19/09/2001
Communiqué de presse
SG/SM/7964



TRANSCRIPTION DE LA CONFÉRENCE DE PRESSE TENUE AUJOURD’HUI À NEW YORK, PAR LE PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE FRANÇAISE, M. JACQUES CHIRAC ET LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL DE l’ONU M. KOFI ANNAN


Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Mesdames, Messieurs, bonjour. Je vois que nous sommes au grand complet ici. C’est rare, il faut que ce soit le Président Jacques Chirac pour que vous vous soyez tous déplacés comme cela.


Le Président et moi-même avons eu un déjeuner de travail très productif. Nous avons parlé de la lutte contre le terrorisme et de la nécessité pour toutes les nations du monde d’unir leurs forces pour lutter contre ce fléau. Nous avons également parlé de la nécessité de s’attaquer à la question d’une façon permettant de maintenir l’unité qui s’est manifestée le 11 septembre, lorsque l’attaque a été condamnée par toutes les sociétés et tout le monde. Bien sûr, nous sommes tous conscients du fait que si c’est arrivé ici, cela peut se produire n’importe où dans le monde. Nous devons unir nos efforts pour lutter contre ce fléau, et nous fonder sur les résolutions du Conseil de sécurité et de l’Assemblée générale. Nous devons faire en sorte de ne pas mettre en cause les musulmans ou les populations de la région, mais simplement les auteurs des crimes.


Nous avons également parlé d’autres questions, telles que le processus de paix au Moyen-Orient, la situation dans l’ex-République yougoslave de Macédoine et les conflits en Afrique, en particulier au Congo.


Le Président Chirac : Je voudrais d’abord remercier le Secrétaire général. Chacun sait le respect et l’estime que nous portons à l’institution et à son chef, et je voudrais lui dire ma gratitude pour l’accueil qu’il nous a réservé et l’intérêt que j’ai eu à évoquer l’ensemble des principaux problèmes qui se posent au monde d’aujourd’hui avec lui.


Par ailleurs, je suis venu ici et j’ai eu l’occasion hier de rencontrer le Président Bush et de faire avec lui le point, notamment – bien entendu mais pas seulement – sur la situation au lendemain de cet épouvantable attentat qui a à la fois choqué et révolté le monde entier. Et puis, nous avons évoqué les autres problèmes. J’ai souhaité à cette occasion dire au Président Bush – d’abord la solidarité de la France, cela va de soi – mais aussi sa détermination à participer à cette lutte contre le terrorisme qui doit aujourd’hui prendre une ampleur et une priorité nouvelles, et aussi sa disponibilité à discuter avec l’ensemble des États et notamment les États-Unis, des modalités les mieux adaptées pour éradiquer le terrorisme de la planète.


Ce matin, c’est avec une très forte émotion que je suis allé saluer le maire de New York, visiter avec lui les installations et le «headquarters». J’ai également survolé l’endroit qui a été attaqué. Voilà ce que j’ai fait. Je suis heureux d’avoir cette occasion, avec le Secrétaire général, de répondre aux questions que vous souhaiteriez lui poser pour ce qui le concerne, ou à moi pour ce qui me concerne.


Question (interprétation de l’anglais) : Monsieur le Secrétaire général et Monsieur le Président, l’un des problèmes les plus graves qui restent, c’est de savoir si le Conseil de sécurité va devoir accorder une autorisation pour toute action éventuelle qui sera prise par les États-Unis. J’aimerais que le Président nous indique s’il pense qu’une telle autorisation est nécessaire. Je voulais également savoir, Monsieur le Secrétaire général – étant donné que vous avez dit que vous étiez préoccupé de voir si cette coalition allait tenir et que vous souhaitiez que tout soit fait d’une façon permettant de maintenir l’unité qui s’est déjà manifestée – si vous aviez des idées concrètes à ce sujet.


Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Permettez-moi de dire tout d’abord que le Conseil de sécurité a agi très rapidement et a adopté une résolution sur cette question. Non seulement le Conseil a agi promptement, mais la décision a été prise à l’unanimité. Le Conseil de sécurité a joué des rôles importants par le passé, par exemple lors de la guerre du Golfe et dans d’autres situations. À mon avis, ce qui est important, c’est que la coalition soit aussi vaste que possible et comprenne tous les pays – en tout cas le plus grand nombre de pays possible – car il s’agit d’une question qui nous concerne tous.


J’ai essayé de lancer une mise en garde contre la tendance qui est apparue dans certains milieux – des milieux restreints – qui pourrait diviser la communauté internationale : montrer du doigt les musulmans, les gens du Moyen-Orient ou les personnes à la peau foncée. Aujourd’hui, les sociétés sont multiculturelles, et si on décide de pourchasser des individus, nous allons diviser nos propres sociétés, que ce soit ici, en France, en Suède ou en Angleterre. En plus, il y aura un conflit entre le monde musulman et le monde non musulman, ce qui n’a rien à voir. Nous devons nous axer sur les auteurs des crimes, et mettre sur pied une vaste coalition de nations prêtes à lutter contre le terrorisme, et je crois que le Conseil de sécurité et l’Assemblée générale nous ont donné les fondements nous permettant de poursuivre cette action.


Le Président Chirac : Je partage tout à fait le point de vue du Secrétaire général. J’ai donc peu de choses à ajouter. Je rappelle, c’est vrai, que le Conseil de sécurité s’est prononcé, très vite, à l’unanimité et, vous me permettrez de l’ajouter, sur l’initiative de la France.


Mais au-delà de cet aspect particulier des choses, je voudrais souligner que la lutte contre le terrorisme est à l’évidence devenue une priorité absolue dans le monde d’aujourd’hui. La capacité de certains groupes fondamentalistes, terroristes et fanatiques à utiliser à la fois les technologies les plus modernes, et aussi toutes les facilités que donnent les régimes démocratiques, fait qu’il y a là un danger dont nous devons prendre conscience, et qui exige un rassemblement de l’ensemble des peuples et des nations qui reconnaissent certaines valeurs de la dignité humaine. Cela suppose un renforcement considérable des moyens mis en oeuvre de façon collective et sur la longue durée, dans le domaine de la police, de la justice, du renseignement, etc., et que tout ceci ne pourra se faire de façon efficace que dans un contexte international accepté. De ce point de vue, il faut bien reconnaître que l’ONU est la meilleure instance capable de rassembler les énergies, de les coordonner, et de mettre en oeuvre des politiques.   


L’ONU a déjà beaucoup fait; il y a déjà une douzaine de conventions internationales contre le terrorisme qui ont été mises en oeuvre par l’ONU, mais c’est encore très insuffisant. Quoique, aujourd’hui, on comprend que c’est dans ce forum que l’on peut mobiliser le mieux les énergies pour lutter, pour éradiquer le terrorisme par tous les moyens conformes à nos valeurs, naturellement.


J’ajoute un dernier point. Je partage naturellement sans réserve le point de vue du Secrétaire général. Il ne faut surtout pas confondre ces groupes fondamentalistes, terroristes et fanatiques avec le monde arabe ou le monde musulman. Ce serait une erreur capitale, ce serait profondément injuste, et ce serait surtout tomber dans le piège que précisément les terroristes nous tendent, eux qui souhaiteraient voir intervenir ce que quelqu’un a appelé le « choc des civilisations », et qui est le monde de l’absurde.


Question : Le Président Bush parle d’une guerre. Si les États-Unis décidaient une riposte militaire à ce terrorisme dans le cadre de ce combat, que fera la France?


Le Président Chirac : Le combat contre le terrorisme est effectivement une forme moderne encore inconnue de la guerre. Alors, qu’on l’appelle guerre, conflit, lutte, peu importe, mais c’est la réalité. La riposte des États-Unis, si je comprends bien, est actuellement en cours de définition. Elle devra naturellement être à la fois adaptée et efficace. Et tel est bien, m’a-t-il semblé, le sentiment du Président George Bush en tout cas tel que je l’ai compris lors de nos entretiens d’hier.


