28 juillet 2000


Communiqué de Presse
SG/SM/7499
ECOSOC/5930



LES ENGAGEMENTS PRIS LORS DU DEBAT DE HAUT NIVEAU DU CONSEIL ET CEUX DU SOMMET DU G-8 DOIVENT PERMETTRE DE REDUIRE LE FOSSE NUMERIQUE ENTRE RICHES ET PAUVRES

20000728

M. Kofi Annan demande que les technologies de l’information et leurs opportunités économiques soient partout mises à la portée de citoyens libres, éduqués et bien portants

On trouvera ci-après, le texte de l’allocution prononcée aujourd'hui au Siège par le Secrétaire général, M. Kofi Annan, lors de la séance de clôture de la session de fond du Conseil économique et social :

Permettez-moi, avant toute chose, de rendre hommage au dynamisme remarquable avec lequel vous dirigez les travaux de ce Conseil depuis que vous en assumez la présidence. Chacun reconnaîtra, je pense, qu’au cours de cette session, le Conseil économique et social a fait preuve d’une grande vitalité et s’est montré ouvert comme jamais auparavant aux idées et initiatives nouvelles. Il n’est que de consulter la liste impressionnante des participants au débat de haut niveau sur les technologies de l’information et le développement pour voir que, lorsque l’Organisation prend l'initiative d’ouvrir un dialogue sur un grand problème d’actualité, les parties prenantes à l’échelon le plus élevé ont à cœur d’y contribuer. Et il ne fait aucun doute, Monsieur le Président, que ce franc succès est dû en grande partie à vous personnellement. Mon seul regret est de ne pas avoir pu assister au débat.

Le débat de haut niveau et la très intéressante exposition sur les technologies de l’information qui s’est tenue parallèlement, ont permis de mieux comprendre les possibilités extraordinaires qu’offre la révolution numérique en matière de croissance économique, d’élimination de la pauvreté et de développement. Mais tout est question d’accès. Les pays où la majorité de la population n’a pas accès aux technologies de l’information ne peuvent pas jouer pleinement leur rôle dans la nouvelle économie mondiale. Et plus leur exclusion se prolongera, plus ils auront du mal à rattraper leur retard et plus ce retard leur coûtera cher. Le « fossé numérique » doit être comblé pendant qu’il est encore temps.

Nous devons veiller à ce que les nouvelles technologies de l'information ne se transforment pas en une autre ressource inégalement répartie entre les pays riches et les pays pauvres. Vous avez donc bien fait d’adopter une Déclaration ministérielle axée sur les mesures à prendre, à l’échelon national comme au niveau international, en vue de disséminer ces technologies et d’en étendre les avantages au monde en développement. Si nous réussissons dans cet entreprise, nous aurons donné aux pays pauvres les moyens de s’associer à la nouvelle économie mondiale fondée sur le savoir et mis à la disposition de leurs peuples un outil puissant pour faire entendre leur voix et combattre l’ignorance et la maladie.


Combler le fossé numérique ne sera pas chose aisée, mais nous pouvons espérer le voir se réduire d’ici quelques années, compte tenu des engagements pris lors du débat du Conseil et du Sommet du G-8 qui a réuni la semaine dernière au Japon les pays les plus industrialisés. Pour cela, il faut évidemment que nous demeurions tous fermement résolus à atteindre cet objectif.

Avec l’aide d’organisations de la société civile et l’appui du secteur privé, nous pouvons relier à la nouvelle économie jusqu’aux régions les plus reculées de la planète et faire en sorte que les pauvres des zones rurales ne soient pas laissés pour compte. Il est indispensable d’investir dans l’infrastructure de base. Mais il est tout aussi nécessaire de créer un environnement porteur grâce à des politiques gouvernementales judicieuses et à un cadre juridique et réglementaire transparent et cohérent. Dans de nombreux pays en développement, l’ordinateur individuel restera dans l’immédiat hors de la portée de la majeure partie de la population. Mais on peut trouver des solutions collectives. Cela dit, il faut, d’une façon ou d’une autre, diminuer le coût des technologies de l’information pour que tous puissent y avoir accès.

Mais soyons réalistes : à quoi sert d'être connecté à Internet si on ne sait ni lire ni écrire? Si l’on veut que tous puissent se servir d’un ordinateur, il faut mettre l’accent en priorité sur l’éducation de base. Nous devons nous attacher à atteindre notre objectif de l’enseignement primaire pour tous, filles et garçons.

Il ne s’agit pas non plus de promouvoir les technologies de l'information aux dépens des efforts à consentir pour mettre en valeur les ressources humaines, développer les services de santé et renforcer les institutions démocratiques et l'état de droit. Seuls les citoyens libres et en bonne santé, d'une démocratie ouverte et transparente qui satisfait leurs besoins fondamentaux, peuvent tirer pleinement parti des technologies de l’information.

