24 juin 1997


Communiqué de Presse
AG/654



DANS LE CADRE DU DEBAT DE HAUT NIVEAU, LES INTERVENANTS SOULIGNENT LA NECESSITE D'INTEGRER LES POLITIQUES ECONOMIQUE, SOCIALE ET ENVIRONNEMENTALE

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Poursuivant cet après-midi son débat sur les progrès réalisés sur la voie du développement durable depuis la Conférence de Rio, la dix-neuvième session extraordinaire de l'Assemblée générale a entendu les personnalités suivantes : le Président de la République du Guyana, M. Samuel Hinds; le Vice-Président de la République d'El Salvador, M. Henrique Borgo-Bustamante; le vice-Président de la République de Colombie, M. Carlos Lemos-Simmonds; le Premier Ministre de la République gabonaise, M. Paulin Obame Nguema; le Premier Ministre de la République du Bénin, M. Adrien Houngbedji; le Premier Ministre de la République de Singapour, M. Goh Chok Tong; le Premier Ministre de la République d'Estonie, M. Mart Siimann; le Vice-Premier Ministre de la Thaïlande, M. Samak Sundaravej; et le Gouverneur général de Saint-Kitts-et- Nevis, M. Cuthbert Sebastian.

L'Assemblée a également entendu les interventions des ministres suivants : le Ministre de l'environnement et du tourisme de la Namibie, M. Gert Hanekom; le Ministre de l'environnement, de la science et de la technique du Ghana, M. John Afful; le Ministre de l'environnement de la Côte d'Ivoire, M. Albert Kakou Tiapani; le Ministre de l'environnement et des forêts de l'Inde, M. Saifuddin Soz; le Ministre de l'environnement de la Slovaquie, M. Jozef Zlocha; le Ministre de la protection de l'environnement, des ressources naturelles et des forêts de la Pologne, M. Stanislaw Zelichowski; le Ministre de l'environnement du Luxembourg, M. Johny Lahure; et le Premier Vice-Ministre des affaires étrangères de l'Arménie, M. Vartan Oskanian. M. Roble Olhaye (Djibouti), M. Huseyin Çelem (Turquie), l'observateur de la Palestine, M. Saeb Erakat, sont également intervenus ainsi que la Directrice exécutive du Programme des Nations Unies pour l'environnement, Mme Elizabeth Dowdeswell, et le Directeur exécutif de Greenpeace international, M. Thilo Bode, au nom du groupe principal des organisations non gouvernementales. Le représentant du Rwanda a exercé son droit de réponse.

Les délégations ont présenté les mesures prises au niveau national pour mettre en oeuvre Action 21 et promouvoir le développement durable. Différentes initiatives nationales et régionales de préservation des ressources naturelles, concernant notamment l'eau et les forêts, ont été évoquées. Pour les orateurs, il importe plus que jamais de préserver la diversité biologique.

(à suivre - 1a)

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Ils ont une nouvelle fois souligné le lien inextricable qui existe entre la pauvreté et la dégradation de l'environnement et réaffirmé la complémentarité des piliers sociaux, économiques et environnementaux du développement durable. Exhortant la communauté internationale à tout faire pour mettre un terme au fléau que représente la pauvreté, de nombreux pays, après avoir rappelé l'importance de la solidarité et de la coopération internationales, ont déploré le décalage persistant entre les obligations souscrites à Rio, et en particulier l'engagement de consacrer 0,7% de la Produit national brut (PNB) à l'Aide publique au développement (APD), et la réduction constante de l'APD ces dernières années.

Le débat se poursuivra au cours de la prochaine séance, qui aura lieu demain, mercredi 25 juin, à 10 heures.

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M. PAULIN OBAME NGUEMA, Premier Ministre du Gabon : réaffirme l'engagement du Gouvernement et du peuple gabonais pour la promotion du développement durable. Le Gabon reste convaincu que seule l'instauration d'un nouveau partenariat mondial est de nature à favoriser l'édification d'un monde meilleur. Ce nouveau partenariat comporte des exigences dans le respect bien compris du principe des "responsabilités communes mais différenciées" entre pays développés et en développement. A notre avis, il est le fondement et le moteur de tout processus de développement durable. Le Gabon s'attelle à moderniser le cadre réglementaire de son système de production, en vue de l'adapter aux exigences écologiques édictées à Rio. A ce jour, le Gabon a adhéré aux conventions issues de la Conférence de Rio. Les codes forestier, minier et pétrolier ont été réaménagés pour tenir compte des normes contraignantes en matière de protection de l'environnement. Pays forestier, le Gabon s'applique à gérer rationnellement ses forêts et s'est employé à mettre à exécution la Déclaration de principes pour un consensus mondial sur la gestion, la conservation et l'exploitation écologiquement viable de tous les types de forêts. La mise en place d'un Forum intergouvernemental sur les forêts permettra de traiter des questions restées en suspens.

Il n'est pas vain de souligner le bien-fondé d'une authentique solidarité et d'une véritable coopération internationales pour soutenir, renforcer et compléter les initiatives entreprises au niveau national par les pays en développement. Le Gabon espère que les engagements pris en faveur du développement durable par le groupe d'Etats qui vient de se réunir à Denver seront pleinement réalisés. La pauvreté, partout où elle perdure, engendre des désordres de nature à menacer la paix et la sécurité internationales, au détriment de tout développement durable digne de ce nom. Dire que l'homme doit être au coeur de toute activité de développement ne suffit plus. Nous devons davantage nous engager à mieux coordonner l'action collective et mobiliser toutes nos énergies à la réalisation des principes, recommandations et décisions adoptés à Rio. Il serait toutefois difficile d'atteindre un tel objectif si les ressources destinées au financement du développement devaient continuer à diminuer de manière aussi drastique. Le rôle du système des Nations Unies et principalement des institutions de Bretton Woods est à cet effet capital. Il faudrait, par ailleurs, tout mettre en oeuvre pour renforcer la capacité d'action de la Commission du développement durable et du Programme de Nations Unies pour l'environnement (PNUE).

