24 avril 1997


Communiqué de Presse
AG/634



L'ASSEMBLEE GENERALE TIENT UNE SESSION EXTRAORDINAIRE D'URGENCE CONSACREE AUX MESURES ILLEGALES PRISES PAR ISRAEL A JERUSALEM-EST

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Réunie sous la Présidence de M. Ismail Razali (Malaisie), l'Assemblée générale, à la demande du Groupe des Etats arabes, a ouvert ce matin une session extraordinaire d'urgence consacrée aux "mesures illégales prises par les autorités israéliennes à Jérusalem-Est occupée et dans le reste du Territoire palestinien occupé".

Au cours du débat, l'Observateur de la Palestine, M. Nasser Al-Kidwa, a demandé aux Etats Membres de s'unir contre les violations du droit international et des résolutions des Nations Unies, pour dépasser le blocage au conseil de sécurité, sauver le processus de paix au Moyen-Orient et établir une paix juste et durable dans toute la région.

De son côté, le représentant d'Israël a contesté le bien-fondé de la présente session. La décision du Gouvernement israélien de construire à Har-Homa ne viole aucun des accords conclus avec les Palestiniens étant donné que l'Autorité palestinienne n'a aucun pouvoir sur Jérusalem, a-t-il affirmé.

Outre le Président de l'Assemblée générale, les représentants des pays suivants ont pris la parole : Sénégal, en sa qualité de Président du Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, Koweït, Qatar, Indonésie, Bangladesh, Egypte, Tunisie, Algérie et Liban.

Cette Dixième session extraordinaire d'urgence de l'Assemblée générale a été convoquée à la demande du Groupe arabe, après la décision des autorités israéliennes de construire une nouvelle colonie de peuplement de 6500 logements sur la colline de Djabal Abou Ghoumayn (Har Hama), à Jérusalem-Est. Dans une lettre présentant la requête et adressée au Secrétaire général, le Président du Groupe des Etats arabes, M. Nasser Bin Hamad Al-Khalifa (Qatar), indiquait que ces Etats avaient constaté que "le Conseil de sécurité n'avait pas pu jouer son rôle, qui est de préserver la paix et la sécurité internationales, parce que l'un de ses membres permanents avait usé de son droit de veto deux fois de suite en moins de deux semaines."

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L'Assemblée générale avait, le 13 mars dernier, adopté par 130 voix pour, deux contre (Etats-Unis et Israël) et deux abstentions (Fédération de Micronésie et Iles Marshall), une résolution par laquelle elle demandait aux autorités israéliennes de s'abstenir de toute action ou mesure, y compris l'implantation de colonies de peuplement, qui tendrait à modifier la situation sur le terrain, anticipant l'issue de négociations sur le statut définitif, et aurait des conséquences préjudiciables sur le processus de paix au Moyen- Orient.

Le 7 mars, le Conseil de sécurité n'avait pas été en mesure, en raison du veto des Etats-Unis, d'adopter un projet de résolution par lequel le Conseil, exprimant sa vive inquiétude au sujet de la décision du Gouvernement israélien d'engager de nouvelles activités de colonisation à Jérusalem-Est, et préoccupé par les difficultés auxquelles se heurte le processus de paix au Moyen-Orient, aurait demandé aux autorités israéliennes de s'abstenir de toute action ou mesure, y compris l'implantation de colonies de peuplement, qui préjugeraient des négociations sur le statut définitif, et auraient des incidences préjudiciables sur le processus de paix au Moyen-Orient. Le 21 mars, en raison du veto des Etats-unis, le Conseil n'avait pas été en mesure d'adopter un autre projet de résolution par lequel il aurait exigé qu'Israël mît immédiatement fin à la construction de la colonie de peuplement de Djabal Abou Ghounaym, de même qu'à toutes ses autres activités de peuplement dans les territoires occupés.

La session extraordinaire d'urgence de l'Assemblée générale se poursuivra cet après-midi, à partir de 15 heures.


