20/01/2003
Communiqué de presse
CS/2433



Conseil de sécurité

4688e séance – matin


LES MINISTRES DES ETATS MEMBRES DU CONSEIL DETERMINES A RENFORCER LA LUTTE CONTRE LE TERRORISME, QUI PASSE AUSSI PAR LE REGLEMENT PACIFIQUE DES CONFLITS


Sous la présidence de M. Dominique de Villepin, Ministre des affaires étrangères de la France, s'est tenue, ce matin, une «Réunion de haut niveau du Conseil de sécurité sur la lutte contre le terrorisme» au cours de laquelle les Ministres des affaires étrangères des quinze pays membres du Conseil se sont exprimés, selon les termes de la déclaration d'ouverture de M. de Villepin, pour «maintenir et renforcer la mobilisation de tous contre le terrorisme et donner un nouvel élan à la lutte contre ce fléau.  Ce débat est l'occasion de réfléchir aux actions nouvelles qui pourraient être nécessaires pour remplir cet objectif».


A l'issue de ce débat, le Conseil a adopté à l’unanimité sa résolution 1456 (2003) qui contient une déclaration aux termes de laquelle le Conseil réaffirme que le terrorisme, sous toutes ses formes, constitue l'une des menaces les plus graves à la paix et à la sécurité internationales, et qu'il existe un risque grave et de plus en plus important que des terroristes aient accès à des matières nucléaires, chimiques et autres présentant un danger mortel, et les utilisent.  Le Conseil demande aux Etats de coopérer étroitement en vue d'appliquer pleinement les sanctions contre les terroristes et leurs associés, en particulier Al-Qaida, les Taliban et leurs associés.  Il déclare aussi que lorsqu'ils prennent des mesures pour combattre le terrorisme, les Etats doivent veiller au respect de toutes les obligations qui leur incombent en vertu du droit international, et s'assurer que ces mesures soient conformes au droit international, en particulier les instruments relatifs aux droits de l'homme et aux réfugiés, et le droit humanitaire.


Dans son intervention, le Secrétaire général des Nations Unies, M. Kofi Annan, a, après avoir fermement condamné le fléau du terrorisme, déclaré que les Nations Unies et le Conseil de sécurité devaient tout faire pour empêcher les terroristes d'agir.  La communauté internationale doit empêcher la détention ou l'utilisation d'armes de destruction massive par des groupes et des entités non étatiques, a dit M. Kofi Annan qui a ensuite regretté que la lutte contre le terrorisme soit détournée de son véritable propos par certains Etats qui en font une raison pour remettre en question des acquis démocratiques, porter atteinte aux droits de l'homme ou étouffer les plaintes justifiées des peuples.  Seule notre détermination à régler les différends politiques et les conflits qui servent à alimenter les mécontentements, le recrutement et les actes terroristes, permettra à la communauté internationale de vaincre le terrorisme, a estimé le Secrétaire général.


Pour sa part, le Vice-Chancelier et Ministre des affaires étrangères de l'Allemagne, M. Joschka Fischer, a estimé que si on ne pouvait négocier avec les terroristes, on ne doit pas non plus tomber dans le piège qui consisterait à réagir violemment et à créer ainsi un choc entre les cultures et les civilisations.  L'Allemagne est opposée à toute frappe militaire contre l'Iraq, car elle mettrait en danger tout le mécanisme de la lutte contre le terrorisme international.  Ce que nous devons faire, a dit M. Fisher, c'est mettre en place un système mondial de coopération pour la sécurité et faire face aux menaces asymétriques en créant des mécanismes internationaux de sanctions et de vérification dont l'ONU est le cadre approprié d'élaboration.


«Nous rejetons le mensonge qui veut faire de la lutte contre le terrorisme une lutte contre l'Islam», a déclaré pour sa part, M. Jack Straw, Secrétaire d'Etat aux affaires étrangères et au Commonwealth du Royaume-Uni, qui a ajouté que les principales victimes du terrorisme et des violences dans le Golfe, au Kosovo, en Bosnie et en Afghanistan avaient été des populations musulmanes.  Dénonçant les groupes terroristes et les «Etats voyous» et leurs dirigeants, qui ne respectent aucune règle internationale, il a déclaré que la patience de la communauté internationale était à bout en Iraq, et que si le Gouvernement de M. Saddam Hussein ne respectait pas rapidement ses obligations en matière de désarmement, il allait faire face aux «graves conséquences» dont parle la résolution 1441 du Conseil de sécurité.


Regrettant que le blanchiment d'argent, le commerce illicite des armes légères et le risque de prolifération nucléaire continuent de mettre un frein sévère à la mise en œuvre des mesures antiterroristes contenues dans la résolution 1373 du Conseil de sécurité, M. Colin Powell, Secrétaire d'Etat des Etats-Unis, a déclaré que le Conseil de sécurité doit assumer ses responsabilités devant la situation en Iraq et faire face à un régime qui a essayé d'acquérir des armes de destruction massive, et qui a perpétré des actes terroristes contre ses voisins et contre son propre peuple.  «Si l'Iraq ne respecte pas ses obligations de désarmement, les Etats-Unis n'hésiteront pas à donner suite à la résolution 1441», a averti M. Powell. 


Prenant la parole en fin de réunion, le Ministre français des affaires étrangères, M. de Villepin, a annoncé que la France proposait la mise en place, au sein des Nations Unies et sur des ressources propres, d'un fonds de coopération et d'assistance, articulé avec les institutions financières internationales, et dont l'objet sera d'aider les pays du Sud à renforcer leurs dispositifs nationaux de lutte contre le terrorisme.  Au titre de sa présidence du G-8, a déclaré le Ministre, la France entend aussi donner un élan décisif au Partenariat global contre la prolifération des armes de destruction massive, adopté à Kananaskis (Canada), et elle estime qu'il est temps de lutter contre le rapprochement du terrorisme et des menaces que représentent ces armes, les trafics d'armes légères et les financements illicites.  La France fera aussi des propositions en vue de l'élaboration d'une convention sur le contrôle des substances radioactives qui pourraient être utilisées pour confectionner des «bombes sales». 


Outre les intervenants déjà mentionnés, les Ministres des affaires étrangères des pays suivants sont intervenus: Fédération de Russie, Chine, Cameroun, Bulgarie, Angola, Pakistan, Mexique, Espagne et Guinée.  Les représentants permanents de la Syrie et du Chili se sont exprimés au nom de leurs Ministres des affaires étrangères, et le Président du Comité contre le terrorisme (CCT), M. Jeremy Greenstock (Royaume-Uni) a fait au Conseil une présentation des activités du CCT.



SÉANCE DE HAUT NIVEAU DU CONSEIL DE SÉCURITÉ: COMBATTRE LE TERRORISME


Projet de résolution S/2003/60


Le Conseil de sécurité,


Décide d’adopter la déclaration ci-jointe sur la question de la lutte contre le terrorisme.


