![]() | Communiqué de presse AG/EF/453 |
Deuxième Commission
25ème & 26ème séances – matin & après-midi 5 novembre 2003
DEUXIEME COMMISSION: DEBAT EN COURS
QUESTIONS DE POLITIQUE MACROECONOMIQUE
Suite et fin du débat général
Mme FERNANDE AFIAVI HOUNGBEDJI (Bénin) a souligné l’impact que pourrait avoir la suppression des subventions internes et des subventions à l’exportation sur les économies des pays d’Afrique de l’Ouest et du Centre. Elle a expliqué que l’Initiative sur le coton ne vise pas l’octroi de faveurs particulières, mais le rétablissement d’une certaine équité dans le système commercial mondial. Le coton, a-t-elle indiqué, joue un rôle essentiel dans la réduction de la pauvreté dans les pays de l’Afrique occidentale et centrale. En 2001, la production du coton au Bénin, au Burkina Faso, au Mali et au Tchad représentait 5 à 10% du produit intérieur brut et près de 30% des recettes d’exportations totales de ces quatre pays. Plus de dix millions de personnes vivant en Afrique de l’Ouest et du Centre dépendent directement de la production cotonnière, et plusieurs autres millions sont affectés de manière indirecte par les distorsions des prix sur le marché mondial.
La représentante a présenté l’élimination totale du soutien à la production et à l’exportation du coton comme la seule et unique mesure qui puisse permettre à la culture du coton de développer pleinement son potentiel, notamment en augmentant sa contribution à la réduction de la pauvreté. Elle a préconisé que les ajustements nécessaires s’étalent sur une période relativement courte de 3 ans, allant de 2004 à 2006, sur la base d’une diminution graduelle des subventions de l’ordre de 33% par an. Cela permettrait d’éliminer ces subventions en trois ans et de rétablir ainsi la liberté du marché en ce qui concerne le commerce international du coton. La résolution du problème du coton interpelle la communauté internationale. C’est un cas pratique qui lui permettrait de montrer sa volonté de mettre en œuvre les engagements de Doha. C’est aussi un exemple concret que donnent les pays les moins avancés en ce qui concerne leur volonté de participer activement à l’instauration de la justice et de l’équité dans le commerce international.
Mme IRENA ZUBCEVIC (Croatie) a souligné que les pays à économie en transition rencontrent des difficultés particulières pour parvenir au développement durable. La transformation de leurs économies, a-t-elle dit, a été accompagnée par une profonde récession qui a montré la nécessité de réformes drastiques. Dans cette optique, le secteur privé est perçu comme la base de la croissance économique. Dans le cadre des initiatives de libre-échange prises avec les pays voisins, la Croatie a privatisé 80% de son industrie. Notre pays, a poursuivi la représentante, doit continuer d’améliorer ses capacités afin de devenir compétitif sur le marché européen. Aujourd’hui, en effet, les questions de transition sont devenues des questions paneuropéennes, car le développement des pays à économie en transition a un impact direct sur l’élargissement de l’Union européenne. La Croatie, a encore expliqué la représentante, participe à différentes initiatives régionales, dans le cadre desquelles des mesures sont prises pour améliorer les flux d’investissements nécessaires à la relance de l’économie régionale. La représentante a conclu en soulignant que les efforts nationaux et régionaux doivent s’accompagner d’efforts internationaux. Elle a donc préconisé le renforcement de la cohérence entre les fonds et les programmes de l’ONU; la reconnaissance d’un lien inextricable entre les Objectifs de développement du Millénaire (ODM) et le Consensus de Monterrey; et l’établissement de relations de travail étroites entre l’ONU, d’une part, et les institutions de Bretton Woods et l’Organisation mondiale du commerce (OMC), d’autre part.
L’archevêque CELESTINO MIGLIORE (Saint-Siège) a préconisé un système commercial international juste et équitable pour tous. Il a estimé qu’un accès équitable aux marchés est indispensable pour les plus démunis. Mais l’économie de marché ne résout pas tout, a-t-il prévenu. Des liens doivent être établis en l’action des gouvernements et les marchés. Les règles du commerce international ne doivent pas faire obstacles à la capacité des gouvernements à prendre les mesures qui s’imposent dans le domaine social. L’Observateur du Saint-Siège a regretté que les revendications des pays en développement en matière de suppression des subventions agricoles n’aient pas été entendues. Il faut, a-t-il insisté, que l’on renonce aux intérêts de groupes, qui sont essentiellement égoïstes. Il a souhaité que les barrières commerciales tarifaires et non tarifaires puissent être supprimées pour que le commerce international profite à tous.
