26 juin 1997


Communiqué de Presse
AG/659



SOMMET PLANETE TERRE+5 : LE PRESIDENT CLINTON PROMET QUE LES ETATS-UNIS FERONT MIEUX POUR LUTTER CONTRE LES CHANGEMENTS CLIMATIQUES

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Il annonce une aide d'un milliard de dollars sur cinq ans aux pays en développement pour réduire les émissions de gaz à effet de serre

La dix-neuvième session extraordinaire de l'Assemblée générale a poursuivi cet après-midi, sous la présidence de M. Razali Ismail (Malaisie), son débat sur la mise en oeuvre d'Action 21 et a entendu la déclaration du Président des Etats-Unis d'Amérique, M. William J. Clinton, qui a indiqué qu'il avait pris hier des mesures sans précédent pour améliorer la qualité de l'air aux Etats-Unis. Ces mesures permettront notamment d'empêcher le décès prématuré de 15 000 asthmatiques chaque année. Tout en reconnaissant qu'il faut faire davantage pour réduire la contribution des Etats-Unis au changement climatique mondial, qui bien qu'ils ne représentent que 4% de la population mondiale, produisent 20% des gaz à effet de serre, le Président Clinton a estimé que la communauté mondiale doit aider les pays en développement à réduire les émissions de gaz à effet de serre. Pour ce faire, les Etats-Unis leur fourniront une aide d'un milliard de dollars au cours des cinq prochaines années. En second lieu, les Etats-Unis continueront à encourager les investissements privés qui respectent les normes environnementales. Enfin, au niveau national, l'énergie créatrice de la population sera libérée de manière à pouvoir relever le défi du changement climatique.

L'Assemblée a également entendu cet après-midi, le Ministre de la protection de l'environnement de la République tchèque, M. Jiri Skalicky; le Vice-Ministre de la Présidence du Panama, M. Oscar Ceville; le Vice-Premier Ministre de l'Iraq, M. Tariq Aziz; le Vice-Premier Ministre de la Croatie, Mme Ljerka Mintas Hodak; le Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Kenya, M. Stephen Kalonzo Musyoka; le Ministre des affaires étrangères de l'Albanie, M. Arjan Starova; le Ministre des affaires municipales et de l'agriculture du Qatar, M. Ali bin Saeed Al-Khayareen.

Ont également pris la parole : M. Mikhail Wehbe (République arabe syrienne), M. Sadyk Safaev (Ouzbékistan), Mme Aksoltan Ataeva (Turkménistan), M. Juli Minoves-Triquell (Andorre), M. Abuzed Omar Dorda (Jamahiriya arabe libyenne), M. Kim Hyong U (République populaire démocratique de Corée), M. Elfatih Mohamed Ahmed Erwa (Soudan), M. Eldar Kouliev (Azerbaïdjan), M. Rashid Alimov (ex-République yougoslave de Macédoine).


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L'Assemblée générale a également entendu les déclarations de M. Jacques Diouf, Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO); M. Fawzi Al-Sultan, Président du Fonds international de développement agricole; Mme Denise O'Brien (Association mondiale pour l'agriculture durable) au nom du groupe principal des agriculteurs; et M. Sheku Syl Kamara (Peace Child International) au nom du groupe principal des enfants et de la jeunesse.

Plusieurs intervenants ont reconnu que, à la suite de Rio, de nombreux pays avaient pu adopter des plans d'action nationaux et se doter de mécanismes juridiques pour l'environnement et le développement, ce qui est une étape essentielle pour la mise en oeuvre d'Action 21. La responsabilité des Gouvernements en matière de développement durable a été soulignée tout en reconnaissant qu'elle ne doit pas se substituer à celle de la société civile dont la participation est cruciale. Plusieurs intervenants ont évoqué la question de la pauvreté et la nécessité d'éliminer les disparités qu'elle engendre. Certains participants ont déclaré qu'il était nécessaire d'intégrer les questions de la santé et de l'éducation dans le processus de développement. Ils ont, en outre, signalé que la protection des ressources naturelles, notamment de l'eau et des forêts, doit s'accompagner d'un effort pour lutter contre la pollution. Les risques liés à la pollution chimique, aux installations pétrolières et aux déchets chimiques ont été évoqués. Les participants ont une nouvelle fois insisté sur la responsabilité des pays développés et leur obligation d'assurer des ressources financières adéquates et de contribuer au transfert de technologies afin que les pays en développement puissent mettre en oeuvre Action 21.

La prochaine séance de l'Assemblée générale aura lieu demain matin à 10 heures.


M. JIRI SKAKICKY, Vice-Premier Ministre de l'environnement de la République tchèque : s'associe à la déclaration faite par les Pays-Bas au nom de l'Union européenne. La République Tchèque espère que des engagements concrets seront pris par la session extraordinaire sur les changements climatiques. Elle souscrit aux trois initiatives présentées par l'Union européenne sur l'éco-efficacité, l'eau mondiale et l'énergie durable. La dégradation forestière est une source d'inquiétude pour la République Tchèque qui soutient l'établissement d'un Comité intergouvernemental de négociation pour élaborer une Convention mondiale sur les forêts. En ce qui concerne la question du financement du développement durable, la République Tchèque qui est un nouveau membre de l'OCDE et un pays associé à l'Union européenne, aimerait que son statut de pays bénéficiaire se transforme graduellement en un statut de pays donateur. La République Tchèque est prête à aider les pays en développement dans de nombreux domaines environnementaux.

Malgré les difficultés rencontrées par la République tchèque, du fait de sa transition vers la démocratie et une économie de marché, le pays a pu réduire la pollution touchant à tous les secteurs de l'environnement. La République Tchèque a activement participé aux travaux de la Commission du développement durable et est favorable au renforcement du rôle du Programme des Nations Unies pour l'environnement (UNEP). La République Tchèque est partie aux plus importantes conventions environnementales à l'exception de la Convention sur la lutte contre la désertification. Il faut se diriger vers des actions concrètes. La question de la sécurité chimique est cruciale car elle a des conséquences fâcheuses sur la santé et les écosystèmes.

