07/06/2001
Communiqué de presse
AG/1154



Assemblée générale

25e session extraordinaire

3e séance plénière - matin


LA DECENTRALISATION AU PROFIT DES AUTORITES LOCALES ET LE PARTENARIAT AVEC LA SOCIETE CIVILE IDENTIFIES COMME DES REPONSES A L’URBANISATION DE LA PAUVRETE


L’intégration sociale est le principal enjeu de la bonne gouvernance


La décentralisation du pouvoir central aux autorités locales et la participation active des citoyens dans les affaires quotidiennes de leurs villes et cités ont été identifiées comme les clefs des problèmes posés par l’urbanisation de la pauvreté par les participants au débat général de la session extraordinaire de l’Assemblée générale consacrée à une évaluation d’ensemble des progrès accomplis dans la mise en oeuvre du Programme pour l’habitat, adopté lors de la Conférence d’Istanbul en 1996.


Devant la paupérisation des centres urbains et les problèmes que posent la croissance tentaculaire des villes et la marginalisation de certains groupes de populations en leur sein, en particulier dans les pays en développement, nombreuses ont été les délégations à faire le constat que le modèle traditionnel de la centralisation des décisions en matière d’établissements humains doit céder le pas à la décentralisation au profit d’autorités locales démocratiques et au partenariat avec la société civile. 


Comme l’a fait remarquer le représentant de l’Irlande, un des facteurs clefs pour l’application du Programme pour l’habitat est la nécessité de renforcer la coopération entre tous les partenaires d’Habitat, que ce soient les gouvernements, les autorités locales, les groupes communautaires et le secteur privé.  C’est pourquoi, a l’instar de l’Irlande, un grand nombre de pays ont lancé un processus de réforme de grande ampleur visant à encourager l’ouverture et la transparence des autorités locales et la participation de la société civile.  L’importance cruciale que revêt dans ce processus la bonne gouvernance des municipalités a été soulignée.  Celles-ci devant être démocratiques et mener des politiques justes, productives et inclusives pour répondre efficacement à l’enjeu qu’est l’intégration sociale. 


Il est apparu que c’est par le partenariat avec la société civile en vue de créer un environnement favorable au développement de villes inclusives que les autorités locales permettront à leurs habitants de participer de façon productive et positive aux opportunités que leurs villes peuvent offrir.  Comme l’a fait remarquer la Présidente du Forum des professionnels de l'habitat, la connaissance des diverses disciplines de la planification urbaine et régionale sont, du point de vue technique, les conditions préalables au règlement de problèmes d'établissements humains mais pour traiter ces problèmes d’un point de vue humain, la participation des personnes, des familles, des femmes et des enfants et celles des entreprises et des institutions est nécessaire.  En outre, face au développement d’enclaves de pauvreté et d’insécurité aux périphéries des villes, le droit à un logement convenable et la sécurité d’occupation ont été considérés comme des catalyseurs de stabilité.


Les Ministres et représentants des pays suivants ont également pris la parole: République-Unie de Tanzanie, Kenya, Albanie, Etats-Unis, Sri Lanka, Monaco, Zambie, Burkina Faso, Turquie, Gambie, Oman, Madagascar, Zimbabwe, Ouganda, Bahreïn, République islamique d’Iran, Viet Nam, Roumanie, Fédération de Russie, Slovénie, Myanmar, Bolivie, Iraq, Bhutan, Philippines, Liban et Pays-Bas.  Le représentant des Parlementaires mondiaux pour l’habitat est aussi intervenu. 


Le débat général reprendra, cet après-midi à partir de 15 heures.


Examen et évaluation des progrès accomplis dans la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat; autres mesures et initiatives visant à surmonter les obstacles entravant la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat; déclaration sur les villes et autres établissements humains en ce nouveau millénaire


Débat


M. OMAR ALI JUMA, Vice-Président de la République-Unie de Tanzanie : La politique nationale de développement des établissements humains a été mise au point pour renforcer les initiatives existantes concernant la fourniture de logement et l'investissement dans l'infrastructure par le secteur public et le secteur privé.  Le Gouvernement se livre aussi à un exercice de décentralisation pour renforcer les autorités locales qui sont maintenant considérées comme des institutions réelles de développement.  Le Gouvernement a également accompli de véritables progrès dans la mise en oeuvre du Programme pour les villes durables co-parrainé par Habitat et le PNUD.  Toutefois, dans la mise en oeuvre de ces mesures, la Tanzanie demeure confrontée aux problèmes liés à la faiblesse de ses institutions de financement et à l'expansion des établissements humains informels.  La pauvreté est la racine de la dégradation de l'environnement et des établissements humains non durables.  Il est donc impératif que les pays riches assistent les pays en développement dans leur lutte contre la pauvreté.  La Tanzanie plaide donc pour une hausse de l'aide publique au développement (APD), pour l'annulation de la dette bilatérale et multilatérale, et pour une assistance technique visant à renforcer les capacités commerciales des pays en développement.


M. GEORGE SAITOTI, Vice-Président de la République du Kenya : Le Gouvernement kényan a mis en place le Plan national pour l’éradication de la pauvreté d’ici à 2015 appliqué grâce à une stratégie de réduction de la pauvreté sur trois ans.  Dans le domaine du logement, le Gouvernement, les organisations non gouvernementales et d’autres partenaires ont agi pour une amélioration de la qualité de la vie et de la sécurité dans les zones rurales et urbaines en mettant en place des initiatives visant à diffuser les techniques de construction et les matériaux peu coûteux et en lançant un grand programme d’assainissement des bidonvilles.  Parmi les obstacles qui peuvent entraver une réalisation rapide du Programme pour l’habitat, le fait que la plupart de nos pays connaissent de fort taux de pauvreté arrive en tête.  L’Afrique porte le lourd fardeau de l’analphabétisme, la pauvreté et les maladies.  Les estimations sur la plupart des indicateurs de développement humain révèlent que le développement a soit stagné soit décliné.  Alors que nous renouvelons notre engagement en faveur du Programme, nous devons absolument consolider nos efforts pour renverser ces tendances indésirables.  A cet égard, le Kenya soutient pleinement l’idée de créer un fonds mondial de lutte contre la pauvreté dans la ligne de la Déclaration de La Havane et soutient pleinement la Déclaration d’Okinawa dans laquelle le Japon s’est engagé à consacrer 3 milliards de dollars pour lutter contre la pauvreté. 


