23/09/03
Communiqué de presse
AG/1411



Assemblée générale

9e séance plénière – après-midi


ASSEMBLEE GENERALE (DEBAT EN COURS)


Déclarations


Mme VAIRA VIKE-FREIBERGA, Présidente de la Lettonie, s’est félicitée que la population de son pays ait décidé par voie de référendum le 20 septembre dernier de devenir membre de l’Union européenne.  Elle a expliqué que la Lettonie et ses voisins baltes ont fait l’expérience, après 50 ans de totalitarisme sous les régimes nazi et soviétique, du rétablissement d’une société démocratique et d’une économie de marché fonctionnelle qui se sont avérées possibles à court terme.  En ce qui concerne la situation au Moyen-Orient, elle a regretté que le principal problème de l’humanité réside dans sa propension à la violence, en estimant que l’application de la Feuille de route était le meilleur moyen d’arriver à une paix entre Israël et la Palestine.  Notant la division de la communauté internationale sur le bien fondé d’actions préventives à l’encontre d’États suspectés de soutenir le terrorisme, elle a déclaré que les opérations militaires menées contre des régimes répressifs en Afghanistan et en Iraq méritaient aujourd’hui d’être relayées par des efforts internationaux en direction de la reconstruction des sociétés et économies de ces pays. 


S’agissant de la pauvreté dans le monde, elle a exhorté la communauté internationale à réduire les différences entre les riches et les pauvres.  Relevant que 70% des pauvres vivent dans des zones rurales, elle a insisté sur la nécessité de promouvoir des communautés agricoles viables.  Précisant que la pauvreté était également un terrain fertile pour l’esclavage et les trafics humains, elle a appelé les Nations Unies à tout mettre en œuvre afin de mettre un terme à l’esclavage partout dans le monde, alors que l’on estime que 27 millions de gens sont encore vendus, tenus en captivité, brutalisés ou exploités à des fins pécuniaires au début du XXIè siècle.  En conclusion, la Présidente a rappelé que le nombre d’Etats Membres des Nations Unies avait été multiplié par quatre depuis la création de l’Organisation qui a été témoin de la fin du colonialisme européen et de l’Apartheid.  Dans ce contexte, elle a souligné la nécessite d’une réforme du système des Nations Unies pour s’adapter aux nouvelles réalités, et notamment de la composition du Conseil de sécurité dans un souci de crédibilité de l’Organisation.  


M. NICANOR DUARTE FRUTOS, Président du Paraguay, a réclamé une interdépendance authentique fondée sur la solidarité et la paix durable.  Pendant trop longtemps, a-t-il rappelé, l’Amérique latine s’est trouvée en marge de l’histoire, confinée qu’elle était dans un rôle de pourvoyeur de main d’œuvre bon marché et de matières premières.  Cette région a aussi été victime du capital transnational qui a déboulonné des gouvernements, provoqué des guerres entre pays de la région et dilapider les ressources de ces mêmes pays.  Nous ne sommes pas ici pour nous plaindre, a affirmé le Président, mais pour exprimer la volonté de travailler ensemble pour la dignité des populations les plus pauvres.  L’Amérique latine doit faire partie du monde; d’un monde multipolaire où les cultures s’enrichissent mutuellement.  Désormais, il faut que toutes les richesses soient utilisées pour la prospérité et la paix afin d’éviter le terrible fléau des conflits.  Parlant de sa politique intérieure, le Président a indiqué que son pays est en train de déployer un effort considérable pour rétablir la confiance des communautés nationale et internationale afin d’attirer les investisseurs et assurer la présence des produits locaux sur les marchés mondiaux. 