M. OSCAR CEVILLE, Vice-Ministre de la Présidence et chef de la délégation de Panama : selon nous, la tâche prioritaire de cette présente session est de passer des promesses de Rio à l'action. Panama s'y emploie activement. Ainsi d'importants instruments juridiques ont été mis en place afin de doter le pays de mécanismes appropriés pour avancer vers le développement durable, en tenant compte en particulier, de l'environnement. Nous avons créé un Conseil national pour le développement durable et avons élaboré un Plan vers l'égalité, intitulé "Plan d'action, femmes et développement", afin de répondre à la Déclaration de Beijing. Par notre programme "Municipalités du 21 siècle", nous nous efforçons de combiner la participation communautaire et l'autogestion des projets de développement social des municipalités les plus pauvres du pays. Les questions de santé recueillent également l'attention prioritaire de notre gouvernement. Il nous semble que le sort du monde entier se joue dans les régions pauvres de la Terre. Les disparités créées par la pauvreté sont insupportables. Les bénéfices du développement, pour qu'ils soient durables doivent s'étendre à toutes les couches sociales de tous les pays du monde. Nous avons également développé nos efforts en faveur de la protection de la biodiversité, du droit des populations indigènes et de l'eau, qui en raison du canal de Panama est un sujet particulièrement important. A cet égard, nous rappelons la tenue du Congrès universel du Canal de Panama, du 7 au 10 septembre prochain. Pour un pays maritime comme Panama, les ressources maritimes sont très importantes et c'est pourquoi nous avons mis en place un programme d'évaluation des espèces marines destinées à l'exploitation commerciale. On devrait prêter une attention particulière à la réduction des émissions de gaz néfastes dans l'atmosphère. Malheureusement sur cette question les progrès qui ont été

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réalisés s'avèrent insuffisants à l'échelle mondiale et nous espérons que le prochain sommet de Kyoto marquera le point de départ d'une action concrète.

Depuis cinq ans, nous avons souscrit à un ensemble d'initiatives régionales, notamment au sein de l'Alliance centraméricaine pour le développement durable. Notre expérience avec l'Accord centraméricain pour les forêts démontre l'importance et l'efficacité d'établir des priorités et des politiques d'action à une échelle mondiale dans ce domaine. C'est pourquoi, nous appuyons les travaux du Groupe intergouvernemental sur les forêts qui devrait s'efforcer de négocier un instrument juridique international contraignant. Nous pensons que la tâche du développement durable doit avoir valeur d'autorité mondiale et doit éviter toute fragmentation législative et institutionnelle.

M. TARIK AZIZ, Vice-Premier Ministre de l'Iraq : l'Iraq est en tête des pays dont l'héritage séculaire souligne le lien entre l'environnement et l'action pour le développement. Les textes babyloniens sont en effet les premiers textes juridiques de l'histoire de l'humanité. Fort de ce patrimoine, l'Iraq moderne a pu réaliser pendant les années 70 et 80 de grands progrès en ce qui concerne la hausse du niveau de vie des citoyens. Cependant, la situation a commencé à se détériorer dès le début de l'agression militaire contre l'Iraq en 1991, suivie par le maintien de l'injuste embargo imposé depuis sept ans. Les opérations militaires déclenchées par les Etats- Unis en 1991 ont pris comme première cible l'infrastructure liée directement à la qualité de la vie, à la santé et aussi à l'environnement. Le bombardement des gisements et des installations pétrolières a entraîné l'émission d'énormes quantités de gaz polluants, de fumées et de composants chimiques.

L'Iraq a déployé des efforts considérables pour reconstruire ce qui a été détruit. Cependant, le maintien de l'embargo sévère et total empêche, tant la reprise des services fondamentaux que la reconstruction ou même le maintien des infrastructures et installations en raison du manque de pièces de rechange. Des études et des rapports scientifiques ont prouvé de manière irréfutable l'utilisation par les Etats-Unis de l'uranium épuisé au cours de leurs opérations militaires en Iraq. En effet, c'est la raison pour laquelle de grandes superficies des territoires de l'Iraq ont été soumises à une pollution radioactive mortelle. Les forces américaines après le cessez-le-feu ont fait exploser de façon irresponsable et contraire aux usages scientifiques des dépôts d'armes chimiques ce qui a entraîné une pollution chimique qui a touché les régions peuplées au Sud du pays. Notre délégation a distribué un rapport détaillé sur les conséquences de cette situation. L'accord "pétrole contre nourriture" n'a permis jusqu'ici aucune amélioration tangible de la situation. La communauté internationale est tenue d'assumer sa responsabilité pour lever tout ce qui entrave les programmes et les efforts déployés par l'Iraq dans le domaine de l'environnement et du développement, conformément à nos aspirations à favoriser les conditions d'un meilleur environnement aujourd'hui et pour les générations futures, et aux principes d'Action 21 et de la Déclaration de Rio. La levée de l'embargo injuste sera le premier pas sur cette voie, surtout que l'Iraq a honoré toutes ses obligations telles que

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stipulées par les résolutions pertinentes du Conseil de sécurité.

Mme LJERKA MINTAS-HODAK, Vice-Premier Ministre de la Croatie : La Croatie a participé constamment à l'élaboration de programmes régionaux pour la Méditerranée et le Danube et est prête à participer à une coopération régionale et internationale plus étendue. Cette approche est une réponse concrète à la constatation fondamentale que l'environnement ne s'arrête pas aux frontières, mais va au-delà de ces frontières, tenant ainsi les Etats responsables de toute incidence négative. Dans ce contexte, la Croatie se félicite de la régionalisation des activités des Nations Unies pour la mise en oeuvre d'Action 21. La Croatie appuie des initiatives comme celle de la Conférence de Minsk et est en faveur de la demande faite à la Commission économique pour l'Europe des Nations Unies de préparer des révisions périodiques sur les progrès réalisés par les Etats Membres dans la réalisation d'un développement durable. Elle participe activement au processus de l'environnement pour l'Europe. Sa contribution a été modeste, toutefois la Croatie a pris des mesures concrètes pour protéger la couche d'ozone. La Croatie a également cherché à réduire les émissions de carbone dioxyde, conformément à la Convention-cadre sur les changements climatiques. En outre, la législation nationale interdit l'importation de déchets dangereux en Croatie.