Débat

Le Président de l'Assemblée générale, M. ISMAIL RAZALI (Malaisie), a souligné que l'urgence reconnue à cette réunion de l'Assemblée reflète la conviction des Etats membres que le monde fait face à une situation de plus en plus préoccupante concernant la paix et la sécurité. Au cours des deux derniers mois, le Conseil de sécurité a tenu, à deux reprises, des discussions approfondies sur les actions israéliennes illégales menées dans Jérusalem-Est occupée et dans le reste du Territoire palestinien occupé. Pour la deuxième fois, l'Assemblée générale est saisie de la question. Les discussions du Conseil de sécurité ne se sont pas révélées concluantes étant donné que l'organe a été incapable de prendre une décision en raison de l'absence d'unanimité entre les Membres permanents. La convocation de cette session traduit clairement la grande préoccupation quant aux conséquences de la situation actuelle. Une menace à la paix et à la sécurité dans une partie du monde ne peut qu'avoir des répercussions sur la paix et la sécurité universelles. Aucune nation ou un groupe de nations ne peut prétendre être à l'abri de tels événements. Il est, par conséquence, approprié que l'Assemblée générale, assemblée universelle, essaye de traiter efficacement de la question. En vertu de la Charte des Nations Unies, il incombe à tous les Membres de protéger la paix et la sécurité internationales ainsi que la justice. Il leur incombe également de respecter les décisions de cette Organisation. La convocation de cette session indique que les Etats Membres ont souhaité recourir à l'Assemblée générale pour résoudre la question par tous les moyens pacifiques, de peur des conséquences graves qui pourraient découler d'un traitement insatisfaisant du problème. La tenue de cette session n'est pas motivée par la rancoeur ou l'acrimonie mais elle représente un effort pour apaiser les tensions et sauver le processus de paix à ce stade crucial. La réunion de l'Assemblée générale souligne l'importance du rôle de cette instance et sa responsabilité conjointe en matière de paix et de sécurité internationales.

M. NASSER AL-KIDWA, Observateur de la Palestine, a prôné l'union des Etats contre les violations du droit international et des résolutions des Nations Unies, l'union des Etats pour faire face à l'arrogance du pouvoir, pour dépasser le blocage au Conseil de sécurité, sauver le processus de paix au Moyen-Orient et établir une paix juste et durable dans toute la région. Le processus de paix, a-t-il affirmé, a annoncé la fin d'une période de conflit et une nouvelle ère pour la région, symbolisée par la poignée de main entre Yasser Arafat et le Premier Ministre israélien Yitzhak Rabin sur la pelouse de la Maison Blanche en 1993. Israël a obtenu de grands avantages par ces accords, que la partie palestinienne a commencés à mettre en oeuvre, par exemple en organisant des élections démocratiques générales par l'Autorité nationale palestinienne et son Président. Ensuite, le gouvernement israélien actuel est arrivé au pouvoir et a pris des mesures qui constituent un retour en arrière, un retour à une mentalité d'occupant. La situation s'est du coup dégradée. Le seul élément allant à l'encontre de cette dégradation a été, en janvier, l'accord sur Hébron, obtenu grâce à la pression des Etats-Unis.

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Mais, depuis, Israël n'a cessé de prendre des mesures qui vont à l'encontre du processus de paix, dont la plus grave est constituée par la décision de construire une colonie de peuplement sur la colline de Djabal Abou Ghounaym. Le peuple palestinien constate aussi une détérioration grave de son niveau de vie en raison de la politique économique d'Israël, qui viole les dispositions économiques des accords conclus. Le peuple palestinien assiste à la violation permanente du processus de paix et de son esprit. Il subit chaque jour des actes unilatéraux, imposés par la force, qui tendent à créer de nouvelles situations de fait, préjugeant des négociations futures et de leurs résultats. Plus encore, ils sont humiliés dans leurs croyances religieuses.

Que reste-t-il du processus de paix? a demandé M. Al-Kidwa. Notre peuple a le droit d'être en colère. La nation arabe a le droit d'être en colère. Le monde entier a le droit d'être en colère. Nous avons le droit et le devoir d'exiger qu'il soit immédiatement mis fin à la politique israélienne actuelle, et d'exiger de la part de la communauté internationale des sanctions. C'est notre droit et notre devoir de nous plaindre au Conseil de sécurité et c'est le devoir de celui-ci de prendre des mesures. Nous continuerons à agir ainsi aussi longtemps que cette situation perdurera, et nous espérons que le Conseil de sécurité s'acquittera de ses responsabilités.

