06/06/01
Communiqué de presse
AG/1153



Assemblée générale

Commission thématique

2e séance – après-midi


UNE APPROCHE INTEGREE ET PARTICIPATIVE DES PROBLEMES DE LOGEMENT PEUT AUSSI FAVORISER LE DEVELOPPEMENT ECONOMIQUE ET RENDRE LES VILLES PLUS SURES


Comment, en assurant un logement et des services sanitaires à tous, peut-on parallèlement lutter contre la violence et fournir des emplois?  C’est en quelque sorte cette équation qu’a tenté de résoudre, cet après-midi, la deuxième séance de la Commission thématique de la Session extraordinaire de l’Assemblée générale consacrée à une évaluation d’ensemble de l’application des décisions de la Conférence des Nations Unies sur les établissements humains (Habitat II).  Espace de dialogue pour tous les partenaires du Programme pour l’habitat (autorités locales, organisations non gouvernementales (ONG) et gouvernements), la Commission s’est appuyée pour sa réflexion sur des expériences et les enseignements tirés des politiques urbaines de l’Egypte, de la Colombie, du Sénégal et de l’Inde*.


La participation de tous les acteurs concernés par les projets de construction ou de réhabilitation de logements est apparue comme l’une des clefs du succès.  Premier à prendre la parole, cet après-midi, le Ministre du logement, des services d’utilité publique et des communautés urbaines de l’Egypte,

M. Mohamed Ibrahim Soliman, a ainsi exposé le projet de développement urbain participatif établi par son pays qui est confronté à une densité résidentielle particulièrement forte.  Ce programme d’urbanisme qui vise à réduire la densité dans les villes, à éloigner les flux d’immigration des terres arables et à trouver des sites pour le développement industriel, concerne 20 villes et accorde une attention particulière aux populations les plus démunies.  Il s’articule autour des priorités suivantes : un besoin urgent de logements supplémentaires, la réhabilitation des logements insalubres et une amélioration des capacités de gestion de l’environnement.  Le tout repose sur un système de partage des coûts de fabrication des habitations, qui sont pris en charge par l’Etat, par le secteur privé mais aussi par les résidents eux-mêmes.  Cette participation financière des habitants est rendue possible par la mise en place de “prêts aux conditions avantageuses”, assortis notamment d’un système de garanties allégé, ainsi que d’autres mesures de facilitation, telles que des taux d’intérêt réduits. 


Dans trois villes d’Inde (Mumbaï, Pune et Bangalore), cette approche participative a été adoptée par trois acteurs de la société civile – une organisation non gouvernementale, un réseau communautaire de femmes et la Fédération nationale des habitants des bidonvilles – pour remédier au manque d’installations sanitaires de base à l’origine de nombreux problèmes de santé dans les quartiers insalubres.  Réunis en partenariat, et coopérant avec les autorités urbaines et étatiques, ils ont ainsi doté les établissements insalubres d’un


système complet d’équipements sanitaires.  De plus, les activités déployées par ces projets ont, ainsi que l’a fait remarquer Mme Sheela Patel de l’ONG « SPARC », permis aux populations pauvres de suivre une formation, améliorant, par conséquent, leur situation face à l’emploi. 


Cette idée de créer des emplois alors même que l’on améliore les conditions de logement s’est également dégagée de l’expérience du Sénégal.  Dans ce pays, la réhabilitation de plus d’un million de bidonvilles et des quartiers insalubres de Dakar a entre autres eu pour effet de donner aux membres des communautés concernées l’occasion de suivre une formation ou encore de travailler.  Ainsi que l’a expliqué M. Seydon Sy Sall, Ministre de l’urbanisation et du développement national et régional du Sénégal, les populations ont pu acquérir un droit d’occupation ou droit de superficie.  Désormais, ils ne vivent plus dans la crainte d’une expulsion forcée et arbitraire.  Le processus est centré sur la mise en place d’un dialogue entre les habitants de ces quartiers défavorisés et les autorités locales.  Ce projet a également permis d’améliorer les services de base, notamment le réseau de distribution de l’eau et les installations sanitaires.