M. ITTIPORN BOONPRACONG (Thaïlande) a souligné que les échanges internationaux sont le moteur de la croissance économique et du développement durable de son pays. Pour tirer le meilleur parti de ces échanges, a-t-il reconnu, la Thaïlande doit renforcer ses capacités de production et libéraliser sa politique. Dans ce contexte, il a exhorté les Etats membres à appuyer le rôle de la Conférence des Nations Unies sur le commerce et le développement (CNUCED). Cette dernière, a-t-il insisté, fournit aux Etats une enceinte où peut être promue la convergence des politiques et au sein de laquelle peut être favorisée l’intégration des pays dans l’économie mondiale. La Thaïlande, a-t-il dit, invite tous les Etats Membres à appuyer l’Institut international pour le commerce et le développement établi en 2000 à Bangkok, par la CNUCED et le Gouvernement thaïlandais après la CNUCED X. L’Institut, a-t-il expliqué, est un centre de formation régionale pour le renforcement des capacités et l’assistance technique, en particulier dans la conduite de la politique économique internationale, les négociations commerciales, et la mise en œuvre des dispositions de l’OMC. Le représentant a ensuite souligné l’importance à la coopération régionale et bilatérale avant de donner le détail de la onzième réunion du Caucus économique de la région d’Asie-Pacifique (APEC) qui s’est tenue à Bangkok, les 20 et 21 octobre et qui a abouti à l’adoption de la Déclaration de Bangkok. Cette Déclaration appelle à la reprise ces négociations commerciales internationales sur la base du texte dit «de Derbez», présenté à Cancùn le 13 septembre dernier par M. Luis Ernesto Derbez, Ministre des affaires étrangères du Mexique, à l’issue de la cinquième réunion ministérielle de l’OMC, a encore indiqué le représentant.
M. JUVENAL (Mozambique) a, en commentant le rapport du Secrétaire général sur le commerce et le développement, regretté le manque de volonté politique des pays développés à mettre en œuvre les engagements pris lors des grandes conférences des Nations Unies au cours de la dernière décennie. Depuis les négociations ayant abouti au lancement du Cycle de Doha, a-t-il regretté, peu de progrès ont été réalisés. Il s’est inquiété de l’impact de certaines contraintes structurelles, comme la dépendance des pays africains envers quelques produits de base, ou l’accès limité des exploitants agricoles au crédit. Il a souligné la nécessité d’une augmentation conséquente de l’aide publique au développement (APD) pour soutenir les capacités de production et d’exportation des pays en développement. Il a présenté le Nouveau Partenariat pour le développement de l’Afrique (NEPAD) comme une stratégie de développement visant à favoriser l’intégration régionale dans l’intérêt du développement de l’Afrique. Il faut appuyer le secteur privé et le commerce, comme moteurs du développement, à condition de mettre les préoccupations des pays en développement au cœur du programme de travail de l’OMC, a-t-il estimé.
M. NATAMA (Burkina Faso) a regretté que, dans les pays africains, l’agriculture continue d’afficher un bilan qui se situe en dessous des attentes légitimes. Les faibles performances de l’agriculture sont imputables à des difficultés endogènes mais aussi à d’importants facteurs extérieurs. En effet, a-t-il expliqué, les économies doivent opérer dans un environnement extérieur de plus en plus compétitif. Le rapport 2002 de la FAO, a-t-il fait observer, démontre la marginalisation de pays comme le Burkina Faso dans le commerce agricole international. Ce rapport indique aussi l’impact négatif des fluctuations des prix des produits agricoles. Malgré ces aléas, le représentant s’est dit convaincu que le développement soutenu de l’agriculture demeure la clef du développement économique. Il a donc plaidé pour l’accès aux marchés mondiaux en soulignant que jusqu’ici l’application de l’Accord sur l’agriculture conclu dans le cadre du Cycle de l’Uruguay n’avait apporté aucune amélioration, compte tenu de l’existence des crêtes tarifaires, de la progressivité des droits de douanes, et des normes sanitaires et phytosanitaires. La déception est grande après Cancùn, mais il faut espérer que le devoir de solidarité finira par prévaloir, a dit le représentant. Il a donc souhaité que les futures négociations se traduisent par une amélioration de l’accès aux marchés, en particulier pour les produits ayant un fort potentiel de croissance comme le coton.
Des pays comme le Burkina Faso, a-t-il dit, disposent d’un avantage comparatif net dans ce domaine. Mais leurs performances sont annihilées par les pratiques déloyales des pays d’Amérique, d’Asie, et d’Europe, qui poursuivent leurs politiques de subventions. En 2001, les pays riches ont consacré six fois plus de fonds aux subventions qu’à l’aide au développement, a rappelé le représentant en soulignant que c’est à cause de tels agissements, que le prix du coton a baissé de 50% environ, en atteignant en 2001-2002, son niveau le plus bas depuis une trentaine d’années. Pour le Burkina Faso, le coton est une source d’emplois, de revenus, de recettes publiques et de revenus à l’exportation. Son commerce représente 10% du PNB, mais à causes des distorsions du marché, le pays a perdu 1% de son PIB et 12% de ses recettes d’exportations. La frustration est d’autant plus forte, a dit le représentant, que le Burkina Faso a entrepris les réformes encouragées par la communauté internationale. Les revendications du Burkina Faso, a-t-il précisé, ne sont donc pas des demandes de faveurs, mais sont un appel au respect de normes internationales imposées par ceux là même qui les violent aujourd’hui. Nous voulons un système commercial libre et honnête et non faussé par ses propres concepteurs, a dit le représentant en appelant au respect des règles du jeu, à l’application intégrale des Accords issus du Cycle de l’Uruguay, et à l’accélération du Cycle de Doha.