De nouvelles idées nous sont aujourd'hui proposées, qui suggèrent de laisser de côté les accords existants, a déclaré l'Observateur qui a mis en garde contre de telles tentatives. La voie à suivre est l'accélération des négociations en vue d'un règlement final dans le cadre des accords existants. Les Palestiniens sont toujours prêts à s'acquitter de leurs obligations, mais ils sont conscients des menaces imputables à la partie israélienne. Nous n'accepterons pas la poursuite des activités illégales d'Israël, a affirmé M. Al-Kidwa. Si celles-ci ne cessent pas, nous n'aurons d'autre possibilité que de lutter politiquement à tous les niveaux. Jérusalem est la clé de la paix dans la région, a affirmé l'Observateur. C'est la poursuite des travaux de construction illégaux de colonie à Djabal Abou Ghounaym et toutes les autres activités d'implantation de colonies qui justifient la réunion de ce jour. Si nous parvenons à y mettre fin, nous aurons obtenu un succès collectif lors de cette Dixième session extraordinaire d'urgence, il s'agit d'obtenir un succès pour la justice et pour la paix et de donner un nouvel élan aux efforts en vue d'un avenir meilleur au Moyen-Orient.

M. DAVID PELEG (Israël) a souligné que les différends entre Israël et les Palestiniens, qu'ils portent sur la construction d'un nouveau quartier à Jérusalem ou sur tout autre question, ne sauraient être considérés, quel que soit le degré d'imagination, comme "une menace à la paix et à la sécurité internationales". Durant ses sessions, le Conseil de sécurité n'a ni qualifié ce différend de "menace à la paix et à la sécurité internationales" et ni appelé à la convocation d'une session extraordinaire d'urgence de l'Assemblée générale. Il est également important de noter que la procédure d'urgence n'a pas été appliquée, une seule fois, au cours des 15 dernières années. Elle représente un reliquat de la guerre froide qui est particulièrement

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inapproprié et discordant dans le contexte du processus de paix engagé entre Israël et les Palestiniens. Trois semaines et demie se sont écoulées depuis la demande d'une réunion d'urgence. Les Etats membres devraient tenir compte de ce temps pour pondérer la justesse et l'urgence de leur requête. Maintenant que cette session "d'urgence" est convoquée, il faut se demander en quoi elle est nécessaire et comment elle peut influencer le processus de paix.

Cette semaine, Israël pleure le décès de Chaim Herzog, ancien Président et ancien représentant d'Israël aux Nations Unies. Il a travaillé ici au moment où cet organe a adopté la résolution infamante qualifiant le sionisme d'idéologie raciste. Israël a pensé que ces jours étaient révolus. Mais la mise en accusation perpétuelle d'Israël par les résolutions des Nations Unies nous ramène dans cette triste époque. Dans un monde marqué par une multitude de conflits et de tragédies, où la question de la région des Grands Lacs est loin d'être résolue et où des centaines d'Algériens innocents sont tués de sang-froid, la question d'une construction à Jérusalem doit-elle vraiment être au premier plan de l'ordre du jour des Nations Unies? Il faut rappeler qu'Israël a choisi délibérément le chemin de la paix. Le peuple israélien est engagé à réaliser une paix permanente et complète au Moyen-Orient. Depuis le premier jour de son entrée en fonction, le Gouvernement israélien a déployé tous les efforts pour ouvrir des canaux de communications avec les Palestiniens et développer des méthodes pratiques pour avancer les négociations sur la mise en oeuvre de l'Accord intérimaire, dans un premier temps, et dans un deuxième temps sur le règlement du statut permanent.