C’est également par un programme de réhabilitation intégré que la ville de Medellin, en Colombie, a réduit le niveau de violence urbaine et de criminalité.  Ainsi que l’a expliqué, le Directeur général du logement de la Colombie, M. Alvaro Jose Cobo Soto, au cours des cinq dernières années, 140 000 habitants de 30 établissements insalubres ont bénéficié de travaux d’aménagement de leurs logements et d’amélioration des services, obtenant notamment un droit d’occupation.  Ce programme qui rassemble le gouvernement national, les autorités municipales, des ONG et des organisations communautaires, a permis, pour la première fois, d’organiser des projets sociaux en direction des jeunes pour réduire la violence urbaine.  Son caractère novateur tient essentiellement à cette ouverture aux jeunes, lesquels constituent un facteur important du phénomène de la violence dans cette ville.  De plus, la participation de tous les acteurs de la communauté a permis d’aborder des domaines jusqu’alors réservés aux forces de police municipales.


Le dialogue interactif qui a suivi chaque présentation a vu les participants s’interroger plus particulièrement sur les problèmes que posent le relogement temporaire de personnes dont le quartier de résidence est réhabilité, ainsi que sur la spéculation foncière qui peut survenir après que la rénovation ait été achevée.  La responsabilisation de tous les acteurs, et notamment la participation financière des bénéficiaires des programmes a aussi été jugée particulièrement positive en ce qu’elle permet aux populations de se “réapproprier” leur quartier et les incite à s’impliquer davantage dans son avenir et son développement économique.


Demain, à 9 heures, la Commission se penchera autour du thème de la gestion environnementale, sur des expériences de la République-Unie de Tanzanie, de la Suède, de la Chine et de la Pologne.


PRESENTATION DU PROJET DE DEVELOPPEMENT URBAIN PARTICIPATIF DE L’EGYPTE


M. MOHAMED IBRAHIM SOLIMAN, Ministre du logement, des services d’utilité publique et des communautés urbaines de l’Egypte, a expliqué que les efforts du Gouvernement égyptien en faveur de la population peuvent être divisés en fonction de deux objectifs : améliorer les conditions d’habitation dans les zones urbaines et assurer un logement à tous ses citoyens.  Cinq projets réalisés en matière de logement illustrent plus particulièrement ces efforts.  Le premier est intitulé “Projet national du Président Mubarak pour la jeunesse”, qui est financé à 40% par le Gouvernement et qui s’assortit de prêts à taux avantageux.  Les unités construites peuvent aller jusqu’à 100 m2 et comportent deux chambres à coucher.  Un deuxième projet concerne “le logement du futur” et repose davantage sur la solidarité de tous les acteurs de la société, y compris le secteur privé.  Il sera appliqué en trois phases.  Les deux projets visent à alléger l’engagement financier de l’Etat en associant tous les partenaires de la société. 


Le troisième projet obéit davantage à l’objectif de procurer un logement pour tous et combine la réhabilitation de logements insalubres et la nécessité de faire face à l’expansion démographique.  Il s’agit du “Manshiet Nasser Upgrading Project”, qui concerne 350 000 personnes.  Un quatrième projet mis en place à Louxor, est lui aussi fondé sur la participation, mais prend également en compte les exigences du développement touristique, industriel et agricole.  Il s’accompagne par exemple d’une aide au micro-crédit.  Le cinquième projet est le “Programme durable du Gouvernement d’Ismailia”, qui recherche le développement durable tant au point de vue économique, écologique, social qu’urbain.  Un centre de formation a été institué et il est géré par des ONG.  Un conseil de développement durable a aussi été créé pour encourager une approche de gestion et d’urbanisation axée sur l’environnement.  Un cadre a également été créé pour que cette initiative puisse être reproduite ailleurs.  Ces initiatives ont permis d’assurer la participation de toutes les parties au processus de planification.  L’expérience égyptienne montre qu’une pleine participation est possible.  Grâce à une bonne gouvernance, la confiance s’est établie entre la population, les autorités locales et le Gouvernement.  En outre, il apparaît que la décentralisation, ainsi réalisée, assure des résultats plus durables.  Il s’avère aussi qu’il est nécessaire de mobiliser le plus tôt possible tous les moyens.  Il faut aussi bien choisir les parties prenantes et les différents partenaires.  La coopération internationale est aussi importante et doit être renforcée pour obtenir notamment une plus grande assistance financière et technique.