La mise en œuvre du Programme requiert des ressources supplémentaires mais, au cours de la dernière décennie, l’aide officielle au développement n’a cessé de baisser.  Les investissements privés étrangers sont passés de 31 milliards de dollars en 1990 à 171 milliards en 1998, mais la plupart de ces flux étaient dirigés vers un petit nombre de pays en développement.  Nous appelons la communauté internationale à honorer ses obligations telles qu’elles figurent dans la Déclaration d’Istanbul en revoyant ses contributions à la hausse afin qu’elles représentent le niveau visé de 0,7% de leur PNB.  Le problème de la dette extérieure afflige de nombreux pays en développement ainsi que le développement en général.  Les initiatives d’allègement de la dette pour les pays les plus endettés (HIPC) excluent plusieurs pays.  La paix et la sécurité sont essentielles pour assurer la réalisation de plusieurs objectifs du Programme pour l’habitat.  L’Afrique compte 75% des cas de VIH/sida du monde, nous devons prendre des mesures appropriées pour réagir aux effets dévastateurs du sida sur les familles et les communautés, y compris en fournissant des logements convenables aux malades du sida.  Pour répondre efficacement aux défis de l’urbanisation rapide dans les pays en développement, une planification participatoire incluant les communautés, les organisations non gouvernementales et d’autres partenaires dans le domaine des établissements humains est nécessaire.  Pour remplir son mandat, Habitat doit disposer de ressources adéquates et prévisibles.  Il est urgent de réduire la dépendance de cet organisme vis-à-vis des contributions volontaires en lui allouant des fonds provenant du budget régulier. 


Mme MAKBULE CECO, Ministre du travail et des affaires sociales de

l’Albanie : La croissance urbaine vigoureuse que connaît l’Albanie depuis le

début des années 1990 se fait dans des conditions de développement lent, ce qui rend le processus d’urbanisation difficile à gérer et crée des problèmes politiques, économiques et sociaux.  Parmi ces problèmes, figurent notamment le flux très important d’émigration et d’immigration interne, la dégradation des services sociaux et de santé et le rythme relativement trop lent des réformes, et la disparité économique et la polarisation qui entraîne l’exclusion sociale de plusieurs groupes de population.  La croissance de la population urbaine n’a été ni compensée, ni suivie par une préparation adéquate aux conditions de vie dans les villes, ou encore par l’augmentation des capacités et du rôle des centres et des institutions politiques, économiques et culturelles.  Les périphéries urbaines se sont transformées en des enclaves de pauvreté et de croissance démographique croissante.  Les conditions de vie minimales, le manque d’infrastructures et de services vitaux et sociaux sont parmi les principales préoccupations du Gouvernement, qui s’efforce de s’attaquer, en coopération avec la Banque mondiale et le Fonds monétaire international et les pays voisins, aux problèmes de l’urbanisation non contrôlée et des migrations internes.  Une véritable culture urbaine est promue et le Gouvernement tente de créer une véritable tradition de collaboration entre les institutions gouvernementales et la société civile, la communauté et le secteur privé, notamment par le moyen de subventions d’Etat.  L’Albanie connaît un processus double d’établissements massifs de la population dans les villes et d’expansion tentaculaire des villes ainsi que la faible croissance économique et leur transformation, surtout près des villes, en banlieues et en petits centres urbains.  Le droit au logement est un droit fondamental que le Gouvernement essaie de réaliser par le biais de mesures d’incitation économique et financière.  La ruine des pyramides financières en 1996 et 1997 a eu de graves conséquences sur les établissements humains si importantes que le Gouvernement ne peut, à lui seul, y trouver de compensation.


Ces difficultés et la priorité donnée aux besoins urgents expliquent le retard enregistré dans l’élaboration de politiques et de solutions à long terme des problèmes d’urbanisation incontrôlée et d’établissement de la population.  L’objectif du Plan d’action sur les établissements humains que le Gouvernement prépare donne la priorité à la coopération entre les autorités locales et le Gouvernement central et entre le Gouvernement et la société civile, les communautés et le secteur privé.  L’objectif est de venir en aide aux groupes pauvres par la prise en compte de leurs conditions économiques et sociales et de leur capacité de paiement et la création d’opportunités pour résoudre les problèmes d’établissement de la population. 

M. MEL MARTINEZ, Ministre du logement et du développement urbain des Etats-Unis : Depuis Istanbul, les six millions de nouveaux propriétaires immobiliers illustrent les progrès remarquables que les Etats-Unis ont accomplis dans la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat.  Accroître le nombre de ces propriétaires est une priorité nationale.  Partant, le pays considère l'accès au crédit comme une question essentielle qui est d'ailleurs le premier des quatre piliers du système national de logement, avant le Gouvernement fédéral, les autorités locales, et les propriétaires et locataires.  Ayant connu dans son histoire des problèmes liés au développement urbain, les Etats-Unis s'en sont sortis en recherchant des solutions avec la coopération étroite des autorités locales, des entreprises privées et des organisations communautaires.  Les Etats-Unis sont disposés à partager leur expérience avec d'autres comme ils le font depuis 30 ans, avec le Chili ou encore en Asie du Sud et en Afrique du Sud.  De toute évidence, il faut reconnaître que les solutions dictées par le Gouvernement seul ne suffiront pas.  Au contraire, il faut renforcer l'autonomie des individus, consolider les familles et permettre aux communautés de décider de leur avenir et de leur destin.


M. MANGALA SAMARAWEERA, Ministre du développement urbain, de la construction et des services d’utilité publique du Sri Lanka : La Constitution du Sri Lanka garantit le «droit à un logement convenable» et des politiques et législations ont été mises en place pour faciliter un processus allant dans ce sens.  Au Sri Lanka, le taux de propriété des logements est de 80% mais, dans les zones urbaines, il n’est que de 60% à cause du prix élevé de la terre et du recours à un important parc de locations.  En 1998, le Sri Lanka a préparé un plan complet pour le développement des établissements humains aux niveaux national, provincial et local.  Le problème du logement inadéquat est l’un des plus grands défis au développement du Sri Lanka.  Ainsi, à Colombo, 51% de la population vivent dans des taudis et des bidonvilles.  Pour surmonter ce problème, un programme entièrement basé sur le marché et autofinancé auquel participent pleinement le secteur privé et la communauté est sur le point d’être mis en place. 


Le Sri Lanka estime que le partenariat mondial doit être plus important pour coopérer dans les domaines financier et de l’assistance technique afin de renforcer les capacités des pays en développement dans la gestion de l’urbanisation.  Notre véritable défi est de démontrer notre volonté politique d’établir des mécanismes institutionnels pour la réalisation des mesures sur lesquelles nous sommes tombés d’accord ici.  Mais la volonté politique des pays en développement ne sera qu’un slogan si les pays développés n’en font pas également preuve en assurant un flux équitable et régulier d’assistance vers les pays en développement afin de réaliser les objectifs communs du Programme pour l’habitat. 