Citant les dernières réalisations dans le cadre de la mise en oeuvre des accords de paix, le représentant a souligné que son pays espère et continue d'espérer que le Protocole d'Hébron et les mesures consécutives renforceront la confiance et créeront un climat favorable au progrès du processus de paix. La décision du Gouvernement israélien de construire à Har-Homa ne viole aucun des accords conclus avec les Palestiniens étant donné que l'Autorité palestinienne n'a aucun pouvoir sur Jérusalem. Malheureusement, l'importance des mesures prises par Israël conformément aux engagements pris a été marginalisée et minimisée alors que continuent les revendications vociférantes pour amener Israël à faire davantage de concessions. Au lieu de poursuivre le processus de négociations, les Palestiniens se sont embarqués dans une campagne régionale et internationale pour exercer une pression sur Israël et l'isoler. Poursuivant, le représentant a souligné qu'il ne peut y avoir de paix significative sous le règne du terrorisme. La lutte des Palestiniens contre le terrorisme n'est ni un prix à payer ni une concession faite à Israël. Il s'agit d'une obligation découlant de leur choix de négocier et de réaliser la paix. La volonté des Palestiniens de lutter contre le terrorisme peut être remise en cause tant qu'ils continueront à appeler à la violence. La question de Jérusalem sera discutée dans le cadre des négociations entre Israël et les Palestiniens sur le statut permanent. Israël espère que le développement de la ville dans l'intérêt de tous ses résidents servira de modèle pour une ville unifiée qui garantit la co-existence entre ses résidents quelles que soient les croyances religieuses et les origines respectives. La

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paix exige des négociations directes. Unissons-nous pour promouvoir le processus de paix et faire passer le Moyen-Orient d'une région de conflit et de méfiance à une région de paix et de coopération, a conclu le représentant.

M. IBRA DEGUENE KA (Sénégal), Président du Comité pour l'exercice des droits inaliénables du peuple palestinien, condamnant au nom du Comité tout recours à la violence, en particulier à l'encontre de civils, a rappelé que le processus de paix a progressé car les parties ont accepté les principes de base de "la terre contre la paix" et d'une solution négociée telle que consacrée par les résolutions 242 (1967) et 338 (1973) du Conseil de sécurité ainsi que par la Déclaration de principe de 1993 et les accords ultérieurs. Aux yeux de M. Deguene Ka, le seul véritable moyen d'aller de l'avant et de conforter le processus de paix est de reconnaître le droit de tous les Etats de le région, y compris Israël, de vivre en paix à l'intérieur de frontières sûres et internationalement reconnues et d'autre part de réaffirmer l'inadmissibilité de l'acquisition de territoires par la force. Il s'agit également de reconnaître les droits et les revendications du peuple palestinien et de prévoir la poursuite de négociations entre les parties sur la question de Jérusalem, des réfugiés, des colonies, des futures frontières, et des modalités de coopération pacifique entre les peuples de la région. Cette approche est le seul véritable moyen d'aller de l'avant et de préserver le processus de paix. L'histoire, a ajouté le président, nous montre que la paix doit toujours reposer sur un compromis entre les parties pour s'enraciner dans les coeurs et dans les esprits de manière durable. Une paix imposée porte toujours en elle les germes de conflits futurs. C'est pour ces raisons que le Comité a vivement déploré les décisions d'Israël qui vont à l'encontre de ces objectifs. M. Deguene Ka a formé l'espoir que cette session parviendra à mettre un terme à la politique de colonisation et autres mesures unilatérales prises par la Puissance occupante et qu'elle rétablira dans la région la confiance nécessaire à la reprise des négociations.

M. MOHAMMAD A. ABULHASAN (Koweït) a expliqué que les Etats arabes ont été contraints de demander la convocation de la présente session extraordinaire d'urgence en raison de l'incapacité manifestée á deux reprises par le Conseil de sécurité à prendre des mesures. Cette convocation produit une profonde inquiétude de tous les Etats et organisations soucieux de la réussite du processus de paix au Moyen-Orient. Les Etats arabes ayant choisi de manière irréversible l'option de la paix dans la région, rappellent qu'ils font face au défi israélien avec le soutien total des Etats Membres de l'Organisation de la Conférence islamique et du Mouvement des pays non alignés. Si la politique israélienne actuel se poursuit, les Etats arabes se verront dans l'obligation de reconsidérer leur politique, et la responsabilité en incombera à Israël. Si Israël désire réellement la sécurité, il doit mettre fin à l'implantation de colonies de peuplements à Jérusalem-Est et ailleurs dans le territoire occupé. Il doit accepter la création d'un Etat palestinien avec pour capitale Al Qod. Pour faire la paix avec ses voisins, Israël doit se retirer du Sud-Liban et du Golan, et appliquer les résolutions 242 et 338 du Conseil de Sécurité.