Dialogue


L’animatrice de ce dialogue, Mme JOSEFINA VASQUEZ MOTA, Ministre du logement du Mexique, a fait observer que le terme qui revient constamment dans la présentation égyptienne est celui de la participation.  Celle-ci est en effet indispensable.  Les gouvernements ont la responsabilité de concevoir des systèmes de financement novateurs reposant sur la participation.  L’un des défis est de trouver un équilibre entre l’endettement et les subventions.  La viabilité des projets mis en oeuvre est aussi vitale.  En traitant de la question du logement, il faut adresser de manière combinée les défis de plusieurs domaines, comme par exemple ceux de l’industrie, du tourisme et de l’agriculture.  L’exemple égyptien montre que c’est en procédant ainsi que tous les acteurs sont gagnants. 

Mme Vasquez Mota a aussi insisté sur le caractère reproductible des projets entrepris.  Le dialogue ne devrait pas omettre le problème épineux qu’est le relogement des personnes. 


Répondant à une question du représentant de la Mauritanie sur les mécanismes de subvention, M. SOLIMAN a indiqué que la participation du Gouvernement égyptien par unité est de 40 à 50%.  Une subvention supplémentaire sous forme de prêt à court terme est également en place.  Les paiements mensuels sont échelonnés sur 40 ans et le recouvrement devait englober entre autres les recettes provenant de la vente de certains terrains.  Les autres sources de financement proviennent le plus souvent du secteur privé.  Dans certains cas également, les terrains ont été offerts gracieusement par le Gouvernement.  Au représentant du Royaume-Uni qui l’interrogeait sur la contribution du secteur public, notamment à Louxor, le Ministre a estimé qu’il s’agissait d’un exemple remarquable d’aide et de participation entre les populations et les gouvernements locaux et centraux.  Le Gouvernement prend en charge le logement des personnes à faibles revenus et laisse au secteur privé le soin de fournir des logements aux autres catégories sociales, a-t-il ensuite expliqué au représentant de la Tunisie.  Ce faisant, les divers acteurs locaux sont mis à contribution.  Il importe que le Gouvernement arrête le niveau de prix pour les différents types de services, que ce soit la vente des terrains, les matériaux de construction ou tous les produits nécessaires.  Pour toutes ces activités, des prix plafonds sont fixés afin de favoriser le logement pour les familles à faibles revenus, ce qui constitue une autre subvention indirecte.  Au représentant du Venezuela qui s’interrogeait sur la manière dont l’Egypte organise le relogement, M. Soliman a indiqué que l’on s’efforce de faire en sorte que le site de relogement ne soit pas trop éloigné du site initial afin notamment que les personnes déplacées n’aient pas trop de trajet pour se rendre à leur travail ou les enfants, à l’école.  On évite ainsi un surcoût aussi bien pour l’Etat que pour les citoyens.


Formulant des observations de conclusion, Mme VASQUEZ MOTA a estimé que l’expérience égyptienne montre bien que le succès des programmes de logement ne se résume pas à la seule participation financière.  Il faut qu’une responsabilité commune soit véritablement assumée, y compris la participation des citoyens à la construction des maisons.  Selon elle, l’Etat a de toute évidence un rôle important à jouer, dans la mesure notamment où il a dicté les règles du jeu et a ensuite laissé les différents acteurs assumer pleinement leur responsabilité respective.