M. ADRIEN HOUNGBEDJI, Premier ministre du Bénin : la Conférence de Rio a renforcé la prise de conscience de l'humanité sur les question du développement durable. Le Bénin, dès août 1993, a organisé un Séminaire national sur la stratégie de suivi et de mise en oeuvre des résultats de cette conférence. Il a ensuite procédé à l'élaboration et à l'adoption en janvier dernier de son Agenda 21 national. En outre, un Accord en matière de développement durable a été conclu avec les Pays-Bas en mars 1994. C'est une expérience novatrice qui se traduit déjà par le financement et l'exécution de nombreux projets. Nous avons ratifié plusieurs instruments juridiques internationaux, telles la Convention-cadre sur les changements climatiques et

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la Convention des Nations Unies contre la désertification. Une action commune de la communauté internationale s'impose pour lutter efficacement contre la désertification et atténuer les effets de la sécheresse. L'une des manifestations de cette volonté commune devrait se refléter dans les modalités de mise en place et de fonctionnement du Mécanisme mondial, qui pourrait dépendre du Fonds international pour le développement agricole (FIDA), dans un cadre de co-gestion avec toutes les institutions intéressées.

La réalisation du développement durable passe incontestablement par l'élimination de la pauvreté. A cet effet, le Bénin s'est doté d'une Agence de gestion de la dimension sociale du développement et a adopté un Programme national pour l'emploi. Le Programme d'action du gouvernement distingue plusieurs domaines prioritaires, telles la lutte contre la désertification, la gestion des ressources en eau, la protection et la mise en valeur des zones côtières et la promotion des sources d'énergie nouvelles et renouvelables. Le financement du développement est de la responsabilité première des pays eux- mêmes, toutefois nous demeurons convaincus que la communauté internationale doit assumer sa part, en respectant, dans un esprit de solidarité et de coopération, les engagements pris au cours des différents Sommets et Conférences organisés par les Nations Unies. Pour parvenir à un développement durable, seule une vision globale, intégrée et à long terme nous permettra d'analyser les diverses options qui s'offrent à nous et de prendre, dès aujourd'hui, les décisions qui s'imposent, tant au niveau national qu'international. Nous n'avons pas le droit de commettre des erreurs et encore moins d'échouer.

M. ENRIQUE BORGO-BUSTAMANTE, Vice-Président de la République d'El Salvador : cinq années se sont écoulées depuis la signature historique de la Déclaration de Rio et l'adoption d'Action 21. Cinq années sont également passées depuis la signature des Accords de paix à Chapultepec, au Mexique, qui a mis fin au conflit qui a ravagé El Salvador durant plus de dix ans et dont les conséquences sont telles que nos conditions de vie aujourd'hui sont inférieures à celles que nous connaissions en 1978. La guerre a laissé la place à la politique qui a permis de créer des espaces démocratiques où prévalent le dialogue et la recherche du consensus, impliquant la participation du gouvernement et de la société civile. En 1994, El Salvador et les autres pays d'Amérique centrale ont contribué à la promotion du développement durable en constituant une "Alliance centraméricaine pour le développement durable". Mon gouvernement a créé un Conseil national pour le développement durable que j'ai l'honneur de présider, qui se compose de 29 membres représentant les différents secteurs économiques et sociaux. Il a également créé un Ministère de l'environnement et des ressources naturelles.

Dans le domaine social, afin de lutter contre la pauvreté, le gouvernement a établi un Fonds d'investissement social pour le développement local auquel participent les communautés locales. Ce fonds vise à favoriser la création d'emplois productifs. Au niveau scolaire, un "programme d'école pour la santé" et l'initiative "éducation avec participation de la communauté"

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ont été lancés. Cette initiative a été primée il y a quelques mois par la Banque mondiale. El Salvador est disposé à mettre en place un plan d'action pour le développement durable afin de renforcer les capacités locales en matière de gestion au niveau départemental, microrégional et municipal. Il a ratifié les conventions sur la diversité biologique et les changements climatiques et a adhéré à la Convention sur la lutte contre la désertification. El Salvador rend hommage aux pays et aux organisations financières qui l'ont aidé à surmonter les conséquences du conflit sanglant qu'il a connu et invite la communauté internationale à l'accompagner dans sa transition vers le développement durable.

M. SAMUEL A. HINDS, Président du Guyana, a déclaré que la communauté des Caraïbes avait attiré l'attention lors du Sommet de Rio sur la vulnérabilité des petits Etats insulaires. Nous nous étions réjouis de ce qu'Action 21 avait fourni un mandat à la Conférence sur le développement durable des petits Etats insulaires à la Barbade. Malheureusement, a regretté le Président, le programme d'action de la Barbade, tout comme Action 21, ont gravement souffert du manque de ressources financières nécessaires à leur mise en oeuvre. Nous espérons que la communauté internationale, au cours de la période qui nous sépare du processus d'évaluation du programme de la Barbade en 1999, honorera ses engagements en vue de soutenir les efforts de mise en oeuvre des petits Etats insulaires et des Etats côtiers géographiquement désavantagés. Le Président a en outre exprimé son mécontentement à l'égard du manquement aux promesses de Rio pour ce qui est des ressources financières supplémentaires et des transferts de technologies.

Malgré les obstacles, nous peuples des Caraïbes avons maintenu nos efforts en vue de mieux comprendre et de mieux gérer une mer qui a un impact direct sur nous. Nous avons l'intention d'intensifier cet effort en 1998 avec la célébration de "l'Année des océans" et faisons confiance en la communauté internationale pour nous aider à faire de la mer des Caraïbes une zone exempte d'armes nucléaires. Le Guyana a donné volontairement un million d'acres de forêts tropicales à la communauté internationale pour qu'elle y mène des études sur des systèmes de gestion durables ce qui a donné naissance au Programme international sur les forêts tropicales. L'obstacle majeur a été l'incapacité de la communauté internationale de mobiliser les ressources financières nécessaires. Aujourd'hui nous n'avons pas réglé le problème de la pauvreté dans un monde en pleine croissance économique. La globalisation de l'économie devient réalité sans que la protection des petites économies en transition ne soit assurée. Il est donc indispensable de promouvoir les fonds de développement régionaux et les accords commerciaux non réciproques pour ces économies.

M. CARLOS LEMOS-SIMMONDS, Vice-Président de la Colombie : cinq après Rio, le bilan de la mise en oeuvre d'Action 21 se révèle négatif et se caractérise par l'augmentation de la pauvreté, la concentration du pouvoir économique et technologique entre les mains d'un petit nombre de pays, la détérioration continue de l'environnement et l'agrandissement du fossé entre

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nations développées et nations en développement. Les pays en développement se sont eux montrés disposés à payer le prix de la mise en oeuvre d'Action 21 en adoptant des modèles de développement durable. Toutefois, les questions de l'environnement étant de nature mondiale, elles exigent une réponse mondiale. La mobilisation des ressources financières nouvelles et additionnelles et le transfert de technologies écologiquement saines se sont avérés insatisfaisants.