M. JOSE BADIA, Conseiller du Gouvernement pour les travaux publics et les affaires sociales de Monaco : La principauté de Monaco possède une expérience originale en matière d’habitat en raison de l’obstacle majeur à son expansion que représente l’exiguïté de son territoire.  Elle a été contrainte à promouvoir un modèle adapté et souvent coûteux d’établissements humains, parfois même, construits en emprise sur la mer.  En vue de satisfaire au mieux la demande toujours croissante de logements, le Gouvernement s’emploie à encourager la construction dans ces espaces limités de nouveaux immeubles fonctionnels et toujours équipés contre le risque sismique auquel la région est sujette. 


On compte ainsi 82 logements à caractère social pour 1 000 logements.  Un système d’allocations financières permet aux personnes les plus démunies d’accéder à des logements dont le prix des loyers reste modéré.  Les personnes âgées et les personnes handicapées ont la possibilité de bénéficier, quel que soit leur revenu, de structures d’accueil spécialisées, voire médicalisées.  Les immeubles récemment construits comportent quelques logements spécialement adaptés destinés à permettre et favoriser le maintien des personnes âgées à domicile.  Une autre préoccupation du Gouvernement est de maintenir la qualité et d’améliorer en permanence les infrastructures publiques, notamment les espaces verts qui occupent plus de 20% de la surface du territoire.  Les actions mises en oeuvre pour préserver la qualité de l’air méritent d’être soulignées.  Elles reposent tant sur le maintien d’une relative fluidité du trafic routier que sur l’amélioration des transports en commun et la réduction des émissions polluantes produites par les véhicules à moteur, ainsi que sur un effort particulier de sensibilisation du public.  L’attribution d’une subvention gouvernementale aux entreprises qui utilisent des véhicules utilitaires ou commerciaux à propulsion électrique a été lancée à titre expérimental.  Une station d’épuration biologique a amélioré le traitement et l’évacuation des eaux usées.  Il a d’ailleurs été jugé approprié d’indiquer les coûts liés à la dépollution dans les factures de consommation.  Monaco a commencé, à travers le programme “Alliance des villes”, à développer des actions bilatérales concrètes de coopération avec trois villes de l’Alliance, à savoir Cotonou, Dakar et Essaouira. 


M. BATES NAMUYAMBA, Ministre du Gouvernement local et du logement de la Zambie : Pendant ces cinq dernières années, la Zambie a mis tout oeuvre pour réaliser, par le biais de divers programmes de développement et projets, les deux objectifs du Programme pour l'habitat.  Le pays a mis en place, dans ce cadre, une politique novatrice de logement qui a permis aux locataires de devenir propriétaires.  En ce qui concerne les populations pauvres, le pays a mis tout en oeuvre pour garantir une sécurité d'occupation, y compris des titres de propriété, aux personnes vivant dans des logements informels.  En toute chose, la Zambie place le processus participatif à la tête de ses priorités en ce qu'il engendre la responsabilité civique au niveau local et renforce le sens d'appropriation des projets publics.  La création d'un environnement favorable à la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat est également une donnée essentielle, aux yeux de la Zambie. 


Comment, en effet, appliquer ce Programme dans un environnement de lourdes dettes extérieures, de pauvreté, de manque d'accès au marché international et d'absence de ressources nouvelles et additionnelles?  Il faut donc espérer que la mondialisation qui a cours, en ce moment, sera partie d'un processus pour la création d'un environnement favorable au Programme d'habitat plutôt qu'un ennemi de l'initiative locale.  Dans ce même ordre d'idées, la Zambie exprime le voeu que le Centre pour l'habitat bénéficiera de l'appui financier qu'il mérite.


M. DJEJOUMA SANON, Ministre délégué auprès du Ministre des infrastructures de l’habitat et de l’urbanisme du Burkina Faso : Dans le domaine du logement et de l’habitat, le Burkina Faso a entrepris, avec l’appui de Shelter-Afrique, un programme de construction de logements sociaux.  De même, le programme de promotion et de vulgarisation des matériaux locaux qui vise un plus large accès des populations à faible revenu à un logement décent et à de meilleures conditions de vie vient de boucler sa première phase.  D’une façon générale, la question du financement demeure le nœud gordien de nos politiques de la ville et nous pensons que cette session devrait contribuer à lever cette contrainte.  La bonne gouvernance est une voie obligée pour l’édification d’une société prospère, responsable et solidaire.  Ainsi, le Burkina Faso a suscité une plus grande participation des femmes aux élections communales du 24 septembre 2000, par des plaidoiries auprès des autorités coutumières, religieuses et politiques en faveur des femmes et la sensibilisation des partis politiques pour un meilleur positionnement des femmes sur les listes électorales.  Dans le domaine du développement social et de l’élimination de la pauvreté, le Burkina Faso a élaboré un document-cadre de lutte contre la pauvreté dont les objectifs prioritaires sont la santé, l’éducation, la construction des pistes rurales et la promotion de la femme. 


M. FARUK BAL, Ministre d’Etat de la Turquie : Mon pays se félicite de constater que l’esprit d’Istanbul est toujours présent.  C’est dans cet esprit que la société civile a été reconnue comme un acteur clef, aux côtés d’autorités locales, pour la réalisation des objectifs du Programme pour l’habitat.  En reconnaissance de cet esprit de partenariat, les représentants des gouvernements, des municipalités, du secteur privé et de la société civile ont travaillé ensemble pour mettre en oeuvre ce programme.  La Turquie s’apprête à appliquer le nouveau concept de la gouvernance.  L’espoir de la Turquie est que d’ici à Istanbul + 10, un grand nombre d’Etats aient pris les mesures législatives permettant à la société civile de participer aux décisions qui affectent la vie des populations et l’environnement.  La Constitution turque garantit le droit pour tous à un logement sain.  Aucune discrimination, de quelque sorte que ce soit, n’est pratiquée à l’égard des citoyens en termes de propriété et d’héritage.  La Turquie connaît des taux d’urbanisation très élevés.  Assurer le logement et les infrastructures de base reste un problème et une priorité pour l’application du Programme d’Habitat.  Assurer un plus grand accès à des logements abordables est une autre priorité, et ce en faisant face aux conséquences de catastrophes naturelles dévastatrices.  Il a fallu construire plus de 40 000 logements préfabriqués et presque autant de logements permanents.  La Turquie est reconnaissante de la solidarité que la communauté internationale a témoignée et souligne l’importance des réseaux internationaux, comme cela est préconisé dans le Programme pour l’habitat.  Améliorer les infrastructures et les services sociaux disponibles dans les villes est un objectif noble en cette ère de mondialisation.  Cela est également rendu nécessaire pour attirer les investissements étrangers.  Cela étant, il ne faut pas que ce processus laisse pour compte la richesse des cultures locales.  De même, en construisant les établissements humains, il faut en outre accorder toute l’attention nécessaire pour préserver la diversité biologique.  A cet égard, convaincue que la coopération régionale et internationale est essentielle, la Turquie se félicite de la décision du CNUEH de créer un bureau régional à Istanbul. 