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Le représentant a invité tous les Etats membres à se ranger du côté de la paix et à s'unir pour demander à Israël de cesser immédiatement de saper les fondements de la paix au Moyen-Orient. La paix passe par des actions constructives et non par des actions négatives de repli sur soi qui suscitent la méfiance, a-t-il affirmé.

M. NASSER BIN HAMAD AL-KHALIFA (Qatar), rappelant qu'en sa qualité de Président du Groupe des Etats arabes au cours du mois de mars, son pays est à l'origine de la convocation de cette session, a exprimé sa reconnaissance au Président de l'Assemblée générale pour avoir répondu à la demande du Groupe. Il a également remercié les gouvernements et les délégations qui ont soutenu cette demande. Le représentant a poursuivi en soulignant que ceux qui croient que les Nations Unies ne sont pas compétentes pour traiter de la situation explosive dans les territoires palestiniens occupés semblent oublier que ce sont les mêmes Nations Unies qui ont créé l'Etat d'Israël. Si le Conseil de sécurité avait été capable d'assumer ses responsabilités en matière de paix et de sécurité internationales, cette réunion de l'Assemblée générale n'aurait eu aucune raison d'être. A deux reprises, un pays a utilisé à mauvais escient son droit de veto. Par ses actes, ce pays qui avait été jugé comme médiateur équitable dans le processus de paix, conduit la communauté internationale à s'interroger sur la confiance qu'il convient de lui accorder. L'attitude de ce membre permanent du Conseil de sécurité n'a fait qu'encourager Israël à continuer de défier la communauté internationale. Les constructions prévues à Jérusalem-Est compromettent le processus de paix au Moyen-Orient. Il convient d'obliger Israël à s'abstenir de tels actes irresponsables qui vont à l'encontre et du droit et de la justice. La paix est le noble objectif auquel tous aspirent. Il ne saurait y avoir de paix des uns au détriment des autres. Jérusalem est une ville sainte pour le peuple musulman qui ne laissera à aucun pays le loisir de contester ses droits. Le temps est révolu où certains pouvaient imposer leur civilisation aux autres. Les justifications données pour agir de façon contraire à la justice peuvent aujourd'hui être contrées. Le Qatar lance un appel à la communauté internationale pour qu'elle force Israël à arrêter l'implantation de colonies dans Jérusalem et à mettre un terme à sa politique aveugle qui risque de compromettre, de façon définitive, le processus de paix.

M. SAMODRA SRIWIDJAJA (Indonésie) a déclaré que les discussions qui se tiennent aujourd'hui sont un rappel des pratiques et politiques regrettables du passé. Rappelant que l'usage du droit de veto a diminué depuis la fin de la guerre froide, il a regretté qu'en moins de deux ans, le même membre permanent du Conseil de sécurité y ait eu recours trois fois. Il est clair que les retombées positives de la fin de la guerre froide n'ont pas eu d'impact sur la situation dans le territoire palestinien occupé. Bien au contraire, a souligné le représentant, nous avons été les témoins de violations systématiques et méthodiques de la lettre et de l'esprit de la Déclaration de principes et d'une accentuation de la politique du fait accompli. La construction de nouvelles colonies de peuplement dans le quartier de Djabal Abou Ghounaym n'est pas un événement isolé mais constitue

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le maillon d'une longue chaîne d'actes illégaux menés contre la nation arabe. Israël ne peut pas échapper à la responsabilité qui découle de sa politique et de ses pratiques illégales. Israël ne peut pas se placer au dessus du droit international et des dispositions de la Charte. Notre réunion d'aujourd'hui offre à la communauté internationale l'occasion de réitérer sa condamnation de la politique israélienne à Jérusalem-Est et son soutien continu au processus de paix. Cette réunion met également en évidence la responsabilité historique qui incombe à l'Assemblée générale en ce qui concerne la question de Palestine. A cet égard, a ajouté le représentant, l'Assemblée générale doit se prononcer sans équivoque et doit exiger qu'Israël cesse immédiatement l'implantation de colonies de peuplement et s'abstienne de toute action incompatible avec le processus de paix. A cet effet, la délégation indonésienne soutien pleinement l'adoption du projet de résolution .

