il nous faut, dans ces conditions, être guidés très fermement par la diplomatie préventive plutôt que par une approche belliqueuse.  Le représentant a salué la coopération dont l’Iraq fait preuve en ce qui concerne la procédure du processus de désarmement et s’est félicité de ce que les inspecteurs de la CCVINU n’aient pas à ce jour découvert d’armes de destruction massive.  Cependant, la Commission doit maintenant pouvoir compter sur une coopération inconditionnelle, immédiate et active de l’Iraq dans l’application de la résolution 1441.  Seule une telle coopération empêchera la guerre, mais la bonne volonté de l’Iraq est indispensable, a prévenu le représentant.  L’histoire nous a montré que le désarmement par la force est contre-productif, a-t-il poursuivi.  Nous avons désormais une alternative pacifique si nous consolidons la volonté politique.  Tant que les efforts des inspecteurs ne seront pas terminés, tout engagement dans la guerre serait prématuré. 


M. EDUARDO JOSE SEVILLA SOMOZA (Nicaragua) a salué la vitalité du Conseil de sécurité qui travaille ardemment pour assurer la paix mondiale en énonçant des solutions claires concernant la crise iraquienne.  Il s’est inquiété du fait que l’Iraq ait continuellement refusé d’appliquer les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité et a souhaité que le système multilatéral soit respecté.  A cet égard, il a jugé important de faire respecter la résolution 1441 pour parvenir au désarmement total de l’Iraq.  Nous n’avons toutefois pas vu de décision catégorique de l’Iraq de coopérer avec les équipes de la CCVINU et de l’AIEA avant d’exhorter Bagdad de saisir l’occasion de se conformer aux résolutions du Conseil de sécurité.  Il s’est inquiété des conséquences de l’immobilisme de la communauté internationale face à la défiance de l’Iraq et a estimé qu’il en va de la crédibilité du Conseil de sécurité de contraindre l’Iraq à démontrer sa bonne foi en apportant les preuves de la destruction de ses armes.  La communauté internationale doit démontrer que la paix et la sécurité sont des principes auxquels nous sommes fermement attachés, a-t-il souligné avant d’inviter les Nations Unies à ne pas être coupables d’inaction. 


M. AGIM NESHO (Albanie) a estimé qu’au vu des rapports des inspecteurs des Nations Unies, l’Iraq continuait d’agir en violation flagrante des obligations qui lui incombent au titre de la résolution 1441 du Conseil de sécurité.  Ce pays, a-t-il exposé, n’a pas immédiatement, activement et sans condition coopéré avec les inspecteurs.  La question ici n’est pas de savoir si l’Iraq a des armes de destruction massive, mais s’il coopère pour s’en débarrasser, a-t-il rappelé.  Les travaux des inspecteurs ne peuvent se poursuivre indéfiniment sans attenter à la crédibilité du Conseil de sécurité: la communauté internationale doit donc être déterminée à agir sans perdre de temps afin de préserver l’ordre international.  Les vaines promesses et la rhétorique sur la paix n’empêchent pas le crime ni ne garantissent la paix, a estimé le représentant.  Les pays du Groupe de Vilnius auquel l’Albanie appartient ont exprimé le 5 février leur préoccupation quant à la menace que représentent le terrorisme et les régimes dictatoriaux qui détiennent des armes de destruction massive.  Nous appelons le Conseil de sécurité à prendre les mesures nécessaires pour répondre à la menace que constitue l’Iraq pour la paix et la sécurité internationales.  Nous appuyons l’engagement des Etats-Unis et d’autres nations à éviter la menace des armes de destruction massive et du terrorisme international.


M. ALISHER VOHIDOV (Ouzbékistan) a estimé que la mise en œuvre de la résolution 1441 du Conseil de sécurité est une étape incontournable pour la communauté internationale.  Saluant la présentation du Secrétaire d’Etat américain, Colin Powell, devant le Conseil de sécurité le 5 février dernier, le représentant a jugé que seule une position claire des Etats-Unis pourrait contribuer à désarmer l’Iraq.  La solution ne réside pas dans l’augmentation du nombre d’inspecteurs mais suppose en revanche que l’Iraq coopère pleinement et de manière décisive, faute de quoi la seule issue sera l’action militaire pour préserver la paix et la sécurité dans la région. 