La coopération internationale se doit de combler ces lacunes et se doit de renforcer la mise en oeuvre des plans nationaux de développement. C'est pourquoi la Colombie estime qu'il ne serait pas judicieux d'affaiblir le Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) ou de le fusionner avec d'autres programmes des Nations Unies. Si le commerce constitue un facteur de croissance économique, la libéralisation du marché ne saurait remplacer la volonté politique et l'engagement nécessaires à la mise en oeuvre d'Action 21. La libéralisation du commerce et la mondialisation de l'économie ne garantissent en rien une redistribution des ressources pour le développement. La manière dont les pays en développement pourraient bénéficier de la mondialisation de l'économie n'est pas encore clairement établie. Aucune lumière n'est faite sur la nature des mécanismes requis pour renforcer les liens entre commerce et environnement sans appliquer des mesures unilatérales et introduire de nouveaux termes de conditionalité susceptibles de contrecarrer les objectifs du Sommet de la terre.

De tels objectifs ne seront pas réalisables sans un allégement de la dette extérieure des pays en développement. A moins d'une solution globale et définitive de cette question, la viabilité des programmes d'environnement et des priorités sociales des pays en développement se verra sérieusement compromise. Les capitaux privés n'étant pas la seule alternative ou la panacée en matière de dégagement de ressources nécessaires à la mise en oeuvre d'Action 21, les gouvernements doivent redonner vie à la coopération internationale et assumer leur large part de responsabilités dans la mise en oeuvre des programmes d'environnement et de développement.

M. GOH CHOK TONG, Premier Ministre de Singapour : c'est à juste titre que les pays du Sud estiment qu'une croissance sacrifiée ne contribuera qu'à perpétuer l'injustice. Il est injuste d'attendre que les pauvres assument l'obligation principale de réduire les risques écologiques mondiaux, en particulier lorsque la plupart de ces risques sont imputables à des actions antérieures par les pays qui sont aujourd'hui puissants. Sans un financement approprié, le développement durable ne sera qu'un slogan. La notion s'est également compliquée dans des débats plus vastes sur des questions qui ne sont pas directement liées à la protection de l'environnement. Singapour se situe entre les pays industriels et les pays en développement. Il définit son identité internationale comme membre du Groupe des 77 et du Mouvement des non alignés. Son économie a aujourd'hui un secteur de l'industrie et un secteur des services relativement sophistiqués. Mais Singapour est plus vulnérable que la plupart à des développements externes défavorables. L'interdépendance

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environnementale est une réalité incontournable. Singapour a joué un rôle actif pour forger un consensus Nord-Sud avant et après le Sommet de Rio. Mais il est réaliste pour comprendre que ces circonstances étaient uniques. Ce qu'un petit pays peut réaliser seul après le Sommet de Rio est ins8ignifiant. Seuls les leaders d'une économie mondiale puissante peuvent renouveler et revitaliser l'accord mondial. Singapour qui s'associe à l'Allemagne, à l'Afrique du Sud et au Brésil pour lancer une nouvelle initiative à la présente session, estime qu'il est de l'intérêt de tous d'appuyer l'idée du Chancelier Kohl. Quatre pays de quatre continents différents, d'un niveau de développement différent, confrontés à des problèmes écologiques différents, l'Afrique du Sud, l'Allemagne, le Brésil et Singapour espèrent que leur capacité d'oeuvrer ensemble pourra mobiliser les énergies pour une action internationale plus dynamique et établir un partenariat continu entre le Nord et le Sud. A cet égard, le Programme des Nations Unies pour l'environnement devra continuer à jouer un rôle central. La coopération est nécessaire pour régler les problèmes mondiaux de développement durable. C'est dans cet esprit que Singapour annonce la mise en place du Programme d'assistance technique pour le développement durable en faveur des pays en développement. Ce programme met l'accent sur la formation de fonctionnaires dans les domaines de la planification urbaine, la gestion des parcs publics et les transports.

M. MART SIIMANN, Premier Ministre de l'Estonie : la période de transition difficile dans laquelle le pays s'est engagé a néanmoins permis de mettre en oeuvre, aux niveaux local et national, les principes du développement durable. Il s'est toutefois avéré que l'aspect environnemental d'Action 21 a été le plus facile à mettre en oeuvre alors que l'ordre du jour social du Plan d'action s'est révélé difficile et compliqué puisqu'il exige une économie stabilisée. En dépit de ses ressources limitées, la priorité pour l'Estonie est d'abord d'assumer les responsabilités qui découlent des conventions qu'elle a déjà ratifiées. En sa qualité de membre associé de l'Union européenne, l'Estonie entend harmoniser sa position en matière d'environnement et de développement durable avec celle de l'Union européenne. En plus de ces efforts aux niveaux mondial et régional, l'Estonie participe activement aux efforts sous-régionaux.

Ainsi en mai 1996, elle a participé à la réunion des Premiers Ministres du Conseil des pays de la mer Baltique qui s'est tenue en Suède. Cette conférence a été suivi en octobre d'une réunion des Ministres de l'environnement durant laquelle des priorités ont été établies pour la mise en oeuvre d'Action 21 dans la région. Il a été notamment décidé de mettre un accent particulier sur les stratégies de développement des secteurs clés de l'économie et sur l'évaluation de l'impact économique et politique de leur application. Le résultat final devrait être l'élaboration d'une stratégie de développement durable pour la région qui identifierait les objectifs, les moyens et les méthodes. Depuis 1992, l'Estonie n'a eu de cesse de mettre en oeuvre Action 21. Un programme national est actuellement en cours de

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préparation grâce à l'assistance financière du PNUD. Ce document servira de charte à la Commission nationale sur le développement durable dirigée par le Premier Ministre.