Au cours des sept dernières années, le gouvernement croate a été en mesure de légiférer et d'établir ainsi une structure juridique et institutionnelle pour la réalisation d'un développement durable. Devenue partie à quarante et un instruments juridiques internationaux pertinents, la Croatie procède actuellement à la réforme de sa législation au niveau de l'application et de la mise en oeuvre. Les initiatives locales dans le domaine de la protection de l'environnement en Croatie sont de plus en plus nombreuses.

M. STEPHEN KALONZO MUSYOKA, Ministre des affaires étrangères et de la coopération internationale du Kenya : La délégation s'associe aux vues

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exprimées par le Président du Groupe de 77 et la Chine. L'avenir de la planète est entre nos mains. Le Kenya espère que la communauté internationale va respecter les engagements, accords et buts fixés à Rio. En Afrique, la désertification et la sécheresse continuent à menacer la survie des individus, des animaux, et de l'environnement. Le Kenya a signé et ratifié les trois Conventions sur la biodiversité, les changements climatiques et la désertification. La communauté internationale doit mettre en oeuvre les engagements au titre de ces conventions.

L'importance des questions d'environnement a été démontrée en 1972 lors de la Conférence de Stockholm sur l'environnement humain, qui a donné naissance au PNUE. Le Kenya est fier d'avoir été sélectionné par la communauté internationale pour y établir son Siège. Le PNUE doit être revitalisé et renforcé par la rationalisation de sa gestion administrative et financière. De plus, il a besoin de ressources financières stables et prévisibles pour remplir son mandat. Nous nous félicitons de la déclaration de Nairobi qui réaffirme le rôle et le mandat du PNUE comme étant le principal organe des Nations Unies dans le domaine de l'environnement. Le Kenya, qui accueille le PNUE et Habitat, est préoccupé par le financement inadéquat et la sous-utilisation de la capacité de ces organisations en dépit de leur énorme potentiel. Il est impératif que les résolutions des Nations Unies qui requièrent que les réunions se tiennent aux sièges des organisations soient respectées. Le Kenya est préoccupé par la proposition visant à établir une nouvelle organisation mondiale pour l'environnement, à un moment où les Nations Unies cherchent à éviter les doubles emplois.

Les Kényens sont de plus en plus conscients de la nécessité de gérer leurs ressources naturelles d'une manière durable. Un plan national d'action a été mis en oeuvre dans le domaine de l'environnement. Un programme éducatif pour l'environnement a été introduit dans le cursus scolaire. Le Kenya en appelle à la communauté internationale afin qu'elle lui permette de disposer des ressources nécessaires à la réalisation des objectifs du développement durables demandés requis par Agenda 21.

M. ARIAN STAROVA, Ministre des affaires étrangères de l'Albanie : l'Albanie est convaincue que cette session extraordinaire permettra de renforcer les actions prises en faveur de l'environnement. Les différentes conférences internationales qui ont suivi Rio ont permis de renforcer la coordination internationale dans la mise en oeuvre d'Action 21 et de la Déclaration de Rio. Depuis Rio, les Gouvernements ont adopté des plans nationaux sur l'environnement et ont incorporé la question de l'environnement à leurs stratégies de développement. Pourtant les problèmes qui exigent une action urgente persistent. Les problèmes de l'eau, du changement climatique et de la déforestatation sont préoccupants. Cette session doit permettre de confirmer à nouveau l'existence d'une réelle volonté politique pour résoudre l'ensemble de ces problèmes. L'Albanie est favorable au renforcement du rôle du système des Nations Unies pour soutenir les efforts des Etats en matière d'environnement et de développement. Il faut que les programmes mis en place dans le cadre du système onusien prennent en considération les besoins

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spécifiques des pays à économie en transition.

L'Albanie a adopté et mis en oeuvre une Stratégie nationale pour l'environnement. Les principes du développement durable guident les politiques économiques, sociales et environnementales de l'Albanie. En 1992, le Gouvernement albanais a réorganisé le Comité national pour la protection de l'environnement et établi 12 agences régionales pour l'environnement. L'Albanie s'est doté d'un cadre juridique visant la protection de l'environnement. L'Albanie est partie à plusieurs conventions internationales dont la convention sur les changements climatiques et la biodiversité. En janvier 1994, l'Albanie a adopté son premier Plan d'action national sur l'environnement. Malgré de nombreux efforts, de sérieux problèmes persistent comme la déforestation, l'érosion des terres, la pollution urbaine, l'eau. Le développement des industries n'a pas été guidé par des considérations environnementales. La situation actuelle de la sécurité en Albanie a eu des conséquences néfastes sur les ressources forestières et les autres ressources naturelles. Le 29 juin, les Albanais éliront un nouveau gouvernement. Ces élections sont cruciales pour l'Albanie qui renouvelle l'appréciation du Gouvernement de réconciliation nationale pour la promptitude des Nations Unies à envoyer, avec l'autorisation du Conseil de sécurité, une Force de protection multinationale.

M. ALI BIN SAID AL-KHAYAREEN, Ministre des affaires municipales et de l'agriculture du Qatar : aujourd'hui les défis qui se posent à nous sont encore plus sérieux qu'à Rio, il y a cinq ans. Ce dont nous avons maintenant besoin, c'est de passer à l'action et non plus d'adopter principes et autres recommandations. Dans cet esprit, nous avons pleinement satisfait aux dispositions de Rio. C'est ainsi que nous avons souscrit à la Convention sur le transport des déchets dangereux, à la Convention de Vienne sur la protection de la couche d'ozone et à la Convention des Nations Unies sur les changements climatiques. Nous nous sommes efforcés de créer des organes en faveur de l'environnement et d'étendre leurs mandats ainsi que de moderniser notre législation environnementale, en tenant compte des dispositions des accords régionaux et internationaux sur l'environnement. Nous avons établi la sûreté écologique comme l'un des critères prioritaires de tout projet industriel. Selon nous, le développement durable doit se fonder sur le principe de responsabilité commune mais différenciée.