Pour de plus amples informations sur l’expérience égyptienne, contacter : Pr. Refaat El-Ansary, Mission permanente de la République arabe d’Egypte auprès de l’ONU, P.O. Box 30 285, Nairobi, Kenya ou Mohamed Magd El-Din Ibrahim, Cabinet du Ministre du logement, des services d’utilité publique et des communautés urbaines de l’Egypte, 1 Esmail Abaza, El Kaser El Anny, le Caire, Egypte.


PROGRAMME DE REHABILITATION INTEGRE A MEDELLIN (COLOMBIE)


Dans sa présentation du programme, M. ALVARO JOSE COBO SOTO, Directeur général du logement de Colombie, a décrit Medellin comme une ville dynamique et animée occupant une position stratégique au Nord-Ouest de la Colombie mais également comme une ville pleine de contrastes où existent, à côté de la ville ordonnée, des zones extrêmement insalubres occupées par des personnes déplacées en raison de la violence qui a sévi dans le pays.  Les services y sont quasi inexistants et la vulnérabilité des citoyens extrêmes, les cas d’homicide et d’abus de stupéfiants nombreux; cette situation a des incidences multiples notamment en termes de socialisation du territoire, a indiqué le représentant.  On constate que, dans les espaces urbains en conflit, les habitants cherchent à gérer eux-mêmes leur territoire notamment à travers la présence de bandes armées qui assurent une justice privée.


C’est pourquoi, a-t-il expliqué, a été mis en place le programme de réhabilitation PRIMED qui a pris en compte les aspects sociaux et physiques de façon intégrée et s’inspire directement des politiques définies par Habitat.  Il s’agit d’un programme unique de travail qui a permis d’utiliser au mieux les ressources pour mettre en oeuvre une politique municipale d’harmonisation urbaine qui visait à améliorer la qualité des logements, assainir le territoire et en légaliser les pratiques.  Cette démarche a été réalisée en associant dès le départ la population.  Des comités de zones ont été créés, des manifestations organisées ainsi que des actions de communication.  C’est ainsi qu’ont été démolis les murs imaginaires imposés par la violence, que les habitants ont pu être intégrés et vivent en bons citoyens dans un climat pacifique et en ayant retrouvé une vie communautaire.  Les jeunes à risques participent à la vie sociale et ont conclu des pactes de non-agression.  Ils ont également pris conscience de l’habitat.  PRIMED est une alliance couronnée de succès, la contribution de Medellin à la paix en Colombie et sa contribution au monde dans une recherche de solutions pour tous.  C’est pour cela qu’il est important de bénéficier du soutien et de la coopération internationaux pour pouvoir répéter ailleurs cette expérience, a conclu le délégué de la Colombie.


Dialogue


Au cours du dialogue qui a suivi et qui était animé par Mme Lydia Mabel Martinez de Jimenez, Directrice des politiques nationales de l’habitat de l’Argentine, M. ALVARO JOSE COBO SOTO a précisé en réponse à la question du représentant de la Mauritanie qui demandait comment avait été réglé le problème de la spéculation foncière, que les subventions accordées aux familles démunies étaient assorties d’une interdiction de vente d’une durée de cinq ans.  Il a également précisé que les coûts d’infrastructures étaient intégrés au programme.