SIR CUTHBERT SEBASTIAN, Gouverneur général de Saint-Kitts-et Nevis : La Conférence de Rio et Action 21 sont les pierres angulaires du développement durable. Bien que la route à parcourir soit pleine d'obstacles, il faut s'y engager. Nous ne pouvons abandonner la responsabilité qui nous incombe de faire avancer le processus du développement humain durable. Nous ne pouvons être découragés. Les résultats des précédentes conférences soulignent le pouvoir des stratégies collectives et le rôle central des Nations Unies. L'examen de la mise en oeuvre d'Action 21 concerne des changements réels, changements par lesquels il faut entendre l'intégration de l'économie et du commerce, la question de l'environnement. Ces changements concernent les nouveaux modes de consommation et de production et encouragent une plus grande coopération en matière de développement. Les changements s'appliquent aux questions de l'énergie, du transport, des produits chimiques toxiques, à l'énergie nucléaire, à l'urbanisation, à la biotechnologie et à l'éducation.

Les pays en développement ont besoin de l'aide des pays développés. Il est important d'encourager le développement durable des pays les plus pauvres. Il faut s'attaquer aux racines de la pauvreté et s'engager à l'éliminer. Il est nécessaire de continuer à promouvoir le développement durable de la personne humaine. L'élimination de la pauvreté contribue à la paix, à la justice et au progrès de l'humanité. Elle permet d'améliorer la santé et les conditions de vie de nos peuples. Les pays pauvres sont particulièrement vulnérables et sont touchés par les catastrophes naturelles, le processus de mondialisation et la libéralisation du commerce. Les déchets nucléaires introduits dans notre région menacent nos écosystèmes et nos modes de vie. Action 21 nécessite le partenariat, la transparence et la coopération. La protection de la diversité biologique des zones côtières, des océans et l'exploitation durable des ressources marines doivent être encouragées. Sans l'aide financière et technologique des pays développés, il ne sera pas possible d'arriver à un développement économique, social et environnemental.

M. GERT HANEKOM, Ministre de l'environnement et du tourisme de la Namibie : avec la conférence de Rio et l'élaboration d'un partenariat mondial pour le développement durable, la communauté internationale s'est engagée à entreprendre une réforme planétaire et à introduire de nouvelles moeurs en matière de commerce et de gestion des ressources naturelles. Une réforme d'une telle ampleur ne peut être opérée du jour au lendemain. Si certaines lenteurs dans la pleine mise en oeuvre du développement durable peuvent apporter une sentiment de frustration, les nouveaux modes de pensée fondés sur la durabilité qui émergent dans les secteurs de l'agriculture, de l'industrie, du commerce et de l'énergie sont une grande source de satisfaction. Ni les pays pauvres et leur sous-développement social, ni les pays riches et leurs modes de surconsommation et de surproduction ne constituent des modèles de développement durable.

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Les priorités de la Namibie en matière de développement durable sont l'élimination de la pauvreté et la fin de la dégradation de l'environnement, deux objectifs qui sont inextricablement liés. Les conditions du développement durable sont, entre autres, la paix, la sécurité, la démocratie, la bonne gestion des affaires publiques et le respect des droits de l'homme, qui passe par le droit de vivre dans un environnement propre et sain. La Namibie doit faire face à de grandes disparités au sein de sa population. Pour lutter contre cette situation, il faut promouvoir de manière agressive la croissance économique, la création d'emplois, le développement des ressources humaines et l'égalité. Il est essentiel que soit créé au niveau international un environnement favorable aux efforts nationaux des pays en développement. Les pratiques commerciales internationales doivent ainsi soutenir la gestion de l'environnement et non pas constituer un obstacle. Les pays industrialisés doivent, ainsi qu'ils s'y sont engagés à Rio, consacrer 0,7% de leur PNB à l'aide publique au développement (APD). Une charte pour une éthique mondiale pourrait, par ailleurs, être élaborée pour appuyer le développement durable. Toute action internationale future doit s'attacher à résoudre le problème des océans et de l'utilisation durable des ressources marines, la protection de l'eau potable, la préservation des forêts et la question des déchets et produits toxiques. Par ailleurs, il faut parvenir à des résultats plus performants dans le cadre des conventions et des instruments internationaux déjà existants. Le développement durable est de la responsabilité de chacun, les cinq prochaines années doivent être placées sous le signe de l'action.

M. JOHN AFFUL, Ministre de l'environnement, de la science et de la technique du Ghana : l'engagement de mon pays en faveur du développement durable a précédé la Conférence de Rio. En effet, en 1991, mon gouvernement a adopté un Plan national d'action pour l'environnement. Depuis la tenue de la CNUED, mon pays a adopté une série de mesures pour mettre en oeuvre les recommandations formulées alors et a ratifié toutes les conventions de Rio. Un Ministère de l'environnement, de la science et de la technique a été créé pour superviser la mise en oeuvre intégrée d'Action 21 et pour utiliser la science et les techniques comme des outils de développement. Le Ghana a également élaboré une stratégie de développement "Vision 2020" qui est fondée sur les trois piliers du développement durable, à savoir les aspects sociaux, économiques et environnementaux. Afin de mettre en oeuvre Action 21, une Action 21 nationale a été préparée en collaboration avec presque tous les 110 districts que compte le pays.

Le Gouvernement ghanéen a fait de la lutte contre la pauvreté une priorité fondamentale, car comme dans de nombreux autres pays en développement, la plupart des problèmes environnementaux que connaît le Ghana ont pour cause la pauvreté. Cependant, malgré les progrès obtenus dans la mise en oeuvre des accords de Rio, les efforts de mon gouvernement ont été freinés par un manque de ressources financières et l'absence de capacités tant humaines qu'institutionnelles. La Session extraordinaire doit accepter le fait que l'état de l'environnement mondial n'est pas meilleur qu'il y a cinq ans. Cette situation est imputable au non-respect des engagements contractés

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à Rio. Aussi, la Session extraordinaire devrait-elle, tout en réaffirmant les accords de Rio, veiller à résoudre les questions de la pauvreté, de la dette extérieure, de la mobilisation de nouvelles ressources financières pour les pays en développement, du libre-accès aux marchés, du renforcement des capacités et du transfert de technologies. Le Ghana est d'avis que la conclusion d'une Convention sur les forêts exige un examen approfondi en raison des positions divergentes défendues par les différentes parties.