La France, je peux vous le dire, ne restera pas à l’écart d’un combat contre un fléau qui défie toutes les démocraties : aujourd’hui, hélas, New York a été dramatiquement atteint, mais demain, ce peut être Paris, Berlin ou Londres. Alors bien entendu, la France déterminera les modalités et la nature de sa contribution après – ce qui est normal – avoir fait son évaluation et après s’être concertée avec les autres Européens et avec les Américains, cela va de soi – c’est-à-dire avec tous ses partenaires. Mais, je le répète une fois de plus, l’action à mener va très au-delà d’une riposte militaire, même si celle-ci est nécessaire : c’est la mise en oeuvre d’une véritable action coordonnée sur le long terme pour éradiquer le terrorisme.


Question (interprétation de l’anglais) : Puisque vous êtes présent parmi nous aujourd’hui, et compte tenu de l’importante communauté musulmane de la France, quelles mesures ont été prises par le Gouvernement pour garantir qu’aucune mesure de représailles ne sera prise de la part des citoyens français, comme cela s’est déjà produit ici, aux États-Unis, dans certains endroits?


Le Président Chirac : La France a effectivement une importante communauté musulmane, qui représente entre 4 et 5 millions de personnes – probablement 4,5 millions environ – dont beaucoup sont originaires d’Afrique du Nord. Je peux vous dire qu’en France, la réaction condamnant de la façon la plus totale les attentats contre New York et Washington a été unanime – chez les musulmans, chez les chrétiens, chez les juifs, chez ceux qui ne sont rien, elle a été unanime.


Vous savez, il y a eu quelque chose d’intéressant : un sondage a été fait il y a trois ou quatre jours en France par un important institut de sondage, d’où il ressortait que 96 % des Français étaient solidaires des États-Unis – je n’ai pas souvenir d’une telle cohésion nationale… si bien que ce n’est pas un problème chez nous de musulmans ou de non-musulmans. D’ailleurs, dans toutes les villes de France, il y a eu des manifestations oecuméniques où étaient ensemble les représentants des cultes musulman, chrétien, juif, orthodoxe. Cela a été absolument unanime. Donc, dans l’état actuel des choses, nous n’avons pas en France de problèmes de communautés, et je souhaite que cela reste ainsi, naturellement.


Question : La presse américaine souligne que vous êtes le premier chef d’État à venir ici aux États-Unis. Avez-vous pensé aux conséquences que cela pourrait avoir pour la France? Craignez-vous des attentats en France suite à cette visite?


Le Président Chirac : La France, hélas, n’ignore pas ce que sont les attentats : elle a été victime à plusieurs reprises d’attentats, non pas de l’ampleur de ceux qui ont visé New York et Washington, mais, tout de même, d’attentats qui ont fait un certain nombre de morts et de blessés. Les derniers ont eu lieu il y a six ans. C’est une raison de plus pour la France de se sentir solidaire de ceux qui sont aujourd’hui victimes des attentats et déterminée dans sa participation à une lutte sans merci contre les terroristes et les groupes terroristes. Nous sommes sur ce point tout à fait unanimes en France.


Question (interprétation de l’anglais) : Cette question s’adresse aux deux orateurs. Si l’on coupe la tête à Ben Laden, deux autres pousseront à sa place. La plupart des experts s’accordent à dire que le terrorisme islamiste est nourri par le fait que la plupart des nations arabes sont enlisées dans la pauvreté et la dictature et surtout par la poursuite du conflit israélo-palestinien. Ma question comprend trois volets. Premièrement, êtes-vous déçus par le fait que la réaction de M. Bush pour l’instant n’a consisté qu’à parler d’action militaire? Deuxièmement, ne pensez-vous pas que le moment est venu d’un coup de pouce important, sinon final, pour résoudre le conflit israélo-palestinien? Troisièmement, est-ce que vous avez parlé en privé au Gouvernement Bush d’une telle initiative?