Le pays a connu de longues années d’angoisse en raison de sa dette extérieure.  Aujourd’hui pourtant, il est capable de réaffecter une grande partie de son budget aux secteurs sociaux.  Il s’agit aussi, a poursuivi le Président, d’impliquer tous les citoyens au processus de prise de décisions.  Plaidant pour une mondialisation économique mais aussi technologique, le Président a, par ailleurs, estimé que les désavantages géographiques de son pays sont en fait un atout qui pousse son peuple à la créativité et à l’esprit d’entreprise.  Il a donc fait appel à la solidarité internationale afin d’exécuter le Plan d’action d’Almaty relatif aux pays en développement sans littoral.  L’inégalité n’est pas morale, a asséné le Président en arguant que sans exemple moral de la part des gouvernants, il ne sera pas possible d’avancer sur la voie d’une démocratie appréciée par les peuples.  Notre monde en crise nécessite de l’humanisme pas de l’humanitarisme, de la solidarité pas de la charité. 


L’appauvrissement d’une grande partie de l’humanité constitue un risque pour l’économie mondiale, a-t-il dit, en imputant néanmoins une partie de cet appauvrissement à la corruption et à l’impunité des élites nationales.  Sans une conscience éthique et un désir dans les pays développés de renoncer aux mesquineries historiques, le monde que nous laisseront à nos enfants ne vaudra pas la peine d’y vivre, a prévenu le Président.  Dans divers points de la planète, a-t-il poursuivi, la course tragique aux armements vient compléter la tragédie de la pauvreté.  Il faut mettre un terme à la dialectique amie et ennemie et admettre que sans une participation pluraliste et équitable dans les décisions internationales, que sans le respect du multilatéralisme, les Nations Unies et le Conseil de sécurité ne pourront atteindre leurs nobles objectifs. 


Ayant lancé cet avertissement, le Président a défendu l’accession du Brésil au Conseil de sécurité comme membre permanent qui, a-t-il affirmé, concrétisera les intérêts légitimes de la région.  Il a aussi appuyé les efforts de la République de Chine à Taiwan pour devenir membre de l’ONU.  Plaidant, une nouvelle fois, pour que l’éthique de la fraternité et du respect mutuel deviennent les normes de la communauté internationale, le Président a condamné le terrorisme, en particulier l’attentat perpétré le 19 août dernier à Bagdad, contre le Siège de l’ONU.  Il a fait part des efforts de son pays dans le cadre de la lutte contre le crime organisé et le blanchiment d’argent avant d’appeler à un nouvel ordre mondial humain, solidaire et responsable susceptible de conduire au développement, aux progrès et au bien-être de tous les peuples de la terre.


M. HAMID KARZAI, Président de l’Afghanistan, a déclaré que beaucoup de choses avaient changé dans son pays en deux ans et que rien n’était plus satisfaisant que d’observer la participation active du peuple afghan au processus de consultation publique en vue de la rédaction d’une nouvelle constitution.  Le peuple afghan souhaite voir l’émergence d’un Etat moderne unitaire attaché aux valeurs de l’Islam et préservant la paix et l’unité nationales, un Etat qui garantisse la sécurité de tous ses citoyens, respecte la justice et la primauté du droit et se prononce en faveur de la prospérité.  Comme dans toute société se relevant d’une guerre, le besoin de sécurité et la nécessité de lutter contre la menace des groupes armés sont cruciaux.  C’est pourquoi, a poursuivi M. Karzaï, notre peuple souhaite l’établissement d’institutions nationales véritablement compétentes, notamment en ce qui concerne l’armée et la police.  Les Afghans veulent des institutions étatiques professionnelles et représentatives ainsi qu’une administration efficace et exempte de corruption.  Se félicitant des progrès accomplis par son pays depuis la dernière Assemblée générale, M. Karzaï a particulièrement insisté sur la stabilité et la paix qui règnent désormais dans son pays.  Il a notamment salué le travail de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) ainsi que la décision de l’OTAN d’en reprendre le commandement à Kaboul.  Le peuple afghan apprécie également les efforts déployés par les équipes de reconstruction provinciales soutenues par la coalition des Etats Membres.