M. ALBERT KAKOU TIAPANI, Ministre du logement, du cadre de vie et de l'environnement de la Côte d'Ivoire : A l'heure où nous sommes appelés à établir le bilan de notre premier parcours post Rio, il importe de s'interroger sur les actions que nous avons pu entreprendre individuellement et collectivement pour respecter nos engagements conjoints. Le Gouvernement ivoirien est conscient que la reprise de la croissance économique présente des risques pour l'environnement et pour la préservation des ressources naturelles qui constituent la principale richesse du pays. C'est pourquoi, il s'est engagé, parallèlement à son plan de relance et de stabilisation de la croissance économique, dans une série de réformes dont les objectifs épousent les orientations majeures d'Action 21. Ceux-ci visent notamment à intégrer les considérations environnementales dans l'évaluation technique et économique des projets de développement, renforcer la législation environnementale et élargir la participation des populations et de la société civile.

La Côte d'Ivoire, conformément aux recommandations de Rio, a élaboré un Plan national d'action pour l'environnement et met actuellement en place la structure nationale qui aura la charge de la mise en oeuvre de ce plan national et d'Action 21. Plusieurs actions ont été engagées en Côte d'Ivoire pour promouvoir le développement durable. Celles-ci concernent notamment l'établissement d'un réseau d'aires protégées et de réserves naturelles, la gestion de l'eau, des établissements humains et du littoral. Les Etats Membres de l'ONU doivent unir leurs efforts en acceptant ensemble de reformuler des politiques nationales de développement qui intègrent les préoccupations environnementales. Ils doivent accepter de changer leurs modes de production et de consommation, de renforcer l'efficacité des mécanismes d'aide au développement, d'accroître la capacité des pays en développement à réduire le niveau de pauvreté et de faciliter l'implication des différentes composantes de la population au processus de mise en oeuvre des programmes de développement.

M. SAIFUNDDIN SOZ, Ministre de l'environnement et des forêts de l'Inde : cinq après le Sommet de Rio, des progrès remarquables ont été enregistrés en Inde en matière de développement durable. Le pays a mis en place un cadre politique et législatif exhaustif pour mettre en oeuvre les engagements pris à la CNUED. Reconnaissant l'importance de la coopération régionale en la matière, l'Inde a accueilli, l'an dernier, la Conférence régionale sur la Convention sur la désertification. La première réunion des Ministres de l'environnement de l'Association de l'Asie du sud pour la coopération régionale (SAARC), qui doit se dérouler cette année, tracera la voie d'une

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approche commune dans les domaines de la biodiversité et de la gestion des substances dangereuses. La première réunion de l'Assemblée du Fonds mondial pour l'environnement (FME) qui doit se tenir l'année prochaine constituera un autre événement important. A l'échelle internationale toutefois les progrès se sont révélés moins encourageants. La session extraordinaire de l'Assemblée générale doit se pencher sur la question essentielle du non-respect des engagements pris dans le cadre d'Action 21. Il est préoccupant de constater qu'il existe manifestement une volonté de miner le cadre de partenariat établi à Rio selon le principe des responsabilités communes mais différenciées pour le remplacer par un principe d'obligations et de responsabilités égales imposé à des partenaires inégaux.

L'Inde n'acceptera aucune renégociation d'Action 21. Les questions des modes de travail ou de la relation entre le commerce et l'environnement, présentées sous leur forme actuelle, ne bénéficient pas de l'appui international et sont discutées au sein d'autres instances. Il ne servirait à rien de reproduire un débat qui a lieu à l'Organisation internationale du travail (OIT) ou au Bureau international du travail (BIT. Il est préoccupant de voir que cette enceinte est utilisée pour rediscuter et de déformer le mandat et le fonctionnement d'organes comme le BIT en cherchant à légitimiser les barrières commerciales par des considérations écologiques. Notre mandat n'est pas de discuter des questions de bonne gouvernance, de la paix et de la sécurité ou encore des droits de l'homme qui sont les piliers de toute démocratie. Notre rôle doit être de mettre clairement l'accent sur la nécessité pour les pays industrialisés de respecter leur engagement relatif au transfert des ressources et de technologie sur des bases non commerciales, variables essentiels du développement durable.

M. JOZEF ZLOCHA, Ministre de l'environnement de la Slovaquie : petit pays au coeur de l'Europe et indépendant depuis tout juste cinq années, la Slovaquie fait peu à peu face aux problèmes issus de la transformation économique, des changements sociaux et de la réparation des dommages causés, par le passé, à l'environnement. Nous avons ainsi établi une politique nationale pour l'environnement, un Fonds national pour l'environnement et nous tentons d'éveiller la conscience publique aux problèmes liés à l'environnement. Par ailleurs, la Slovaquie est partie à plusieurs conventions internationales et membre de la Commission du développement durable. Cette politique a donné des résultats satisfaisants, notamment dans le domaine de la réduction des émissions de gaz et substances polluantes dans l'atmosphère. Nous avons ainsi introduit la consommation exclusive d'essence sans plomb et nous attachons une importance toute particulière à la protection de la biodiversité. A cet égard, nous espérons être les hôtes en 1998 de la quatrième session de la Conférence des Etats parties à la Convention sur la biodiversité. Nous appuyons également l'adoption d'une convention sur les forêts.

Compte tenu de la dégradation de l'environnement sur l'ensemble du globe, nous tenons à réaffirmer notre attachement aux engagements, objectifs

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et programmes d'Action 21, tels que définis à Rio. Nous apportons également notre soutien à la Déclaration de Nairobi du 7 février 1997, proclamant le rôle et le mandat du Programme des Nations Unies pour l'environnement. La position de la Commission du développement durable devrait également être renforcée au sein du système des Nations Unies afin de lui permettre d'assurer le développement, l'adoption et la mise en oeuvre de la Stratégie mondiale pour le développement durable et de la Charte de la Terre pour le troisième millénaire. Si, tout au long de ces cinq années, les nations ont fait plus d'efforts que jamais, cela n'est pas encore suffisant et nous devons renforcer notre coopération, sans chercher à rejeter la faute sur les autres pays. L'avenir de l'être humain et de milliers d'autres espèces est entre nos mains.