Annexe


Le Conseil de sécurité,


Réuni au niveau des Ministres des affaires étrangères le 20 janvier 2003, réaffirme que :


–     Le terrorisme sous toutes ses formes et manifestations constitue l’une des menaces les plus graves à la paix et à la sécurité internationales;


–     Tous les actes de terrorisme, quels qu’ils soient, sont criminels et injustifiables quels qu’en soient les motifs, où qu’ils soient commis et quels qu’en soient les auteurs; ils doivent être condamnés sans équivoque, surtout lorsqu’ils frappent ou blessent des civils sans discrimination;


–     Il existe un risque grave et de plus en plus important que des terroristes aient accès à des matières nucléaires, chimiques, biologiques et autres présentant un danger mortel, et les utilisent; il est donc indispensable de mieux contrôler ces matières;


–     Dans un monde de plus en plus interconnecté, il est devenu plus facile pour des terroristes de recourir à des technologies, moyens de communication et ressources de pointe pour atteindre leurs objectifs criminels;


–     Il faut renforcer d’urgence les mesures visant à détecter et arrêter le mouvement des ressources et des capitaux devant servir des objectifs terroristes;


–     Il faut également empêcher que des terroristes profitent d’autres activités criminelles telles la criminalité transnationale organisée, la drogue illicite et le trafic de drogues, le blanchiment d’argent et le trafic d’armes;


–     Les terroristes et leurs sympathisants exploitant l’instabilité et l’intolérancepour justifier leurs actes criminels, le Conseil de sécurité est déterminé à leur faire échec en contribuant au règlement pacifique des différends et en s’employant à instaurer un climat de tolérance et de respect mutuels;


–     Le terrorisme ne peut être vaincu que grâce à une démarche suivie et globale, fondée sur la participation et la collaboration actives de tous les États et de toutes les organisations internationales et régionales, conformément à la Charte des Nations Unies et au droit international, et grâce à un redoublement des efforts au niveau national.


*     *     *


En conséquence, le Conseil de sécurité demande que soient prises les mesures suivantes :


1.    Tous les États doivent agir d’urgence pour empêcher et réprimer tout soutien actif ou passif au terrorisme et, en particulier, se conformer sans réserve à toutes les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité, notamment les résolutions 1373 (2001), 1390 (2002) et 1455 (2003);


2.    Le Conseil engage les États à :


a)Devenir partie d’urgence à toutes les conventions et à tous les protocoles internationaux relatifs au terrorisme, en particulier la Convention internationale pour la répression du financement du terrorisme de 1999, à appuyer toutes les initiatives internationales prises à cet effet et à tirer tout le parti possible de l’assistance et des conseils que l’on s’emploie actuellement à mettre à leur disposition;


b)S’entraider dans toute la mesure possible pour prévenir, instruire, poursuivre en justice et punir les actes de terrorisme, où qu’ils se produisent;


c)Coopérer étroitement en vue d’appliquer pleinement les sanctions contre les terroristes et leurs associés, en particulier Al-Qaida et les Taliban et leurs associés, comme indiqué dans les résolutions 1267 (1999), 1390 (2002) et 1455 (2003), de prendre d’urgence les mesures voulues pour leur interdire l’accès aux ressources financières dont ils ont besoin pour agir et de coopérer pleinement avec le Groupe de suivi créé par la résolution 1363 (2001);


3.    Les États doivent poursuivre en justice ceux qui financent, planifient, appuient ou commettent des actes de terrorisme ou donnent asile à leurs auteurs, conformément au droit international, en particulier en appliquant le principe « extrader ou poursuivre »;


4.    Le Comité contre le terrorisme doit redoubler d’efforts pour promouvoir l’application par les ÉtatsMembres de tous les aspects de la résolution 1373 (2001), en particulier en examinant les rapports des États et en favorisant l’assistance et la coopération internationales ainsi qu’en continuant de fonctionner de manière transparente et efficace; dans cette optique, le Conseil :


i)      Insiste sur l’obligation qui incombe aux États de faire rapport au Comité contre le terrorisme dans les délais fixés par ce dernier, demande aux 13 États qui n’ont pas encore présenté leur premier rapport et aux 56 États dont le rapport complémentaire est en retard de s’exécuter avant le 31 mars au plus tard, et prie le Comité contre le terrorisme de l’informer régulièrement des progrès réalisés;


ii)      Engage les États à répondre rapidement et de façon complète aux demandes de renseignements du Comité, à ses observations et à ses questions, et prie le Comité de l’informer des progrès réalisés ainsi que de toute difficulté qu’il pourrait rencontrer;


iii)      Prie le Comité contre le terrorisme lorsqu’il suit l’application de la résolution 1373 (2001) de tenir compte de toutes les meilleures pratiques et normes internationales et de tous les codes internationaux intéressant l’application de ladite résolution, et souligne qu’il approuve la méthode suivie par le Comité qui consiste à engager le dialogue avec chaque État sur les mesures complémentaires à prendre pour donner pleinement effet aux dispositions de la résolution;


5.    Les États doivent s’aider les uns les autres à renforcer leur capacité de lutter contre le terrorisme et prévenir les actes de terrorisme; le Conseil note qu’une telle coopération facilitera l’application prompte et intégrale de la résolution 1373 (2001) et invite le Comité contre le terrorisme à redoubler d’efforts pour faciliter cette assistance, notamment dans le domaine technique, en définissant, dans ce domaine, des objectifs et priorités de portée mondiale;


6.      Lorsqu’ils prennent des mesures quelconques pour combattre le terrorisme, les États doivent veiller au respect de toutes les obligations qui leur incombent en vertu du droit international, et s’assurer que ces mesures sont conformes au droit international, en particulier les instruments relatifs aux droits de l’homme et aux réfugiés, et le droit humanitaire;


7.    Les organisations internationales doivent examiner les moyens par lesquels elles peuvent améliorer l’efficacité de leur lutte contre le terrorisme, notamment en ouvrant le dialogue et en échangeant des renseignements les unes avec les autres ainsi qu’avec d’autres acteurs internationaux compétents, et lance en particulier un appel en ce sens aux organismes techniques et aux organisations dont les activités ont trait au contrôle de l’accès aux matières nucléaires, chimiques, biologiques et autres présentant un danger mortel, et de leur utilisation. Dans ce contexte, il convient de souligner qu’il importe de s’acquitter intégralement des obligations juridiques existantes dans le domaine du désarmement, de la limitation des armements et de la non-prolifération et, le cas échéant, de renforcer les instruments internationaux en la matière;


8.    Les organisations régionales et sous-régionales doivent collaborer avec le Comité contre le terrorisme et d’autres organisations internationales en vue de faciliter la mise en commun des meilleures pratiques dans la lutte contre le terrorisme et d’aider leurs membres à s’acquitter de leurs obligations dans ce domaine;


9.    Les participants à la réunion spéciale du Comité contre le terrorisme avec des organisations internationales régionales et sous-régionales prévue pour le 7 mars 2003 doivent saisir cette occasion pour marquer d’urgence des progrès dans les domaines visés par la présente déclaration qui ont trait à leurs activités;


*    *    *


Par ailleurs, le Conseil de sécurité :