Le Secrétaire général (interprétation de l’anglais) : Permettez-moi de dire que dans le cadre de la lutte contre le terrorisme, je pense que le Président a indiqué tout un éventail de mesures qui seront nécessaires si on veut vaincre le terrorisme et qui doit participer à cette lutte. En tant que parties prenantes de cette lutte, nous devrions intensifier nos efforts pour nous attaquer aux causes profondes que vous avez évoquées – à savoir les conflits, la pauvreté, l’ignorance et le racisme. Effectivement, les personnes désespérées, en plein désarroi, sont des recrues faciles pour des organisations terroristes. Je pense que c’est un fait généralement reconnu et je sais que les planificateurs à Washington en sont également conscients.


Nous avons déjà pu voir un événement positif sur le front du Moyen-Orient et je pense que tout un chacun se rend compte que nous devons agir. Je crois que les deux protagonistes et les pays qui essaient de relancer le processus de paix au Moyen-Orient sont résolus à aller de l’avant. Nous avons une évolution positive : le Président Arafat a parlé d’un cessez-le-feu inconditionnel et donné des instructions pour que la violence cesse et les Israéliens ont également donné des instructions pour un retrait de leurs forces de Djénine et d’ailleurs. Nous espérons qu’au cours des prochains jours, cela conduira à une rencontre entre le Ministre des affaires étrangères, M. Peres, et le Président Arafat, et que nous verrons ce mouvement positif s’amplifier. Mais s’attaquer aux causes profondes fait partie intégrante du processus et dans mes discussions avec Washington, nous en avons parlé.


Le Président Chirac : Je n’ai rien à ajouter à ce qu’a dit le Secrétaire général.


Question : [inaudible] international, quelles peuvent être les mesures concrètes prises par l’ONU?


Le Secrétaire général : Je crois que le Conseil de sécurité peut agir. Il est en train de discuter de quel genre de suite il faut donner aux résolutions. Les membres sont en discussion entre eux et avec les autres. Il y a même une possibilité de réunion ministérielle sur cette affaire. Mais, évidemment, maintenant, on a besoin d’actions concrètes et de coopération entre les États Membres. En plus, l’Assemblée générale est en train de discuter d’une convention contre le terrorisme. On a déjà 12 conventions et cette année, je crois qu’avec ce que l’on a vécu la semaine dernière, on doit pouvoir vraiment aller de l’avant et terminer la treizième convention, qui va couvrir tout ce dont nous sommes en train de discuter maintenant, et qui va imposer certaines obligations aux États Membres et les encourager à agir ensemble et à coopérer


Question (interprétation de l'anglais) : Aujourd'hui, nous avons eu davantage d'informations sur l'éventuelle participation de certains gouvernements pour soutenir les actes terroristes qui ont eu lieu. Certains organismes des Nations Unies remettent d'actualité des plans de réserve concernant l'Iraq.


Vous venez de Washington. Est-ce que l'Iraq est impliqué? Est-ce qu'on doit penser que l'Iraq se trouve dans la liste des gouvernements mentionnés par le Ministre américain de la justice et est-ce que le Secrétaire général remet d'actualité ces plans? Est-ce qu'il faut s'attendre à une frappe contre l'Iraq?


Question de suivi : au-delà de la rencontre entre Pérès et Arafat, ne pensez-vous pas que cette réunion est déjà dépassée par les événements? Je pense au plan Mitchell en particulier. Avez-vous quelque chose de plus concret?


Le Secrétaire général (interprétation de l'anglais) : (inaudible) Permettez-moi de vous dire que lorsque vous parlez du fait de remettre d'actualité, je ne sais pas s'il y a déjà des plans très développés et que l'on pourrait remettre d'actualité. Lorsqu'il y a une importante tragédie comme celle que nous vivons et qui a des répercussions dans le monde entier, il est prudent que l'on prenne des mesures dans différentes parties du monde pour se protéger. C'est ce que nous faisons, rien de plus, rien de moins.