M. STANISLAW ZELICHOWSKI, Ministre de la protection de l'environnement, des ressources naturelles et de la forêt de la Pologne : la Pologne a commencé à appliquer des principes de développement durable en adoptant, un an avant la Conférence de Rio, une politique nationale pour l'environnement. Le parlement a intégré la politique environnementale aux politiques et stratégies économiques. Le Premier Ministre a établi, par voie d'ordonnance, la Commission nationale sur le développement durable au plus haut niveau gouvernemental pour coordonner et superviser cette intégration. Grâce à la mise en oeuvre de sa politique nationale pour l'environnement, la Pologne a réalisé d'importants progrès. Ainsi, la croissance économique entre 1994 et 1996 a été de 6% par an. Dans le même temps, la consommation d'énergie ne s'est accrue que de 2% et les émissions de gaz à effets de serre ont été réduites de 3% par an. La communauté scientifique, les femmes, les jeunes, les entreprises et surtout les organisations non gouvernementales ont contribué de façon substantielle à la mise en oeuvre du développement durable en Pologne.

La Pologne a accordé la plus grande attention à la protection des forêts et à la valorisation des ressources forestières. Au cours des cinquante dernières années, la couverture forestière a augmenté de près de 1,5 million d'hectares et l'on prévoit le reboisement de 700 000 hectares d'ici à 2020. La Pologne apprécie les effets de la mise en oeuvre des recommandations de Rio et les activités déployées par les Nations Unies dans ce domaine. Elle espère que les objectifs d'Action 21 seront largement repris dans le projet de déclaration politique qu'adoptera la session extraordinaire. Elle estime que le document-programme devrait s'inspirer de la Déclaration politique et du programme de travail de la Commission du développement durable pour les cinq années à venir. Ce document devrait rassembler et non diviser les nations. Il devrait permettre d'assurer une transition paisible vers le 21ème siècle, le siècle du développement durable.

M. SAMAK SUNDARAVEJ, Vice-Premier Ministre de la Thaïlande, a détaillé les nombreuses activités menées par son Gouvernement en application des recommandations d'Action 21. La Thaïlande a été le premier pays en développement à avoir interdit l'utilisation de chloro-flurocarbone pour la production de réfrigérateurs. Cette expérience a été douloureuse et onéreuse,

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elle constitue un exemple de la politique nationale de la Thaïlande et de sa coopération internationale dans le cadre du Protocole de Montréal. Par ailleurs, les transferts de technologies, le développement de l'Aide officielle au développement et la définition de meilleurs modes de consommation font partie des domaines d'action prioritaires.

Les transferts de technologies sont indispensables au développement durable et à l'amélioration de notre environnement. Ces technologies doivent être faciles d'accès et peu onéreuses. En outre, pour certains pays qui n'ont pas suffisamment d'atouts pour attirer des investissements étrangers, l'Aide officielle au développement leur permettrait de mettre en oeuvre Action 21. D'autre part, si les sociétés riches maintiennent les modes de consommation actuels, elles seront responsables d'une dette écologique envers nos enfants. Insistant par ailleurs sur la nécessaire coopération de toutes les instances concernées, le Vice-Premier Ministre a appelé le Programmes des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) à jouer un rôle plus important en coopération avec la Commission du développement sociale.

M. JOHNY LAHURE, Ministre de l'environnement du Luxembourg : le Luxembourg soutient activement l'objectif qui vise à réduire de moitié la population mondiale vivant en pauvreté absolue d'ici 2015. L'éradication de la pauvreté est le but principal de l'aide luxembourgeoise au développement. L'objectif déclaré du Luxembourg est d'atteindre en l'an 2000 une aide publique au développement représentant 0,7% de son produit national brut. Pour 1996, cette aide est estimée à 0,43% du PNB. Le Luxembourg fera un effort spécial en faveur des pays les plus pauvres en leur affectant au moins 0,15% du PNB et en encourageant la réduction de leur dette. En vertu du principe des responsabilités communes mais différenciées de tous les pays, les pays industrialisés devront assumer le rôle de pionnier pour modifier les modes de consommation et de production. Il faudrait également rechercher une amélioration considérable de l'éco-efficience. Le changement climatique récent exige des actions immédiates. Avec ses partenaires européens, le Luxembourg s'engagera, lors de la conférence sur le changement climatique à Kyoto en décembre 1997, en faveur d'une réduction des émissions des gaz à effets de serre de 15% jusqu'en 2010. Dans cette optique, le Luxembourg s'est engagé à réduire ses propres émissions de 30% pour la période 1990-2010.

La protection et la gestion durable des forêts dans le monde doivent être assurées par une convention-cadre internationale sur les forêts d'ici l'an 2000. Signataire de la Convention sur la diversité biologique, le Luxembourg est favorable à la constitution, dans le cadre de cette Convention, d'un réseau mondial d'espaces protégés, ayant un degré particulièrement élevé en biodiversité, sur la base de mécanismes compensatoires et de rémunérations pour les pays et les populations respectueuses de cette exigence de survie du potentiel génétique de la planète. Il faudrait lancer une initiative mondiale pour garantir la disponibilité et la qualité en eau potable, sous les auspices de la Commission du développement durable des Nations Unies. Pour assurer le succès de la coopération internationale en matière d'environnement, il est

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crucial de procéder à une réforme fonctionnelle des institutions des Nations Unies chargées des programmes, des stratégies et de l'évaluation en matière de politiques de l'environnement et du développement durable. Le Luxembourg a lancé, sur la base d'un avant-projet, une procédure de consultation ouverte pour aboutir à un large consensus sur la mise en oeuvre d'un plan national pour le développement durable.

M. VARTAN OSKANIAN, Ministre des affaires étrangères de l'Arménie: Au Sommet de Rio en 1992, l'Arménie était indépendante depuis moins d'un an. En dépit de l'urgence à résoudre les problèmes graves économiques, sociales et politiques, l'Arménie n'a pas pour autant négligé l'importance à accorder à l'environnement dans le développement. C'est le mouvement écologique de l'Arménie qui, au milieu des années 80, s'est transformé en un mouvement pour la démocratie et l'indépendance. Ce qui avait commencé comme une question préoccupante pour les scientifiques, les éducateurs et les écrivains s'est développé en un mouvement populaire auquel s'est joint la majeure partie de la population du pays. Depuis Rio, les liens entre les politiques macro-économiques et le développement durable sont de plus en plus évidents. Le développement devrait être perçu comme un processus multidimensionnel qui implique une réorientation de l'ensemble des systèmes économiques et sociaux et des changements dans les structures institutionnelles, sociales et administratives.