10.      Souligne qu’une action internationale soutenue visant à renforcer le dialogue et à étayer l’entente entre les civilisations, en particulier en luttant contre le dénigrement de religions ou de cultures différentes, à renforcer encore la campagne contre le terrorisme, à régler les conflits régionaux persistants et à remédier aux divers problèmes mondiaux, y compris les problèmes de développement, contribuera à la coopération et à la collaboration internationales, elles-mêmes nécessaires pour soutenir la lutte la plus large possible contre le terrorisme;


11.   Se déclare fermement résolu à intensifier sa lutte contre le terrorisme conformément aux responsabilités qui lui incombent aux termes de la Charte des Nations Unies et prend note des apports qui ont été faits au cours de sa réunion du 20 janvier 2003 à l’appui du renforcement du rôle de l’ONU dans ce domaine, et engage les États Membres à poursuivre leur contribution à cette fin;


12.   Invite le Secrétaire général à présenter dans un délai de 28 jours un rapport résumant toute proposition formulée au cours de sa réunion au niveau ministériel, ainsi que toute observation ou tout commentaire fait en réponse par quelque membre du Conseil de sécurité que ce soit;


13.      Encourage les États Membres des Nations Unies à coopérer au règlement de toutes les questions en suspens en vue d’adopter, par consensus, le projet de convention générale sur le terrorisme international et le projet de convention sur la répression des actes de terrorisme mettant en jeu des matières nucléaires;


14.   Décide d’examiner les mesures qui auront été prises pour donner effet à la présente déclaration lors de nouvelles séances du Conseil.


Déclarations


M. KOFI ANNAN, Secrétaire général des Nations Unies, a déclaré que le Conseil de sécurité manifeste aujourd’hui la ferme volonté de la communauté internationale à faire face au fléau du terrorisme, qui exige une réponse à l’échelle mondiale.  Depuis les attentats du 11 septembre, le monde consacre beaucoup d’efforts à la lutte contre ce fléau.  Mais les évènements survenus à Moscou, Bali et Mombasa montrent clairement que le combat n’est pas gagné.  Les Nations Unies doivent faire tout ce qui est en leur pouvoir pour empêcher les terroristes d’agir.  Il en va de même des efforts communs que nous devons mener pour empêcher la prolifération des armes de destruction massive.  Il faut empêcher toute possession ou utilisation de ces armes par des groupes qui ne sont pas des Etats.  Le Conseil de sécurité devra rester au centre de la lutte contre le terrorisme.  Nous nous félicitons des efforts déployés par le Comité contre le terrorisme (CCT) en vue de convoquer une réunion avec les organisations régionales et internationales au mois de mars prochain, et je me félicite également de la réunion que nous comptons nous-mêmes organiser bientôt sur le contre-terrorisme.


Le terrorisme international représente une menace grave et de plus en plus lourde.  Le terrorisme est un fléau mondial qui affecte tous les travaux et actions menés par notre Organisation.  L’ONU a un rôle indispensable à jouer dans la mise en place du cadre juridique et organisationnel au sein duquel la campagne internationale de lutte contre le terrorisme pourra se dérouler.  Nous ne devons jamais cependant perdre de vue que toute restriction de nos propres valeurs revient à tendre aux terroristes une victoire.  D’aucuns mettent en doute la pertinence et la droiture de certaines, et des questions sont posées sur le danger qui naîtrait d’une sécurité qui remettrait en question des acquis démocratiques.  Il faut assurer le plus de vigilance pour éviter que des groupes entiers de la société ne soient mis à l’index.  Il est triste que des Etats qui vivent des tensions avec leurs voisins soient tentés par l’usage de prétextes liés à la lutte contre le terrorisme pour remettre en question le règlement pacifique des différends tout en essayant d’utiliser des moyens militaires contre leurs voisins.  Si le terrorisme est inexcusable, les plaintes justifiées des peuples ne doivent être ignorées.  Nous devons trouver d’urgence des solutions aux causes de certaines injustices de manière à ce que quelques individus mal intentionnés ne s’en servent comme justification.  Nous devons agir avec détermination pour résoudre les différends politiques et les conflits qui servent de prétexte à certains, et leur offrent la latitude d’alimenter le mécontentement et les actes terroristes.


Sir JEREMY GREENSTOCK, Président du Comité du Conseil de sécurité sur la lutte contre le terrorisme, a rappelé que, malgré l’adoption de la résolution 1373 (2001) et la création du Comité contre le terrorisme (CCT), la menace terroriste demeure bien réelle et immense et exige qu’un nouvel élan soit donné à la lutte contre le terrorisme.  En 15 mois, le CCT a reçu plus de 280 rapports de 178 États Membres, a-t-il indiqué, ce qui prouve que les gouvernements ont commencé à prendre des mesures réelles pour contrer la menace terroriste conformément à la résolution 1373.  Les parlements commencent à revoir certaines lois, les gouvernements renforcent les mesures de lutte contre le terrorisme, a-t-il souligné, mais des mesures supplémentaires doivent être prises pour mettre en œuvre la résolution 1373.  Tout d’abord, a précisé M. Greenstock, 13 Etats n’ont pas encore remis leur rapport et ont plus d’un an de retard -à savoir, le Tchad, la Guinée équatoriale, la Gambie, la Guinée-Bissau, les îles Marshall, Sao-Tomé-et-Principe, les Seychelles, la Sierra Leone, le Swaziland, Tuvalu et Vanuatu-, tandis que deux Etats n’ont même pas répondu au téléphone, à savoir le Libéria et le Timor-Leste.  Il a reconnu que ce dernier devait bénéficier d’un délai plus long et que d’autres Etats ont des difficultés réelles mais ils ne doivent pas déroger à leurs obligations, a-t-il dit.  Aussi, la déclaration ministérielle qui sera adoptée aujourd’hui fixe au 31 mars la date limite de remise des rapports, faute de quoi ces Etats seront considérés comme ne respectant pas la résolution 1373, a-t-il précisé.


Par ailleurs, a poursuivi M. Greenstock, les Etats doivent agir rapidement pour procéder à l’adhésion des douze conventions internationales relatives à la lutte contre le terrorisme.  Il a déclaré que le CCT et ses experts sont disposés à coopérer avec les Etats qui en auraient besoin pour mettre en œuvre leurs cadres d’action.  Il a notamment insisté sur le répertoire d’information concernant les meilleures pratiques et les mesures d’assistance potentielle en matière de contre-terrorisme disponibles sur le site Web du Comité.  Il a encouragé les Etats Membres à s’entraider dans un effort collectif régional, et s’est félicité des programmes de lutte contre le terrorisme mis en œuvre par certaines organisations régionales.  Les organisations internationales et régionales ont un rôle clef à jouer, a-t-il dit, indiquant qu’à cet égard, le Comité procèderait à un échange avec les organisations régionales lors de la réunion prévue le 7 mars prochain.  Il a jugé utile de renforcer les capacités de tous les gouvernements à lutter contre la criminalité transnationale organisée, visée par le paragraphe 4 de la résolution 1373, et étroitement liée à la lutte contre le terrorisme. 