En réponse aux questions posées par le représentant du Ghana sur la maintenance des zones réhabilitées et l’existence de programmes visant à empêcher la dégradation de ces zones ou encore à celle du Kenya sur la façon dont on a procédé pour faire participer la société civile, le Directeur général du logement de la Colombie a insisté sur le fait qu’il s’agissait de communautés dont non seulement les conditions matérielles mais également l’intégration sociale s’étaient améliorées.  Il s’agit, a-t-il fait valoir, d’une population qui veut désormais participer à l’amélioration de ses conditions de vie.  Ce qui nous intéresse surtout, c’est l’apparition de cette nouvelle citoyenneté qui porte en elle les germes de nouvelles améliorations.  Cela se reflète dans l’entretien des installations, la sécurité, etc. 


Pour plus d’informations sur le programme PRIMED, contacter Mme Carolina Barco de Botero, Departamento Administrativo de Planecacion Distrital, Bogota, Colombia, tel. 368-07-80 ou 368-07-79, courrier électronique : dapd.asesores@aldato.com.co


SENEGAL : REHABILITATION DES ETABLISSEMENTS INSALUBRES


M. SEYDON SY SALL, Ministre de l’urbanisation et du développement national et régional du Sénégal, a expliqué que le taux d’urbanisation élevé de l’ensemble du pays et la macrocéphalie de la capitale, Dakar, ont conduit le Gouvernement sénégalais à s’attaquer tout particulièrement au problème de la prolifération des quartiers spontanés.  Partant d’un projet pilote entamé il y a 15 ans et concernant 7 000 habitants, le politique s’est peu à peu étendue à plusieurs quartiers-villes.  Outre l’Etat, les collectivités locales concernées, des organisations communautaires de base (populations), des ONG, ainsi que des partenaires extérieurs, via notamment la coopération internationale, sont pleinement associés à l’initiative.  Le but est de maintenir les populations sur le site concerné et de faciliter leur accès à la propriété foncière.  Les zones sont classées en Groupe d’intérêt économique (GIE) ce qui permet d’assurer la participation des bénéficiaires de parcelles dans la réalisation du programme.  A cela vient s’ajouter un effort d’amélioration des infrastructures publiques, telles que les voies d’accès et les écoles.  Le principe de base de ce projet est la “sécurisation foncière” grâce à un droit de superficie.  Les femmes sont pleinement associées à ce programme qui a permis de renforcer et de développer non seulement l’habitat mais aussi l’économie. 


La première leçon tirée de cette expérience est que lorsque l’on restructure un quartier, il faut procéder à l’aménagement préalable de la zone d’accueil temporaire des populations déplacées.  Le processus de décentralisation engendré a permis d’obtenir de meilleures performances, notamment au niveau des communautés locales.  Désormais, le Gouvernement s’efforce de trouver la manière de réduire la durée des interventions tout en maintenant la promotion de l’habitat social.  Pour assurer la réplicabilité de ce programme, et donc sa pérennité, l’Etat a mis en place un certain nombre d’instruments, dont un financier (le Fonds National de Restructuration et de Régularisation Foncière, FORREF), et un d’exécution des programmes (la Fondation Droit à la Ville, FDV), qui est prestataire de services dans les domaines de la restructuration physique et foncière et le développement d’activités de lutte contre la pauvreté.  L’autonomie opérationnelle de cette fondation permet d’exécuter les programmes de manière beaucoup plus rapide. 


M. Sall a expliqué que le principal enseignement tiré de ce programme est la nécessité d’un accès plus large au crédit pour les populations démunies.  Il apparaît aussi indispensable de lutter contre la spéculation financière une fois un programme de réhabilitation foncière achevé.  Le Gouvernement envisage donc la mise en place d’un mécanisme à cet effet.  Ces initiatives doivent aussi s’accompagner de mécanismes pour pérenniser la participation de tous les acteurs concernés.  Ceci peut notamment passer par l’aménagement de zones d’activité économique, afin d’améliorer les revenus et de lutter durablement contre la pauvreté dans ces quartiers défavorisés. 