Une attention particulière doit être accordée aux pays en développement et tout particulièrement à ceux qui dépendant très largement des revenus du pétrole sont affectés par la mise en oeuvre des mesures de réduction des émissions de gaz à effet de serre. Il faut, en outre, prendre garde à ce que ces mesures contre les gaz à effet de serre ne se révèlent pas des obstacles déguisés aux échanges internationaux. D'autres domaines demandent d'agir sans délai. Les pays développés doivent ainsi assumer leur responsabilité historique dans la dégradation de l'environnement en honorant leurs engagements financiers. Il faut mettre en place un mécanisme légal unifié de protection de l'environnement et développer les campagnes de sensibilisation et promouvoir la participation de la société civile. Nous sommes tous sur le

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même navire, s'il flotte, nous survivrons, s'il coule, nous périrons tous, pays riches ou non.

M. MIKHAIL WEHBE (Syrie) : il faut que tout le monde sache le grand mal causé par l'occupation israélienne aux populations arabes. Que peut-on faire pour l'environnement lorsqu'un Etat confisque des terres? Israël continue d'implanter des colonies de peuplement, de détruire et de s'approprier les ressources naturelles et de changer le contexte géographique et démographique des territoires qu'il occupe. Ces actions causent de profondes difficultés qui sont aggravées par la volonté d'Israël de renforcer son arsenal militaire. Israël continue de refuser d'adhérer au Traite de non-prolifération des armes nucléaires (TNP). Israël a enterré 52 tonnes de déchets radioactifs et industriels dans les territoires occupés. Nous demandons à la communauté internationale de mettre un terme à ces pratiques nuisible et dangereuses pour la santé et pour la paix.

Depuis Rio, la République arabe syrienne a lancé un programme d'évaluation de la diversité biologique. Les entreprises ont été invitées à changer leurs modes de production. Le gouvernement a essayé d'intégrer les considérations environnementales dans son huitième Plan quinquennal de développement. Sous son impulsion, un programme a été établi pour identifier les terres arables et les zones qui sont menacées par la désertification. Le Ministère de l'irrigation a été chargé de gérer les ressources en eau. Un processus de sensibilisation a été lancé en milieu scolaire. La Syrie accorde une grande importance aux forêts qui sont fondamentales pour les équilibres écologiques. Elle est très préoccupée par le manque de mise en oeuvre des objectifs adoptés à Rio et souligne la nécessité de prendre des décisions courageuses, notamment en matière de financement et au niveau juridique, pour parvenir à un développement durable.

M. SADYK SAFAEV (Ouzbékistan) : l'Ouzbékistan participe activement à la mise en oeuvre des projets des Nations Unies sur l'environnement en Asie centrale. Des réformes importantes et le renforcement des institutions démocratiques ainsi que la stabilisation de l'économie créent des conditions plus propices au développement durable et à la protection de l'environnement dans le pays. Toutefois, comme cela est le cas dans les Etats nouvellement indépendants, l'Ouzbékistan est confronté aux objectifs de développement durable, de la reconstruction structurelle de l'économie et de la création de centaines de milliers d'emplois. La désertification, causée par l'activité humaine se développe et la salinisation s'accentue. En même temps, l'eau se fait de plus en plus rare. Un grand danger dans la région est provoqué par les stocks de déchets radioactifs, dont une quantité considérable polluent les rivières qui traversent les villes et villages. Avec le rétrécissement de la Mer de l'Aral, sont apparus des problèmes écologiques, socio-économiques et démographiques complexes d'étendue régionale et internationale en raison de leur origine et de la gravité de leurs conséquences. Conscients de ces problèmes, les gouvernements des Républiques d'Asie centrale et un certain nombre d'organisations internationales ont créé un Fonds international pour protéger la Mer d'Aral et ont adopté une Déclaration sur les problèmes posés

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par le développement durable du basin de la Mer d'Aral.

Mme AKSOLTAN ATAEVA, chef de la délégation du Turkménistan : conscient de l'importance des questions d'environnement, le Président du Turkménistan, M. Saparmurad Niyazov, a mis en oeuvre un certain nombre de mesures en vue de les résoudre. Les normes juridiques concernant l'environnement ont été révisées, de nouvelles mesures législatives ont été prises. Un code sanitaire a été adopté et un programme préventif a été mis en oeuvre. Un programme national de protection de l'environnement a été élaboré avec la participation du PNUD. Le Turkménistan a ratifié la plupart des conventions et traités internationaux relatifs à la protection de l'environnement et a développé la coopération internationale. Le pays travaille maintenant au développement de l'économie et de la santé publique. Des mesures ont été prises afin d'améliorer la productivité et la stabilité de l'agriculture. L'Institut de la recherche sur le désert a été établi dans le pays en raison du fait que 80% du territoire du Turkménistan est occupé par des déserts. Un programme national a été mis en place, à l'initiative du Président, afin de combattre la désertification. Un projet de centre de recherche scientifique est à l'étude avec le PNUD et la Banque Mondiale, ainsi qu'un projet de Commission du développement durable afin de sauver la mer d'Aral. Certains projets internationaux conjoints sont également menés.

Action 21 attache une grande importance aux questions de mise en oeuvre des programmes. La participation des pays développés en qualité de donateurs est très importante à cet égard. Elle comprend des activités de recherche et des activités scientifiques relatives, non seulement à la protection de l'environnement mais aussi à son amélioration, au transfert de technologies écologiquement saines, à la formation des personnes. Le Turkménistan soutient les initiatives des pays qui offrent cette forme d'assistance. La Conférence sur les changements climatiques qui se tiendra à Kyoto, examinera ces questions et nous souhaitons qu'elle aboutisse à une issue heureuse. Il est nécessaire d'élaborer un instrument législatif universel et uniforme pour la protection de l'environnement qui envisage une responsabilité pour la pollution de l'environnement. Des études scientifiques conjointes doivent constituer le fondement de programme d'intérêt national. Les pays affectés par la crise de la mer d'Aral ont attiré l'attention de la communauté internationale. Les efforts qui ont été faits jusqu'à présent sont insuffisants, et un programme coordonné est nécessaire pour améliorer l'environnement de cette région.