M. MAMADOU NAI CEESAY, Secrétaire d'Etat à l'administration locale et aux biens fonciers de la Gambie : Pour la Gambie, il faut accorder la priorité à la décentralisation des ressources et des services, au développement d'autres sortes de matériaux de construction pour remplacer les matériaux importés, et au renforcement du secteur privé pour l'encourager à offrir des prêts au logement.  En cela, la bonne gouvernance doit être le principe directeur.  La politique actuelle du Gouvernement en matière d'établissements humains est d'augmenter le nombre d'espaces ouverts pour les établissements.  Les politiques et programmes en cours comprennent la création d'espaces verts et d'autres zones de portée environnementale ou culturelle.  Depuis la Conférence d'Istanbul, un nombre sans précédent de services et d'infrastructures a été mis en place.  Le Gouvernement accorde la priorité au secteur privé comme moteur de croissance économique durable.  La politique d'investissement comprend ainsi des mesures incitatives à l'intention des investisseurs potentiels. 


M. MOHAMMED AL-KHUSSAIBY, Secrétaire général au Ministère de l’économie nationale d’Oman : Depuis que la communauté internationale s’est réunie à Vancouver en 1976, Oman a mis en place un plan de planification des politiques portant sur ses villes et ses cités, auquel a succédé un deuxième plan élaboré à la suite d’Istanbul en 1996.  Ce plan a pour objectif de fournir un logement aux personnes dont les revenus sont faibles et de mettre en place une planification d’ensemble du territoire en accordant une place plus importante aux acteurs privés.  Les autorités ont également approuvé la participation de la société civile à la mise en oeuvre du Programme pour l’habitat en créant des comités locaux.  Nous avons axé nos efforts sur la nécessité que toutes les idées inscrites dans la Déclaration d’Istanbul seront appliquées par le biais de différentes législations et politiques nationales sociales et économiques.  Il nous faut améliorer les conditions économiques qui prévalent.  Il faut examiner ce qui se passe dans les territoires palestiniens car la politique du logement aggrave le conflit. 


M. Robert Molloy, Ministre du logement et du renouvellement urbain de l’Irlande : Les cinq années à l’examen ont coïncidé avec une période de croissance économique soutenue et intense.  Les villes irlandaises, et Dublin en particulier, ont été les moteurs de nombre de succès économiques.  Toutefois ces circonstances ont également été à l’origine de pressions sur les établissements humains.  Un des facteurs clefs du Programme pour l’habitat est la nécessité de coopération entre tous les partenaires d’Habitat, que ce soient les gouvernements, les autorités locales, les groupes communautaires et le secteur privé.  Le Gouvernement a créé un Forum national de l’habitat chargé de contribuer avec tous les partenaires sociaux à la formulation d’une politique du logement.  L’Irlande a lancé un processus de réforme de grande ampleur visant à encourager l’ouverture et la transparence des autorités locales, à la fois sur le plan politique et administratif, et la participation des communautés et des groupes locaux.  Le renforcement de l’égalité par le biais de l’élimination de la pauvreté est le coeur de la Stratégie nationale de lutte contre la pauvreté pour les dix prochaines années.  Le Gouvernement a lancé un programme complet pour s’attaquer aux problèmes des sans-abri, reconnu comme le symptôme de problèmes sociaux croissants qui ne peuvent trouver de réponses dans le seul cadre des politiques du logement. 


L’Irlande s’est engagée à atteindre l’objectif de consacrer 0,7% de son PNB à l’aide publique au développement d’ici à 2007.  D’ici à 2003, l’Irlande augmentera de 102% le niveau atteint en 2000 pour atteindre 469 millions de dollars.  Cela représente la plus grande augmentation d’enveloppe budgétaire dans le budget de l’Irlande et n’est comparable avec aucun taux d’augmentation de l’aide d’autres donateurs.  


M. HERIVELONA RAMANANTSOA, Ministre de l'aménagement du territoire et de la ville de Madagascar : En matière de mise en oeuvre du Programme pour l'habitat, le pays a débuté l'application de sa politique par la mobilisation de l'ensemble des intervenants dans le secteur de l'habitat autour de l'objectif de construire dans un délai de cinq ans 35 000 logements.  Par ailleurs, dans le but de promouvoir l'autoconstruction, le Gouvernement a facilité l'accès au crédit foncier des ménages à faible revenu grâce au programme novateur intitulé "un ménage, une parcelle".  L'analyse des villes dans le développement socioéconomique et dans la structure du territoire ainsi que le diagnostic de la pauvreté en milieu urbain ont conduit à la formulation du Programme urbain de lutte contre la pauvreté.  La démarche a permis d'associer opérateurs de projets, secteurs associatifs, maires urbains et ruraux, ministères et bailleurs de fonds.  Ce processus a identifié quatre orientations stratégiques: la gouvernance urbaine, le cadre de vie et l'habitat, le développement économique local et régional ainsi que l'intégration sociale urbaine.


M. I. M. C. CHOMBO, Ministre de l’administration locale, des travaux publics et du logement du Zimbabwe : Mon Gouvernement, après avoir tenu un rôle de fournisseur direct de logements, se réoriente vers un rôle de facilitateur.  Nous encourageons et facilitons la fourniture de logements grâce à des approches qui incluent la participation des autorités locales, du secteur privé, des donateurs et des bénéficiaires dans des partenariats qui permettent la mise en commun des connaissances et des ressources.  Notre Commission pour l’habitat a élaboré une politique nationale de logement dont l’objectif est d’assurer un logement convenable à tous les Zimbabwéens.  Mon Gouvernement s’est engagé dans un processus de décentralisation visant en particulier les terres et les infrastructures urbaines contrôlées par une autorité centrale.  Pour que les autorités locales puissent faire face à leurs nouveaux pouvoirs et responsabilités, des opérations de renforcement des capacités ont été entreprises. 


Le Zimbabwe n’est pas uniquement préoccupé par les questions de logement urbain car la majorité de son peuple vit dans des zones rurales.  Mon Gouvernement a lancé un programme de réforme des terres dans l’intention de voir une distribution équitable des terres qui, à son tour, amènera une distribution plus équitable des bénéfices économiques découlant de la production agricole, notre principale ressource nationale.  Etant donné l’ampleur de cette réforme, notre intention est que 200 000 familles en bénéficient.  Elle va modifier en profondeur les établissements humains dans notre pays. 