M. JOSCHKA FISCHER, Vice-Chancelier et Ministre des affaires étrangères de l’Allemagne, a déclaré qu’on ne peut négocier avec des terroristes comme Oussama ben Laden et son réseau.  Ils doivent être vaincus.  Le terrorisme, tel que pratiqué par Oussama ben Laden, pose une menace grave à la sécurité et à la paix internationales.  Leurs actions visent à nous forcer à réagir brutalement et à provoquer des affrontements entre civilisations.  Des actions de type policier, militaire ou d’espionnage, ou encore judiciaire, sont indispensables, et nous sommes en faveur d’un dialogue entre les civilisations.  Les actions de prévention contre le terrorisme sont, elles aussi, importantes.  Mais il est encore plus important d’empêcher les gens de devenir des terroristes.  L’impressionnante coalition internationale contre le fléau du terrorisme qui a vu le jour après les attentats du 11 septembre doit être préservée et renforcée.  Nous sommes profondément préoccupés par une frappe militaire contre l’Iraq, qui créerait des risques incalculables et imprévisibles pour la lutte mondiale contre le terrorisme. 


Nous demandons que le régime de Bagdad mette en œuvre les résolutions pertinentes des Nations Unies sur son désarmement, et ce, de manière intégrale et sans retard.  Nous pensons que le monde a besoin d’un système de sécurité globale.  Les conflits asymétriques doivent être contrés par un système mondial de mécanismes de sanctions et de vérification.  L’effort que nous menons doit être légitimé par le droit international, le respect des droits de l’homme et celui de la Charte des Nations Unies.  Les droits de l’homme ne doivent pas être suspendus sous prétexte de lutte contre le terrorisme.  Tout en luttant contre ce fléau, nous devons aussi défendre nos valeurs fondamentales, notre liberté, la démocratie et les droits humains.


M. FRANÇOIS-XAVIER NGOUBEYOU, Ministre d’Etat chargé des relations extérieures du Cameroun, a estimé que cette réunion ministérielle du Conseil de sécurité devait permettre à la fois de donner l’élan politique nécessaire à l’ensemble des structures de la coalition mondiale contre le terrorisme et de réaffirmer le rôle crucial que doit jouer l’Organisation des Nations Unies en fournissant le cadre juridique et institutionnel au sein duquel devrait s’articuler la campagne contre le terrorisme.  Le terrorisme n’a ni excuse, ni justification, a poursuivi le Ministre, tout en reconnaissant que des injustices existent et que des frustrations réelles s’incrustent et ébranlent nos consciences.  La pauvreté, la faim, la précarité nous étreignent, nous étouffent et nous tuent à petit feu, a-t-il dit, et toutes les inégalités que ceci suggère doivent être traitées en profondeur et sans retard, a insisté M. Ngoubeyou.  Il a condamné ensuite l’odieuse dynamique terroriste qui inflige à l’humanité d’indicibles souffrances et porte atteinte à la dignité de la personne humaine, socle sur lequel repose le monde civilisé. 


Le Ministre a rappelé ensuite le soutien total accordé à la coalition internationale contre le terrorisme par le Chef de l’Etat camerounais, M. Paul Biya, et son Gouvernement, et notamment les mesures prises en application de la résolution 1373 (2001).  Le Code pénal camerounais réprime à la fois les infractions qui s’apparentent au terrorisme et les actes dirigés contre la sécurité de l’aviation civile, a-t-il indiqué, et une stratégie de lutte antiterroriste a été mise en œuvre sous la coordination d’un point focal désigné par le Chef de l’Etat au niveau de la Présidence.  Notre sécurité commune ne peut être assurée de façon optimale que si ensemble nous luttons contre le terrorisme, a jugé M. Ngoubeyou pour qui une action internationale cohérente, concertée et coordonnée est, dès lors, indispensable et les Nations Unies sont le cadre privilégié d’une telle croisade.  Le Ministre a apporté le soutien de son pays à l’idée d’une convocation, sous les auspices des Nations Unies, d’une conférence de haut niveau chargée de définir la riposte commune de la communauté internationale face au terrorisme sous toutes ses formes et dans toutes ses manifestations.  Dans cette lutte, a-t-il dit, le Cameroun estime que l’assistance technique est un domaine dans lequel il faudra mettre plus d’accent et plus de moyens, par le biais des organisations internationales, régionales et sous-régionales ayant une expertise avérée.  Il a également jugé primordial de renforcer les normes juridiques contre le terrorisme en parachevant d’urgence l’élaboration d’une convention générale sur le terrorisme et d’une convention sur la répression des actes de terrorisme nucléaire.  La lutte contre le terrorisme ne devrait bénéficier d’aucune complicité de la part d’aucun Etat, a enfin insisté M. Ngoubeyou. 


M. JACK STRAW, Secrétaire d’Etat aux affaires étrangères et au Commonwealth du Royaume-Uni, a déclaré que son pays tient à ce que les mesures contenues dans la résolution 1373 du Conseil de sécurité soient intégralement respectées par tous les Etats.  Nous devons aussi exposer le lien qui existe entre les terroristes qui ne respectent aucune règle, et les Etats qui ne respectent eux non plus aucune norme internationale.  Ce sont ces Etats voyous et leurs dirigeants qui montrent le mauvais exemple.  Ils brutalisent leurs propres peuples, fournissent refuge aux terroristes, célèbrent la violence, et pire, à travers la détention d’armes chimiques, biologiques et nucléaires, défient la communauté internationale et ses normes et principes et fournissent un arsenal potentiel aux terroristes.  Ne nous faisons pas d’illusion: si les terroristes peuvent mettre la main sur ces armes et tuer, ils le feront.  Quand nous le pouvons, nous faisons face à ce genre de situation de diverses manières, comme nous le faisons actuellement en Corée du Nord où nous avons décidé de faire usage de moyens diplomatiques.  Mais il y a un moment où notre patience prend fin, et nous sommes proches de ce point en Iraq.  Le moment est venu pour Saddam Hussein de respecter ses obligations.  Il peut résoudre cette crise pacifiquement ou alors faire face aux «graves conséquences» dont parle la résolution 1441.


Nous rejetons le mensonge qui veut faire de la lutte contre le terrorisme une lutte contre l’Islam.  Cette lutte est pro-musulmane, pro-chrétienne, pro-bouddhiste et pro-juive.  Elle est en faveur de toute l’humanité.  Avant le 11 septembre, les Taliban et Al-Qaida massacraient en majorité des musulmans, et au cours des dernières interventions armées de la communauté internationale –le Golfe, le Kosovo, la Bosnie et l’Afghanistan- ce sont des vies musulmanes qui ont été sauvées. 