M. JULI MINOVES TRIQUELL (Andorre): le rôle de la jeunesse doit être réaffirmé. L'énergie des jeunes doit être canalisée pour qu'il respectent la nature. Le chômage anéantit les espoirs des jeunes. Il faut renforcer l'accès des jeunes à l'éducation et leur apprendre à respecter les droits de l'homme et la nature. Andorre reconnaît la nécessité d'une solidarité humaine sans laquelle il sera difficile d'atteindre les objectifs de Rio. L'Andorre préconise un effort mondial et durable en faveur de l'éducation. Action 21 ne pourra être mis en oeuvre que si toutes les catégories de la population, et particulièrement la jeunesse, sont considérées. Il est capital d'inclure les

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jeunes dans les processus de prise de décision. Andorre contribue au Fonds des Nations Unies pour la jeunesse. Andorre reconnaît l'interdépendance régionale et planétaire. Au niveau régional, Andorre collabore avec la Commission de l'environnement de la Communauté de travail des Pyrénées. Andorre estime qu'il faut une gestion intégrée des eaux dans les zones montagneuses. L'eau est une ressource indispensable et sa gestion est une priorité.

M. ABUZED OMAR DORDA, Chef de la délégation de la Jamahiriya arabe libyenne : mon pays se félicite de l'intérêt croissant porté à l'environnement par les pays industriellement et scientifiquement développés. Nous les invitons maintenant à transformer leurs paroles en actes. La pauvreté, la désertification, la sécheresse, la pollution marine, les mines terrestres et l'ignorance sont désormais des fléaux permanents. Ce sont les problèmes majeurs auxquels sont confrontés les pays en développement, et non pas ceux de la couche d'ozone ou d'émission de dioxyde de carbone. La communauté internationale ne doit pas se tromper de priorité. Les parties en présence doivent contribuer à l'environnement et au développement durable à la mesure de leurs moyens et capacités. En ce qui nous concerne, pour combattre la sécheresse, nous sommes en train de construire un "grand fleuve creusé par l'homme", issu d'un projet développé en dépit de l'embargo technologique qui pèse sur nous. Nous appelons instamment les pays à encourager la recherche sur la désalinisation de l'eau et le développement de nouvelles techniques d'irrigation. A nos yeux, la question du déminage des terres est également fort importante. De manière générale, il faut créer un climat propre au développement durable, ce qui passe par le respect de la souveraineté des Etats, l'absence de contreparties économiques liées à l'aide, la fin du recours aux méthodes d'embargo et l'encouragement de la coopération bilatérale, régionale, interrégionale et internationale sur une base égalitaire. Il nous faut également examiner la question de l'environnement culturel, aujourd'hui pollué par l'imposition de la culture du plus fort et du plus riche sur les cultures ancestrales du reste de l'humanité.

M. KIM HYONG U, Chef de la délégation de la République populaire démocratique de Corée : la session extraordinaire a lieu alors que des efforts de coopération de plus en plus nombreux sont nécessaires pour assurer le futur commun de l'humanité. Cette session est particulièrement importante dans la mesure où elle doit couronner les nombreux efforts déployés en matière de développement durable depuis la Conférence de Rio. Il est regrettable de constater que l'écart entre les pays développés et les pays en développement s'accroît toujours. L'Aide publique au développement a continué de se réduire, les pays développés refusant de s'acquitter des engagements pris à Rio. La mise en oeuvre d'Action 21 exige un sentiment de responsabilité commune de la part de la communauté internationale dans son ensemble. Par conséquent, il importe de traduire dans les faits la Déclaration de Rio et

l'Action 21. La coopération internationale devrait viser avant tout à éliminer la pauvreté en favorisant le transfert de technologies rationnelles

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et durables.

La présente session extraordinaire devrait permettre à la communauté internationale de réaffirmer ses engagements. De nouvelles ressources devraient être mobilisées et de nouvelles initiatives devraient être prises pour favoriser la prospérité commune de l'humanité. Pour ce faire, il convient notamment d'alléger le lourd fardeau de la dette des pays en développement. Les programmes et les fonds du système des Nations Unies devraient rationaliser leurs système de coopération et être appuyés par des ressources suffisantes pour mettre en oeuvre Action 21. La République populaire démocratique de Corée accorde depuis longtemps une grande importance à la promotion du développement durable. Depuis Rio, un accent particulier à été mis sur la gestion des terres et sur la protection de l'environnement.

M. ELFATIH MOHAMED AHMED ERWA, (Soudan) : il y a une responsabilité partagée en ce qui concerne la déterioration de l'environnement. Les pays qui imposent des critères pour protéger l'environnement doivent s'acquitter de leurs engagements à l'égard des pays en développement. Ce qui compte maintenant c'est l'action et non pas seulement les paroles. Les pays d'Afrique sont marginalisés. Le nombre des pauvres en Afrique a augmenté et la dette continue à paralyser les économies africaines. Le Soudan croit qu'il lui incombe d'assurer son propre développement mais estime qu'il n'est pas responsable du sous-développement dont il a hérité. Les pays en développement ne cherchent pas à imposer une charge aux autres. La communauté internationale doit essayer d'enrayer la marée de la pauvreté afin de permettre la mise en oeuvre du développement durable. Il est essentiel que les pays qui ont pris des engagements les honorent.