M. ALFRED CAPELLE (îles Marshall) s’est associé à la détermination des États-Unis de voir l’Iraq fournir une coopération totale et faire face à ses obligations dans le cadre de la résolution 1441.  Il a déclaré qu’il était d’autant plus conscient des conséquences d’un conflit que des fils et des filles des îles Marshall servent actuellement dans les forces armées américaines.  Nous nous joignons à ceux qui sont persuadés que le meilleur espoir de paix et de sécurité réside dans la pleine coopération de l’Iraq avec les équipes d’inspecteurs de la CCVINU et de l’AIEA  et son respect total de la résolution 1441.


M. RUBERT JAYASINGHE (Sri Lanka) a fait remarquer que les premiers puis les deuxièmes rapports des inspecteurs de la CCVINU et de l’AIEA avaient montré un niveau accru de coopération de l’Iraq, notant que des questions étaient toutefois restées sans réponse et que l’Iraq ne s’était toujours pas plié aux termes de la résolution 1441.  Rappelant que le troisième rapport sera présenté le 14 mars prochainau Conseil de sécurité, le représentant a souhaité que l’Iraq appliquera alors pleinement la résolution 1441, afin d’éviter une terrible catastrophe humanitaire et une escalade de la violence au Proche-Orient.  Il a appelé à intensifier et conclure les efforts diplomatiques au plus vite, à l’ONU et ailleurs, pour assurer une solution pacifique à la question. 


M. ABDULAZIZ NASSER R. AL-SHAMSI (Emirats arabes unis) a déclaré que son pays suit de près la mise en œuvre de la résolution 1441 et à cet égard, il a qualifié de tournant positif la volonté de l’Iraq de se débarrasser intégralement de ses armes de destruction massive.  La série d’informations soumises au Conseil de sécurité par MM. Blix et El Baradei prouvent que les inspections se déroulent dans la bonne voie et renforcent la légitimité de la voie pacifique.  Le représentant a jugé positive l’évolution des inspections au cours de ces derniers jours, notamment la reprise de la surveillance aérienne, les entretiens privés avec les chercheurs iraquiens et l’adoption d’une loi aux termes de laquelle l’Iraq renonce totalement aux armes de destruction massive.  Sa délégation met toutefois en garde contre les conséquences graves que pourrait avoir la guerre pour l’Iraq et l’ensemble de la région et a invité le Conseil de sécurité à accorder le temps nécessaire aux inspecteurs de la CCVINU et de l’AIEA pour s’acquitter pleinement de leur mandat en vertu de la résolution 1441.  Les mesures prises doivent à terme contribuer à la levée des sanctions inhumaines imposées au peuple iraquien, a poursuivi le représentant, avant de lancer un appel à la communauté internationale pour qu’elle préserve cette région qui ne s’est pas encore remise des guerres subies depuis trente ans.  Il a exhorté l’Iraq à tout mettre en œuvre pour éviter la guerre en communiquant les informations nécessaires aux inspecteurs et en procédant à la restitution des biens et des prisonniers de guerre koweïtiens.  Enfin, il a invité le Conseil de sécurité à faire preuve d’équilibre et à ne pas accentuer la logique de la politique des «deux poids, deux mesures» dans une région où Israël défie la communauté internationale depuis des décennies et refuse de soumettre ses installations nucléaires aux inspections de l’AIEA. 


M. MANUEL ACOSTA BONILLA (Honduras) a appelé les Nations Unies à s’assurer par tous les moyens possibles de l’élimination des armes de destruction massive qui seraient en possession du Gouvernement iraquien et à veiller à ce qu’il ne puisse plus disposer de telles armes à l’avenir: pour ce faire, le représentant a jugé que les inspecteurs des Nations Unies devaient recevoir toute l’aide matérielle et technologique requise et bénéficier de toutes les informations disponibles en Iraq et ailleurs.  Les inspecteurs doivent s’assurer que la menace iraquienne n’existe plus et ne pourra plus exister, ou au contraire constater que l’attitude négative du Gouvernement iraquien les empêche de le vérifier.  Dans ce cas, le Conseil de sécurité sera obligé de prendre les mesures adéquates pour le salut de l’humanité.  Le Gouvernement iraquien doit absolument respecter ses obligations vis-à-vis du reste du monde.  Une solution pacifique au conflit avec l’Iraq confirmerait les avancées de l’humanité. 