Après son indépendance, l'Arménie a lancé un processus de réformes macro-économiques visant la durabilité. Le déclin des dépenses sociales a contribué à l'accroissement de la population vulnérable. La situation a empiré du fait de la présence de plus de 300 000 réfugiés résultant du conflit au Nagorno-Karabagh. L'Arménie est particulièrement concernée par la protection du Lac Sevan qui est le plus grand lac alpin d'eau douce d'Europe et d'Asie et occupe 1/5ème du territoire de l'Arménie. Pour un petit pays comme l'Arménie, qui possède peu de ressources naturelles, la protection de l'environnement devient encore plus cruciale. L'Arménie a accédé aux conventions des Nations Unies sur les changements climatiques, la biodiversité et la lutte contre la désertification. L'Arménie estime que les Nations Unies ont un rôle clé à jouer dans la détermination des priorités, la diffusion de l'information et la mise en oeuvre des accords régionaux et internationaux. Il faut que l'ONU améliore la coordination des actions engagées sous ses auspices grâce aux différentes activités de ses commissions, comités et agences spécialisées.

M. ROBLE OLHAYE, Chef de la délégation de Djibouti : les années 90 ont été marquées par de très hautes espérances. Avec la chute du mur de Berlin, l'humanité s'est efforcée de réaliser un monde meilleur, en adoptant notamment les mesures résultant des Conférences des Nations Unies. Toutefois la situation de l'environnement, comme elle se présente aujourd'hui, offre une image inquiétante et prouve pratiquement qu'aucun des objectifs de Rio n'a été atteint. Action 21 contient un certain nombre d'engagements de la part des pays en développement et des pays industrialisés. La présente session doit

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redresser les déséquilibres constatés lors de la Conférence de Rio, à l'heure où les ressources financières en faveur du développement ont nettement diminué. Les pays industrialisés n'ont pas respecté l'objectif de consacrer 0,7% de leur PNB à l'Aide publique au développement (APD). Les pays les plus pauvres sont ainsi tributaires du fardeau de la dette et l'autre source de financement importante, le Fonds mondial pour l'environnement, s'avère insuffisante. C'est pourquoi, le rôle des institutions financières internationales est essentiel et leur capacité en liquidités doit être augmentée, notamment celle de l'Agence pour le Développement international.

Les pays en développement ont également besoin de l'aide des Nations Unies pour ce qui est de la mise en place de programmes environnementaux. Les ressources du PNUE et d'autres agences concernées devraient donc être augmentées. Il faut, par ailleurs, de manière urgente mettre en place des politiques plus cohérentes, des cadres juridiques, des politiques fiscales et budgétaires, des mécanismes institutionnels et des programmes éducatifs. La coordination entre les ministères de l'environnement des différents pays doit être améliorée. La protection de l'environnement et le bien-être ne sauraient être effectifs sans l'élimination de la pauvreté ni une volonté réelle. A ce jour, les échecs constatés révèlent un manque de mobilisation et d'engagement auquel il faut remédier si l'on veut éviter que l'ampleur de la tâche nous dépasse.

M. HUSEYN E. ÇELEM (Turquie) : à l'approche du 21ème siècle, nous devons relever le défi de la mise en oeuvre accélérée d'Action 21. La session extraordinaire revêt par conséquent une grande importance pour nous tous. Pour sa part, la Turquie a été amenée, en raison de sa situation géographique, à jouer un rôle majeur dans différentes activités régionales relatives à la mise en oeuvre d'Action 21 en Méditerranée, en mer Noire, dans le Caucase et en Asie centrale. La Turquie a signé des accords bilatéraux avec un grand nombre de pays de la région afin de constituer la base d'une interaction renforcée dans le domaine de l'environnement et du développement durable. Elle a également joué un rôle fondamental dans la formulation de l'Action 21 régionale pour l'Asie centrale, le Caucase et les Balkans. La Turquie a commencé à prendre des mesures en vue de la création d'un Centre régional de l'environnement. Grâce à la contribution financière de l'Union européenne, la Turquie est également sur le point de créer un Observatoire national de l'environnement et du développement. En outre, la Turquie a élaboré un Plan national d'action pour l'environnement et une Action 21 nationale.

Le document final que doit adopter la session extraordinaire accorde une priorité à la gestion des ressources en eau. La Turquie, par son Projet de l'Anatolie du Sud-Est, a adopté une approche intersectorielle en la matière. Elle accueillera d'ici à la fin de l'année, à Antalya, le 11ème Congrès forestier mondial. Dans le cadre des importants efforts déployés en vue de promouvoir le développement durable, la Conférence Habitat II, réunie en juin

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1996 à Istanbul, a donné un nouvel élan aux politiques d'urbanisme et d'habitat afin de concrétiser les objectifs fixés lors de la Conférence de Rio.

M. SAEB EREKAT, Ministre du Gouvernement local de la Palestine : depuis la Conférence de Rio en 1992, certains progrès ont été faits pour mettre en oeuvre Action 21 aux niveaux national, régional et international. Pourtant, la situation de l'environnement mondial continue à se détériorer, la pauvreté continue à augmenter, et le fossé qui sépare les pays industrialisés et en développement continue à se creuser. La mondialisation n'a pas eu un effet positif sur le développement durable même si un nombre limité de pays en développement en bénéficient actuellement. La majorité des pays en développement continue à avoir besoin de l'aide internationale. Les pays en développement sont déçus des résultats des engagements pris par les pays industrialisés en ce qui concerne le transfert de technologies et l'aide publique au développement. Il ne fait aucun doute que les conflits armés ont empêché d'arriver à un développement économique, social et humain et ont contribué à la destruction de l'environnement et à la diminution des ressources naturelles, financières et humaines.

La destruction de l'environnement économique et social des territoires occupés résulte de l'occupation étrangère, du refus de reconnaître les droits inaliénables des peuples occupés et de l'exploitation de leurs ressources naturelles. Le peuple palestinien a souffert de cette situation depuis 30 ans et continue à souffrir des politiques menées par Israël qui consistent à poursuivre l'occupation, à étendre les colonies de peuplement, à judaïser Jérusalem, à nier le droit du peuple palestinien à l'autodétermination et au contrôle de ses ressources naturelles. Le programme nucléaire d'Israël, qui n'est pas soumis au contrôle international, est une menace pour toute la région. Le principe 23 de la déclaration de Rio concerne la protection de l'environnement des populations opprimées ou occupées. Ce principe affirme la responsabilité de la communauté internationale et des Nations Unies par rapport au territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem. La communauté internationale ne peut pas permettre à Israël de continuer à ne pas respecter les résolutions et les accords internationaux. La Palestine demande une reprise de la 10ème session extraordinaire d'urgence afin d'examiner le rapport du Secrétaire général et de forcer Israël à cesser ses pratiques illégales dans le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem.

