SG/SM/7628
AFR/273
17 novembre 2000
LE SECRÉTAIRE GÉNÉRAL, INFORMANT LE CONSEIL DE LA
SITUATION EN ÉTHIOPIE ET EN ÉRYTHRÉE, SOULIGNE QUE LA MISSION DE L'ONU EST
RICHE DE PROMESSES ET QU'IL FAUT DONC EN ASSURER LE SUCCÈS
On trouvera ci-après le texte de l’exposé que le Secrétaire général, M. Kofi Annan, a fait aux membres du Conseil de sécurité, le 17 novembre à New York, à propos de la Mission des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE) :
C’est
avec grand plaisir que je me joins à vous pour vous mettre au courant de la
situation et des préparatifs de la Mission
des Nations Unies en Éthiopie et en Érythrée (MINUEE). Cette nouvelle opération est riche de promesses
pour les pays et les peuples concernés, pour l’Afrique et pour le maintien de
la paix en général. Il faut que nous en assurions le succès et je me réjouis à
la perspective de travailler étroitement avec le Conseil pour atteindre cet
objectif.
Mon Représentant spécial pour l’Éthiopie
et l’Érythrée, l’Ambassadeur Legwaila Joseph Legwaila, a maintenant pris
ses fonctions dans la zone de la mission. Ses qualifications sont connues de
vous tous.
M. Legwaila a eu un entretien à
Addis-Abeba avec le Premier Ministre, M. Meles, le Ministre des affaires étrangères,
M. Seyoum, ainsi qu’avec d’autres hauts fonctionnaires; tous lui ont
promis leur concours. Hier, l’Ambassadeur Legwaila est arrivé à Asmara, où
il se propose d’avoir des entretiens du même genre avec les membres du
Gouvernement érythréen. Il a également rencontré le Secrétaire général de
l’Organisation de l’unité africaine (OUA), des membres de la communauté
diplomatique et divers hauts fonctionnaires de l’ONU, qui travailleront en
étroite collaboration avec la MINUEE.
Au cours de sa mission, l’Ambassadeur
Legwaila a l’intention de faire la navette entre ses bureaux d’Asmara et
d’Addis-Abeba pour rester en contact étroit avec les deux parties ainsi qu’avec
l’OUA. J’ai également nommé deux hauts fonctionnaires Représentants spéciaux
adjoints : M. Cheikh-Tidiane Gaye et M. Ian Martin, qui
résideront à plein temps à Addis-Abeba et à Asmara respectivement. Ces deux
adjoints prendront leurs fonctions sous peu.
Le déploiement militaire se déroule
également conformément aux délais impartis. Le commandant de la Force, le
général de division Patrick Cammaert, des Pays-Bas, a pris ses fonctions dans
la zone de la mission. Depuis aujourd’hui, quelque 120 observateurs militaires
sont déployés dans les deux pays et les premiers contingents vont bientôt commencer
à arriver. Moyennant la coopération continue des deux parties, le déploiement
de la MINUEE devrait être terminé au début de l’année prochaine, où il
atteindra 4 200 hommes, tous rangs confondus – effectif maximum autorisé
–, y compris 220 observateurs militaires. Des équipes militaires de plusieurs
pays fournisseurs de contingents – le Canada, le Danemark, la Jordanie, le
Kenya, les Pays-Bas et la Slovaquie – ont déjà entrepris des missions de
reconnaissance préalables à leur déploiement.
(à suivre)
Vous-même, Monsieur le Ministre, vous êtes
rendu dans la région la semaine dernière et j’attends avec intérêt de savoir ce
que vous pensez de la situation. Je tiens à saisir cette occasion pour
remercier le Gouvernement néerlandais de son appui généreux à cette opération,
ainsi que tous les autres gouvernements qui y contribuent.
La situation sur le terrain semble s’être
stabilisée dans les dernières semaines, mais les conditions humanitaires qui
règnent dans les deux pays restent une source de préoccupation grave.