M. JAGDISH KOONJUL (Maurice) s’est félicité de la meilleure coopération des autorités iraquiennes en ce qui concerne les procédures des inspections tout en estimant que la coopération sur le fond demeure insuffisante.  Il a tout particulièrement salué la décision de l’Iraq d’autoriser les vols de surveillance par les avions U2 et la conduite d’interviews privées, en notant que ces progrès n’ont pu être obtenu que grâce à de très fortes pressions.  Il a exhorté le Gouvernement iraquien à fournir toutes les informations nécessaires sur ce qu’il est advenu des armes chimiques et biologiques dont il était en possession.  Car, a-t-il ajouté, il faut que l’Iraq comprenne qu’il lui est offert une dernière chance de coopérer pour désarmer et qu’il doit apporter des explications sur les zones d’ombre qui subsistaient dans sa déclaration de 12 000 pages.  Enfin, il a appelé le Gouvernement iraquien à s’abstenir de tout acte qui conduirait à aggraver les souffrances de son peuple et a formé le vœu que le Conseil de sécurité assume ses responsabilités en matière de maintien de la paix et de la sécurité internationales si aucun progrès tangible n’est noté lors de la présentation du prochain rapport d’inspection.


M. ole peter kolby (Norvège) a estimé que l’usage de la force n’est pas inévitable pour régler la question iraquienne.  Nous devons faire tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver une solution pacifique.  Cependant, cela requiert une coopération immédiate, active et sans condition de l’Iraq, tel que l’indique la résolution 1441 du Conseil de sécurité.  La Commission de contrôle, de vérification et d'inspection des Nations Unies et l’Agence internationale de l’énergie atomique ont besoin de réponses à leurs questions légitimes.  Nous ne devrions pas avoir à mendier ces réponses.  La Norvège est d’avis que les inspections doivent se poursuivre mais davantage d’inspecteurs et un meilleur équipement ne peuvent pas à eux seuls régler les questions en suspens.  Les autorités de Bagdad doivent comprendre qu’il leur revient de montrer comment certaines incertitudes actuelles peuvent être levées et comment une issue pacifique peut être trouvée.  La Norvège estime en outre que toute démarche supplémentaire concernant l’Iraq doit être avalisée par le Conseil de sécurité et que la communauté internationale doit demeurer unie sur l’attitude à adopter.  Enfin, l’Iraq doit comprendre tous les tenants et les aboutissants de la résolution 1441 tout en mettant un terme à douze années de mépris pour l’autorité de notre organisation mondiale. 


M. ELADIO LOIZAGA (Paraguay) a jugé opportun que les membres des Nations Unies s’expriment devant le Conseil de sécurité sur la question de l’Iraq et a encouragé la poursuite des inspections qui est la voie la plus efficace pour parvenir au désarmement de l’Iraq.  Faisant référence aux rapports soumis par MM. Blix et El Baradei, il a regretté l’ambivalence des autorités de Bagdad qui doivent coopérer pleinement afin d’éviter que les inspections ne se poursuivent indéfiniment.  Le Gouvernement de l’Iraq doit désarmer et c’est là l’essence même de la résolution 1441, a poursuivi M. Loizaga.  L’Iraq doit intensifier sa coopération avec la CCVINU et l’AIEA afin de parvenir à une application complète des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.  Rappelant que le Conseil de sécurité est l’unique instance qui a autorité pour autoriser le recours à la force, le représentant a insisté sur la nécessité pour le Conseil de préserver son unité, seule à garantir le  désarmement de l’Iraq.  Il nous faut épuiser tous les moyens nécessaires pour parvenir à un règlement pacifique de la crise iraquienne, a-t-il dit, souhaitant que l’Iraq saisisse cette chance qui lui est offerte. 


