26/06/2001
Communiqué de presse
conf. de presse



                                                            26 juin 2001


CONFERENCE DE PRESSE DU MINISTRE DE LA SANTE DE LA FRANCE SUR LE PROJET DE SOLIDARITE HOSPITALIERE AVEC LES PAYS DU SUD ELABORE PAR 5 PAYS DE L’UNION EUROPEENNE


“Nous sommes tous favorables au développement, nous sommes tous favorables à la prévention, nous sommes tous aussi favorables à l’information, mais notre expérience nationale nous a montré qu’en matière de sida, prévenir ne suffit pas et que sans traitement, les actions ne fonctionnent pas”, a expliqué, ce matin lors d’une conférence de presse tenue au Siège des Nations Unies à New York,

M. Bernard Kouchner, Ministre délégué à la santé de la France.  Il présentait à cette occasion le projet de Programme de solidarité hospitalière pour la lutte contre le sida que cinq pays de l’Union européenne (l’Espagne, la France, l’Italie, le Luxembourg et le Portugal), se proposent d’offrir en guise de contribution au Fonds mondial pour la santé et à la lutte contre le sida.  L’objectif est d’aller plus avant dans la mise en oeuvre de solutions concrètes et, selon les termes de M. Kouchner, de faire une différence “historique” en matière d’accès aux soins.


Reposant sur les expériences nationales de ces cinq pays, qui ont tous mis en place des politiques de traitement rétroviral, le projet vise à mettre en commun les connaissances pour trouver des solutions au problème, a expliqué la Ministre de la santé de l’Espagne, Mme Celia Villalobos.  “Le système sanitaire et hospitalier des cinq pays concernés a permis de contrôler la maladie et aujourd’hui ils proposent de mettre leurs structures à la disposition des pays en développement confrontés au problème du sida”.  Concrètement, il s’agira d’envoyer les experts médicaux mais aussi les connaissances et les expériences dans les hôpitaux de ces pays.  Ces experts se chargeront de former des équipes dans ces pays de façon à ce qu’elles puissent ensuite poursuivre le travail et soient capables de distribuer les médicaments de manière adéquate et contrôlée, dans de bonnes conditions sanitaires et hygiéniques.  “En somme ce que ces cinq pays européens proposent, c’est toute la collaboration nécessaire sur le plan hospitalier pour que les malades aient une réponse immédiate à leurs souffrances”.  M. Villalobos a précisé que le projet sera mis en oeuvre dans le respect absolu des plans et programmes nationaux de santé de chaque pays avec lequel un accord sera signé.


Prenant ensuite la parole, le Directeur général de la coopération pour le développement de l’Italie, M. Giandomenico Magliano, a indiqué qu’il n’y avait pas de contradiction mais plutôt une synergie entre les programmes de prévention, d’éducation, de formation, de recherche ou de traitement.  “Tous se renforcent mutuellement et doivent participer d’une stratégie unique”.  Avec le Programme de solidarité hospitalière, il s’agira aussi d’élaborer des politiques faites sur mesure en fonction des besoins spécifiques de chaque pays, dans un premier temps en Afrique puis à ensuite dans d’autres régions du monde.   


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“Il s’agit enfin d’une action concrète se fondant sur l’identification des problèmes” a souligné, pour sa part,   M. Charles Goerens, Ministre de la coopération et de l’action humanitaire du Luxembourg.  Selon lui, ce type d’initiative est un préalable pour bien affecter les ressources qui seront versées à la lutte contre le sida.  “Sans action concrète, il n’y aura pas en effet d’affectation précise et judicieuse des fonds récoltés”.  Il a ajouté que toutes les dimensions du partenariat proposé sont importantes.  Tout d’abord, la dimension de coopération entre les gouvernements, car l’on ne peut rien imposer aux pays partenaires.  C’est aussi un beau partenariat entre équipes médicales qui doivent être encouragées.  Associant également les ONG et la société civile, cette initiative donne en somme “un signal fort aux faibles”.


De son côté, M. José Miguel Boquinhas, Secrétaire d’Etat à la santé du Portugal, a insisté sur les bénéfices dont le projet pouvait tirer du fait des relations étroites entre son pays et les pays africains lusophones.


A un correspondant qui lui a demandé ce qu’il en était des 10 autres membres de l’Union européenne, M. Kouchner a précisé que deux autres pays de l’Union allaient bientôt se joindre au projet et il a espéré que d’autres suivraient cet exemple.  Interrogé sur le budget du projet, il a expliqué que le montant dépend du nombre de dossiers de malades que les pays hôtes communiqueront.  M. Kouchner a ajouté que ce programme de “jumelage hospitalier” pourrait démarrer d’ici à la fin de l’année ou au début de l’année prochaine.  “Trente premiers jumelages sont déjà prévus et devraient être suivis de trente autres”.  Le Ministre a précisé qu’il s’agissait d’une mise à disposition des pays qui en feront demande, d’un projet médical dirigé politiquement par les pays dans lesquels il est mis en oeuvre et non d’un « retour au colonialisme ».


M. Charles Josselin, Ministre délégué à la coopération et la francophonie de la France, avait en premier lieu présenté la politique française de coopération en matière de lutte contre le sida.  C’est dès le début des années 80 que la France a commencé à développer des “aides-projets” en direction des pays du Sud pour à la fois identifier et faire de la prévention.  Aujourd’hui dans le cadre de la coopération bilatérale française, c’est à peu près 500 millions de francs qui sont consacrés à la santé dont plus du quart est directement affecté à la lutte contre le sida.  “Depuis 1997, la France fait entendre sa différence concernant tout particulièrement l’accès aux soins avec la création d’un Fonds de solidarité thérapeutique internationale, le FSTI”.  Cette initiative est mise en oeuvre sous forme expérimentale dans un certain nombre de structures hospitalières à Dakar (Sénégal), Abidjan (Côte d’Ivoire), et Rabat (Maroc).  Elle est aussi en cours de lancement à Cotonou (Bénin) et Tananarive (Madagascar).  Il s’agit de traiter des groupes bien identifiés de malades, avec des actions spécifiques notamment sur la transmission mère/enfant.  “Ces expériences, qui se poursuivent, nous confirment dans l’idée que l’accès aux soins pour les malades du Sud est possible, à la condition qu’on s’en donne les moyens, que l’on implique tous les acteurs, particulièrement les associations de victimes, et que l’on sorte de la seule structure hospitalière pour aller sur le terrain des centres de santé, ce qui


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renvoie à la formation de personnels médicaux et para-médicaux en très grand nombre”.  Une autre question qui doit être posée est celle du prix des médicaments, à leur fabrication, et à l’organisation juridique des droits de propriété.  Autant de questions qui continueront d’être débattues lors de cette session extraordinaire de l’Assemblée générale et surtout lors de l’Assemblée que la France propose d’organiser du 30 novembre au 1er décembre prochains à Dakar (Sénégal), sous l’égide des Nations Unies, pour fournir l’occasion d’un échange approfondi entre les Etats, les ONG et les groupes pharmaceutiques, afin d’éviter que “les malades voient que des moyens sont prévus mais que pour eux rien ne change”.


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