Le Soudan possède des réserves d'eau souterraines énormes. Le Soudan est particulièrement concerné par la promotion du développement et la protection de l'environnement et a établi à cette fin un Plan national. Le Soudan a ratifié plusieurs conventions sur la lutte contre la désertification, la biodiversité, les changements climatiques et la protection de la couche d'ozone. Il a crée un Ministère pour l'environnement et les ressources naturelles et a promulgé des lois environnementales. Les études environnementales figurent dans les programmes d'études secondaires. Le Soudan accorde une grande importance à la sensibilisation du public à l'environnement. La protection des forêts est cruciale. Depuis 1992, le Soudan a mis en oeuvre des projets de mise en valeur de certaines régions avec l'aide de la participation populaire. Le but de ces projets est de protéger ces zones de la désertification. Le Soudan a élaboré un projet pour la création de capacités dans le domaine du changement climatique et a mis en oeuvre un programme pour lutter contre la pauvreté. Le Soudan accorde une grande importance à la protection de la couverture forestière. Le Soudan croit que la paix est le moyen essentiel pour obtenir le développement durable

du pays. Les activités militaires freinent le développement et la protection de l'environnement. Avec l'aide du PNUD, le Soudan s'est engagé dans un

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programme pour le redressement du Sud du pays.

M. ELDAR KOULIEV (Azerbaïdjan) : l'exploitation destructrice et illimitée des ressources naturelles du pays, essentiellement minérales, pendant des décennies ont précipité l'écosystème azerbaïdjanais au bord de la catastrophe. La détérioration des terres en Azerbaïdjan continue à rythme effrayant. Au début de cette décennie environ 30% du total des terres du pays avaient été affectées par l'érosion de l'eau et du vent. La salinisation frappe 1,5 million d'hectares. Le degré des problèmes écologiques auxquels est confronté l'Azerbaïdjan pourrait servir de test pour la mise en oeuvre du principe de coopération aux niveaux national, régional et international, qui est énoncé dans Action 21.

L'Azerbaïdjan est l'un des cinq pays qui pêchent l'esturgeon dans la Mer Caspienne et ses mesures unilatérales, en l'absence de politiques et programmes sur la préservation des stocks de poissons, ne peuvent garantir les résultats escomptés. Il en est de même pour la question des transports transfrontaliers des eaux toxiques. Chaque année, plus de 12 millions de mètres cubes d'eau contaminée sont déversés dans la Mer Caspienne, dont 95% proviennent de la Volga. La législation nationale en matière d'environnement est en voie de progression et couvre en particulier la protection de la biosphère, l'utilisation continue des ressources naturelles, la réduction des déchets, l'utilisation rationnelle de l'énergie et la réduction des risques, associés à l'activité humaine. La Banque mondiale contribue à la mise en oeuvre du Plan d'action national sur l'environnement. L'Azerbaïdjan est partie à de nombreux instruments juridiques bilatéraux et multilatéraux concernant la coopération en matière d'environnement.

M. RASHID ALIMOV, Chef de la délégation du Tadjikistan : depuis la Conférence de Rio d'importants changements sont intervenus dans le développement, avec notamment l'accélération de la mondialisation, le renforcement de l'intégration régionale et des indicateurs de progrès très disparates selon les régions. Pour notre part, en raison d'un conflit civil, les efforts d'intégration des objectifs sociaux et environnementaux aux politiques économiques sont passés à l'arrière-plan. Nous avons concentré nos efforts sur le rétablissement de la paix et de la tranquillité. Nous espérons que les récents considérables progrès en vue d'un règlement pacifique inter- tadjik nous permettront de prendre un nouveau départ. Nous avons conscience que l'aide que nous fournira la communauté internationale durant cette période de transition dépend de notre capacité et de notre rapidité à surmonter les difficultés du conflit civil. Les perspectives de paix permettent à mon gouvernement de s'efforcer de résoudre les problèmes avec une énergie redoublée. C'est pourquoi, nous attachons une importance particulière aux recommandations de cette présente session sur l'interaction entre la paix, la sécurité et le développement durable. Des efforts devraient être également faits pour répondre le plus rapidement possible aux urgences environnementales en renforçant notamment les instruments et les stratégies internationaux et régionaux. Compte tenu de notre position géographique, nous apportons notre soutien à la proposition du Kyrgystan de proclamer l'an 2000, année

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internationale des montagnes. Malgré toutes les difficultés que nous connaissons, nous sommes décidés à mettre en oeuvre les dispositions d'Action 21, pour cela, il nous faudra notamment recevoir un flux accru d'investissements étrangers.

M. NASTE CALOVSKI, (ex-République yougoslave de Macédoine) : la priorité de la session extraordinaire de l'Assemblée générale est de réaffirmer les engagements de la Déclaration Rio, d'Action 21 et de s'engager solennellement à les mettre en oeuvre dans les années à venir. Nous pensons que la session extraordinaire est prête à agir pour réaliser cet objectif. Si tel n'était pas le cas, nous assisterions à un net recul qui aurait de graves conséquences sur le développement de la coopération internationale. Les résultats des travaux de la session seront couronnés de succès si la communauté internationale adhère totalement au concept du développement durable et si elle a la volonté politique d'agir.

La République de Macédoine est un pays européen en transition qui, de par sa situation, doit adopter des politiques fondamentales et spécifiques dans tous les domaines du développement. Mon gouvernement a adopté un Plan national pour l'environnement comme élément de suivi d'Action 21 et des autres engagements internationaux qu'il a souscrits, tels que le Plan européen d'action écologique. Pour la réalisation des différents objectifs qu'elle s'est assignés, la République de Macédoine estime que la coopération internationale est fondamentale. Comme les autres pays de la région, mon pays est particulièrement préoccupé par la situation dans les Balkans. La meilleure chose qui puisse arriver à la région est d'être intégrée à l'Europe. Pour y réaliser les meilleurs investissements en termes politique, économique et social, il importe de l'européaniser et non de la balkaniser.

M. JACQUES DIOUF, Directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) : la FAO a lancé un vaste programme de décentralisation et a réorienté ses politiques et ses projets. La notion de durabilité de l'agriculture a été conceptualisée et définie grâce au dialogue avec ses partenaires. L'accent a été mis sur l'importance du rôle joué par les associations de fermiers, sur l'association des technologies locales aux technologies modernes, sur le contrôle biologique, et sur des systèmes d'alimentation intégrés. Une nouvelle approche intégrée de gestion de l'utilisation et de la protection des terres est graduellement mise en place et se base sur un inventaire plus systématique des ressources et des zones agro-écologiques ainsi que sur des considérations socio-économiques et juridiques. Des programmes d'action nationaux pour la forêt ont été mis en oeuvre en vue de l'utilisation rationnelle des ressources forestières. Enfin, des efforts particuliers de gestion des zones de montagne ont été déployés.