M. THORSTEINN INGOLFSSON (Islande) a déclaré que son pays soutient les inspections de la CCVINU et de l’AIEA et félicite MM. Blix et El Baradei pour leur leadership.  L’Islande ne croit cependant pas qu’un régime d’inspection renforcé apportera de manière certaine les réponses que le régime iraquien a refusé à ce jour d’apporter.  L’Iraq n’a malheureusement pas fait preuve de l’esprit de coopération qui lui aurait permis de répondre immédiatement aux interrogations des inspecteurs.  M. Blix a lui-même dit que la période de désarmement par des inspections devrait être courte, si l’Iraq acceptait de collaborer, comme le lui demande le Conseil de sécurité.  Pour ce faire, plus de temps devrait être accordé aux inspecteurs.  L’Islande est d’avis qu’il faut aussi maintenir la pression sur l’Iraq.  Mais nous sommes inquiets du manque d’unité de la communauté internationale sur la manière de procéder.  Notre délégation pense que les décisions prises à l’unanimité par le Conseil doivent être respectées et que les Etats Membres doivent être prêts à les appliquer.  La menace de «conséquences graves» dont parle la résolution 1441, ne doit pas être compromise.  La crédibilité du Conseil de sécurité en dépend.


M. PAUL HEINBECKER (Canada) a estimé que l’histoire jugera le rôle du Conseil de sécurité et des Nations Unies sur la manière dont sera gérée la crise iraquienne.  Rappelant que, dans le monde entier, des voix s’élèvent pour réclamer une solution pacifique, il a aussi souligné que l’Iraq de Saddam Hussein représente une menace à la paix et à la sécurité internationales dans la région.  Nous assistons peut-être aujourd’hui à un début de coopération dont nous aurions dû bénéficier depuis des années, a-t-il néanmoins souligné.  Saddam Hussein n’a pas encore accepté pleinement ses obligations de désarmer.  Donner davantage de temps aux inspecteurs et renforcer le processus d’inspection peut être utile, à condition que l’Iraq décide de coopérer de manière active et immédiatement.  La période d’inspections pourrait, dans ce cas, être de courte durée.  Le Conseil de sécurité devrait dire à l’Iraq ce qu’il attend de lui et fixer une date limite pour qu’il respecte ses obligations.  Ceci devrait servir de base au Conseil et à la communauté internationale pour juger si l’Iraq coopère sur le fond et pas seulement sur la procédure.  La présente crise ne concerne pas seulement les armes de destruction massive mais aussi les Iraquiens qui ont déjà souffert avec deux guerres et une décennie de sanctions sous le régime de Saddam Hussein, a rappelé le représentant.  Le Canada souhaite un règlement pacifique de la crise et pense qu’elle est encore possible.  La division du Conseil aurait des conséquences graves pour sa crédibilité.


M. REVAZ ADAMIA (Georgie) a fait valoir que face au terrorisme et à la menace que font peser certains Etats sur la sécurité internationale, le Conseil de sécurité doit prendre ses responsabilités.  Lorsque la communauté internationale n’est pas en mesure d’agir de concert, il est impossible de contraindre les parties, a-t-il mis en garde, avant de souligner que le régime iraquien n’a pas satisfait au régime d’inspection prévu dans la résolution 1441.  Il a invité le Conseil de sécurité à prendre des mesures immédiates pour contraindre l’Iraq à procéder à son désarmement. 


M. HOUSSAN ASAAD DIAB (Liban) a estimé que le débat devant le Conseil de sécurité avait montré l’utilité du travail des inspecteurs et qu’il convient de donner à ces derniers le temps suffisant pour accomplir leur mandat.  L’achèvement de ce processus est la seule option viable pour les Nations Unies: cette option s’oppose à la guerre et l’immense majorité des Membres de l’Organisation veut une solution pacifique de la crise.  L’Iraq, a-t-il fait valoir, a accepté le retour des inspecteurs; le dernier rapport de MM. Blix et El Baradei a en outre montré des progrès évidents sur de nombreux fronts grâce à la coopération de l’Iraq.  Néanmoins, nous exhortons l’Iraq à faire preuve d’une coopération proactive et à instaurer une base de confiance mutuelle pour permettre aux inspecteurs de poursuivre leur travail, a indiqué le représentant.  Il a par ailleurs noté l’application de critères différents en ce qui concerne les armes de destruction massive détenues par Israël, qui continue de refuser toute inspection.  Ces armes menacent la paix dans le monde arabe et constituent une menace à la sécurité internationale, a-t-il souligné.  Eviter la guerre avec l’Iraq ne suffit pas; on ne peut s’en tenir au statu quo entre l’Iraq et le Koweït, a-t-il relevé.  Mais une guerre contre l’Iraq serait une violation de l’ordre mondial mis en place après la Seconde Guerre mondiale et les conséquences politiques, économiques et sociales, seraient graves pour tous les Etats arabes.  Le Conseil de sécurité devra être guidé, dans ses décisions, par la volonté de la majorité des Etats Membres, a-t-il conclu.