Pour faire une réalité de notre vision d’un logement pour tous, nous devons surmonter de nombreux obstacles dont le pire est lié à l’accès aux ressources.  Dans ce domaine, mon Gouvernement lance avec le secteur privé un second marché du prêt foncier afin de mobiliser les finances nationales.  Je voudrais implorer les pays développés de considérer notre position et de soutenir le Programme spécial pour l’Afrique en finançant le CNUEH et les organismes des Nations Unies qui travaillent sur les problèmes de l’Afrique. 


M. FRANCIS BABU, Ministre d’Etat aux travaux publics, au logement et aux communications de l’Ouganda : Mon pays a fait face à de nombreux obstacles dans l’application du Programme pour l’habitat au nombre desquels on compte en particulier la pauvreté et le chômage et la pauvreté des institutions à tous les niveaux.  L’élimination de la pauvreté et l’allègement de la dette devraient former le coeur de la Déclaration finale de la session.  “Un homme qui a faim est un homme en colère”.  Dans la pauvreté, ni les objectifs de démocratie, ni l’objectif de bonne gouvernance et de logement pour tous ne pourront pas être réalisés.  Il est essentiel que les partenaires du développement consacrent 0,7% de leur PNB à l’aide publique au développement.  L’Ouganda a pu se qualifier pour un allègement de la dette dans le cadre de l’initiative pour les pays pauvres très endettés (PPTE).  De par son expérience, l’Ouganda est bien placé pour plaider en faveur de l’élimination totale de la dette.  Des mesures législatives ont été prises pour garantir la sécurité d’occupation aux anciens squatters sur les logements qu’ils ont occupés depuis 12 ans au moins.  L’Ouganda a adopté le principe de la décentralisation et de la gouvernance démocratique.  De nombreuses décisions parmi lesquelles les décisions fiscales sont décentralisées.  La gouvernance est cruciale au développement d’établissements humains durables.  Des organisations communautaires ont été chargées, dans le cadre de la politique de décentralisation et de gouvernance, de planifier et d’appliquer des programmes de développement d’établissements humains.  Le concept de partenariat entre les secteurs public et privé a été introduit, avec l’aide du Programme des Nations Unies pour le développement, dans la politique en matière d’environnement. 


M. CHEIKH KHALID BIN ABDULLAH AL-KHALIFA, Ministre du logement et l'agriculture du Bahreïn : Le pays et le Centre des Nations Unies pour l'habitat entretiennent une longue histoire de coopération étroite, directe et indirecte.  Cette coopération a donné lieu à un certain nombre de programmes dont la création du Programme pour les indicateurs urbains et l'Observatoire urbain.  Pour l'avenir, une stratégie du développement urbain durable est en cours de conception.  Le ministère du logement et de l'agriculture a depuis 1975 enregistré des progrès importants grâce aux programmes et projets relatifs au logement.  Aujourd'hui, 62% de la population bénéficient de ces programmes et dans ce cadre, le Gouvernement a pu fournir des logements et d'autres services sociaux aux familles dans le besoin. Ces programmes et les infrastructures mises en place sont en parfaite conformité avec les recommandations et résolutions des organisations des Nations Unies, en particulier le Centre pour l'habitat.


M. ALI ABDOL ALIZADEH, Ministre du logement et du développement urbain de la République islamique d’Iran : S’il est impératif de rester fidèle à l’esprit et à la lettre du Programme pour l’habitat, nous devons tomber d’accord sur une approche holistique et fondée sur le dialogue et la coopération entre les pays développés et les pays en développement, avec la participation effective de toutes les parties prenantes, sur une stratégie d’application concrète.  Comme cela a été souligné lors de la Réunion régionale préparatoire de haut niveau, le seul accès à la terre n’est pas suffisant pour assurer un logement.  Les politiques reflétant cette réalité ont, entre autres, abouti à la formulation d’un programme «louer pour devenir propriétaire» pour les jeunes couples et les ménages dirigés par une femme ou encore au renforcement du rôle des organisations communautaires dans la fourniture de logements. 


En ce qui concerne les problèmes auxquels est confrontée la communauté internationale, il ne faut pas oublier, à l’orée du millénaire urbain, que le millénaire rural a été complètement négligé, en particulier dans le monde en développement.  Pire encore est la souffrance des réfugiés dont la situation précaire est un phénomène mondial et persistant.  Le sort des sans-abri et des réfugiés peut difficilement trouver illustration plus frappante que dans le cas du peuple palestinien opprimé.  Cet important rassemblement international doit adopter une position très ferme en dénonçant la politique israélienne de destruction systématique des maisons palestiniennes et l’expansion simultanée des établissements humains dans les territoires palestiniens occupés. 


M. NGUYEN TAN VAN, Vice-Ministre de la construction du Viet Nam : Conscient du rôle des établissements humains dans le développement socioéconomique, le Gouvernement s’est attaqué à la question du développement des logements, en particulier dans les villes dans le but de trouver des solutions au problème des bidonvilles qui se sont développés ces dernières années.  Le Gouvernement a abrogé le système des subventions au logement pour encourager l’établissement d’un marché privé du logement et a mené une politique de privatisation du territoire.  Ces cinq dernières années, 30 millions de mètres carrés de logements ont vu le jour, dont 75% construits par les individus eux-mêmes.  La superficie par habitant était de 7 m2 en 1996 et de 8 m2 en 2000.  Le Gouvernement a axé ses efforts en faveur des habitants de zones touchées par des catastrophes naturelles et par les inondations et sur l’amélioration de l’environnement et des constructions le long de canaux dans les régions urbaines et les zones industrielles.  La construction d’immeubles est encouragée dans les villes pour satisfaire les besoins de logement des populations à revenu modéré ou faible.  Environ 10 millions de mètres carrés de logements encore habités nécessitent d’être rénovés, dont 2 millions devront être démolis.  Le développement des logements fait partie des stratégies de développement social au même titre que la réduction de la pauvreté, l’emploi et l’équité sociale.  La participation de tous les secteurs de l’économie, y compris les investisseurs étrangers, à la politique prioritaire en faveur des habitants à revenu modéré et faible est encouragée.  Le Gouvernement s’attache également á élaborer des programmes de développement de services assortis à prévoyant la construction des logements, tels que des programmes de construction de crèches, d’écoles et de centres de soins de santé.  L’objectif est que la construction de logements atteigne 60 millions de mètres carrés et que la superficie par habitant couvre 10 m2 par habitant.   


