Jean-Marie Guéhenno, chef des opérations de maintien de la paix de l'ONU, déclare au " Monde " que le déploiement d'une force internationale devra être assorti d'un accord politique

Les Etats-Unis réclament le déploiement rapide d'une force multinationale au Liban, alors que, pour la France, un cessez-le-feu préalable s'impose. Qu'en pense l'ONU ?

Nous ne voulons pas arbitrer. Mais, pour qu'une force se déploie, il faut un arrêt des combats. Le secrétaire général de l'ONU ne cesse de le réclamer, car il voit l'immense tragédie qui se développe. Il voit qu'il est difficile de nouer les fils d'un processus politique sous les bombes. La communauté internationale est très unie sur l'objectif : un gouvernement libanais qui ait autorité sur tout son territoire et détienne le monopole de la force. Ce consensus a été le résultat du travail conjoint de la France et des Etats-Unis. Aujourd'hui, la question est de savoir comment y arriver.

Que diriez-vous à ceux qui pensent que le déploiement d'une force créera les conditions d'un accord politique ?

Je leur dirais : " Trouvez cette force ! " Il sera beaucoup plus facile de trouver des troupes s'il y a un arrêt des combats. Dans les circonstances actuelles, avec la continuation des opérations militaires, se rapproche-t-on d'une bonne solution ? On multiplie le risque de victimes civiles, celui d'une vraie catastrophe humanitaire, et on prend le risque de renforcer politiquement ceux qu'on veut affaiblir militairement, sans être certain d'y arriver.

Beaucoup d'Etats sont-ils prêts à envoyer des troupes ?

Beaucoup de pays comprennent que le déploiement d'une force internationale sera un élément important pour mettre un terme aux hostilités. En même temps, pour que cette force se constitue, il faudra que les pays soient au clair sur l'étendue du mandat. Ils devront savoir si c'est une mission impossible, ou une mission en appui au gouvernement libanais.

Combien de temps faudrait-il pour déployer une force au Liban ? La fourchette évoquée - 10 000 à 20 000 hommes - est-elle réaliste ?

On est dans cet ordre de grandeur. Mais la question-clé est de savoir ce qui sera discuté avec le gouvernement libanais. La taille d'une force est d'abord définie par ses tâches. Le temps de déploiement, lui, dépend beaucoup des pays qui contribuent. Dans la meilleure des hypothèses, cela prendra des mois.

Une telle force pourrait-elle contraindre le Hezbollah à déposer les armes ?

Il faut d'abord se demander, de façon réaliste, quels sont les contributeurs de troupes qui seraient prêts pour un tel mandat. On sort là d'un contexte de maintien de la paix. Dans nos opérations, le désarmement des milices se fait presque toujours sur la base de processus politiques, de l'utilisation de carottes et de bâtons, en organisant la réintégration des combattants.

Comment pensez-vous y parvenir au Liban ?

Probablement de façon graduelle. C'est là qu'il faut être à l'écoute des Libanais. Ils insistent sur le processus politique. Ils connaissent les fragilités du pays. Il y a des risques de cassure. Si la force militaire allait à des collisions frontales, le risque de retour de la violence entre Libanais s'accroîtrait. Meilleur sera l'accord politique libanais, plus grandes seront les chances de succès. Une force internationale ne peut jamais, de l'extérieur, imposer une paix. Elle vient en appui d'un processus politique.

Quel devrait être le mandat de la force ?

La force est l'élément qui permet la consolidation du cessez-le-feu. Elle est donc vitale pour Israël autant que pour le Liban. Au coeur de ce mandat, il y a un appui au gouvernement libanais. La force doit être acceptée et perçue par les Libanais comme venant consolider leur armée au sud, pour qu'il n'y ait plus un mètre carré du territoire libanais qui ne soit pas sous l'autorité du gouvernement.

Cette force sera-t-elle seulement mandatée par l'ONU, ou pourrait-on assister à l'envoi de casques bleus ?

La réponse dépendra des contributeurs de troupes. Certains sont plus à l'aise dans des forces de casques bleus, qui évitent les confusions avec d'autres opérations. D'autres préfèrent une force multinationale, plus rapide à se déployer. Certaines forces multinationales, comme au Timor, servent de relais et se transforment ensuite en force des Nations unies.

 
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