M. SOLOMON PASSY, Ministre des affaires étrangères de la Bulgarie, a salué les progrès réalisés en quinze mois par le Comité du Conseil de sécurité contre le terrorisme (CCT) dans la mise en œuvre de la résolution 1373.  Toutefois, malgré les mesures multiformes mises en œuvre par les Etats Membres, il serait illusoire de considérer que cette menace a été définitivement éliminée, a-t-il dit, condamnant les récents attentats et les actes de terrorisme sous toutes leurs formes.  M. Passy a lancé un appel en faveur d’une coopération internationale accrue pour éliminer la menace terroriste, soulignant le rôle clef des organisations régionales et sous-régionales dont l’expertise et les mécanismes peuvent être mis à profit.  Il a salué l’initiative du CCT de convoquer, le 7 mars prochain, une réunion spéciale avec les représentants des organisations régionales et internationales et a assuré que la Bulgarie, en sa qualité de futur président en exercice de l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) pour 2004, contribuerait activement à accroître les synergies entre les organisations compétentes.  Il a estimé ensuite que le CCT était parvenu avec succès à sensibiliser les Etats Membres sur la nécessité de lutter contre le terrorisme et de prendre les mesures juridiques et institutionnelles à cette fin, de même qu’à encourager la ratification des 12 conventions internationales relatives à la lutte contre le terrorisme.  Il a suggéré au CCT d’envisager davantage le lien étroit entre le terrorisme et la criminalité transnationale organisée, le trafic de drogues, le blanchiment d’argent et le commerce illicite des armes.


M. Passy s’est inquiété du risque que les terroristes aient accès aux armes de destruction ou matériaux leur permettant de les fabriquer.  Il a apporté le soutien de la Bulgarie aux principes adoptés par le G-8, à Kananaskis en juin 2002, pour lutter contre le terrorisme ou contre ceux qui donnent asile aux terroristes, et pour empêcher ces derniers d’avoir accès aux armes et matériels de destruction massive.  Rappelant ensuite que son pays est désormais partie aux douze conventions internationales relatives à la lutte contre le terrorisme, il a plaidé en faveur de la négociation d’une convention globale contre le terrorisme et de la finalisation du projet de convention sur la répression d’actes de terrorisme nucléaire.  Il a enfin indiqué que, dans le cadre des efforts sous-régionaux visant à accroître la cohésion dans la lutte contre le terrorisme, la Bulgarie a accueilli en 2002 un Forum politique régional des Etats de l’Europe du Sud-Est sur la coopération internationale dans la lutte contre le terrorisme.  Cette initiative répondait aux engagements de coopération pris, entre autres, dans le cadre de l’OTAN, de l’Union européenne, du Conseil de l’Europe, de l’OSCE et du Pacte de stabilité dans l’Europe du Sud-Est.


M. JOAO BERNARDO DE MIRANDA, Ministre des relations extérieures de l’Angola, a déclaré que la prévention du terrorisme est un défi majeur pour le Gouvernement angolais, surtout en cette période de consolidation de la paix et de démocratisation du pays.  L’Angola est conscient que la défense contre le terrorisme requiert un Etat fort, politiquement stable et capable de tenir ses responsabilités au niveau mondial comme membre de la communauté internationale.  L’Angola est, en ce moment, engagé dans des secours humanitaires à sa population qui souffre des suites de 30 années de conflit armé.  En particulier, nous devons réinstaller plus de trois  millions de personnes déplacées et plus de 400 000 réfugiés tout en réinsérant des milliers d’ex-combattants et en reconstruisant les infrastructures.  Notre Gouvernement n’est donc pas encore en mesure de pleinement contribuer aux actions de lutte contre le terrorisme international.  Mais bientôt, nous accueillerons une mission d’assistance technique du Centre des Nations Unies pour la prévention de la criminalité internationale.


Au niveau de notre région, nous sommes l’un des promoteurs d’une réunion de la Communauté de développement de l’Afrique australe (SADC) pour coordonner et les activités de prévention et de lutte antiterroriste.  Cette stratégie est basée sur les particularités du terrorisme dans notre région et ses impacts sur nos Etats.  Elle comprend des mesures de surveillance des personnes et des fonds destinés aux réseaux terroristes, en vue d’éviter des actes comme ceux commis à Nairobi, Dar es-Salaam et Mombasa.


M. KHURSHID M. KASURI, Ministre des affaires étrangères du Pakistan, a salué les efforts déployés, depuis le 11 septembre 2001, par le Conseil de sécurité dans la lutte contre le terrorisme et pour neutraliser le réseau Al-Qaida et arrêter ses responsables et s’est félicité de l’adoption, la semaine dernière, de la résolution 1455 qui s’inscrit dans ce cadre.  Il a indiqué que le Pakistan reste fermement engagé au sein de la coalition internationale contre le terrorisme et a rappelé les efforts que son Gouvernement déploie depuis le 11 septembre 2001 pour lutter contre ce fléau.  A ce jour, 70 000 militaires pakistanais continuent, en dépit de la menace qui pèse sur notre frontière orientale, de mener des opérations sur notre frontière occidentale pour neutraliser les forces d’Al-Qaida qui tentent de s’infiltrer.  Les forces pakistanaises ont arrêté et déporté 420 membres du réseau Al-Qaida, au premier rang desquels Abu Zubaydah et Ramzi bin Al-Shibh,

au cours d’opérations risquées qui ont coûté la vie à certains de nos hommes, a dit le Ministre.  Il a rappelé que le Pakistan avait été victime d’actes de vengeance de la part du réseau Al-Qaida qui ont notamment coûté la vie à onze Français dans un attentat, le Ministre soupçonnant également d’autres organisations d’être responsables de ces attaques. 


Le Ministre pakistanais des affaires étrangères a ensuite assuré que plusieurs groupes extrémistes et sectes avaient été interdits au Pakistan et que leurs avoirs ont été gelés.  Il a ajouté que le Pakistan a ratifié onze des douze conventions internationales relatives à la lutte contre le terrorisme et signé la Convention de l’Organisation de la Conférence islamique (OIC) sur la lutte contre le terrorisme.  Abordant le risque de voir certains groupes terroristes acquérir des armes de destruction massive ou des technologies modernes, le Ministre a assuré qu’il n’y avait aucun danger de fuite d’armes, de matériaux ou de technologies nucléaires depuis le Pakistan.  Il a invité la communauté internationale à intensifier ses efforts pour identifier toutes les sources et toutes les formes de terrorisme et lutter efficacement contre elles.  Certains Etats utilisent la menace terroriste pour priver certains peuples de leur droit à l’autodétermination, a-t-il dit, mentionnant notamment la Palestine et le Jammu-et-Cachemire.  Il a réaffirmé le droit à l’autodétermination du peuple du Jammu-et-Cachemire et a considéré que la lutte contre l’Inde est juste et noble et ne peut en aucun cas être assimilée au terrorisme.  Il a invité l’Inde à négocier directement la question du Cachemire avec le Pakistan sur la base des résolutions pertinentes du Conseil de sécurité. 


M. LUIS ERNESTO DERBEZ, Ministre des affaires étrangères du Mexique, a déclaré qu’il est urgent de renforcer les efforts déployés par la communauté internationale contre le terrorisme.  Notre pays rejette toute tentative de justification de ce fléau.  La communauté internationale fait face à un défi grave, et nous proposons qu’elle adopte trois principes en vue de faire face à ce fléau.  En premier, nous demandons la création d’un ordre international basé sur des règles universellement reconnues.  Le cadre, créé à cet égard, doit répondre aux besoins et aux aspirations de toute la communauté internationale.  Ensuite, nous demandons le renforcement permanent de la coopération internationale en vue de trouver des solutions aux problèmes communs auxquels nous sommes tous confrontés.  Troisièmement, le Mexique réaffirme que l’ONU est le seul forum au sein duquel la communauté des nations a créé des canaux de dialogue et d’action capables de nous permettre de faire face aux grandes questions internationales. 