Mme ILEANA TUREANU, Vice-Ministre des travaux publics, des transports et du logement de la Roumanie : Les principales politiques et mesures adoptées par le Gouvernement visent deux objectifs, la fourniture d'un appui juridique au développement durable des établissements humains et le renforcement du rôle du gouvernement comme facilitateur et catalyseur du développement du secteur des logements.  Le réseau des établissements humains revêt une importance particulière pour le Gouvernement roumain.  Ainsi, la politique du logement du pays vise à une meilleure définition du rôle de l'Etat dans la facilitation du développement des mécanismes de marché et dans le bon fonctionnement du marché de l'immobilier; la facilitation de l'accès au marché pour tous les acteurs du secteur du logement;


et la fourniture d'un filet de sécurité pour les plus démunis.  La politique nationale de logement mise en place pour la période 2001-2004 vise, elle, à équilibrer le rapport entre les prix du marché et les revenus moyens; la facilitation de l'accès des jeunes et des familles aux marchés; l’octroi de mesures incitatives au secteur privé travaillant dans le domaine du logement; et le renforcement le rôle de l'Agence nationale du logement comme organisme de prêts.


M. SERGEI I. KRUGLIK, Vice-Ministre du Comité d’Etat pour le logement et la construction de la Fédération de Russie :  Nous pensons que le principal objectif de cette session extraordinaire est une évaluation objective des progrès dans la mise en œuvre des décisions prises lors de la Conférence d’Istanbul et l’élaboration d’approches convenues pour le renforcement des efforts internationaux en vue de la réalisation du développement durable des établissements humains.  La Déclaration du millénaire souligne le défi qui nous attend, à savoir s’assurer que la mondialisation soit une force positive pour tous les peuples du monde.  Cette réunion doit contribuer à réaliser cet objectif.  En Russie, le droit des citoyens au logement est garanti par la Constitution qui prévoit que les pauvres et certaines autres personnes se voient fournir un logement gratuit ou à loyer modéré.  La réforme du secteur du logement entreprise dans les années 90 a abouti à une privatisation d’environ 60% du parc immobilier russe et la plupart des habitants du pays sont devenus propriétaires de leur logement.  La Russie traverse une difficile période d’importantes réformes du marché qui entravent l’application du Programme pour l’habitat.  Dans ce contexte, la coopération internationale revêt une importance particulière. 


M. TOMAZ KANCLER, Secrétaire d’Etat à l’environnement et à l’aménagement du territoire de la Slovénie : Mon pays a accompli de nombreux progrès dans le domaine de l’aménagement du territoire, et en particulier dans l’adaptation de son cadre juridique, y compris l’adaptation à l’économie de marché, au système démocratique et à l’établissement des autorités locales.  L’aménagement du territoire inclut les recommandations du Programme pour l’habitat et les principes du développement durable et de la protection de l’environnement.  Les objectifs principaux étant l’utilisation rationnelle du territoire, la protection du patrimoine culturel et naturel, la cohésion sociale et du développement économique.  La stratégie de développement de l’espace vise à réaliser une urbanisation et un réseau urbain équilibrés, la gestion efficace de la croissance urbaine, l’équilibre du marché immobilier et l’amélioration de la politique d’aménagement du territoire et d’équipement.  Un des problèmes à résoudre est celui de définir le rôle des petites et moyennes villes par rapport aux grandes villes, l’établissement de réseaux urbains et la satisfaction des besoins en logement.  L’application du Programme pour l’habitat en Slovénie encourage la participation de toutes les parties prenantes, y compris les individus aux niveaux national et local.  La Slovénie continuera de soutenir activement le développement d’établissements humains durables lors de sa présidence de la Conférence des ministres chargée de la planification régionale jusqu’en 2003. 


M. U TINT SWE, Vice-Ministre de la construction du Myanmar : En matière de logements, le rôle du Gouvernement est passé de fournisseur à celui de facilitateur et de régulateur pour permettre au secteur privé de prendre une place plus importante dans la satisfaction des besoins dans le domaine des établissements humains.  En ce qui concerne la gouvernance urbaine, le Gouvernement a réussi à mettre en oeuvre un certain nombre de mesures de décentralisation.  Pour accomplir les tâches de développement dans d'autres villes importantes, y compris les régions frontalières et les régions rurales, un nouveau ministère a été créé pour répondre aux besoins de ces régions.  De 1980 à ce jour, le Myanmar a vu une coopération et une participation accrues du secteur privé et des organisations communautaires dans la construction d'établissements humains écologiquement sains.  Justement, au cours de ce millénaire, le plus grand défi sera le développement d'établissements humains durables.  A cet égard, le Myanmar est convaincu que par le partage des connaissances et des expériences qu'elle encourage, la session extraordinaire de l'Assemblée générale réussira à formuler des recommandations qui mèneront à des actions concrètes pour améliorer la qualité de vie dans les villes et dans les établissements humains.


M. ERWIN ORTIZ GANDARILLAS, (Bolivie) : Le projet de Déclaration sur les villes et autres établissements humains dans le nouveau millénaire pourra donner une nouvelle impulsion au processus nécessaire par lequel on réunit les conditions minimales pour que chaque être humain puisse mener une vie décente.  Nous considérons qu’au niveau international, la structure institutionnelle et normative a des assises suffisamment larges non seulement pour promouvoir mais aussi pour accélérer la mise en œuvre des objectifs du deuxième Programme pour l’habitat.  Nous reconnaissons la responsabilité de chaque pays dans ce contexte mais, dans un contexte de mondialisation et d’interdépendance accrue, il existe aussi une responsabilité partagée avec nos homologues des pays développés selon les principes de solidarité et de coopération.  Cette solidarité et cette coopération doivent nécessairement s’exprimer par un transfert de ressources financières vers les pays en développement grâce à des investissements directs, l’aide officielle, l’allègement de la dette, l’ouverture des marchés et même la création de fonds spéciaux.  Sans cette coopération, nos pays auront du mal à remplir les engagements d’Istanbul.  Dans le cadre national, la Bolivie a fait d’énormes progrès pour réaliser les principes d’Habitat II et a présenté un rapport complet sur l’application du Programme pour l’habitat. 


M. MOHAMMED AL-DOURI (Iraq) : Le Gouvernement a créé dans les années 70 et 80 un certain nombre d’institutions chargées du logement et des établissements humains mais cette politique d’aménagement du territoire a été entravée par les agressions extérieures.  Cette agression a touché la plupart des infrastructures d’équipement et de nombreux logements et l’utilisation d’armes de destruction massive a été nuisible à la santé des citoyens.  En outre, l’embargo qui a suivi a aggravé la situation du logement en Iraq.  L’Iraq a tout de même continué à oeuvrer pour améliorer les conditions de vie de ces citoyens.  Il a élaboré de nombreuses politiques sociales et de l’aménagement du territoire mais ces mesures sont largement insuffisantes.  Comment espérer que l’Iraq applique le Programme pour l’habitat s’il continue d’être privé de ses propres ressources.  La seule solution viable est de lever l’embargo, d’autant plus que cet embargo a perdu sa raison d’être.  La communauté internationale doit non seulement lever l’embargo mais redoubler d’efforts pour faire face aux conséquences de l’utilisation de


l’uranium appauvri sur les populations et sur l’environnement.  Elle doit en outre revoir les accords commerciaux avec l’Iraq.  Par ailleurs, la communauté internationale doit faire en sorte qu’il soit mis fin à l’agression sioniste contre les populations palestiniennes, qui se distingue par une politique de colonisation. 