L’Érythrée compte plus de 300 000 personnes déplacées. Certaines sont
hébergées dans des camps tandis que d’autres ont été placées dans des
communautés d’accueil ou sont éparpillées dans tout le pays. En Éthiopie,
quelque 350 000 personnes ont été déplacées. L’obstacle le plus sérieux à
leur retour dans des conditions de sécurité et à la reprise d’une vie normale
est la présence de mines terrestres et d’engins non désamorcés le long de la
frontière.
Il est donc impératif de procéder
rapidement au déminage et de mener des campagnes de sensibilisation au danger
des mines dans ces zones. La MINUEE, pour sa part, a déjà entrepris des relevés
en vue d’opérations de déminage. Les deux gouvernements ont mis sur pied des
commissions nationales de déminage. J’espère que le Conseil apportera à ces
efforts son plein appui en temps voulu.
Nous poursuivons les consultations avec
les gouvernements au sujet des accords sur le statut des forces, que nous
espérons achever le plus tôt possible. Les deux parties ont accepté d’ouvrir,
le 28 novembre, la première voie terrestre d’accès destinée au passage des
convois de la MINUEE et à la réalisation d’autres activités. C’est là une nouvelle dont on ne peut que se
féliciter, car il est crucial que la MINUEE soit libre de circuler et
d’accéder au plus vite à la future zone de sécurité temporaire. On poursuivra
les efforts pour mettre en place des voies d’accès aérien. Nous progressons de
manière satisfaisante dans ce domaine, et je tiendrai le Conseil au courant de
l’évolution de la situation.
Le cessez-le-feu a été respecté depuis la
signature d’un accord en juin sous l’égide du Président de l’Algérie,
M. Bouteflika. Jusqu’à présent, les deux parties se sont montrées résolues
à mettre en oeuvre ce texte. Ce n’est pas un mince progrès.
Le déploiement de la MINUEE doit servir à
maintenir la paix entre les deux pays. Les observateurs militaires sur le
terrain s’emploient à améliorer les moyens permettant de vérifier la situation
et d’examiner les problèmes qui pourraient se poser, ce qui devrait permettre
de réduire la méfiance entre les parties. La mise en place de la Commission de coordination
militaire prévue par l’Accord de cessation des hostilités serait à cet égard
d’une grande aide. Je suis heureux de constater que les deux parties sont
convenues avec la MINUEE de tenir la première session de la Commission à la fin
de ce mois.
Nous devons poursuivre sur cette lancée,
surtout si nous voulons obtenir un appui supplémentaire de la communauté
internationale pour subvenir aux besoins de développement des deux pays. Les
organismes de l’ONU sont prêts à jouer leur rôle. De fait, une coordination
étroite entre la MINUEE et les organismes humanitaires sera essentielle, et
c’est bien pourquoi un système de liaison civil-militaire devrait être mis en
place le plus tôt possible.
(à suivre)
Je veux croire que les deux parties
continueront de coopérer avec les médiateurs des pourparlers indirects, le
Ministre algérien M. Abdelkader Messahel, et l’Envoyé spécial des États-Unis
M. Anthony Lake, en vue de régler les questions en suspens et de parvenir à un
règlement global. L’ONU est prête à apporter son concours et mon Représentant
spécial est prêt à prendre part aux futurs pourparlers en qualité
d’observateur.
Je voudrais terminer en soulignant que les
débuts d’une opération de maintien de la paix sont un moment très délicat. Les
mesures prises par l’ONU donnent déjà une indication de nos intentions, de
notre efficacité et surtout de notre détermination. Les initiatives prises par
les parties donnent de leur côté la mesure de leur désir de coopérer, de leur
confiance et de leur volonté politique.
Maintenant que nos diplomates, notre
personnel civil et nos forces militaires prennent tous leurs postes, nous
entrons dans une période où les enjeux sont plus importants et où nos faits et
gestes sont observés avec une plus grande attention. Les peuples érythréen et
éthiopien, et beaucoup d’autres par-delà leurs frontières, comptent sur notre
aide. Ce défi, relevons-le ensemble et montrons-nous à la hauteur.
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