La lutte contre le terrorisme doit donc être menée dans le plein respect de la Charte des Nations Unies et du droit international, y compris celui concernant le respect des droits de l’homme.  En tant que membre du CCT, le Mexique tient à ce que des formules soient trouvées et mises en place en vue de permettre à tous les Etats de s’acquitter de leurs devoirs envers la lutte antiterroriste.  Notre pays estime que le règlement pacifique des différends doit être la règle d’or de notre lutte commune contre le terrorisme international.  La communauté internationale doit veiller à éviter les conflits ouverts qui ne pourraient que nourrir le terreau favorable aux actes terroristes.  Nous pensons, à cet égard, que la réunion prévue le 7 mars prochain permettra au Comité contre le terrorisme de donner l’opportunité au Conseil de sécurité et aux organisations régionales de peaufiner des stratégies, des accords et une coopération efficace contre le terrorisme.


M. IGOR S. IVANOV, Ministre des affaires étrangères de la Fédération de Russie, a déclaré que la nouvelle vague de terrorisme qui a frappé le monde à la fin de l’année dernière a souligné plus que jamais la nécessité d’engager de nouvelles mesures et d’intensifier la coopération internationale et régionale dans la lutte pour l’élimination du terrorisme.  La lutte multiforme engagée par le biais de la résolution 1373 du Conseil de sécurité a déjà fait ses preuves, a dit le Ministre avant de rappeler que la communauté internationale n’en est qu’au début de ses efforts.  Le terrorisme dispose d’un potentiel considérable tant au niveau humain que financier, a-t-il indiqué, et les terroristes préparent certainement de nouvelles actions dans d’autres endroits du monde.  Le Ministre a plaidé pour la préservation de la cohésion internationale en n’envisageant aucune mesure de nature à l’ébranler, mentionnant notamment le cas de l’Iraq et prônant à cet égard un strict respect de la résolution 1441.  Il faut opposer, à la cruauté et à l’inventivité des terroristes, des actions unies et vérifiées au sein de la communauté internationale et les Etats Membres doivent prendre conscience que le terrorisme ne peut trouver de soutien, a dit M. Ivanov.  Les terroristes doivent être punis et leurs complices qui leur fournissent asile et moyens deviennent des criminels au regard de la résolution 1373. 


M. Ivanov a salué ensuite le dynamisme du Comité du Conseil de sécurité contre le terrorisme (CCT) et l’a encouragé à poursuivre son appui aux Etats Membres, notamment par le biais des organisations régionales.  Il a assuré que la Fédération de Russie ne ménagerait aucun effort pour maintenir le contact entre la communauté des Etats indépendants (CEI) et le CCT, ainsi qu’avec les autres organisations sous-régionales auxquelles participe la Russie.  Il s’est inquiété de l’absence de progrès sur les travaux concernant le projet de convention générale sur le terrorisme internationale et sur le projet de convention sur la répression d’actes de terrorisme nucléaire.  Le Ministre russe a invité le Conseil de sécurité à répondre fermement à la menace terroriste qui constitue, a-t-il souligné, la première atteinte aux droits de l’homme.  Il a également établi le lien entre le terrorisme et les conflits régionaux, les inégalités à l’échelle planétaire, la criminalité transnationale organisée, le trafic de drogues et le commerce illicite des armes légères et jugé qu’il fallait répondre à ces menaces de manière intégrée.  M. Ivanov a enfin estimé que le terrorisme tchétchène fait partie intégrante de la menace terroriste internationale, y compris des réseaux Al-Qaida, assurant que son pays dispose de preuves irréfutables et invitant les Etats Membres à aller au-delà de la solidarité et à réellement s’engager à neutraliser et punir ces groupes terroristes.


Mme ANA PALACIO, Ministre des affaires étrangères de l’Espagne, a déclaré que les Nations Unies ont l’obligation de mener la lutte contre le terrorisme.  L’Espagne estime que trois domaines doivent être pris en compte à cet égard.  Le premier a trait à la définition même du terrorisme, que la communauté internationale doit rapidement définir.  Le deuxième a trait à l’élimination des sources du financement de ce fléau, et le troisième est relatif à la lutte et à la condamnation qui doivent être appliquées à tous les Etats et entités qui donnent refuge aux terroristes et qui soutiennent, même de manière détournée, les auteurs d’actes terroristes.  L’adoption de la résolution 1373 est un pas important que la communauté internationale a accompli dans la lutte contre le terrorisme et nous devons construire sur ses termes et ses acquis, pour lancer des actions efficaces.  Le Comité contre le terrorisme (CCT) ne doit pas limiter ses actions à un simple examen de rapports nationaux ou multilatéraux.  Le CCT doit prendre des mesures juridiques et politiques qui soient efficaces contre ce qui se passe dans le monde réel.


Le CCT devrait en priorité faire face au financement du terrorisme international et y mettre fin.  Il devrait, à cet égard, proposer des mesures concrètes et contraignantes pour l’échange d’informations, et la mise en place d’un système d’alerte rapide pour prévenir les actes terroristes.  Il devrait aussi proposer des solutions pour la création de modèles de surveillance et de contrôle de frontières efficaces.  La délivrance de documents de voyage et de contrôle d’identité devrait aussi faire partie des travaux du CCT, qui pourrait ainsi nous donner les moyens de mieux faire face à la fraude dans ces domaines.


M. COLIN L. POWELL, Secrétaire d’Etat des Etats-Unis d’Amérique, a jugé opportun que le Conseil de sécurité se réunisse au niveau ministériel pour évaluer les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la résolution 1373 (2001) et identifier les mesures supplémentaires qu’il faut prendre pour anéantir la menace terroriste.  Il a rappelé les attentats du 11 septembre 2001 et les attentats de Bali et du Kenya, insistant sur la nécessité de neutraliser les groupes terroristes.  Il a cependant identifié certains freins à la mise en œuvre de la résolution 1373, tels que le blanchiment d’argent, le commerce illicite des armes légères et le risque de prolifération des armes nucléaires.  Il a salué les pays qui, comme le Pakistan, ont mis en œuvre des mesures efficaces pour neutraliser le réseau Al-Qaida.  S’agissant de l’Iraq, il a indiqué que le Conseil de sécurité devrait se réunir la semaine prochaine pour examiner la réaction de l’Iraq à la résolution 1441, invitant le Conseil de sécurité à ne pas avoir peur de la réaction des autres et à fuir ses responsabilités face à un régime qui a essayé d’acquérir des armes de destruction massive et a perpétré des actes terroristes contre ses voisins et son propre peuple.  Si l’Iraq ne respecte pas ses obligations, nous n’hésiterons pas à donner suite à la résolution 1414, a assuré M. Powell avant d’inviter la communauté internationale à tout mettre en œuvre pour que les groupes terroristes ne puissent acquérir d’armes de destruction massive. 