M. ANWARUL KARIM CHOWDHURY (Bangladesh) a souligné que la question du statut de Jérusalem ne peut être réglée par des actions préemptives unilatérales. Même à ce moment critique du processus de paix, les Palestiniens ont fait montre de la plus grande retenue possible dans les circonstances les plus difficiles et les plus perfides. Leurs appels répétés au Conseil de sécurité ont été vains. La crédibilité du Conseil a été compromise; l'échec de ce dernier a encouragé Israël à intensifier ses actions unilatérales et à poursuivre l'étranglement du processus de paix qu'il a prémédité. Le Bangladesh appuie la résolution dont l'Assemblée est saisie aujourd'hui. Il espère qu'elle sera adoptée à la majorité écrasante des Etats Membres. le Bangladesh continuera à appuyer la juste cause des Palestiniens dans leur lutte pour la réalisation de leurs droits inaliénables, la création de leur Etat, celui de la Palestine, avec Jérusalem pour capitale. Soulignant l'importance de cette session, le représentant a estimé que le soutien à cette résolution reflètera l'aversion de la communauté internationale face aux actions d'un Etat particulier qui détruisent des années de travail et de négociations. Israël devra comprendre que le monde entier ne peut se tromper lorsqu'il demande l'arrêt de l'implantation de colonies. C'est là le seul moyen de mettre fin à ce bain de sang dépourvu de sens. Israël doit maintenant établir une véritable relation de confiance et de compréhension avec les Palestiniens, c'est là l'essence même de la paix.

M. NASSER ELARABY (Egypte) a déclaré que cette réunion de l'Assemblée générale a lieu en raison de l'échec du Conseil de sécurité à contraindre Israël à s'abstenir de toute activité de peuplement. L'Assemblée générale et ses grands organes assument une responsabilité importante en ce qui concerne la question de Palestine depuis leur saisine par le Royaume-Uni, a rappelé le représentant en ajoutant qu'elle a également la responsabilité conjointe de se saisir de toute question constituant une menace à la paix et à la sécurité internationales. La reprise de la politique de peuplement par Israël constitue un coup fatal porté aux accords concernant la récession des territoires. La politique israélienne est celle du fait accompli et doit être dénoncée comme inique. La question examinée aujourd'hui n'est pas celle d'une divergence d'interprétation des accords conclus mais celle d'une situation

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grave découlant de la décision unilatérale d'une partie d'éliminer une à une les dispositions convenues. Le gouvernement israélien actuel s'obstine à prendre des mesures provocatrices au mépris des accords signés. Ces mesures jettent le doute sur sa volonté véritable de négocier. Etayant ses propos, le représentant a fait part d'un rapport important publié par deux ONG israéliennes. Ce rapport rend compte de la politique de déportation de Palestiniens de Jérusalem-Est par Israël. Au stade actuel de la situation, il convient d'exiger la poursuite de la présence des Nations Unies sur le terrain pour suivre la mise en oeuvre du processus de paix. Ce processus est aujourd'hui en danger et le Gouvernement israélien doit reconnaître sa responsabilité dans cette situation. L'établissement d'une paix ne peut se fonder sur la vision d'une seule partie mais sur la conciliation entre tous les partenaires. Israël s'efforce de modifier le cadre de référence de la paix sous des prétextes de sécurité en oubliant qu'une sécurité véritable ne saurait être obtenue sans une paix véritable. La politique d'Israël ne peut qu'alimenter l'extrémisme et la violence. La solidarité de la communauté internationale doit se manifester et les Etats membres doivent aujourd'hui plus que jamais se montrer à la hauteur de leur responsabilité.