M. OM PRADHAN (Bhoutan) : L'un des principaux obstacles à la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat vient du manque de savoir-faire technique et de l'absence des ressources.  Il est urgent de s'attaquer à ce problème dans le cadre de l'aide publique au développement et des mécanismes de financement par cession de créances.  La Conférence internationale sur le financement du développement, qui doit se tenir l'année prochaine au Mexique, constituera une bonne occasion de se pencher sur la question..  Au niveau national, le Gouvernement du Bhoutan a renforcé son assistance à tous les propriétaires de logement, en particulier dans les régions rurales.  Cette assistance a consisté à subventionner l'achat de bois et à instaurer l'achat par groupes de polices d'assurance contre les incendies. 


Le Gouvernement n'a épargné aucun effort pour assurer la fourniture de l'eau, des services d'assainissement et d'électricité partout où cela a été possible.  De plus, pour surmonter les déficits en logements dans les zones urbaines, le Gouvernement et les institutions financières ont collaboré et mis sur le marché des logements à des prix abordables.  Au cours de ces 25 ans dernières années, le Gouvernement s'est attelé à la décentralisation en faisant ainsi passer les activités socioéconomiques aux mains des villes et des villages.  Et pour insuffler un nouvel élan au secteur des établissements humains et améliorer la durabilité des services urbains, un Comité national sur les établissements humains a été créé.


M. RODOLFO G. BIAZON, Sénateur et Chef de la délégation des Philippines : L’article XIII de la Constitution des Philippines de 1987 souligne le droit du peuple philippin à un logement adéquat.  Pour traduire ce mandat en initiatives et mesures concrètes, le Gouvernement philippin a noué des liens avec la société civile, le secteur privé et le monde universitaire.  Ces mesures ont également pour but de faire du peuple un partenaire plutôt qu’un récipiendaire.  En outre, le Gouvernement des Philippines a aussi élaboré des programmes visant la sécurité d’occupation et régularisant la situation des personnes qui occupent des terrains publics de manière non planifiée. 


Le Gouvernement philippin a rencontré de nombreux obstacles dans ses efforts visant à fournir à son peuple un logement convenable, parmi lesquels des problèmes de gouvernance, le phénomène d’El Nino et La Nina, la crise financière asiatique et l’exode régulier des zones rurales vers les zones urbaines.  Les Philippines ont l’un des taux d’urbanisation les plus élevés du monde asiatique, avec 52% contre 48,6% en 1990.  L’accession de notre pays au GATT-OMC a encore exacerbé nos problèmes urbains et les bénéfices escomptés ne se sont pas encore matérialisés, en particulier pour le secteur agricole dont la production ne peut absolument pas rivaliser contre la production subventionnée des pays développés.  Leurs revenus ayant baissé, les agriculteurs philippins ont dû, ironiquement, chercher une herbe plus verte dans la jungle de béton.  Nous exhortons la communauté internationale à élargir son soutien en réexaminant l’impact du GATT-OMC sur les pays moins développés.  Nous appelons aussi les pays développés à verser, ainsi qu’ils s’y étaient engagés, 0,7% de leur PNB au titre de l’assistance au développement.


M. SELIM TADMOURY (Liban) : Le Liban est prêt à réaliser les objectifs d’Habitat.  De nombreuses réalisations ont été faites dans le domaine de la sécurité d’occupation et de la gouvernance.  La question de la réalisation d’établissements humains durables implique de lutter contre la pauvreté, et ce, dans une optique de développement durable.  Il faut réussir à créer des établissements humains qui répondent mieux aux besoins des populations.  La mondialisation a fait naître un grand décalage entre les plus riches et les plus pauvres et a eu un effet réel sur les établissements humains.  Au Moyen-Orient, il y a une catégorie de pays qui s’est adaptée à la mondialisation alors qu’une autre partie se sent encore marginalisée.  La pauvreté dans les villes doit attirer l’attention du secteur privé et des gouvernements.  La création envisagée d’un fonds mondial de solidarité pour lutter contre la pauvreté constitue un pas important dans la bonne direction.  Dans l’optique de satisfaire les besoins en logement des populations, les instruments juridiques doivent être adaptés. Le code de la propriété et de l’appropriation doit permettre l’octroi de prêts sur de longues périodes pour permettre l’accès au logement. Israël est une puissance occupante, qui doit se conformer aux résolutions de l’ONU et au droit international.  Le Liban a grandement souffert de l’occupation d’Israël mais il a accompli de multiples efforts pour reconstruire et réhabiliter les établissements humains, notamment à Beyrouth et dans le sud du pays.


M. DIRK JAN VAN DEN BERG (Pays-Bas) : Dans le domaine des établissements humains, les gouvernements nationaux ont un rôle important à jouer mais ils doivent reconnaître leur dépendance vis-à-vis des autorités locales et de la société civile dans son ensemble.  Les autorités locales sont, en effet, d'une importance capitale dans la réalisation des objectifs communs de l'habitat.  Il faut leur donner les moyens de garantir une bonne gouvernance.  Dans ce contexte, il est intéressant de constater que, dans de nombreux pays, une tendance encourageante se fait jour qui montre que la coopération entre les autorités locales et le secteur privé devient de plus en plus réelle.  La société civile est également un élément important.  Les ONG locales, régionales ou internationales sont des acteurs clés dans la représentation des intérêts des citoyens.  Les femmes et les organisations de défense des droits des femmes jouent un rôle décisif dans la garantie de l'égalité des droits en matière de sécurité des loyers, de transactions immobilières et de prêts au logement. 


A ce jour, les Pays-Bas célèbrent le centenaire de leur loi nationale sur le logement.  Une récente étude a mis l'accent sur la notion récurrente du rôle central de l'individu, de ses besoins et de ses désirs.  Les autorités et les autres acteurs doivent se montrer plus réceptifs aux attentes des consommateurs sur le marché du logement.  Partant, la société civile et les autorités locales démocratiques doivent pouvoir jouer un rôle pivot dans la politique urbaine.  Une importante ONG néerlandaise s'est d'ailleurs engagée dans la promotion de la participation locale aux décisions relatives au logement.  Cette ONG consacre une partie substantielle de ses ressources à des campagnes de sensibilisation aux questions liées à l'habitat.  C'est là un exemple de la manière dont les Pays-Bas s'attèlent à la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat.