Avec la résolution 1373, a poursuivi le Secrétaire d’Etat américain, le Conseil de sécurité a créé une obligation pour tous les Etats Membres à agir ensemble pour faire en sorte que plus aucun Etat n’abrite de réseaux terroristes et pour qu’ils gèlent leurs avoirs.  Il a salué la plupart des Etats qui ont présenté leur rapport et invité les Etats qui n’ont pas encore remis leur rapport à le faire rapidement.  Concernant les pays qui ne disposent pas des ressources et des compétences nécessaires dans l’élaboration de législation et mesures antiterroristes, il a invité les Etats Membres à intensifier leur coopération, saluant à cet égard les initiatives prises, entre autres, par le Secrétariat du Commonwealth, la France, l’Allemagne, l’Australie, et d’autres Etats.  Il a indiqué que les Etats-Unis ont récemment prévu 10 millions de dollars supplémentaires pour renforcer les capacités de 18 pays.  M. Powell a salué les mesures prises par le Conseil de sécurité pour intensifier la traque du réseau Al-Qaida, notamment par le biais de la résolution 1455 adoptée la semaine dernière.  Il a encouragé les échanges entre le Comité contre le terrorisme et les organisations régionales et internationales, notamment lors de la rencontre prévue le 7 mars prochain. 


M. TANG JIAXUAN, Ministre des affaires étrangères de la Chine, a déclaré que l’objectif premier de la lutte contre le terrorisme doit être le maintien de la paix et de la sécurité humaine au niveau mondial.  Nous pensons cependant que tant que des points chauds comme le Moyen-Orient, l’Iraq et l’Afghanistan continueront d’exister, ils affecteront l’efficacité de la lutte contre le terrorisme et la coopération en la matière.  Il revient à la communauté internationale de créer un nouveau concept international de sécurité basé sur la sécurité mutuelle, la confiance, les bénéfices partagés, l’égalité et la coopération, de manière à créer un cadre favorable à la lutte contre le terrorisme international.  La Chine estime ensuite que la base du contre-terrorisme sera le développement international et la prospérité commune.  Là où règnent l’arriération et la pauvreté, il y a des conflits et des troubles qui eux-mêmes sont un terrain propice au terrorisme.  La pauvreté qui sévit dans de nombreux pays en développement favorise, dans ces pays, le recrutement de terroristes.  C’est quand nous aurons réussi à faciliter le développement mutuel de nos économies que nous pourrons éradiquer le fléau du terrorisme et de la violence.


En troisième lieu, la Chine pense que l’une des garanties du succès du contre-terrorisme dépendra d’un dialogue réel entre les civilisations.  Nous devons encourager tous les pays, en respectant leur histoire et leurs particularités, à se respecter et régler leurs différends de manière pacifique.  Le CCT doit continuer à évaluer et surveiller la mise en œuvre des mesures antiterroristes adoptées au niveau mondial.  Il devrait prêter attention aux capacités des pays en développement et les aider à les renforcer.  La Chine est un pays de paix, qui est cependant victime du terrorisme.  L’organisation «East Turkistan Islamic Movement», qui a eu de longs contacts avec Al-Qaida, a été mise l’année dernière sur la liste des organisations terroristes.  Elle a mené de nombreux attentats dans notre pays, notamment dans la province chinoise du Xinjiang.  Notre Gouvernement est prêt à se joindre à la lutte contre le terrorisme en faisant face aux menées de ce groupe terroriste.


M. FRANCOIS L. FALL, Ministre des affaires étrangères et de la coopération de la République de Guinée, a déclaré que les progrès que le Comité contre le terrorisme a accomplis témoignent, non seulement de sa détermination d’assumer avec efficacité et célérité les responsabilités qui lui sont dévolues, mais aussi de la volonté politique des Etats Membres de faire face à leurs obligations.  Rendant un hommage mérité à Sir Jeremy Greenstock pour son dévouement constant, sa compétence et le travail remarquable accompli à la tête du Comité, le Ministre guinéen s’est félicité de l’initiative du CCT de tenir prochainement, avec les représentants des organisations et institutions internationales, régionales et sous-régionales, une réunion spéciale qui permettra, sans nul doute, de renforcer la capacité des Etats à lutter contre le terrorisme, grâce à des actions concertées et coordonnées à tous les niveaux.


La Guinée milite en faveur de l’adoption rapide de la Convention globale contre le terrorisme et se déclare favorable à la poursuite des travaux sur l’élaboration d’un projet de convention internationale pour la répression des actes terroristes nucléaires.  Il ne fait l’ombre d’aucun doute que le Comité, à travers ses travaux, a permis de mettre en relief l’interdépendance contre le terrorisme et les autres formes de crimes organisés.  Cependant, a fait remarquer M. Fall, la tâche du Comité est loin d’être terminée car le combat contre le terrorisme est une lutte de longue haleine qui exige le renforcement des législations nationales et la ratification par les Etats des différents instruments internationaux.


Tout en réaffirmant sa ferme condamnation du terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, quelle que soit la cause que prétendent défendre leurs auteurs, le Ministre guinéen a tenu à préciser que les querelles politiques et les divergences de vues ne doivent aucunement occulter notre engagement à combattre ce mal qui affecte l’ensemble de la communauté internationale.  Le fait qu’un pays n’ait pas subi d’acte terroriste ne doit nullement le soustraire du combat que mène la communauté internationale pour son éradication.  C’est à ce titre, que la Guinée a inséré dans son code pénal des dispositions pertinentes tendant à prévenir et à réprimer toute menace ou actes terroristes.  Le Gouvernement guinéen a pris également des dispositions, en vue d’adhérer à toutes les conventions internationales relatives à la lutte contre le terrorisme auxquelles elle n’est pas encore partie.  Une procédure est déjà engagée à cet égard auprès des instances compétentes du pays.


La Guinée, a-t-il rappelé a participé, entre autres, à la Conférence extraordinaire des Ministres des affaires étrangères de l’Organisation de la Conférence islamique qui s’est tenue à Kuala Lumpur du 1er au 3 avril 2002, et à la réunion intergouvernementale de haut niveau de l’Union africaine sur le terrorisme, tenue à Alger, du 11 au 14 septembre 2002.  Le Ministre guinéen s’est dit convaincu que le succès de la lutte contre le terrorisme se mesure en nombre de vies épargnées et d’actions terroristes mises en échec.  Hélas, les attentats de Bali, de Mombasa et la prise d’otages à Moscou ont causé des pertes de vies humaines et illustrent de la nécessité de renforcer la coopération dans la lutte contre le terrorisme.  En outre, la Guinée est disposée à apporter sa contribution à la mise en œuvre des recommandations du Groupe de réflexion sur les implications du terrorisme pour les politiques de l’ONU, soumises à l’appréciation du Secrétaire général.  Toute action contre le terrorisme passe par la tolérance, le dialogue entre les civilisations et l’acceptation de nos différences dans une communauté d’intérêt.  Elle passe aussi par le règlement des conflits régionaux qui déchirent tant de pays et la recherche de solutions aux problèmes de développement.