M. Karzaï a néanmoins reconnu que la sécurité du peuple afghan constitue une responsabilité qui incombe à son gouvernement et a souligné les efforts déjà entrepris pour restructurer les institutions, en particulier le ministère de la défense.  Cette étape permet d’accélérer la mise en place d’un programme national de désarmement, de démobilisation et de réintégration qui sera lancé à la mi-octobre avec l’assistance du Japon.  Le projet de constitution sera quant à lui soumis à l’approbation de la Loya Jirga en décembre, a précisé M. Karzaï, qui s’est ensuite félicité des 30% de croissance économique qu’a connu son pays en 2002.  Nous sommes engagés à faire régner dans notre pays une économie de marché et, comme jamais auparavant, l’Afghanistan est désormais un pays ouvert au commerce, a-t-il affirmé. 


La lutte contre la production et le trafic de narcotiques poursuit, a indiqué M. Karzaï.  Il y a un lien direct entre les narcotiques et le terrorisme qui représentent tous deux des défis transnationaux et requièrent une action régionale et internationale dans l’esprit d’un véritable partenariat.  L’Afghanistan est déterminé à construire des relations amicales, civiles et constructives avec tous les pays du monde et continuera d’entretenir des relations sincères avec le Pakistan et tous ses voisins, notamment dans la lutte contre le terrorisme, a annoncé le Président.  La crise afghane est peut-être passée mais la menace du terrorisme demeure réelle.  Les terroristes souhaitent détruire l’Afghanistan, Etat profondément religieux qui a l’extrémisme en aversion, a-t-il affirmé, avant d’inviter les gouvernements à cesser d’utiliser les extrémistes comme un outil politique. 


M. VLADIMIR VORONIN, Président de la République de Moldova, a tout d’abord salué les progrès réalisés pour faire en sorte que la pauvreté, l’oppression, le terrorisme et les catastrophes économiques fassent l’objet d’une attention prioritaire.  Cependant, malgré la mobilisation des forces de toutes les nations, il a constaté que l’humanité restait plus que jamais vulnérable face aux crises ou aux désastres.  Pour y faire face, il a tout d’abord insisté sur le rôle important que doit jouer le Conseil de sécurité et s’est associé à l’idée de le rendre plus représentatif en augmentant de manière raisonnable le nombre des sièges permanents et non permanents.  M. Voronin a souligné qu’une réforme du Conseil de sécurité permettrait d’assurer un plus haut degré de représentation géographique équitable et de refléter les intérêts de tous les groupes régionaux.  Il a encouragé tous les Etats Membres à associer leurs efforts afin de parvenir à une décision définitive.  M. Voronin a ensuite exprimé son soutien au renforcement du rôle de l’Assemblée générale en tant qu’organe délibérant le plus représentatif des Nations Unies.  Toujours dans le cadre de ces réformes, il a ensuite plaidé pour une consolidation de la capacité du Conseil économique et social (ECOSOC) en tant que coordonnateur des fonds et programmes des Nations Unies.  M. Voronin s’est dit convaincu que les développements futurs des institutions et structures de l’Organisation des Nations Unies constitueront la meilleure preuve de viabilité des principes qui la sous-tendent.


M. GUILLERMO FLORES PEREZ, Président d’El Salvador, a rappelé que onze années se sont déroulées depuis la signature de l’Accord de paix historique qui a mis fin à un conflit armé qui a détruit son pays pendant plus d’une décennie.  Nous sommes aussi un pays frappé par la nature.  Toutes les générations de Salvadoriens ont du reconstruire leurs vies.  El Salvador est en outre entièrement dépendant de l’agriculture, des fluctuations du prix du café et du sucre, qui déterminent les possibilités de développement.  Pauvre, petit, surpeuplé, endetté et tributaire de l’agriculture, El Salvador, il y a à peine douze ans, ne semblait avoir aucun avenir.  En dépit des obstacles qui persistent, El Salvador envisage l’avenir avec confiance.  En douze ans à peine, nous avons considérablement réduit la pauvreté, s’est félicité M. Pérez.  Les efforts de reconstruction ont porté leurs fruits et les conditions de vie des Salvadoriens se sont considérablement améliorées.  Il y a douze, 25 % des Salvadoriens ne savaient ni lire ni écrire.  Le taux est aujourd’hui de 13%.  Nous sommes aujourd’hui le troisième pays latino américain en matière d’exportation et nous avons petit à petit réduit le déficit budgétaire ainsi que le taux d’inflation. 