Mme ROKSANDA NINCIC (Serbie et Monténégro) a déclaré que l’Iraq devait se conformer pleinement et sans équivoque aux termes de la résolution 1441.  Il revient au Gouvernement iraquien de saisir l’occasion qui lui est donnée de mettre fin à cette crise en coopérant pleinement avec les inspecteurs en désarmement, faute de quoi il devra en supporter les conséquences.  Pour la représentante, il revient au Conseil de sécurité de considérer les rapports de la CCVINU et de l’AIEA et d’évaluer le degré de coopération de l’Iraq sur une base régulière.  Tous les efforts doivent être faits pour préserver la paix et la sécurité internationales, renforcer le processus de non prolifération des armes de destruction massive et s’assurer de la coopération de l’Iraq avec les Nations Unies.  L’Iraq doit désarmer sans délai, totalement et en fournir la preuve, a insisté la représentante.  L’autorité du Conseil ne doit pas être mise en cause, pas plus que la patience de la communauté internationale ne devrait être poussée à bout, a-t-elle ajouté en réaffirmant l’appui de son pays à toutes les décisions du Conseil. 


M. GINTS JEGERMANIS (Lettonie) a exprimé sa reconnaissance face au travail accompli par les équipes de la CCVINU et de l’AIEA sur le terrain en Iraq.  Le Conseil de sécurité a, à maintes reprises, exigé le désarmement de l’Iraq au cours des douze dernières années, a-t-il rappelé, et malgré 17 résolutions, dont la dernière est la 1441, l’Iraq continue de violer ces dispositions.  Les inspecteurs sont là pour prendre acte du désarmement et la responsabilité du Gouvernement iraquien est totale pour prouver qu’il a démantelé ses programmes.  Tout en considérant que la force doit constituer l’ultime recours, le représentant a invité l’Iraq à changer immédiatement de comportement et a souligné que ces dernières semaines, confronté à la menace d’une guerre, l’Iraq réagi positivement.  Il ne faut pas que l’Iraq puisse bénéficier de la discorde au sein du Conseil de sécurité, a-t-il dit, avant d’inviter ses Membres à assumer leurs responsabilités en dernier recours. 


      M. MISHECK MUCHETWA (Zimbabwe) a souscrit à la position de l’Union africaine selon laquelle une action militaire unilatérale contre l’Iraq aurait des effets néfastes sur la stabilité et le développement de l’Afrique.   Au cours de ces dernières semaines, a-t-il dit, le Conseil a été le témoin des attaques lancées contre le multilatéralisme par une coalition ad hoc déterminée, impatiente et convaincue que la loi du plus fort est toujours la meilleure.  Ces unilatéralistes, a ajouté le représentant, veulent oublier qu’une action unilatérale n’aurait pas la légitimité requise par l’enjeu du moment.  On ne saurait trop insister sur le rôle et l’importance des Nations Unies dans le règlement des différends et le maintien de la paix et de la sécurité, a dit le représentant en étayant ses propos par des citations de l’ancien Secrétaire d’Etat américain, Henry Kissinger et l’ancien Secrétaire d’Etat adjoint, Strobe Talbott. 

Les déclarations de ces deux hommes, a-t-il souligné, ne sont pas les radotages de deux personnes âgées déterminées à se faire remarquer dans un concours d’éloquence.  Pour le représentant, ces déclarations, qui viennent de deux personnalités renommées, capturent l’essence même du multilatéralisme.  Le Zimbabwe les rappelle pour rafraîchir la mémoire de ceux qui, dans cette enceinte, souffrent d’amnésie.    S’il est vrai qu’un Etat Membre peut s’engager dans une action de légitime défense sans l’aval de l’ONU, le cas de l’Iraq a néanmoins montré que l’autorité du Conseil de sécurité a aidé la politique américaine dans l’imposition de sanctions qui, a rappelé le représentant, a contribué à détruire plus d’armes de destruction massive que la guerre du Golfe.  En effet, le Conseil a apposé une certaine force au régime des sanctions, élargi son parapluie politique et autorisé un système de surveillance sur le territoire d’un Etat étranger. 


