10 juin 1998


Communiqué de Presse
SG/SM/6586
GA/9412



LE SECRETAIRE GENERAL ENGAGE TOUS LES PAYS À DIRE "NON" À LA DROGUE ET À RELEVER LE DEFI D'UN MONDE SANS DROGUE

19980610
Il ouvre la vingtième session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée à la lutte commune contre le problème mondial de la drogue

On trouvera ci-après le texte de la déclaration faite par le Secrétaire général, M. Kofi Annan, à l'occasion de l'ouverture, le 8 juin, de la vingtième session extraordinaire de l'Assemblée générale consacrée à la lutte commune contre le problème mondial de la drogue.

Je vous souhaite à tous la bienvenue. Laissez-moi tout d'abord vous dire combien je suis heureux de voir réunis dans cette salle tant de chefs d'Etat et de gouvernement, de ministres et de hauts responsables.

Si vous êtes aujourd'hui à New York, c'est que vous êtes conscients que nous sommes parvenus à une étape décisive de la lutte contre la production, le trafic et la consommation de drogues illégales.

La prolifération des stupéfiants constatée au cours des 30 dernières années montre que ce que l'on avait cru inimaginable peut devenir réalité pratiquement du jour au lendemain. Une réalité tragique. Il est à espérer que, lorsque les historiens étudieront l'action entreprise par l'humanité dans le domaine du contrôle des drogues, ils mentionneront les prochains jours comme ayant marqué un renversement de tendance. Il est à espérer qu'ils considéreront cette session comme celle où les membres de la communauté internationale sont parvenus à s'entendre sur la nécessité d'intensifier leurs efforts afin de créer un monde sans drogue au XXIe siècle.

Le projet de déclaration politique qui vous est soumis aujourd'hui est le fruit de plusieurs mois de travail et d'efforts intensifs. Il est rarement arrivé — c'est en fait pratiquement la première fois — que les Etats Membres parviennent à un consensus sur des questions de fond et des questions politiques des mois avant l'ouverture d'une session extraordinaire.


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La Déclaration sur les principes fondamentaux de la réduction de la demande de drogue est un texte équilibré qui, pour la première fois, traite de la responsabilité des pays consommateurs aussi bien que de celle des pays producteurs. L'organe préparatoire, à Vienne, a aussi élaboré des plans d'action sur plusieurs questions importantes : l'endiguement des flux de stimulants et de leurs précurseurs, la coopération judiciaire, la lutte contre le blanchiment des capitaux; et la collaboration concernant l'éradication des cultures et les activités de remplacement.

Dans chaque cas, on a fixé une date butoir. D'ici à 2008, les Etats Membres devront avoir éliminé ou réduit sensiblement les cultures de pavot à opium, de coca et de cannabis. Il faut mettre fin à l'accroissement de la consommation et de la production de substances psychotropes. Une attention particulière devrait aussi être accordée à la prolifération des drogues synthétiques illégales et de leurs précurseurs.

Ces défis ne seront pas faciles à relever. Certains seront tentés de renoncer. Mais nous ne devons pas accepter le lourd tribut que la drogue impose à notre société. On compte aujourd'hui 21 millions de cocaïnomanes et d'héroïnomanes et 30 millions de personnes consomment des stimulants du type amphétamine. Nous ne pourrons pas alléger leurs souffrances ou celles de leurs proches si nous ne luttons pas contre ce fléau.

L'année dernière, j'ai décidé que Vienne serait le centre de la lutte menée par l'ONU contre la "société incivile", composée d'individus qui exploitent la mondialisation pour vendre de la drogue, blanchir de l'argent, commettre des actes terroristes et se livrer à la traite des êtres humains.

Sous l'égide du Secrétaire général adjoint M. Pino Arlacchi, le Programme des Nations Unies pour le contrôle international des drogues s'est montré à la hauteur de la tâche. Il a mis au point une stratégie globale et équilibrée pour appliquer les décisions que vous adopterez au cours de ces trois jours si importants. Cette nouvelle approche représente un changement radical par rapport aux opérations ponctuelles et aux projets pilotes des 30 dernières années.

Le trafic de drogue est devenu une industrie qui brasse des milliards de dollars et touche tous les pays. Le Fonds monétaire international estime que 2 à 5% du PIB mondial provient de capitaux blanchis. J'appuie sans réserve le choix de 2003 comme date à laquelle les Etats Membres devront avoir adopté une législation nationale appropriée en ce qui concerne le blanchiment de l'argent. De fait, il s'agit d'une mesure qui aurait dû être prise il y a longtemps.


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Tout comme le trafic de drogue, la toxicomanie ne connaît pas de frontières. Elle frappe sans distinction de classe, de sexe, de religion ou de race. Source de fractures sociales, elle engendre la criminalité, la corruption et la violence. Elle grève lourdement les services sociaux et favorise la propagation du sida.

Trop de jeunes voient leur vie détruite par la drogue. Le désir de faire de nouvelles expériences est le propre de la jeunesse et c'est cette curiosité que les trafiquants de drogue exploitent sans scrupules. Nous devons faire comprendre aux jeunes que la drogue n'a rien de prestigieux, qu'elle n'est pas un passeport pour une vie meilleure. Pour s'en convaincre, il suffit de regarder n'importe quel toxicomane.

Il est indispensable que les responsables prennent des mesures, tous ensemble, pour lutter contre la production, le trafic et l'abus des drogues. L'avenir de nos enfants est entre nos mains. Les trente et quelques années que j'ai passées à l'ONU m'ont appris que lorsque les pays unissent leurs efforts pour tenter de résoudre un problème, ils y parviennent presque toujours. Cette occasion se présente aujourd'hui; bien sûr, nous ferons des erreurs, nous essuierons des déceptions. Mais nous ne devons pas renoncer. Il est temps que chaque pays dise "non" à la drogue, et que tous relèvent le défi d'un monde sans drogue. Je vous remercie.

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