Mme ELIZABETH DOWDESWELL, Directeur exécutif du Programme des Nations Unies pour l'environnement (PNUE) : de manière surprenante, le grand événement que fut la Conférence de Rio n'est pas parvenu à modifier suffisamment la trajectoire de l'humanité pour la placer sur la voie du développement durable. Le rapport du PNUE sur l'environnement mondial en apporte la preuve, en montrant que l'humanité poursuit ses activités polluantes et surexploite des ressources naturelles vitales, telles que l'eau et les forêts. Ainsi 1,7 milliard de personnes ne disposent pas d'eau potable et les pluies acides et autres pollutions transfrontalières s'étendent désormais à l'Asie, au

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Pacifique et à l'Amérique latine. Les échecs sont plus particulièrement marquants dans les domaines qui furent la fierté de Rio, à savoir les changements climatiques et la biodiversité. Nous ne parvenons pas à lutter contre le réchauffement de la planète, ni à lutter contre l'extinction de certaines variétés de plantes et de certaines races animales. Parallèlement tout un ensemble de problèmes nouveaux surgit, avec en tête la prolifération des substances chimiques dommageables à la biosphère. La communauté internationale doit définir des priorités claires le plus rapidement possible et le PNUE peut contribuer efficacement à la mise en place de plans d'action. Une stratégie durable et globale d'utilisation de l'énergie est indispensable. Quelle que soit la forme d'action que les gouvernements décideront d'entreprendre, le PNUE apportera son soutien et sa compétence. En ce qui concerne les ressources en eau potable, il est l'heure d'entamer un dialogue intergouvernemental et de développer une gestion intégrée de l'eau.

Pour l'année des océans, la mise en oeuvre du Programme mondial d'action en faveur de la protection de l'environnement marin contre les activités terrestres constitue la première priorité du PNUE. Il faudra également examiner les synergies possibles de nouvelles actions en faveur des océans. La participation efficace de la société civile est indispensable et les gouvernements doivent s'attacher à éduquer des citoyens plus responsables face à l'environnement. A cet égard, la qualité des informations relatives à l'environnement doit être améliorée et les organisations non gouvernementales doivent prendre part à la prise de décision.

Mais le programme d'Action 21 sera-t-il suffisant ? Nous savons qu'à ce jour, il n'est aucun problème écologique que le genre humain ne puisse résoudre. Nous disposons de connaissances et d'un savoir-faire gigantesques, ce qui persiste à manquer est la volonté politique. Le phénomène de la mondialisation peut apporter une explication du fossé entre les promesses et les actes, car la croissance des échanges commerciaux exige une croissance similaire de la production et de la consommation. Le seul moyen pour les gouvernements de mettre fin à l'appauvrissement de leur peuple et de leur environnement est de travailler ensemble. A cet égard, il faut élaborer les moyens de garantir que toutes les nations respectent, de manière égale, l'environnement. Le PNUE doit devenir la voix mondiale, crédible, respectée, influente et pertinente de l'environnement. Ainsi que l'a révélé la Déclaration de Nairobi, le PNUE doit être une organisation plus forte et plus puissante et il relèvera ce défi, à la condition que les gouvernements lui assurent des ressources financières suffisantes et équivalentes aux institutions économiques. A ce jour, si nous avons échoué c'est que nos actes ont manqué de pragmatisme et à l'aube d'un nouveau millénaire peut-être devons-nous nous contenter de mener à bien les efforts entamés.

M. THILO BODE, Directeur exécutif de Greenpeace International, prenant la parole au nom du groupe principal des ONG : ma présence ici prouve qu'en dépit de l'alarme qui a été lancée, vous avez été incapables d'agir. Vous avez privilégié les intérêts commerciaux et vous avez placé les intérêts

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nationaux au-dessus de la santé de futures générations. Les glaciers fondent, les forêts disparaissent, nous changeons les saisons, nous épuisons les ressources piscicoles, nous empoisonnons nos enfants avec des produits polluants organiques et nous accumulons des déchets radioactifs pour le plus grand péril des futures générations. Les émissions d'oxyde de carbone ont atteint des niveaux sans précédent. Le niveau des mers augmente à tel point que des nations entières représentées dans cette salle risquent de disparaître. La fréquence des catastrophes climatiques telles que les tempêtes, qui causent des dégâts de milliards de dollars, s'est accélérée.

Le destin de la planète dépendra du courage ou de la lâcheté de la réponse que vous saurez apporter au cours de la Conférence de Kyoto au défi du changement climatique mondial. Les Nations Unies ont créé un magnifique traité à Rio, la Convention sur la diversité biologique. Si vous voulez vraiment protéger les espèces menacées, vous devez mettre un terme à la destruction de la forêt équatoriale. Les progrès nécessaires à la protection de notre environnement exigeront des ressources financières supplémentaires. Mais l'argent n'est pas tout. Les pays industrialisés ne peuvent s'acquitter de leurs responsabilités en se contentant d'investir dans les pays en développement. De leur côté, les pays en développement ne peuvent prétexter de la crise de l'environnement mondial pour chercher à augmenter le niveau de l'aide financière. Le monde mérite des programmes efficaces et des engagements contraignants. J'exhorte les délégations gouvernementales à examiner de près les "recommandations des organisations non gouvernementales en faveur d'actions et d'engagements au Sommet de la Terre II" qui traite de 40 des 50 questions sectorielles et intersectorielles fondamentales.

Droit de réponse

Le représentant du Rwanda a apporté des précisions à la suite de la déclaration de Mme Joji Carino, qui s'est exprimée au nom de l'Alliance des peuples autochtones. Le Gouvernement rwandais est ici mandaté pour parler de manière indissociable et indivisible au nom de son peuple. Les problèmes environnementaux, comme la déforestation, ne touchent pas seulement une partie de la population rwandaise. Le Rwanda appuie tout plaidoyer en faveur de la préservation de la forêt. Le représentant a précisé en outre que la population du Rwanda habite de moins en moins les forêts qu'elle abandonne au profit des villes et les terres arables.

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