Evoquant les propos du Directeur général de l’AIEA selon lesquels son Agence pourrait s’acquitter de son mandat sans la coopération de l’Iraq, le représentant a estimé qu’une telle assertion devrait apaiser les préoccupations de ceux qui «  veulent nous faire croire que par des subterfuges et des tromperies, l’Iraq tente de cacher son programme d’armes de destruction massive  ».  La CCVINU et l’AIEA ont conclu à l’inexistence de toute preuve sur la reprise du programme iraquien d’armes de destruction massive et le Conseil doit s’en tenir là.  Le Conseil, a ajouté le représentant, doit appuyer les inspecteurs dont le mandat, a-t-il rappelé, n’est pas de prendre l’Iraq en faute mais de vérifier son désarmement.  Remerciant la France dont «  les propositions sont une pierre angulaire du processus de désarmement en Iraq  », le représentant a tenu à souligner que la résolution 1441 concerne le désarmement de l’Iraq et non un changement de régime.  Pour lui, cette résolution demeure le seul espoir et la seule feuille de route légitime pour la vérification du désarmement iraquien.


Mgr CELESTINO MIGLIORI, Observateur permanent du Saint-Siège, a estimé que le recours à la force ne serait pas juste  car il aurait de graves conséquences pour la population iraquienne déjà éprouvée et ajouterait de sombres perspectives de tensions et de conflits entre les peuples et les cultures.  Le Saint-Siège suit de près et soutient les efforts de la communauté internationale pour régler cette crise dans le cadre de la légalité internationale.  Le Pape Jean -Paul II a récemment envoyé son émissaire spécial à Bagdad où il a remis un message papal à Saddam Hussein, soulignant notamment la nécessité pour le Président iraquien de prendre un engagement ferme conformément aux résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. 

Même si le processus d’inspections semble lent, il reste efficace et porteur de consensus, a estimé l’Observateur.  Selon lui, la grande majorité de la communauté internationale appelle à favoriser une solution diplomatique et à explorer toutes les voies d’un règlement pacifique.  Cet appel ne saurait être ignoré, a-t-il indiqué.  Le Saint-Siège appelle donc toutes les parties à préserver le dialogue afin de trouver une solution empêchant la guerre et invite la communauté internationale à assumer ses responsabilités dans la manière de traiter des manquements de l’Iraq.


M. MOHAMMED A. ALDOURI (Iraq) a souhaité en fin de débat remercier les délégations qui ont manifesté tant de préoccupation au sujet de la crise et particulièrement celles, à une écrasante majorité, qui se sont opposées à la guerre.  En se faisant les avocats de la paix, ces pays ont démontré leur attachement aux nobles principes de l’Organisation.  S’adressant par ailleurs aux Etats qui se sont rangés aux côtés des Etats-Unis et du Royaume-Uni, le représentant les a appelés à réfléchir à la question avec sérieux: Ne procédez pas avec hâte, êtes-vous prêts à engager votre responsabilité morale.  Il a invité ces pays à comprendre ce que fait l’Iraq, ce que font les inspecteurs internationaux, ainsi qu’à évaluer la position américaine et britannique.  Le représentant, assurant que son pays ne dispose pas d’armes de destruction massive, a assuré que l’Iraq continuera de coopérer avec les inspecteurs, sur le fond et sur la procédure, afin de saper toute allégation affirmant le contraire. 


On ne demande pas à l’Iraq de remettre des armes de destruction massive mais des documents, et c’est ce que fait l’Iraq, a expliqué son représentant.  Cependant, certains exploitent ces questions de désarmement, a-t-il dit, en invitant ceux qui se sont ralliés à la position des Etats-Unis et ont appuyé le recours à la force à examiner les rapports des Nations Unies qui concernent les documents et les preuves: nous faisons absolument tout afin de remettre ces documents.  L’Iraq a ouvert toutes les portes possibles et les inspecteurs n’ont plus qu’à faire leur travail de façon honnête et sans pression, a-t-il conclu.


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