Quant à la question du Moyen-Orient, je voudrais vous dire que le plan Mitchell et la réunion entre M. Pérès et le Président Arafat, qui va avoir lieu, c'est une réunion qui devrait en fin de compte aboutir à la mise en oeuvre du plan Mitchell et permettre un retour à la table de négociation. Que l'on négocie sur la base des résolutions de l'ONU, sur la base du principe de l'échange de terres contre la paix, c'est un cadre d'action qui ramène à la table de négociation, et je crois que c'est ce que tout un chacun souhaite.


Le Président Chirac : Je veux bien ajouter un mot. Premièrement, je le répète et Georges Bush l'a dit clairement hier : pas d'amalgame entre les fondamentalistes terroristes et le monde arabe ou le monde musulman. Ce serait tomber dans le piège qu'on nous tend et ce serait profondément injuste. Deuxièmement, cela veut dire que la sanction doit porter sur les terroristes identifiés et éventuellement sur les pays ou les groupes dont on a la preuve qu'ils ont apporté une aide à ces groupes terroristes identifiés. Il y a donc en quelque sorte, au-delà de la riposte américaine qui doit obéir à ces deux règles,


- et c'est bien celles qu'a rappelées le Président -, il y a une double action, celle qui consiste à identifier les groupes terroristes et à tout faire pour les neutraliser, c'est-à-dire les prendre et les remettre à la justice, tout faire pour cela; et deuxièmement, pour le permettre, mettre en oeuvre des moyens nouveaux concertés et sur la longue durée, qui concernent tous les pays, - d'où le rôle irremplaçable de l'ONU - et qui intéressent la police, la justice, l'armée naturellement, mais aussi la lutte contre l'argent sale qui finance le terrorisme, les mesures à prendre dans les domaines techniques comme l'Organisation des télécommunications, l'organisation internationale, ou l'Organisation internationale de l'aviation civile etc. Donc, il y a une politique coordonnée permettant de découvrir (inaudible) les actions des groupes terroristes, d'identifier ces groupes, et les ayant identifiés, de les neutraliser. Les neutraliser, cela veut dire les prendre et les remettre à la justice et ceci suppose une augmentation considérable à la fois de nos moyens, de notre détermination et surtout de notre cohésion, de notre concertation. Ce n'est pas le combat d'un seul pays, c'est le combat de l'ensemble de la communauté internationale, attachée aux droits de l'homme, à la dignité humaine, et qui doit se défendre contre des assassins qui, au-delà du crime, font n'importe quoi pour remettre en cause la liberté et les droits de l'homme.


Question (interprétation de l'anglais) : Est-ce que l'Iraq est impliqué? (inaudible)


Question : Vous avez survolé ce matin, en compagnie du maire de New York, les décombres, le site. J'aimerais avoir vos impressions sur l'ampleur de la destruction, puisque jusqu'à maintenant, vous aviez vu les images à la télévision. Vous les avez vus de vos propres yeux, ce matin. Quelles ont été vos impressions?


Le Président Chirac : C'est naturellement une image, mais quand on voit cela, on a envie de pleurer, en imaginant l'ensemble des hommes, des femmes, peut-être des enfants, qui ont péri et que l'on ne retrouvera pas, car ils ont été en quelque sorte désintégrés. Non seulement, on les a tués, mais on a même rendu impossible le fait de leur rendre le dernier hommage, c'est-à-dire les obsèques. Cela dépasse l'imagination. On peut remonter loin dans l'histoire, et Dieu sait que l'histoire a connu des drames humains dus à la violence ou à la bêtise, mais là, je crois qu'on a atteint des sommets. J'ajoute qu'effectivement, vous avez raison de le dire, lorsqu'on survole l'endroit, on est beaucoup plus frappé par la réalité des choses que lorsqu'on voit des photos ou un écran de télévision. Je n'avais pas moi-même réalisé combien la chose était poignante et combien on avait touché au-delà même de ce que l'on ne peut même pas qualifier, au-delà du crime, combien on avait touché le fond de la bêtise humaine.


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