La FAO, aux cotés de partenaires, a également joué un rôle essentiel dans d'autres domaines indispensables à la sécurité alimentaire et à la protection de l'environnement et notamment pour ce qui est de la définition et de la mise en oeuvre de politiques rationnelles d'utilisation de l'eau. La FAO a notamment participé à l'élaboration d'un Code de conduite de la pêche et

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a travaillé à la promotion des énergies renouvelables dont a besoin la production agricole. La FAO a également étudié l'impact des changements climatiques sur l'agriculture. La FAO est convaincue que les systèmes de développement durable peuvent pourvoir aux besoins alimentaires de la population mondiale pour les décennies à venir si des mesures appropriées d'édification d'environnements économiques nationaux attirant des investissements dans le secteur primaire, sont adoptées. Il faut également que la solidarité internationale accorde aux populations les moins privilégiées le contrôle des ressources en eau, l'accès aux technologies modernes, au crédit et aux marchés.

M. FAWZI AL-SULTAN, Président du Fonds international pour le développement agricole : malgré la Conférence de Rio, la signature d'importantes conventions internationales et la mise en oeuvre d'Action 21 dans de nombreux pays, ni les individus les plus pauvres, ni l'environnement n'ont vu leur sort s'améliorer. Les ressources financières supplémentaires mobilisées ont été sans commune mesure avec les chiffres avancés lors de Rio. Il y a cinq ans, nous étions parmi les plus virulents pour faire prendre conscience de la nécessité d'éliminer la pauvreté. Aujourd'hui la tendance d'accorder plus d'attention aux questions environnementales sectorielles plutôt qu'à une approche plus globale du développement durable demeure. Les problèmes environnementaux font souvent figure de symptôme, or l'objectif de Rio est de s'attaquer aux causes, qui trouvent souvent racine dans la pauvreté et les modes non durables d'utilisation des ressources. Il faut s'efforcer de permettre aux paysans pauvres, par exemple, d'adopter des comportements favorables à la protection de l'environnement, en leur offrant un meilleur accès au crédit notamment.

Depuis plus de deux décennies, le FIDA s'emploie à encourager ainsi la protection du micro-environnement. Nous disposons de plusieurs exemples montrant que des interventions au niveau modeste de la communauté peuvent apporter de réels changements. La Convention sur la désertification répond en réalité à des problèmes globaux. C'est de plus, la seule convention qui comprend un instrument juridique international contraignant qui s'attache directement aux questions interdépendantes de la dégradation de l'environnement et de la pauvreté. Enfin, elle place, pour la première fois, les communautés des régions rurales pauvres au centre des préoccupations. Les pays victimes de la sécheresse et de la désertification peuvent faire énormément pour eux-mêmes, il reste plus aux pays extérieurs à mobiliser les chaînes de financement nécessaires. C'est pourquoi nous proposons de créer un mécanisme mondial qui agira en partenariat avec d'autres institutions intéressées pour améliorer l'efficacité des ressources et attirer de nouveaux flux financiers. Il attacherait également une grande importance à la mobilisation de financements internes et à une plus grande participation du secteur privé. La Convention sur la désertification nous apporte ainsi un modèle d'approche plus holistique du développement durable, fondé sur des initiatives individuelles au niveau local. Les effets de Rio ne se mesurent pas au nombre d'accords conclus et c'est seulement lorsqu'on inversera la tendance à la dégradation des terres, des forêts et des régions qui sont le

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foyer d'une grande proportion de l'humanité que Rio commencera à tenir ses promesses.

Mme DENISE O'BRIEN, Association mondiale de l'agriculture durable, parlant au nom du groupe principal des agriculteurs : je m'appelle Denise O'Brien. Je suis une petite agricultrice durable de l'Etat de l'Iowa, aux Etats-Unis. Aujourd'hui, je m'adresse à vous comme paysanne, au nom de tous les exploitants agricoles du monde. Jusqu'en 1995, mon mari et moi nous avions quarante vaches laitières et exploitions près de 80 hectares de culture. En raison de la crise de l'agriculture américaine des années 80 et de l'industrialisation intensive de l'agriculture, notre ferme n'est plus aujourd'hui notre seule source de revenus et mon mari travaille maintenant à plein temps à l'extérieur. Comme de nombreux paysans dans le monde, nous consacrons une grande partie de nos revenus à rembourser nos dettes. Mes enfants ne seront probablement pas paysans.

Cette histoire n'est pas seulement mon histoire. Le modèle industriel de l'agriculture a causé de nombreuses catastrophes sociales, économiques et environnementales dans les zones rurales. De nombreux paysans s'interrogent sur la durabilité d'un tel modèle et optent progressivement pour des modes de production écologiques. Certains gouvernements, en particulier ceux de la Scandinavie et de l'Union européenne, aident les agriculteurs à opérer cette transition. Nous devons comprendre, que tous les efforts déployés par les paysans, les gouvernements et le secteur privé seront vains si les sociétés transnationales refusent d'intégrer les principes du développement durable à leurs opérations. Je ne suis pas une économiste, ni une scientifique ou une chercheuse, mais à l'instar de 450 millions de paysans, j'entretiens une étroite relation avec notre planète. J'exhorte tous les peuples à se demander en quoi leur vie a une influence favorable sur la terre. Nous ne pourrons survivre que si nous rendons ce que nous avons pris.