M. MIKHAIL WEHBE (République arabe syrienne) : Nous nous sommes engagés à passer en revue les objectifs qui ont été adoptés à Istanbul en 1996 et à examiner les efforts déployés dans nos pays pour résoudre les questions liées aux établissements humains.  Nos gouvernements élaborent des plans pour construire des logements salubres aux nouveaux résidents urbains et utiliser pour cela des matériaux adaptés.  Le Gouvernement syrien a pris des mesures en matière de logement afin que les évictions soient interdites et que les femmes aient accès à la propriété foncière et immobilière.  Il a également coopéré avec les secteurs privé et public pour assurer un logement aux populations défavorisées.  Des mesures ont été prises pour améliorer le niveau de vie dans les zones rurales et urbaines.  Le problème des établissements spontanés ou non planifiés doit également être résolu.  Pour régler les problèmes de logement, des efforts nationaux s’imposent mais aussi une coopération internationale appropriée.  Nous pensons qu’il est du devoir des pays développés de faire preuve de la volonté politique nécessaire pour permettre l’avènement de conditions économiques nécessaires afin de faire face aux problèmes des établissements humains dans les pays en développement.


Nous ne devons pas oublier les problèmes auxquels les établissements humains sont soumis à cause de guerres et de catastrophes naturelles.  La politique systématique d’Israël qui occupe des territoires en Syrie, au Liban et en Palestine est un exemple de ces problèmes au Moyen-Orient.  Défiant la légitimité internationale après avoir occupé le Golan syrien en 1967, Israël a chassé la population syrienne - soit 130 000 citoyens qui sont à présent environ 500 000 -, de ses villes, villages et fermes.  Israël a installé dans ces lieux qu’elle a détruit quelque 40 colonies.  Lorsque les citoyens syriens qui n’avaient pas été chassés ont tenté de construire des maisons, Israël leur a coupé l’eau et leur a interdit de construire sous prétexte qu’ils n’avaient pas de permis.  Israël foule aux pieds les résolutions de l’Assemblée générale qui portent sur les hauteurs du Golan syrien occupé.  Aujourd’hui, il y a plus de 200 colonies dans les territoires palestiniens occupés, y compris Jérusalem. 


M. ROLAND Y. KPOTSRA (Togo) : Dans les pays en développement, le mauvais fonctionnement des systèmes de gestion des villes, le délabrement des infrastructures, la montée de la violence et la criminalité ont eu un impact négatif sur la croissance économique, la qualité de la vie et les conditions de travail dans de nombreuses villes.  D'autres facteurs tels que l'expansion rapide du VIH/sida et l'accentuation de la pauvreté viennent exacerber la situation socioéconomique déjà précaire dans laquelle se trouve le monde en développement, en particulier l'Afrique.  Dans le cadre de la mise en oeuvre du Programme pour l'habitat, les autorités togolaises ont, malgré la crise sociopolitique qui a secoué le pays ces dernières années et la récession économique qui n'est pas sans conséquences sur le développement harmonieux des établissements humains, engagé des actions visant à améliorer durablement le cadre et la qualité de vie des populations, traduisant ainsi dans les faits les engagements pris à Istanbul.


Il est indéniable que la réalisation dudit Programme ne pourra pleinement intervenir que si la communauté internationale appuie convenablement les mesures prises au plan national.  A cet égard, à l'heure de la mondialisation où la solidarité et l'interdépendance sont plus que jamais à privilégier en vue de parvenir au développement équitable de toutes les régions du monde, l'on devrait avoir présente à l'esprit la pensée qu'exprimait le Président John F. Kennedy lorsqu'il déclarait "une société libre qui ne peut pas aider sa majorité de pauvres ne pourra pas sauver sa minorité de riches".


Mme IRENE WIESE VON-OFEN, Présidente du Forum des professionnels de l'habitat : Il existe, dans chaque pays, des experts bien formés en matière d'habitat.  Or, ce qui leur manque souvent c'est l'expérience, l'appui ferme de leur gouvernement et de leur autorité locale, ou encore l'appartenance à un réseau international d'échange d'idées et de recherche d'approches novatrices.  En conséquence, le défi est de leur fournir une formation pour assurer une meilleure coopération interdisciplinaire et intergouvernementale.  Les professionnels du Forum ont relevé ce défi en offrant une plate-forme de rencontre.  La connaissance et l'expérience dans les diverses disciplines de la planification urbaine et régionale sont les conditions préalables à la résolution des problèmes d'établissements humains, du point de vue technique.  Mais pour traiter cette question du point de vue humain, il faut la participation des personnes, des familles, des femmes et des enfants ainsi que des entreprises et des institutions.  Tout changement dans la structure physique entraîne un changement dans la composition sociale.  L'architecture contemporaine doit répondre avec précision aux besoins sociaux et, dans ce contexte, la beauté architecturale doit être un élément de définition des villes dans lesquelles nous vivons.  En l'absence d'une saine administration du territoire, il ne peut y avoir de solutions durables aux problèmes de logement.  Les professionnels de l'habitat sont prêts à contribuer à régler les problèmes grâce à leur expérience et à leurs connaissances.


M. ERNESTO GIL ELORDUY, Président des parlementaires mondiaux pour l’habitat : Les parlementaires promeuvent les actions gouvernementales en s’inspirant de règles de conduite civilisée comprenant un cadre législatif qui accorde une légalité et un soutien au processus de développement et aux liens entre les peuples et leurs représentants politiques.  Dans nos congrès et parlements, nous sommes obligés de réexaminer la place qui est la nôtre dans la structure du pouvoir et du gouvernement et d’adapter nos pouvoirs et attributions, en cette nouvelle ère d’interdépendance entre les membres de notre communauté des nations.  Du fait de leur fondement constitutionnel, leur caractère démocratique et leur responsabilité au niveau national, les congrès et parlements doivent participer à la construction d’un nouvel ordre international.  Nous sommes véritablement le produit de la démocratie et, depuis sa création à Yokohama, en 1987, le Groupe des parlementaires mondiaux pour l’habitat s’est attaché à promouvoir le développement durable des établissements humains et l’objectif d’un logement convenable pour tous. 


Les Nations Unies adoptent une perspective globale sur les questions qu’elle aborde.  D’un autre côté, l’essence même de la représentation parlementaire est une implication politique directe et immédiate dans la société et au niveau local.  Une communication existe entre ces deux mondes et la coopération entre le système des Nations Unies et les organes législatifs se fait donc pressante.


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