M. MIKHAIL WEHBE (République arabe syrienne), s’exprimant au nom du Ministre syrien des affaires étrangères, a mis en garde contre la situation grave au Moyen-Orient, s’inquiétant des risques posés par une éventuelle attaque armée contre l’Iraq et soulignant les mesures prises par les Etats arabes pour trouver une solution pacifique à la crise iraquienne sur la base de la résolution 1441.  Il a souligné le rôle clef qu’ont joué les Nations Unies et le Conseil de sécurité au lendemain des attaques terroristes perpétrées contre les Etats-Unis, le 11 septembre 2001, indiquant toutefois que le terrorisme n’avait pas commencé à cette date et n’était pas terminé.  Il a mis en garde contre le risque de la politique des «deux poids deux mesures», tout en saluant le dynamisme du Comité contre le terrorisme, dont la Syrie est membre.  La communauté internationale devrait déployer des efforts collectifs pour que les causes du terrorisme ne soient pas analysées de façon superficielle.  A ce titre, M. Wehbe a souligné le lien croissant entre les armes de destruction massive et le terrorisme international, faisant observer que le Moyen-Orient vit sous la menace des armes de destruction massive.  Il a invité le Conseil de sécurité à réactiver les négociations sur une convention générale sur le terrorisme, insistant toutefois sur la nécessité de dissocier le terrorisme de la lutte légitime des peuples pour leur autodétermination.  A cet égard, il a plaidé en faveur de la tenue d’une conférence internationale chargée de définir clairement le terrorisme. 


Il a souhaité que le Moyen-Orient soit déclaré zone exempte d’armes de destruction massive, regrettant que le seul obstacle soit le refus par Israël d’adhérer au Traité de non-prolifération sous prétexte que la paix n’est pas encore conclue.  Il a invité le Conseil de sécurité à tout mettre en œuvre pour résoudre le problème de l’occupation israélienne des terres arabes et rappelé, enfin, que son pays, victime à maintes reprises d’actes terroristes, reste fermement engagé dans la lutte contre le terrorisme.


M. JUAN GABRIEL VALDES (Chili), s’exprimant au nom du Ministre chilien des affaires étrangères, a salué les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la résolution 1373 (2001) par laquelle le Conseil de sécurité a donné un élan à la coopération internationale qui s’est traduit dans la mise en place du Comité contre le terrorisme (CCT).  Cependant, ces efforts ne sont pas suffisants, a-t-il indiqué, prônant un effort concerté et intégré de la communauté internationale pour rendre le monde plus sûr.  Le travail du CCT a offert une occasion unique aux Etats Membres de créer un cadre d’action cohérent tant au niveau juridique qu’au niveau institutionnel pour lutter contre les groupes terroristes.  Il a rappelé les obligations des Etats Membres face aux dispositions de la résolution 1373 et face au CCT, avant d’assurer que le Chili est fermement engagé à préserver la paix et la sécurité internationales en luttant contre le terrorisme et pour la préservation des valeurs essentielles de l’humanité.  Le Chili a ratifié l’ensemble des douze conventions internationales relatives à la lutte contre le terrorisme, et pris une série de mesures législatives pour lutter contre le financement du terrorisme international sur son territoire. 


M. Valdes a ensuite fait état des efforts du Chili pour insuffler un élan de coopération au sein de l’Organisation des Etats américains, insistant sur la nécessité pour les Etats de s’entraider dans la lutte contre le terrorisme.  Il a poursuivi en soulignant le rôle clef des organisations régionales et sous-régionales et a placé ses espoirs dans la réunion prévue le 7 mars prochain entre ces organisations et le CCT.  Par ailleurs, la coopération entre les Etats doit aller au-delà de l’échange d’informations, avant d’inviter le Comité à agir dans trois axes: premièrement envisager des mesures concrètes devant être mises en œuvre par les Etats sur base de leurs particularités et de leur environnement régional; deuxièmement une meilleure coordination avec les organisations régionales et sous-régionales dans une dynamique intégrée; enfin, l’établissement d’un mécanisme de coopération interinstitutions pour mettre en œuvre les dispositions de la résolution 1373 et coordonner la réponse de la communauté internationale tant dans le domaine du renforcement des capacités nationales que du soutien matériel.  La déroute du terrorisme international est inévitable si tous les Etats s’engagent à lutter efficacement contre ce fléau, a-t-il conclu. 


M. DOMINIQUE DE VILLEPIN, Ministre des affaires étrangères de la France, a déclaré que les derniers attentats survenus à Bali et Mombasa avaient confirmé la volonté des terroristes à briser des vies humaines.  Beaucoup a été fait depuis le 11 septembre 2001 en matière de lutte contre le terrorisme, et nous pensons notamment aux Nations Unies et au rôle essentiel du Conseil de sécurité.  Nous pensons également au G-8, et à ses travaux, sur la prolifération ou sur la lutte contre le financement du terrorisme.  Cependant, beaucoup reste à faire, le terrorisme étant en mutation constante.  Nous devons renforcer la mobilisation de la communauté internationale dans son ensemble. 

Les Nations Unies peuvent et doivent jouer un rôle majeur dans cette nouvelle impulsion.  Parce qu’elles ont une vocation universelle, elles doivent être au centre de nos efforts, en nous concentrant de manière pragmatique sur les domaines dans lesquels l'ONU peut mieux que d’autres, apporter sa contribution.  En vue d’aider les pays du Sud à renforcer leurs dispositifs nationaux de lutte contre le terrorisme, la France propose la création d’un fonds de coopération et d’assistance au sein des Nations Unies, qui serait doté de ressources propres et qui serait articulé avec les institutions financières internationales.


Cependant, la France pense que nous ne serons efficaces qui si nous mobilisons tous les instruments à notre disposition, dont ceux créés au sein du G-8, du Groupe d’action financière sur le blanchiment des capitaux (GAFI), ainsi que dans d’autres institutions, dont le FMI.  Au titre de sa présidence du G-8, notre pays entend donner un élan décisif au Partenariat global contre la prolifération des armes de destruction massive, adopté au Sommet de Kananaskis.  Il est temps de lutter contre le rapprochement du terrorisme international et des autres menaces: prolifération des armes de destruction massive, trafic d'armes, financement illégal.  La France entend empêcher que des groupes terroristes utilisent les sources radioactives disséminées dans le monde pour réaliser des «bombes sales».  Elle fera des propositions concrètes sur cette question.  Le terrorisme se nourrit de l'injustice.  Un modèle de développement équitable est donc nécessaire pour l'éradiquer définitivement.  Nous devons travailler sans relâche au règlement des crises, en Iraq, en Corée du Nord et tout particulièrement au Proche-Orient, noyau des crises dans la région et dans le monde.  Il est donc essentiel de replacer le développement au centre de nos préoccupations et il est nécessaire de favoriser, au-delà des différences, le dialogue des cultures.  Les Nations Unies ont, à cet égard, un rôle irremplaçable.


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