M. SHEKU SYL KAMARA, au nom des enfants et des jeunes adultes : Je suis le seul représentant de la population des moins de 25 ans. Je représente également un pays, la Sierra Leone, dont l'infrastructure s'est effondrée suite au renversement militaire du gouvernement démocratiquement élu. Depuis Rio, mon pays a été dévasté par la guerre civile et la pauvreté . Les 1000 membres de mon groupe, les enfants pour la paix de la Sierra Leone, ont essayé d'organiser une Conférence pour la paix qui rassemblerait des jeunes et des leaders politiques. Cette Conférence n'a pas eu lieu, par manque de fonds. Cela n'aurait pas eu d'effet, mais aurait permis à des jeunes gens de prendre conscience du problème et de leur donner espoir dans le futur. C'est pourquoi je vous demande, à l'avenir, d'accorder un soutien financier aux jeunes gens. Les jeunes gens doivent apprendre les principes du développement durable, et l'éducation ne doit pas rester une priorité oubliée dans les cinq années à venir. La communauté internationale doit soutenir les initiatives prises en la matière. Les gouvernements doivent respecter les engagements qu'ils ont pris à Rio. Les gouvernements du tiers-monde doivent consulter les jeunes gens sur les politiques dans le domaine de l'environnement, car ils prennent des initiatives et travaillent à des projets pour améliorer l'environnement.

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Peace Child Sierra Leone a lancé une initiative autour de la journée de l'enfant africain visant à rassembler les jeunes et les décideurs. Les pays de l'hémisphère nord peuvent soutenir ces initiatives grâce au transfert de technologie. La pauvreté est à l'opposé du développement durable et pousse à la destruction de l'environnement. Les gouvernements doivent soutenir les initiatives des jeunes qui souhaitent rester dans leur pays et le faire prospérer. Rescue Mission a développé un projet de centres de formation au développement durable, et compte sur l'aide internationale pour les développer.

Déclaration du Président des Etats-Unis

M. WILLIAM CLINTON, Président des Etats-Unis : il y a cinq ans, à Rio de Janeiro, les nations du monde ont formulé ensemble une proposition simple, mais révolutionnaire : que les progrès du jour ne se fassent pas au détriment du lendemain. Depuis Rio, des progrès ont été accomplis dans certains domaines. Les pays ont interdit la décharge de déchets radioactifs dans les océans et ont réduit la pollution marine d'origine terrestre. Nous travaillons à la sauvegarde des précieuses barrières de corail, à la conservation des espèces de poissons menacées et à arrêter la progression des déserts. Ici, aux Etats-Unis, nous avons procédé au nettoyage d'un grand nombre de décharges de déchets toxiques et nous prévoyons d'en nettoyer 500 autres d'ici quatre ans. Nous avons adopté de nouvelles lois pour mieux protéger notre eau et créer de nouveaux parcs et monuments nationaux. Nous avons travaillé à harmoniser nos efforts dans les domaines de la protection de l'environnement, de la croissance économique et sociale, aidés en cela par un Conseil du développement durable.

J'ai annoncé hier les efforts les plus importants déployés jusqu'à présent pour améliorer la qualité de l'air dans notre pays au cours des vingt prochaines années, pour réduire sensiblement les niveaux de fumée et, pour la première fois, fixer des normes pour réduire le niveau des fines particules dans l'atmosphère qui forment la suie. Aux Etats-Unis, l'influence de l'asthme des enfants a augmenté rapidement et elle constitue aujourd'hui la première cause d'hospitalisation des enfants. Ces mesures aideront à changer cela, à améliorer la santé des personnes de tous âges et à empêcher 15 000 morts prématurées chaque année. Mais nous devons faire davantage, spécialement pour réduire notre contribution au changement climatique mondial. Le niveau des concentrations des gaz à effet de serre dans l'atmosphère est le plus élevé depuis 200 000 ans et augmente rapidement. Si cette tendance se maintient, les scientifiques s'attendent à ce que le niveau des mers et des océans s'élève de 60 centimètres ou plus au 21ème siècle. Aucune nation ne peut échapper à ce danger. Aucun pays ne peut fuir ses responsabilités en la matière. Je rends hommage à l'Union europénne pour la priorité qu'elle a accordée à cette question et à la Banque mondiale qui a fixé des normes environnementales pour les projets qu'elle finance dans le monde en développement.

Ici, aux Etats-Unis nous devons faire mieux. Et nous le ferons. Alors

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que nous représentons 4% de la population mondiale, nous produisons 20% des gaz à effet de serre. La mesure en faveur de la qualité de l'air que j'ai prise hier constitue une première étape positive, mais de nombreuses autres suivront. De façon à réduire les émissions de gaz à effet de serre et promouvoir l'économie, nous devons investir davantage dans les industries du futur. Nous devons convaincre les Américains et le Congrès que le problème des changements climatiques est réel et imminent. Au cours d'une Conférence que je compte organiser à la Maison blanche sur les changements climatiques, nous présenterons des faits scientifiques afin que le peuple américain comprenne que nous devons agir, mais aussi des faits économiques afin que les Américains appréhendent les profits et les coûts. Nous agirons de concert avec notre peuple et nous prendrons, en décembre prochain, à la Conférence de Kyoto, un ferme engagement en faveur de limites réalistes et contraignantes pour réduire de façon significative nous émissions de gaz à effet de serre.

Aujourd'hui je veux évoquer trois autres initiatives que nous allons prendre qui sont relatives au changement climatique et à la promotion du développement durable ici et au-delà de nos frontières. Nous devons d'abord aider les pays en développement à réduire les émissions de gaz à effet de serre. J'ai le plaisir d'annoncer que les Etats-Unis leur fournira une aide d'un milliard de dollars au cours des cinq prochaines années. Ces fonds seront utilisés pour des programmes de soutien à l'efficacité énergétique, à développer les sources d'énergie alternatives et à améliorer la gestion des ressources pour promouvoir la croissance qui ne doit affecter négativement le climat. En second lieu, les Etats-Unis continueront à encourager les investissements privés qui respectent les normes environnementales. Enfin, au niveau national, nous devons libérer l'énergie créatrice de notre population de manière à pouvoir relever le défi du changement climatique. D'ores et déjà nous avons travaillé en étroite relation avec notre industrie automobile pour produire des voitures qui seront trois plus économiques au début du prochain siècle que les modèles d'aujourd'hui. Mais nous pouvons faire davantage. L'énergie solaire peut réduire notre dépendance vis-à-vis des carburants fossiles. Nous travaillerons avec les entreprises et les communautés pour installer sur l'ensemble du territoire des panneaux solaires sur un million de toits d'ici à l'an 2000.

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