M. SLAHEDDINE ABDELLAH (Tunisie) a rappelé que la tenue d'une session extraordinaire constitue un événement fort rare. L'Assemblée générale a joué un rôle essentiel depuis le début de l'examen de la question de Palestine et doit poursuivre son oeuvre jusqu'à ce que le peuple palestinien bénéficie d'un Etat. Israël a totalement fait fi du processus de Madrid et des engagements conclus. Sa décision de poursuivre la construction illégale de la colonie de Djabal Abou Ghanaym vise à modifier la composition démographique de Jérusalem- Est, alors que toute paix juste et durable passe nécessairement par la reconnaissance du droit pour le peuple palestinien à avoir Jérusalem pour capitale de leur Etat. Nous sommes à la croisée des chemins. Israël peut revenir sur sa décision et décider de mettre en oeuvre de bonne foi les engagements conclus. Sinon, elle risque de saper le processus de paix et engendrer un regain de violence dans cette région sensible. L'ONU a le droit de suivre le processus de paix, de donner sa position, de veiller à l'application des conventions internationales et des accords de paix conclus. L'Assemblée générale doit adopter une résolution invitant Israël à cesser de construire des colonies de peuplement et à respecter ses engagements et les conventions internationales. Les coparrains de la Conférence de Madrid notamment doivent adopter une position ferme face à Israël.

M. ABDELKADER MESDOUA (Algérie) a déclaré que depuis son entrée en fonction, le Gouvernement israélien ne cesse d'ériger des obstacles au processus de paix. Cette politique sape la base fondamentale du processus qui a été définie à Madrid en 1991. Le principe de la terre contre la paix est aujourd'hui bafoué alors que tout permettait de penser que le conflit connaîtrait une solution globale, juste et durable. Les desseins israéliens de construire de nouvelles colonies de peuplement violent les accords conclus qui interdisaient toute action pour changer la composition démographique de Jérusalem jusqu'à la signature de l'accord sur le statut permanent. Face au

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mépris d'Israël à l'égard de l'opinion publique mondiale, l'Algérie se joint à la majorité des Etats Membres pour demander à la communauté de s'acquitter de ses responsabilité, mettre fin à cette arrogance et redresser cette situation inacceptable. Cette réunion donne à la communauté internationale la possibilité de réitérer qu'il est nécessaire de revenir sur la voie de la paix et de prendre toutes les mesures visant à instaurer la justice. A bien des reprises, les pays arabes ont réaffirmé leur engagement à la paix se fondant sur le principe de la terre contre la paix, sur le droit du peuple à établir leur Etat indépendant et sur le retrait par Israël de tous les territoires arables occupés.

M. SAMIR MOUBARAK (Liban) a exprimé sa grave préoccupation face à l'adoption persistante par Israël de mesures illégales, notamment la création de colonies, qui violent les dispositions de la Quatrième convention de Genève de 1949, les règles de La Haye de 1907 et 24 résolutions des Nations unies, et menace la paix. C'est la cinquième fois en quelque mois - trois fois au Conseil de sécurité et deux fois à l'Assemblée générale - que nous parlons des mesures illégales prises par Israël, a poursuivi le représentant. Le groupe arabe continuera de recourir au Conseil de sécurité et à l'Assemblée générale pour affirmer son soutien au processus de paix de Madrid et aux accords, alors qu'Israël a tout fait pour s'abstraire de ce cadre. La paix se fera sur le principe de l'échange de la paix contre la terre ou ne se fera pas. Israël doit complètement renoncer aux activités de peuplement s'il veut obtenir la paix. Le nouveau gouvernement israélien a porté un coup quasiment mortel au processus de paix en adoptant de nouvelles mesures graves d'annexion de Jérusalem-Est. Il est du devoir de la session extraordinaire de l'Assemblée générale d'agir pour mettre en oeuvre ses résolutions antérieures et celles du Conseil de sécurité. L'Assemblée générale doit rejeter sans ambiguïté les mesures prises par Israël, qui menacent la paix dans toute la région. Les deux coparrains du processus de paix de Madrid doivent pour leur part donner à celui-ci un nouvel élan.

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