El Salvador, a poursuivi le Président, a non seulement découvert les moyens de régler ses conflits violents mais également de lutter contre la pauvreté.  Ces méthodes reposent sur des principes universellement reconnus et sur deux objectifs importants qui sont d’apprendre à vivre et de comprendre pourquoi nous vivons, a-t-il affirmé.  En nous trouvant dans une impasse, nous avons dû repenser à notre destin sur la base de la foi et la volonté.  Le principe fondamental sur lequel nous nous sommes construit est, que chaque Salvadorien devait avoir accès à la vérité et être en mesure de s’exprimer librement.  Nous avons décidé qu’il fallait faire valoir les valeurs de la liberté et de la justice.  En conclusion, M. Pérez a réaffirmé la nécessité d’agir contre le terrorisme qui est une négation de toutes les valeurs partagées par l’humanité et a lancé un appel pour une reformulation et une restructuration de l’ONU pour que cette dernière atteigne les objectifs pour lesquels elle a été créée. 


M. ALFONSO PORTILLO CABRERA, Président de la République du Guatemala, a évoqué les difficultés de son pays pour faire face aux nouveaux défis du XXIè siècle comme l’intégration dans un monde globalisé, la construction de la paix et de la justice ainsi que la consolidation d’une démocratie qui soit compatible avec la bonne gouvernance.  Il s’est félicité des Accords de paix conclus au Guatemala en 1996 sous les auspices des Nations Unies, qui ont permis au pays d’établir un véritable programme pour la démocratisation en jetant de nouvelles bases de coexistence entre les Guatémaltèques.


Parmi les progrès réalisés par son pays depuis 1996, il a cité la modernisation du secteur bancaire, celle du code du travail, l’amélioration de la situation des travailleurs des zones rurales et des services de santé, ce qui a notamment permis de réduire la mortalité infantile et maternelle ainsi que la malnutrition.  Malgré ces progrès, le Président Cabrera a regretté que beaucoup reste à faire compte tenu d’un environnement économique défavorable.  Il a également souligné les efforts en matière de réconciliation des anciens belligérants d’un conflit qui a marqué le Guatemala pendant près de 40 ans.  A cet égard, il a particulièrement évoqué le programme national de réparation entrepris afin de dédommager les familles de 200 000 victimes, principalement autochtones.


S’agissant des attentes de son pays en matière internationale, M. Cabrera a souhaité que l’Organisation des Nations Unies puisse s’adapter aux exigences de la mondialisation et que le Conseil de sécurité soit réformé afin d’être plus représentatif.  Il a réitéré l’opposition de son pays à toute forme de terrorisme et a formé le vœu d’un renforcement des capacités des Nations Unies en matière de prévention des conflits.  Enfin, il a souhaité que l’on donne la plus grande des priorités aux impératifs du développement, en regrettant le manque de résultat lors des négociations commerciales de Cancún. 


En outre, il a évoqué le problème de l’immigration, notamment clandestine, et la nécessité pour les Etats Membres d’assurer les droits de leurs enfants.  En ce qui concerne l’Iraq, il a souhaité que ce pays retrouve sa souveraineté le plus rapidement possible et que l’ordre et la loi y soient restaurés.  Il a également souhaité que les 23 millions d’habitants de Taiwan puissent être représentés dans des organisations internationales, dont les Nations Unies.  Pour ce qui est du différend territorial qui oppose son pays au Belize, il a assuré qu’il mettrait tout en œuvre pour le régler de manière pacifique dans le cadre de l’Organisation des Etats américains.