Dialogue


Assurant de nouveau les fonctions d’animateur du dialogue, M. MICHEL DELEBARRE, ancien Ministre du logement de la France et maire de Dunkerque, a estimé que le programme présenté par le Sénégal constituait un cas d’école.  Cet exemple n’est pas non plus sans similitude avec l’expérience de l’Afrique du Sud exposée ce matin.  Face à la prolifération de quartier d’occupation spontanée et de tous les problèmes qui accompagnent traditionnellement ce genre de phénomène, un projet pilote a été lancé et, dans l’esprit d’Istanbul, une approche intégrée, traitant la question foncière, l’infrastructure et les logements, a été adoptée.  L’accent est mis sur la participation de tous les acteurs concernés, et notamment les habitants.  Il a jugé très intéressante la distinction établie entre la propriété foncière et le droit de superficie, droit d’usage de la parcelle sur laquelle on est installée.  Selon lui, cette notion nouvelle a pour avantage de fixer la population et de la rendre concernée par la survie et le développement du quartier.  Il a aussi souligné le partenariat très fort développé entre les ONG et les autorités locales.  M. Delebarre a demandé si le Gouvernement sénégalais a mis parallèlement en place un programme pour freiner l’exode rural ou si Dakar va continuer de fonctionner comme une gigantesque pompe aspirante de population.


Lui répondant sur ce dernier point, M. SEYDON SY SALL a expliqué que l’on s’est récemment aperçu que l’augmentation de la population des villes est davantage due à l’accroissement naturel démographique qu’à l’exode rural.  En fait, ce dernier ne compte que pour un tiers de la croissance démographique urbaine.  C’est pourquoi, les efforts ne doivent pas seulement porter sur l’exode rural.  Une solution pourrait être de voir comment développer les autres pôles urbains régionaux, en adoptant une approche qui n’oppose plus zones rurales/zones urbaines, mais souligne leur interaction positive.  Le principe de base est simple, les hommes sont là où sont les activités et l’emploi.  Au représentant du Niger qui s’interrogeait sur la manière dont le Sénégal avait géré le relogement temporaire des personnes déplacées par les projets de réhabilitation et de restructuration, le Ministre a indiqué que les enseignements ont systématiquement été tirés des expériences passées.  Ceci a notamment conduit à la création du FORREF, mécanisme financier créé suite à une dotation initiale de l’Etat.  Ce Fonds est désormais réalimenté grâce à une contribution des populations qui ont déjà bénéficié des programmes de réhabilitation et ont vu leur situation économique s’améliorer.  Un autre principe respecté en matière de relogement est la proximité du site temporaire et du site réhabilité.  Le problème est toutefois moins le site d’accueil que les perturbations qu’engendre le déplacement.  Au représentant du Maroc qui lui demandait des chiffres tangibles, M. Sall a indiqué que le projet pilote, organisé au quartier de Dalifort, a vu passé le pourcentage de construction en dur dans cette zone de 7 à 48%.  Il s’est aussi dit très favorable à la création d’un réseau d’échange des bonnes pratiques, proposée par le représentant d’une ONG.


Concluant le dialogue, M. DELEBARRE a jugé intéressant, à la lumière de l’expérience sénégalaise, qu’une évaluation transversale soit exécutée.  Il a également mis l’accent sur l’importance de la pratique démocratique dans la mise en oeuvre des projets.  Cette pratique doit elle aussi s’inscrire dans une durabilité et n’a pas à intervenir seulement au moment où l’on met en place les initiatives.  La politique du Sénégal fait en quelque sorte poindre la notion du “droit à la ville”.  Pour faire face au problème des ressources, il a proposé que le logement soit retenu au rang des investissements économiques et sociaux fondamentaux pour les pays aidés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale. 


Pour de plus amples informations sur le Programme du Sénégal, contacter : Papa Cheikh Saadibou Fall, du Ministère de l’Urbanisme et de l’habitat du Sénégal, au (221) 8 23 32 78.