Un autre obstacle de taille à la constitution d’une cybertoile véritablement mondiale est le contenu des pages Web. Aujourd’hui, 80 % d’entre elles sont en anglais. Et elles sont, pour la plupart, destinées essentiellement à un public nanti et éduqué dont elles reflètent naturellement les intérêts. Nous devons encourager la traduction automatique et la création de pages Web à teneur locale pour que la révolution Internet profite réellement à tous.

Les technologies de l’information peuvent permettre à bien des pays pauvres de brûler certaines étapes longues et pénibles sur la voie du développement. Mais aujourd’hui, seuls cinq pour cent des habitants de la planète sont connectés et la moitié de la population mondiale n’a même pas accès au téléphone. Dans mon rapport du millénaire, j’ai annoncé un certain nombre d’initiatives concrètes en vue d’aider à combler le fossé numérique. Mais nous pouvons faire beaucoup plus. L’ONU peut jouer un rôle clef en maximisant l’effet de ces technologies sur le développement et en multipliant les possibilités qu'elles offrent. La Déclaration ministérielle contient d'ailleurs des recommandations spécifiques à cette fin.

Il nous faut maintenant concrétiser ces recommandations par des stratégies pragmatiques et efficaces, susceptibles de faire une différence tangible dans la réalité quotidienne des gens. Cela suppose que l’on engage des ressources


substantielles, que l’on intensifie la coopération et que l’on forge des partenariats solides entre toutes les parties prenantes, y compris le secteur privé. Je compte sur l’Assemblée du millénaire pour faire encore progresser les travaux d’une importance primordiale que le Conseil économique et social a entrepris.

Bien entendu, les technologies de l'information ne sont pas le seul domaine où le besoin de ressources se fait sentir. Il nous faut des ressources pour atteindre tous les objectifs de développement décidés lors des conférences des Nations Unies des années 90. Le mois dernier, lors de ses sessions extraordinaires « Beijing + cinq » et « Copenhague + cinq », l’Assemblée générale a réaffirmé ces objectifs. Elle a également déterminé les moyens d’accélérer les progrès et de relever les nouveaux défis. Au cours de cette session, le Conseil a beaucoup fait lui aussi pour aider la communauté internationale et le système des Nations Unies à renforcer la cohérence et l'impact de leurs interventions dans le cadre du suivi des grandes conférences. Nous devons respecter nos engagements et faire preuve de solidarité au niveau mondial. La réunion qui sera consacrée l’an prochain au financement du développement sera une excellente occasion de montrer une telle solidarité. Je vous engage vivement à saisir cette opportunité.

Si nous voulons vraiment progresser, nous devons accélérer l'allègement de la dette des pays pauvres. Il ne suffit plus de promettre, il faut prendre immédiatement des mesures concrètes. C’est pourquoi je demande instamment aux pays donateurs et aux institutions financières internationales d’annuler la dette officielle des pays pauvres déterminés à réduire la pauvreté et d’étendre à un plus grand nombre de pays ce qu’il est convenu d’appeler l’Initiative PPTE, en leur permettant de se qualifier sur la base du seul critère de la pauvreté.

Ainsi, il semble terriblement injuste qu’au Nigéria, le nouveau gouvernement démocratique peine à assurer le service de toutes les dettes contractées par les dictatures militaires des années 80 et 90, et que l’on attende de lui qu’il y consacre une proportion beaucoup importante du produit national brut qu’à des dépenses de santé ou d’éducation ou à la lutte contre la pauvreté. Voilà sûrement un cas où l’allégement de la dette serait aussi une forme de prévention des conflits.

Il faudrait de même effacer la dette des pays qui ont connu des conflits graves ou subi des catastrophes naturelles importantes. Leur situation est extrêmement précaire. Et même lorsque l’aide humanitaire internationale est généreuse, elle ne suffit pas à les remettre à flot. Comme vous l’avez fort justement souligné lors du débat consacré aux affaires humanitaires, nous devons redoubler d’efforts en matière de prévention et nous efforcer de mieux répondre aux situations d’urgence complexes. Nous devons également faire fond sur les capacités de prévention et d’intervention de ces pays. Mais si nous prenons la décision de principe d’annuler leur dette, nous leur donnerons une vraie chance de reconstruire leur société et de prendre un nouveau départ.

Les populations des pays démunis et ravagés tablent sur la communauté internationale pour les aider à mener une existence décente. On nous a encore dit au cours de cette session à quel point le monde compte sur l’Organisation. Pour répondre à cette attente, nous avons besoin de ressources financières suffisantes, stables et prévisibles. J’espère que la tendance récente à la stagnation et à la baisse des niveaux de ressources va s’inverser, pour que l’ONU puisse continuer d’aider les pays à progresser sur la voie de l’élimination de la pauvreté, ce qui est notre objectif premier à tous.

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