PROGRAMME D’ASSAINISSEMENT SANITAIRE DES VILLES INDIENNES DE MUMBAI, PUNE ET BANGALORE


Dans sa présentation du programme, Mme SHEELA PATEL de l’organisation non gouvernementale SPARC de Bombay, a précisé qu’il n’était pas le fait du Gouvernement de l’Inde mais d’une association d’acteurs locaux.  Elle a expliqué qu’au cours des 15 dernières années, les ONG et réseaux locaux se sont efforcés de dégager des stratégies associant les pauvres.  Elle a cité en exemple du type d’actions menées dans le cadre du programme d’assainissement à Mumbai, Pune et Bangalore, l’installation de toilettes publiques.  Celles-ci sont financées par les municipalités mais conçues et entretenues par les collectivités elles-mêmes. Elle a tout particulièrement insisté sur le rôle prépondérant des femmes dans cette démarche.  Dans le cadre de ce programme, a-t-elle précisé, on s’est rendu compte que les communautés peuvent très bien se charger de passer des contrats avec les entreprises chargées des travaux qui peuvent être de toutes petites structures.  Ce qui est vrai pour les toilettes est valable également pour les logements et la sécurité.  Cette expérience montre que l’association et la participation des très pauvres est essentielle et efficace.  C’est un élément d’autant plus important que l’on sait très bien que le nombre de personnes très pauvres dans les villes va augmenter dans les années à venir.  Cela montre également que des ONG travaillant avec les municipalités peuvent parvenir à un résultat qui peut servir d’exemple à d’autres. 


En réponse aux questions des représentants de la Namibie et de l’Indonésie, Mme Patel a précisé que la totalité des coûts liés à l’installation de ces toilettes avaient été pris en charge par les municipalités.  Elle a fait valoir que ces installations ne sont pas seulement des toilettes mais un élément vital pour la collectivité.  Elle a fait observer que, lorsque les collectivités surveillent le travail, les résultats sont de bien meilleure qualité et l’entretien facilité et que, si l’on comparait le coût de ces toilettes et le coût de l’entretien sur 25 ou 30 ans, les municipalités étaient gagnantes.  En réponse à une question du Ghana, elle a indiqué que le type d’équipement généralement retenu était des fosses sceptiques aux capacités calculées en fonction des besoins et de la taille de la collectivité.  Il faut par ailleurs s’assurer que la collectivité sache comment entretenir ces équipements, a-t-elle ajouté.


Au représentant du Royaume-Uni qui demandait des précisions sur le partenariat avec les municipalités, Mme Patel a fait valoir que ce qui était important, c’était de faire évoluer les municipalités pour les amener à signer des contrats avec les ONG et les collectivités.  Elle a également insisté sur le rôle fondamental des gouvernements provinciaux.


Mme LYDIA MABEL MARTINEZ DE JIMENEZ, Directrice des politiques nationales de l’habitat de l’Argentine, qui animait cette partie du débat, a repris cette dernière observation en insistant sur l’intérêt qu’il y a à intégrer les niveaux intermédiaires de l’administration.   Elle a également insisté sur le fait qu’il était extrêmement important de fournir des services d’assainissement à tous les habitants d’une collectivité, également en raison de leur fonction sociale.  Les programmes autogérés par les collectivités lui ont paru avoir pour principaux mérites le fait qu’ils permettent à celles-ci de prendre des initiatives, offrent de nouvelles perspectives d’emploi et ont un effet démonstratif qui permet de multiplier ces programmes.  Cette participation permet également de valoriser les réalisations auprès de la population, a-t-elle conclu.


Pour plus d’informations sur ce programme, contacter Mme Sheela Patel, A. Jockin et Celine Dçruz, Society for Promotion of Area Resource Centres, Bhulabhai Desai Road, Mumbai, India, tel. 91-22-3865053, 3858785, fax. 91-22-3887566.


* Des documents détaillés sur les expériences présentées peuvent être consultés sur le site www.istanbul5.org.


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